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Quels livres pour apprendre à parler en public ? 5 titres dans l'ordre où les lire

Cinq livres pour prendre la parole en public, du trac à la rhétorique classique, dans un ordre qui tient, plus les manuels d'éloquence qu'il ne faut surtout pas ouvrir en premier.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La parole est un sport de combatBertrand PérierVoir La parole est un sport de combat, de Bertrand Périer à la Fnac (lien affilié)
La Peur des autres. Trac, timidité et phobie socialeChristophe André et Patrick LégeronVoir La Peur des autres. Trac, timidité et phobie sociale, de Christophe André et Patrick Légeron à la Fnac (lien affilié)
Introduction à la rhétorique. Théorie et pratiqueOlivier ReboulVoir Introduction à la rhétorique. Théorie et pratique, de Olivier Reboul à la Fnac (lien affilié)
RhétoriqueAristoteVoir Rhétorique, de Aristote à la Fnac (lien affilié)
Parler en public : TED, le guide officielChris AndersonVoir Parler en public : TED, le guide officiel, de Chris Anderson à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre à parler en public ?

La plupart des gens qui cherchent un livre sur la prise de parole cherchent en réalité une solution à un problème très précis : ils ont une intervention prévue dans trois semaines et ils dorment mal. Ils achètent alors un manuel de techniques, apprennent qu'il faut respirer par le ventre, regarder le fond de la salle et sourire, et arrivent le jour J avec exactement la même peur qu'avant, plus une liste de consignes à respecter.

Le problème vient de l'ordre dans lequel on aborde le sujet. Le trac, la construction d'un propos et l'art de convaincre sont trois choses distinctes, qui se travaillent avec des livres différents et pas au même moment. Et il y a une bizarrerie du marché français : la rhétorique classique, qui a formé les orateurs pendant vingt-trois siècles et qui reste le meilleur cadre disponible, est à peu près absente des manuels modernes. On vous vend sous le nom de storytelling ce qu'Aristote appelait le pathos, sans jamais citer la source.

Voici cinq livres seulement, dans un ordre qui tient compte de là où vous en êtes, et la liste de ce qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier.


Trois problèmes qu'on confond en permanence

Quelqu'un qui « ne sait pas parler en public » peut souffrir de trois choses très différentes.

La première est la peur : la voix qui tremble, la gorge sèche, le blanc. Elle relève de l'anxiété sociale, elle a été très étudiée, et elle se traite avec des méthodes qui n'ont rien à voir avec la technique oratoire.

La deuxième est structurelle : la personne parle sans difficulté mais son propos part dans tous les sens, et au bout de six minutes l'auditoire a décroché sans savoir pourquoi. C'est un problème de composition, et il se règle avec une méthode de construction du discours.

La troisième est celle de la persuasion : le propos est clair, l'orateur est calme, et pourtant rien ne bouge dans la salle. C'est le domaine propre de la rhétorique, le plus intéressant et le plus rarement traité sérieusement.

Regardez honnêtement lequel des trois vous concerne. Si c'est le premier, commencez par le deuxième livre de cette liste et pas par le premier.

Premier livre : Bertrand Périer, « La parole est un sport de combat »

Bertrand Périer, « La parole est un sport de combat » (JC Lattès, 2017, avec la collaboration d'Adeline Fleury, environ 250 pages) Voir à la FnacLa parole est un sport de combat, de Bertrand Périer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Périer est avocat aux Conseils, il enseigne l'art oratoire à Sciences Po et il figure dans le documentaire « À voix haute » consacré au concours d'éloquence de Saint-Denis. Le livre est né de cet enseignement, et cela s'entend : il répond aux objections réelles des débutants plutôt qu'à celles qu'un formateur imagine.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la parole se travaille comme un geste sportif, avec des exercices bêtes et répétés, et que le talent naturel compte beaucoup moins qu'on ne le croit. Il traite le regard, le débit, l'usage du silence, la manière d'entrer dans une salle. Il insiste sur un point que les manuels oublient, la nécessité d'avoir quelque chose à dire avant de se demander comment le dire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à construire une argumentation solide. C'est un livre d'encouragement et de premiers réflexes, pas un traité. Vous en sortirez avec l'envie d'essayer, ce qui est exactement le service attendu d'un premier livre.

Deuxième livre : Christophe André et Patrick Légeron, « La Peur des autres »

Christophe André et Patrick Légeron, « La Peur des autres. Trac, timidité et phobie sociale » (Odile Jacob, première édition en 1995, plusieurs éditions revues, la dernière refondue avec Antoine Pelissolo) Voir à la FnacLa Peur des autres. Trac, timidité et phobie sociale, de Christophe André et Patrick Légeron (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. À lire en premier si votre problème est la peur et pas la technique.

Les deux auteurs sont psychiatres et ont exercé à Sainte-Anne. Le livre décrit un continuum, du trac banal avant un exposé jusqu'à la phobie sociale invalidante, et il donne les repères pour situer où vous êtes. C'est important : traiter un trac ordinaire avec des méthodes de phobie est aussi inefficace que l'inverse.

Ce qu'il vous apprend précisément : que l'évitement entretient la peur au lieu de la calmer. Chaque fois que vous refusez une prise de parole, votre cerveau enregistre que la situation était bien dangereuse et que vous l'avez échappé belle. La méthode d'exposition progressive consiste à construire une échelle de situations, de la plus supportable à la plus redoutée, et à monter les barreaux un par un. Poser une question dans une réunion de six personnes, puis faire un point de cinq minutes, puis animer.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à parler bien. Une fois la peur redescendue à un niveau gérable, vous serez calme et sans méthode. D'où la suite.

Troisième livre : Olivier Reboul, « Introduction à la rhétorique »

Olivier Reboul, « Introduction à la rhétorique. Théorie et pratique » (PUF, collection Premier Cycle, 1991, 238 pages) Voir à la FnacIntroduction à la rhétorique. Théorie et pratique, de Olivier Reboul (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais il faut accepter de lire un livre universitaire.

C'est le livre pivot de cette liste, et celui que personne ne recommande. Reboul, professeur à Strasbourg, y fait ce que les manuels d'éloquence ne font jamais : il expose le système rhétorique complet, hérité d'Aristote, de Cicéron et de Quintilien, puis il le fait fonctionner sur des textes concrets, publicités et discours politiques compris.

Ce qu'il vous apprend précisément : les cinq parties de la rhétorique, qui sont un plan de travail avant d'être une théorie. L'invention, c'est-à-dire trouver ce qu'on va dire et sur quels arguments on s'appuie. La disposition, c'est-à-dire dans quel ordre. L'élocution, le choix des mots et des figures. La mémoire, la manière de retenir sans réciter. L'action, la voix et le corps. Quatre-vingt-dix pour cent des gens qui préparent une intervention commencent par l'élocution et l'action, c'est-à-dire par la fin, et se demandent ensuite pourquoi leur propos ne tient pas.

Il vous donne aussi les trois moyens de persuasion, ethos, pathos et logos, avec la précision d'un philosophe et non celle d'un consultant. Vous ne regarderez plus un discours politique de la même manière.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à vous entraîner. Reboul analyse, il ne coache pas. C'est un ouvrage de compréhension, et il vaut trois manuels pratiques.

Quatrième livre : Aristote, « Rhétorique »

Aristote, « Rhétorique » (Le Livre de Poche, collection Classiques de la philosophie, 1991, traduction de Charles-Émile Ruelle revue par Patricia Vanhemelryck, introduction de Michel Meyer, commentaires de Benoît Timmermans) Voir à la FnacRhétorique, de Aristote (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : Reboul, ou l'équivalent.

C'est la source, et elle est plus lisible qu'on ne le craint. Aristote écrit pour former des orateurs athéniens confrontés à des tribunaux et à des assemblées, et son texte est étonnamment pratique. Le livre II, consacré aux passions, est une étude de psychologie de l'auditoire : ce qui met en colère, ce qui rassure, ce qui fait pitié, ce qui rend indulgent.

Ce qu'il vous apprend précisément : que persuader n'est pas démontrer. Aristote distingue la preuve nécessaire, qui relève de la logique, et la preuve vraisemblable, qui est le terrain de tout discours réel. Personne ne prend une décision dans une assemblée sur la base d'une démonstration formelle. On tranche sur du probable, et savoir construire du probable solide est une compétence en soi.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les usages contemporains. Il n'y avait ni micro, ni diaporama, ni visioconférence à Athènes. Ne l'ouvrez pas en cherchant des conseils de mise en scène, ouvrez-le pour comprendre ce que vous faites quand vous parlez.

Cinquième livre : Chris Anderson, « Parler en public : TED, le guide officiel »

Chris Anderson, « Parler en public : TED, le guide officiel » (Flammarion, 2016, traduit de l'anglais par Martine Devillers-Argouarc'h, environ 350 pages, repris en poche) Voir à la FnacParler en public : TED, le guide officiel, de Chris Anderson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun techniquement, mais il vaut mieux le lire en dernier.

Anderson dirige TED depuis 2001 et a préparé des centaines d'intervenants. Le livre est le meilleur ouvrage disponible sur un format précis : la conférence courte, écrite, répétée, adressée à un public qui a choisi d'être là.

Ce qu'il vous apprend précisément : la discipline de l'idée unique. Une intervention porte une idée, pas cinq, et tout ce qui ne sert pas cette idée doit disparaître, y compris les passages dont vous êtes le plus fier. Il traite très bien les supports visuels, sujet où la moyenne des interventions professionnelles est catastrophique, et l'entrée en scène.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à improviser. Le format TED est l'exception, pas la règle. Vos prises de parole réelles seront le plus souvent des réunions où l'on vous interrompt, des questions imprévues, des entretiens. Lu en dernier, ce livre est un bon outil de mise en scène. Lu en premier, il produit des orateurs qui déclament.

Par où ne pas commencer

D'abord, les traités antiques dans leur intégralité. « L'Institution oratoire » de Quintilien, disponible aux Belles Lettres, compte douze livres et forme un programme d'éducation complet depuis l'enfance. C'est passionnant et c'est un projet de plusieurs mois. Le « De l'orateur » de Cicéron pose le même problème, en dialogue. Passez par Reboul, qui vous en donne l'essentiel utilisable, et revenez-y si le goût vous en prend.

Ensuite, une famille entière de livres à éviter : les manuels de communication non verbale qui vous expliquent que les mots comptent pour sept pour cent du message. Ce chiffre vient d'études d'Albert Mehrabian menées dans les années 1960 sur des mots isolés en situation d'incohérence entre le ton et le contenu. Mehrabian lui-même a passé sa vie à démentir la généralisation qu'on en a tirée. Un manuel qui reprend ce chiffre sans précaution vous signale par là même qu'il ne vérifie pas ses sources.

Méfiez-vous aussi des livres construits autour d'un acronyme ou d'une méthode en sept étapes brevetée. Le format trahit souvent une pensée mince étirée sur trois cents pages. Un test rapide en librairie : lisez la table des matières, puis deux pages au hasard du milieu. Si les deux pages ne vous apprennent rien que le sommaire n'annonçait déjà, reposez le livre.

Enfin, les recueils de grands discours commentés, aussi agréables soient-ils, ne sont pas des outils d'apprentissage pour un débutant. Lire le discours de Robert Badinter sur l'abolition de la peine de mort est une expérience magnifique et ne vous rapproche pas d'une réunion d'équipe le mardi matin. Gardez-les pour plus tard, quand vous aurez de quoi analyser leur construction.

Ce qu'aucun livre ne fera à votre place

Parler en public est probablement la compétence de toute cette collection où la lecture est la moins efficace, et il faut le dire franchement.

Vous ne saurez jamais, en lisant, que vous dites « du coup » quarante fois en dix minutes, que vous regardez systématiquement le même coin de la salle, ou que votre voix monte d'une octave dès qu'on vous contredit. Personne ne le sait sur soi. Il faut un enregistrement ou un témoin. L'enregistrement vidéo de vos propres interventions est l'exercice le plus désagréable et le plus rentable qui existe, et à peu près personne ne le fait deux fois.

Il faut aussi un public réel, parce que la présence d'autrui change tout : le rythme, le souffle, la capacité à trouver ses mots. Les clubs d'éloquence se sont multipliés dans les villes universitaires françaises, les associations de type Toastmasters proposent des réunions régulières où chacun parle à son tour, et le théâtre d'improvisation reste probablement le meilleur entraînement indirect. Il vous force à parler sans filet et à accepter de rater devant témoins, ce qui est exactement la peur à désamorcer.

Une dernière chose, la moins spectaculaire : préparez à voix haute, debout, pas assis devant un écran. Un texte préparé en silence n'a jamais été prononcé, et vous le découvrirez en direct devant votre auditoire. Trois passages à voix haute dans votre salon valent dix relectures muettes.

Après ces cinq livres

Vous aurez de quoi ramener la peur à un niveau supportable, une méthode complète de construction, la source antique pour comprendre ce que vous faites, et un savoir-faire de mise en scène contemporain.

La suite dépend de ce qui vous attend. Si vous plaidez ou si vous débattez, allez vers l'argumentation et les traités sur les sophismes, où le plaisir est immédiat. Si vous enseignez, la question devient celle de l'attention et de la mémoire de l'auditoire, un autre domaine. Si vous écrivez vos discours, c'est le travail de la phrase qui devient déterminant, et vous trouverez de quoi faire du côté de notre article pour apprendre à écrire.

La même méthode de tri s'applique au reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, notamment pour apprendre à négocier, qui partage avec celui-ci le même piège : croire qu'une compétence de relation s'acquiert assis.

Par quel livre commencer pour apprendre à parler en public ?

Par « La parole est un sport de combat » de Bertrand Périer, chez JC Lattès. Avocat aux Conseils et professeur d'art oratoire à Sciences Po, il écrit court, concret, sans jargon, et il traite les questions que se pose vraiment quelqu'un qui n'ose pas prendre la parole. C'est une entrée en matière, pas une méthode complète, mais elle a le mérite de faire tomber la peur du sujet lui-même.

Faut-il vraiment lire Aristote pour bien parler ?

Pas immédiatement, mais oui à terme, et c'est ce que les manuels modernes omettent. La « Rhétorique » d'Aristote pose les trois moyens de persuader, l'ethos, le pathos et le logos, ainsi que la mécanique de l'argument par vraisemblance. Tout ce qu'on vous vend aujourd'hui comme technique de storytelling en descend directement. Lire la source vous évite d'acheter dix fois la même chose reformulée.

Comment gérer le trac avant une prise de parole ?

En traitant le trac comme une anxiété sociale, pas comme un défaut de préparation. « La Peur des autres » de Christophe André et Patrick Légeron, chez Odile Jacob, décrit les mécanismes et les exercices d'exposition progressive qui fonctionnent. Le principe est simple à énoncer : on ne supprime pas la peur en l'évitant, on la réduit en s'exposant à des situations graduées. Un livre de technique oratoire ne vous donnera jamais cela.

Combien de temps faut-il pour être à l'aise à l'oral ?

Comptez quelques mois de pratique régulière, pas de lecture. Une prise de parole par semaine devant un vrai public, même petit, produit un changement visible en un trimestre. Six mois de lecture sans prise de parole ne produisent rien du tout. C'est la seule compétence de cette collection où le ratio pratique sur théorie devrait pencher aussi lourdement du côté de la pratique.

Les livres sur les conférences TED sont-ils utiles ?

Le guide officiel écrit par Chris Anderson, publié chez Flammarion, est bien fait et honnête sur ses limites. Il traite la construction d'une idée directrice, l'entrée en scène, les notes, les supports visuels. Son angle mort est qu'il vise un format très particulier, la conférence courte et préparée au mot près. Une réunion, un oral d'examen ou une plaidoirie ne fonctionnent pas ainsi, et transposer les recettes TED partout donne un résultat artificiel.

Faut-il apprendre son texte par cœur ?

Non, sauf format très court et très travaillé. Un texte appris par cœur s'effondre au premier trou de mémoire et empêche de réagir à la salle. La méthode classique consiste à mémoriser une structure, quelques articulations et deux ou trois formulations précises pour les moments clés, puis à improviser le reste dans ce cadre. C'est précisément ce que la rhétorique antique appelait la disposition et la mémoire.

Un club d'éloquence remplace-t-il les livres ?

Il les complète, et sur cette compétence il pèse plus lourd qu'eux. Un club, un atelier de théâtre d'improvisation ou une association type Toastmasters vous donne deux choses qu'aucun livre ne fournit : un public réel et un retour immédiat sur ce que vous faites sans le savoir. Les livres servent alors à comprendre pourquoi tel passage n'a pas fonctionné, ce qui est déjà beaucoup.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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