Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre l'équitation ? 3 titres, dans l'ordre, et un malentendu à lever

Deux littératures équestres coexistent sans se parler : le manuel de Galops et les maîtres classiques. Voici dans quel ordre les aborder, et ce qu'aucun livre ne vous apprendra jamais.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quels livres pour apprendre l'équitation ?

Il existe deux rayons équestres dans une librairie, et ils ne se parlent pas.

Le premier contient des manuels illustrés, organisés par niveau, avec des photos de pieds dans les étriers et des schémas de reprises. Le second contient des textes d'écuyers, souvent minces, souvent élégamment écrits, où il est question de légèreté, de descente de main et de mise en main. Un débutant entre, demande conseil, et ressort fréquemment avec un livre du second rayon parce qu'un cavalier expérimenté le lui a recommandé avec ferveur. Trois semaines plus tard, il ne comprend pas ce qu'il lit et il en conclut qu'il est mauvais.

Il n'est pas mauvais. Il lit un texte écrit pour quelqu'un qui a déjà mille heures de selle, dans une discipline où la lecture arrive toujours après la sensation. Voici trois livres, dans un ordre qui tient compte de cette contrainte, plus la section la plus importante de cet article : ce qu'aucun d'entre eux ne fera à votre place.


Le principe : le livre suit la selle, il ne la précède pas

Dans la plupart des disciplines, on peut lire d'abord et pratiquer ensuite. En équitation, l'ordre s'inverse.

La raison est simple. L'essentiel de ce que vous devez apprendre est proprioceptif : l'équilibre sur un dos qui bouge dans trois dimensions, la coordination de deux jambes et de deux mains qui font des choses différentes en même temps, la faculté de rester décontracté alors que votre corps voudrait se raidir. Aucune phrase ne transporte ça. En revanche, une fois que vous avez éprouvé une sensation, même confusément, une phrase peut la nommer, et cette nomination accélère spectaculairement la suite.

D'où la règle qui structure ce parcours : lisez ce qui correspond à ce que vous êtes en train de vivre en reprise, jamais ce qui correspond à ce que vous aimeriez vivre dans cinq ans.

Premier livre : Catherine Ancelet, les manuels de Galops

Catherine Ancelet, « Galops 1 à 4 » (Vigot) Voir à la FnacGalops 1 à 4, de Catherine Ancelet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. C'est le premier achat, et pour beaucoup de cavaliers de loisir, le seul indispensable.

Ces manuels suivent le programme fédéral des examens de Galops, qui sont l'ossature de la formation équestre en France. Ils couvrent les quatre premiers niveaux, c'est à dire ce qui va de la découverte à une autonomie réelle aux trois allures, avec les connaissances théoriques associées.

Ce qu'ils vous apprennent précisément : le vocabulaire, d'abord, qui est considérable et que personne ne prend le temps de vous expliquer en reprise. Les aides et leur logique. Les figures de manège et pourquoi elles existent. Toute la partie au sol, qui représente une part importante du temps réel passé avec un cheval : approcher, mettre un licol, panser, curer les pieds, seller, brider, mener en main. Et l'hippologie de base : robes, anatomie, alimentation, soins courants, signes d'alerte.

Ce qu'ils ne vous apprennent pas : à monter. Ils vous permettent d'arriver en reprise en sachant ce qu'on va vous demander et pourquoi, ce qui n'est pas rien : un cavalier qui a lu le chapitre sur le trot enlevé avant sa séance gagne plusieurs semaines.

Une précaution d'achat. Le programme des Galops a été révisé par la Fédération française d'équitation et les manuels ont suivi. Vérifiez que l'édition proposée correspond au programme en vigueur, surtout d'occasion, et demandez à votre club quelle version il utilise. C'est le genre de détail dont personne ne parle et qui vous fait réviser un contenu périmé.

Deuxième livre : approfondir l'hippologie avant l'art équestre

C'est l'étape que presque tout le monde saute, et c'est dommage, parce que c'est celle où un livre est le plus efficace.

L'hippologie, c'est la connaissance du cheval lui-même : sa locomotion, son squelette, son pied, sa dentition, sa digestion très particulière et très fragile, son comportement d'animal de proie et de troupeau, ses besoins alimentaires, les pathologies courantes. Rien de tout cela ne demande d'être à cheval. Tout cela s'apprend parfaitement dans un fauteuil, et tout cela transforme votre pratique.

Concrètement, un cavalier qui comprend la mécanique du galop cesse de croire que son cheval est paresseux quand il part sur le mauvais pied. Un cavalier qui connaît l'anatomie du pied comprend enfin ce que son maréchal-ferrant raconte. Un cavalier qui sait reconnaître les premiers signes d'une colique peut sauver un cheval un dimanche soir.

Vous pouvez faire cette étape avec les manuels de Galops, qui traitent l'hippologie à chaque niveau, en lisant simplement les chapitres théoriques des niveaux supérieurs au vôtre. C'est gratuit en pratique, puisque vous avez déjà les livres, et beaucoup plus utile que d'acheter un traité classique trop tôt. Si vous voulez aller plus loin, les ouvrages vétérinaires destinés aux propriétaires font très bien l'affaire, à condition qu'ils soient récents : la nutrition équine et la médecine du sport ont beaucoup évolué en vingt ans.

Le vrai contenu de cette étape n'est donc pas un titre, c'est une décision : ne passez pas aux maîtres tant que vous ne savez pas comment un cheval est fait.

Troisième livre : Nuno Oliveira, « Réflexions sur l'art équestre »

Nuno Oliveira, « Réflexions sur l'art équestre » (Belin) Voir à la FnacRéflexions sur l'art équestre, de Nuno Oliveira (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis sérieux : plusieurs années de pratique régulière, et de préférence une expérience du travail sur le plat au-delà du simple contrôle du cheval.

Nuno Oliveira, mort en 1989, est le maître portugais dont l'influence sur l'équitation classique européenne du vingtième siècle est probablement la plus grande. Ses textes sont courts, denses, presque aphoristiques. On les cite partout, on les offre volontiers, et c'est précisément pour cela qu'ils tombent si souvent entre de mauvaises mains.

Ce qu'il vous apprend, quand vous êtes prêt : une exigence. Oliveira parle de décontraction, de légèreté, du fait qu'une main dure ferme le cheval, du temps qu'il faut accorder à un animal pour comprendre. Ce sont des idées simples à énoncer et très difficiles à mettre en œuvre, et leur formulation vous atteint seulement si vous avez déjà senti la différence entre un cheval contracté et un cheval qui se donne.

Ce qu'il ne vous apprend pas : une méthode reproductible. Il n'y a pas de progression pas à pas dans ces pages, pas de « semaine 1, semaine 2 ». C'est de la réflexion sur une pratique, pas un programme d'entraînement.

Le même avertissement vaut pour Michel Henriquet, écuyer français qui fut son élève et l'un de ses grands passeurs en France. Michel Henriquet, « L'Équitation, un art, une passion », réédité plusieurs fois, appartient à cette même famille de textes. Henriquet est plus explicatif qu'Oliveira, plus historien aussi, ce qui en fait une porte d'entrée un peu plus accessible vers la tradition classique. Un peu, pas beaucoup.

Par où ne pas commencer

Oliveira en premier livre, donc. C'est la recommandation que tout le monde fait à tout le monde, avec les meilleures intentions du monde, et elle décourage plus de débutants qu'elle n'en forme.

Les traités anciens ensuite. L'« École de cavalerie » de La Guérinière, publiée en 1733, est un monument historique et reste citée par les écuyers contemporains. Elle décrit aussi un contexte équestre qui n'est plus le vôtre, dans une langue du dix-huitième siècle. Vous la lirez avec profit le jour où l'histoire de l'équitation vous intéressera pour elle-même.

Méfiez-vous également des ouvrages qui promettent une méthode révolutionnaire, une communication naturelle avec le cheval ou une progression accélérée. Le rayon équestre en contient beaucoup, souvent adossés à une marque et à des stages payants. Le travail au sol et l'étude du comportement équin sont des sujets réels et sérieux, mais aucune approche relationnelle ne dispense d'apprendre à s'asseoir correctement, et laisser croire le contraire est une manière fiable de se faire mal.

Enfin, un mot sur les livres de saut d'obstacles achetés trop tôt. Un cavalier qui n'a pas une assiette stable au galop n'a rien à faire dans un chapitre sur les abords et les foulées. Il n'apprendra pas à sauter, il apprendra à gêner son cheval avec plus de vocabulaire.

Ce qu'aucun livre ne vous apprendra : l'assiette

Voilà le cœur du sujet, et il tient en un mot.

L'assiette est la manière dont vous êtes assis, ou plus exactement la manière dont votre bassin accompagne le mouvement du dos du cheval sans que vous ayez besoin de vous retenir avec les rênes ni de serrer avec les genoux. Tant qu'elle n'est pas là, vos mains ne sont pas indépendantes, donc vos actions de rênes sont fausses, donc le cheval reçoit des signaux contradictoires. Absolument tout le reste en dépend.

Or l'assiette ne se transmet par aucune phrase. On peut vous décrire une position correcte, vous la comprendrez parfaitement et vous ne l'aurez pas. Elle s'acquiert par la répétition, dans des conditions précises : des séances à la longe où vous n'avez pas les rênes et où quelqu'un contrôle le cheval à votre place, du travail sans étriers, de la voltige si votre club en propose, et beaucoup de trot assis inconfortable. Ce sont les exercices que les cavaliers évitent, parce qu'ils sont pénibles et qu'ils ne ressemblent pas à de l'équitation. Ce sont aussi les seuls qui construisent quelque chose.

Deux autres choses ne s'apprennent pas dans un livre. Le regard extérieur, d'abord : vous ne voyez pas ce que vous faites, vous croyez avoir la main basse quand elle est haute, et il faut quelqu'un au sol, ou une vidéo, pour trancher. La diversité des chevaux, ensuite : monter toujours le même cheval de club vous fait progresser jusqu'à un plafond, puis vous fait croire que vous savez monter alors que vous savez monter celui-là. Changer de cheval est le meilleur accélérateur d'apprentissage qui existe, et il ne coûte rien de le demander.

Après ces lectures

Vous aurez le vocabulaire, la connaissance de l'animal et une première idée de ce vers quoi tend la tradition classique. C'est un socle honnête, et il vous placera devant un choix.

Si c'est le dressage qui vous attire, la littérature est abondante et l'exigence de lecture augmente vite. Si c'est l'extérieur et le tourisme équestre, le savoir utile bascule vers l'orientation, la gestion de l'effort et les soins en autonomie. Si c'est l'obstacle, le moment vient d'ouvrir enfin les livres techniques que je vous conseillais d'écarter au début.

Et si le plaisir d'entrer dans une discipline par le bon livre au bon moment vous a pris, la collection quels livres acheter pour apprendre à applique exactement cette méthode à d'autres pratiques corporelles, notamment pour apprendre à courir, où l'écart entre ce qu'un livre transmet et ce que seul le corps apprend se pose dans des termes très proches. Vous pouvez aussi parcourir les ouvrages classés par genre pour repérer les éditions disponibles.

Peut-on apprendre à monter à cheval avec des livres ?

Non, et aucun auteur sérieux ne le prétend. Un livre transmet très bien la théorie, l'hippologie, les soins, la logique d'un exercice et le vocabulaire technique. Il ne transmet pas l'assiette, c'est à dire la capacité à rester liée au mouvement du cheval sans se tenir aux rênes. Cela s'acquiert par des heures de selle, idéalement à la longe et sans étriers. Les livres servent à comprendre ce que votre moniteur vous demande, et à progresser plus vite entre deux reprises.

Par quel livre commencer quand on débute l'équitation ?

Par le manuel correspondant à votre niveau de Galop, tout simplement. Il est écrit pour votre situation exacte, il suit le programme sur lequel vous serez évalué, et il traite autant du cheval au sol que du cheval monté. Vérifiez seulement que l'édition que vous achetez correspond bien au programme actuel de la Fédération française d'équitation, qui a été révisé, et demandez à votre club en cas de doute.

Faut-il lire Nuno Oliveira quand on débute ?

C'est l'erreur la plus fréquente. Oliveira est un des grands écuyers du vingtième siècle et ses textes sont magnifiques, mais ils s'adressent à des cavaliers qui ont déjà des années de selle. Il parle de nuances de descente de main, de qualité de contact, de sensations que vous ne pouvez pas reconnaître si vous ne les avez jamais éprouvées. Lu trop tôt, le livre paraît vague ou mystique. Lu au bon moment, il éclaire brutalement.

L'hippologie sert-elle vraiment à un cavalier de loisir ?

Elle sert énormément, et elle est sous-estimée. Connaître l'anatomie du pied, les grandes lignes de la locomotion, les besoins alimentaires, les signes d'une colique ou d'une boiterie, change votre rapport à l'animal et votre sécurité. C'est aussi la partie de la formation qu'un livre transmet le mieux, parce qu'elle est faite de connaissances et non de sensations. Les Galops l'incluent d'ailleurs à chaque niveau.

Combien de temps faut-il pour être à l'aise à cheval ?

Comptez deux à trois ans de pratique hebdomadaire régulière pour être autonome aux trois allures en extérieur et gérer un cheval que vous ne connaissez pas. C'est long parce que l'apprentissage passe par le corps et que le corps apprend lentement. Les cavaliers qui progressent le plus vite sont presque toujours ceux qui montent plusieurs chevaux différents plutôt que toujours le même.

Les livres d'équitation éthologique remplacent-ils un manuel classique ?

Ils traitent d'un autre sujet. Le travail au sol, la compréhension du comportement du cheval et la relation homme-animal sont utiles et souvent bien expliqués. Mais ils ne vous apprennent pas à monter, et certains ouvrages du rayon promettent une relation qui dispenserait de la technique, ce qui est faux et parfois dangereux. Gardez-les comme complément, pas comme socle.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi