Quels livres pour apprendre l'apiculture ?
Il y a un scénario qui se répète chaque printemps. Quelqu'un lit un article sur le déclin des pollinisateurs, achète une ruche complète en kit, commande un essaim, installe le tout au fond du jardin en avril, et regarde. En août la colonie essaime, en novembre elle est vide, et personne ne saura vraiment dire pourquoi.
L'apiculture est probablement la discipline de cette collection où les livres sont les moins suffisants. Vous vous occupez d'animaux vivants, d'un parasite qui les tue, d'un cadre réglementaire, et de voisins. Aucune de ces quatre choses ne se règle en lisant. Cela dit, les quatre livres qui suivent vous éviteront la plupart des erreurs de première année, et le dernier chapitre de cet article compte autant que les précédents.
Ce que vous cherchez vraiment
Prenez trente secondes pour situer votre intention, parce qu'elle change complètement la liste.
Certains veulent installer une ou deux ruches et récolter un peu de miel pour la maison. C'est le cas le plus fréquent, et c'est celui pour lequel ce parcours est écrit.
D'autres veulent surtout comprendre les abeilles, sans forcément en élever. Bonne nouvelle : c'est le seul de ces objectifs qu'un livre remplit entièrement. Vous pouvez sauter directement au troisième titre.
D'autres enfin visent la production, la vente sur les marchés, une trentaine de ruches. Ceux-là auront besoin d'une formation professionnelle et non d'une bibliographie, et les livres généralistes les décevront vite.
Premier livre : Jean Riondet, « L'apiculture mois par mois »
Jean Riondet et Frank Aletru, « L'apiculture mois par mois » (Ulmer, nouvelle édition 2018, 160 pages) Voir à la FnacL'apiculture mois par mois, de Jean Riondet et Frank Aletru (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Sous-titré « bien conduire son rucher de janvier à décembre ».
Le mérite de ce livre tient entièrement à son plan. Il n'est pas organisé par thèmes, comme un manuel, mais par mois, comme la vie d'un rucher. Vous ouvrez janvier, vous lisez ce qu'on y fait, et vous comprenez immédiatement que l'apiculture n'est pas une activité d'été.
Ce qu'il vous apprend précisément : le rythme. Quand nourrir, quand poser une hausse, quand surveiller l'essaimage, quand traiter, quand ne surtout rien faire. Riondet a longtemps animé des formations dans la région lyonnaise, et cela s'entend dans sa manière d'anticiper les questions bêtes, celles que personne n'ose poser au rucher-école.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le pourquoi. Le format court oblige à des consignes plutôt qu'à des explications, et vous finirez par vouloir comprendre ce que vous faites. C'est exactement le rôle du deuxième livre.
Achetez celui-ci avant d'acheter une ruche. Il coûte moins cher qu'un essaim, et il vous dira honnêtement si vous êtes disponible en avril et en mai, les deux mois où tout se joue.
Deuxième livre : Henri Clément et Roch Domerego, « Le traité Rustica de l'apiculture »
Henri Clément et Roch Domerego, « Le traité Rustica de l'apiculture » (Rustica, nouvelle édition 2018) Voir à la FnacLe traité Rustica de l'apiculture, de Henri Clément et Roch Domerego (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir lu un guide de conduite, ou avoir passé quelques journées au rucher.
C'est le gros volume de référence en français, celui qu'on garde ouvert sur la table de l'atelier. Henri Clément a présidé l'Union nationale de l'apiculture française, et l'ouvrage est collectif : différents spécialistes traitent la conduite, la pollinisation, les produits de la ruche, l'apithérapie.
Ce qu'il vous apprend précisément : les gestes détaillés en photos pas à pas, ce qui compte énormément pour un débutant. Enfumer correctement, manipuler un cadre sans le brutaliser, faire une visite de printemps complète, récolter, extraire. Le format illustré fait ici plus qu'illustrer.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à décider. Un traité expose les options, il ne choisit pas à votre place entre Dadant et Langstroth, entre transhumance et rucher fixe. Ces choix se font en discutant avec des apiculteurs qui travaillent dans votre région et sous votre climat.
Une remarque de méthode : ne lisez pas ce livre en entier avant de commencer. C'est un ouvrage de consultation. Lisez-en cent pages, mettez-le sur l'étagère, revenez-y quand une question précise se pose.
Troisième livre : Jürgen Tautz, « L'étonnante abeille »
Jürgen Tautz, « L'étonnante abeille » (De Boeck, 2009, traduit de l'allemand par Yves Élie, photographies de Helga R. Heilmann) Voir à la FnacL'étonnante abeille, de Jürgen Tautz (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais l'intérêt décuple quand on a déjà regardé un cadre de près.
Tautz dirigeait le groupe de recherche sur les abeilles de l'université de Würzburg. Son livre défend une idée forte : la colonie doit se penser comme un organisme unique, un vertébré à sang chaud dont les abeilles seraient les cellules. La thèse est discutable, elle est surtout féconde.
Ce qu'il vous apprend précisément : la biologie, et donc le sens de vos gestes. Pourquoi la température du couvain est régulée au dixième de degré, ce que fait réellement la danse frétillante, comment une colonie décide d'essaimer, pourquoi une reine de deux ans n'est plus la même qu'à un an. Les photographies macro de Heilmann montrent des choses que vous ne verrez jamais à l'œil nu.
Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire samedi matin. C'est un livre de connaissance, pas de conduite. Il est aussi le seul de cette liste qui se lit avec plaisir sans avoir la moindre intention d'élever des abeilles.
Si vous cherchez une porte d'entrée vers le vivant plus largement, le même esprit d'observation se retrouve dans notre sélection pour apprendre l'écologie.
Quatrième livre : Jean Riondet, « Le rucher durable »
Jean Riondet, avec Gaëtan Adell et Sosthène Fayolle, « Le rucher durable, guide pratique de l'apiculteur d'aujourd'hui » (Ulmer, 2013, 272 pages, environ 400 illustrations) Voir à la FnacLe rucher durable, guide pratique de l'apiculteur d'aujourd'hui, de Jean Riondet, avec Gaëtan Adell et Sosthène Fayolle (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une première saison derrière vous, ou au moins une formation en cours.
Celui-ci arrive au bon moment quand votre première année s'est mal passée, ce qui est statistiquement probable. Il traite de la conduite d'un rucher qui tient dans la durée : renouvellement des reines, élevage, division des colonies, et surtout gestion de la pression du varroa.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne plus dépendre d'achats d'essaims. Un apiculteur qui rachète des colonies chaque printemps parce que les siennes meurent chaque hiver n'est pas apiculteur, il est client. Faire ses propres essaims et élever quelques reines change complètement le rapport au rucher.
Ce qu'il ne vous apprend pas, et c'est important : les protocoles sanitaires actuels. Le livre date de 2013, les médicaments autorisés et les recommandations de traitement contre le varroa évoluent. Prenez la logique, vérifiez les modalités auprès du groupement de défense sanitaire apicole de votre département.
Par où ne pas commencer
Trois pièges reviennent constamment chez les débutants, et deux concernent des livres très recommandés.
« L'apiculture pour tous » de l'abbé Émile Warré, dont la douzième édition date de 1948, circule gratuitement en PDF et jouit d'une réputation immense. Le texte est attachant, l'homme était sérieux, la ruche populaire qu'il décrit a ses partisans convaincus. Mais ce livre a été écrit plus de trente ans avant l'arrivée du varroa en France, au début des années 1980. Il ne dit rien du problème sanitaire numéro un de l'apiculture contemporaine, tout simplement parce que le problème n'existait pas. Le lire en premier, c'est apprendre un métier amputé de sa difficulté principale.
Les manuels d'apiculture dite naturelle ou sans traitement, ensuite. Ils posent de bonnes questions sur notre rapport à l'élevage, et certains sont écrits par des praticiens honnêtes. Le risque est concret : une colonie laissée sans suivi face au varroa s'effondre souvent en deux ou trois hivers, et ses abeilles affaiblies dérivent vers les ruchers voisins en emportant le parasite. Vous n'avez pas seulement des abeilles, vous avez des voisins apiculteurs. Ces livres se lisent en troisième ou quatrième position, une fois que vous savez ce que vous refusez.
Enfin, méfiez-vous des ouvrages traduits de l'anglais américain sans adaptation. Les climats, les floraisons, les races d'abeilles et la réglementation n'ont rien à voir. Un calendrier apicole du Vermont ne vous servira à rien dans le Gard.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Voici la partie qui devrait figurer en tête de tous les articles sur ce sujet.
Personne ne devrait ouvrir sa première ruche seul. Le geste s'apprend en une demi-journée avec quelqu'un à côté, et ne s'apprend pas du tout en photo. Vous ne saurez pas, en lisant, à quel point une colonie est bruyante quand elle est mécontente, ni combien de temps vous pouvez laisser un cadre hors de la ruche par vingt degrés. Cherchez un rucher-école : la plupart des syndicats et associations apicoles départementaux en tiennent un, souvent pour une cotisation modeste, et la formation s'étale sur une saison complète.
Le parrainage vaut encore mieux que le cours. Un apiculteur qui accepte que vous veniez le suivre dix samedis dans l'année vous transmettra en une saison ce que trois livres ne transmettent pas. Beaucoup acceptent, il suffit de demander, et de venir avec ses propres gants.
Un livre ne vous tiendra pas non plus au courant de la réglementation. La déclaration de ruches est obligatoire dès la première colonie et se renouvelle chaque année auprès du ministère chargé de l'Agriculture, mais les dates de campagne changent, et les distances à respecter par rapport aux habitations et aux chemins dépendent d'arrêtés préfectoraux ou municipaux qui ne sont pas les mêmes d'un département à l'autre. Aucun ouvrage, même réédité, ne peut faire foi là-dessus. Renseignez-vous à la source, et parlez à votre mairie avant d'installer quoi que ce soit.
Un dernier point que les livres passent sous silence : le carnet. Notez chaque visite, la date, l'état du couvain, les réserves, ce que vous avez fait. Au bout de deux ans vous aurez votre propre manuel, calé sur votre climat et vos colonies, et il vaudra plus que tous les autres.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors le calendrier, les gestes, la biologie et la conduite durable. C'est un socle solide, et honnêtement suffisant pour tenir deux ou trois ruches pendant des années.
La suite dépend de ce qui vous a pris. Si c'est l'élevage, cherchez du côté des ouvrages spécialisés sur la production de reines. Si c'est le végétal, la question des ressources mellifères vous mènera vers la botanique et vers le jardinage, qui devient soudain beaucoup plus intéressant quand on regarde son terrain avec des yeux d'abeille. Si c'est la biologie, la littérature scientifique sur les pollinisateurs sauvages est abondante, et elle relativise utilement la place de l'abeille domestique.
Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à suit la même méthode, et le catalogue par genres permet de repérer les éditions récentes quand un domaine bouge vite.
Peut-on apprendre l'apiculture uniquement dans les livres ?
Par quel livre commencer quand on n'a pas encore de ruche ?
Faut-il déclarer ses ruches en France ?
Un livre suffit-il à gérer le varroa ?
Combien de ruches faut-il pour commencer ?
Les livres sur l'apiculture naturelle ou sans traitement sont-ils fiables ?
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