Quels livres pour apprendre l'italien ?
L'italien a une réputation de langue facile pour les francophones, et cette réputation est à moitié vraie. La moitié vraie fait que beaucoup de gens sautent l'étape de la méthode. Ils achètent un roman d'Elena Ferrante en version originale, comprennent grosso modo la première page, s'en réjouissent, et se retrouvent trois mois plus tard incapables de commander un café à Bologne sans qu'on leur réponde en anglais.
Ce qui bloque n'est presque jamais le vocabulaire. C'est l'accent tonique et le choix de l'auxiliaire. Deux points qu'aucune lecture passive ne corrigera jamais, parce que le premier est inaudible sur une page et que le second ne se manifeste que quand vous produisez une phrase vous-même. Voici quatre livres, dans un ordre précis, et l'explication de ce qu'ils réparent.
Les deux pièges propres à l'italien
L'italien place l'accent tonique le plus souvent sur l'avant-dernière syllabe, mais un nombre considérable de mots courants portent l'accent sur l'avant-avant-dernière, et rien à l'écrit ne le signale. On dit TAvolo, MAcchina, MEdico, SUbito, TElefono. Le français, lui, accentue systématiquement la fin du groupe rythmique. Le réflexe est donc de dire tavoLO, macchiNA, mediCO, et le résultat n'est pas un léger accent charmant : c'est un mot que l'oreille italienne met une seconde de trop à reconnaître.
Le cas s'aggrave à la troisième personne du pluriel des verbes, où l'accent recule encore : telefonano, abitano, parlano. Un francophone qui lit ces formes dans un livre sans les entendre les prononcera faux pendant des années. Seuls les accents écrits sur les mots comme città, perché ou caffè vous préviennent, et ils concernent une minorité de mots.
Le deuxième piège est l'auxiliaire des temps composés. L'italien utilise essere et avere selon des règles qui ne recoupent celles du français que partiellement. Vous devrez apprendre que certains verbes changent d'auxiliaire selon qu'ils sont transitifs ou non : ho corso una maratona mais sono corso a casa, ho cambiato idea mais il tempo è cambiato. Et le participe s'accorde avec le sujet quand l'auxiliaire est essere, sans exception à mémoriser au cas par cas comme en français.
Ajoutez à cela les consonnes doubles, qui ne sont pas décoratives : nonno n'est pas nono, capello n'est pas cappello, pena n'est pas penna. Le français ne double presque plus aucune consonne à l'oral, l'italien les tient toutes. Retenez ces trois points, ils commandent le choix des livres qui suivent.
Premier livre : la méthode Assimil
Giovanna Galdo et Anne-Marie Olivieri, « L'italien » (Assimil, collection Sans Peine, avec enregistrements audio) Voir à la FnacL'italien, de Giovanna Galdo et Anne-Marie Olivieri (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. C'est le point de départ que je recommande sans hésiter.
Le principe d'Assimil est connu : une leçon courte par jour, un dialogue, une traduction en vis-à-vis, quelques notes, deux exercices. On ne cherche pas à mémoriser, on répète et on laisse la langue se déposer. À partir de la cinquantième leçon environ commence la phase active, où l'on refait en italien les leçons déjà vues.
Ce qu'il vous apprend précisément : la prosodie. Le dialogue est enregistré par des locuteurs italiens et vous l'entendez chaque jour avant de le lire. C'est la seule manière connue d'installer l'accent tonique sans passer par une règle abstraite. Vous entendrez cento fois preferisco avant d'avoir à décider où poser l'accent, et vous n'aurez jamais à le décider.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à expliquer ce que vous faites. Assimil vous donne des réflexes justes sans vous donner la grammaire consolidée qui va avec. Vous saurez dire sono andato sans savoir formuler la règle des auxiliaires. C'est parfaitement acceptable au début, et c'est exactement pour ça que le troisième livre de cette liste existe.
Une condition non négociable : prenez la version avec l'audio. Un Assimil sans enregistrements est un livre de dialogues muets, et vous seriez revenu au problème du départ.
Si Assimil ne vous convient pas : Harrap's Méthode intégrale
« Harrap's Méthode intégrale italien » (Larousse, avec CD audio) Voir à la FnacHarrap's Méthode intégrale italien (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. C'est l'alternative sérieuse, pas un second achat.
Certaines personnes détestent le rythme d'Assimil, qui demande une régularité quotidienne et une confiance dans un processus dont on ne voit pas les résultats avant plusieurs semaines. Harrap's fonctionne autrement : des unités plus longues, structurées autour d'objectifs annoncés, avec des explications grammaticales franches au moment où le point apparaît, et des exercices plus nombreux.
Ce qu'il vous apprend précisément : la même chose, avec plus de contrôle. Vous verrez venir la grammaire, vous saurez à quel moment vous travaillez le passato prossimo, vous pourrez revenir en arrière volontairement. Pour quelqu'un qui a besoin de comprendre le plan avant d'avancer, ce format est nettement plus supportable.
Ce qu'il ne vous apprend pas non plus : à parler. Aucune méthode papier ne le fait. Elle vous met en état de le faire, ce qui n'est pas la même chose.
Choisissez l'une des deux et allez au bout. Alterner entre les deux méthodes est le meilleur moyen de recommencer trois fois les mêmes vingt premières leçons.
Deuxième livre : le Bescherelle italien, en consultation
Lisa El Ghaoui et Iris Chionne, « Bescherelle. L'italien pour tous » (Hatier, première édition en 2012, nouvelle édition en 2022) Voir à la FnacBescherelle. L'italien pour tous, de Lisa El Ghaoui et Iris Chionne (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Réunit grammaire, conjugaison et vocabulaire en un volume. À acheter en même temps que la méthode, à ne jamais lire d'affilée.
Une méthode vous fait rencontrer les points de grammaire dans le désordre de la vie, ce qui est très bien pour apprendre et très mauvais pour vérifier. Vous aurez besoin, deux ou trois fois par semaine, de savoir en trente secondes comment se conjugue piacere, quels sont les pluriels irréguliers en -co et -ca, ou quand employer le passato remoto plutôt que le passato prossimo.
Ce qu'il vous apprend précisément : à répondre à vos propres questions. La partie conjugaison couvre les verbes irréguliers italiens, qui sont nombreux et dont beaucoup sont les verbes les plus fréquents de la langue. Le volume contient aussi une section lexicale organisée par thèmes, utile pour combler les trous de vocabulaire par sujet.
Ce qu'il ne vous apprend pas : rien du tout, si vous le lisez comme un livre. Un ouvrage de référence lu de bout en bout produit un sentiment de travail accompli et aucune trace en mémoire. Consultez-le, annotez-le, et refermez-le.
Troisième livre : le Précis d'Odette et Georges Ulysse
Odette et Georges Ulysse, « Précis de grammaire italienne » (Hachette Supérieur, régulièrement réédité depuis sa parution) Voir à la FnacPrécis de grammaire italienne, de Odette et Georges Ulysse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis réel : six mois à un an de pratique, ou une méthode terminée.
C'est l'ouvrage de référence utilisé dans l'enseignement supérieur français pour l'italien, et il porte cette exigence. La description y est systématique, les exemples sont pris dans la langue écrite comme dans l'usage courant, et les points que les méthodes escamotent y sont traités frontalement.
Ce qu'il vous apprend précisément : les zones où l'italien cesse de ressembler au français. L'emploi du subjonctif après les verbes d'opinion, là où le français met l'indicatif : credo che sia, penso che abbia. La concordance des temps, plus stricte qu'en français. Le choix entre essere et avere traité comme un système et non comme une liste à retenir. Les particules ci et ne, qui n'ont aucun équivalent direct et qui sont partout dans la langue parlée.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la spontanéité. Ce livre décrit une langue, il ne vous entraîne pas. Ouvrez-le avec une question et il vous répondra très bien. Ouvrez-le sans question et vous refermerez l'italien pour l'année.
Par où ne pas commencer
Le roman italien en version originale, quel qu'il soit. Ferrante, Camilleri, Calvino, Baricco : tous excellents, tous à repousser. Le problème n'est pas la difficulté, c'est que la lecture d'un francophone en italien fonctionne trop bien. Vous devinez à partir du lexique commun, vous ne vérifiez rien, vous ne prononcez rien, et vous installez des approximations qui deviendront très difficiles à corriger. Camilleri ajoute un obstacle supplémentaire dont personne ne prévient : sa langue est fortement colorée de sicilien, avec des tournures qui ne sont pas de l'italien standard. C'est un plaisir de lecture, ce n'est pas un manuel.
Le Précis Ulysse acheté en premier. Il est souvent recommandé sur les forums parce qu'il est le plus sérieux, et cette recommandation est un contresens de calendrier. Un débutant qui l'ouvre y lit trente pages sur l'emploi du subjonctif et conclut logiquement que l'italien est une langue impraticable.
Les listes de faux amis présentées comme un livre à elles seules. Elles existent, elles sont vendues, et elles ne fonctionnent pas isolément parce qu'un faux ami ne se retient qu'attaché à une phrase. En revanche, tenez votre propre liste au fil de la méthode : salire monte au lieu de descendre, camera est une chambre, burro est du beurre, libreria est une librairie, cantina est une cave, firma est une signature, morbido veut dire moelleux, confetti sont des dragées. Chacun de ces mots vous fera dire un jour l'inverse de ce que vous vouliez.
Les manuels de préparation aux certifications, CILS ou CELI, achetés avant d'avoir un niveau à certifier. Ils entraînent à un format d'examen, pas à une langue.
Ce qu'aucun de ces livres ne fera à votre place
Ils ne vous feront pas parler. L'italien se prononce en avant, les voyelles sont franches, les consonnes doubles sont tenues, et la bouche d'un francophone n'a aucune de ces habitudes. Il faut lire à voix haute, tous les jours, y compris les leçons que vous avez déjà comprises. Répéter par-dessus l'enregistrement, en essayant de coller au rythme plutôt qu'aux mots, vaut plus que trois pages de grammaire.
Ils ne corrigeront pas vos erreurs. C'est vrai pour toutes les langues, et c'est plus grave en italien parce que vos erreurs sont largement compréhensibles. Un Italien poli comprendra votre phrase mal accentuée et ne vous reprendra pas. Vous avez besoin d'une personne qui accepte de vous interrompre : un tandem linguistique, une association italienne locale, un cours du soir, un correcteur en ligne. Ce point-là ne s'achète pas en librairie.
Ils ne vous donneront pas non plus l'oreille. L'italien parlé à vitesse réelle, avec ses élisions et ses régionalismes, ne ressemble que de loin aux dialogues enregistrés d'une méthode. Prévoyez de la radio et des séries dès que vous tenez le présent et le passé composé, même si vous n'en comprenez qu'un tiers.
Après ces quatre livres
Une fois la méthode terminée et le Bescherelle usé, vous pouvez enfin ouvrir un roman sans que ce soit un mensonge. Commencez court : les nouvelles de Calvino, ou un policier contemporain écrit dans une langue plate, ce qui est un avantage à ce stade et non un défaut.
C'est aussi le moment d'aller voir comment le même problème se pose ailleurs. Notre article sur les livres pour apprendre l'anglais traite l'inverse : une langue où la lecture en version originale marche très tôt, précisément parce que le lexique ne vous piège pas de la même manière. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines, et vous pouvez explorer les auteurs italiens par leur fiche pour repérer les éditions bilingues, qui restent le meilleur compromis quand vous hésitez encore à passer à la version originale seule.
Peut-on apprendre l'italien juste en lisant des romans en version originale ?
Assimil ou Harrap's pour débuter l'italien ?
Pourquoi l'accent tonique est-il si difficile pour un francophone en italien ?
Combien de temps faut-il pour tenir une conversation simple en italien ?
Faut-il acheter un livre de vocabulaire italien ?
Un précis de grammaire universitaire est-il utile à un débutant ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.