Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre à mémoriser ? 4 titres, et ce que les champions ne vous disent pas

Les palais mentaux impressionnent mais servent surtout à retenir des listes. Voici quatre livres dans l'ordre, ce que chacun apprend, et les promesses de mémoire photographique à écarter.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Une mémoire d'éléphant ? Vrais trucs et fausses astucesAlain LieuryVoir Une mémoire d'éléphant ? Vrais trucs et fausses astuces, de Alain Lieury à la Fnac (lien affilié)
Une mémoire infaillible. Briller en société sans sortir son smartphoneSébastien MartinezVoir Une mémoire infaillible. Briller en société sans sortir son smartphone, de Sébastien Martinez à la Fnac (lien affilié)
Aventures au cœur de la mémoire. L'art et la science de se souvenir de toutJoshua FoerVoir Aventures au cœur de la mémoire. L'art et la science de se souvenir de tout, de Joshua Foer à la Fnac (lien affilié)
Tout sur la mémoireBernard CroisileVoir Tout sur la mémoire, de Bernard Croisile à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre à mémoriser ?

Une scène revient dans tous les reportages sur le sujet. Un homme regarde un jeu de cartes battu, le referme, et le restitue dans l'ordre en quelques minutes. Le spectateur en tire deux conclusions, dont la première est fausse et la seconde inutile. La première : cet homme a un cerveau différent. La seconde : avec la bonne méthode, je pourrais retenir tout ce que je lis.

Le mémorisateur en question a probablement suivi le même chemin que vous pourriez suivre, et il vous dirait volontiers que sa méthode ne l'aide pas à retenir un raisonnement, un article de loi compris ou le contenu d'une réunion. Elle sert à retenir des suites arbitraires, très vite et très bien. C'est une compétence réelle, spectaculaire, et beaucoup plus étroite qu'on ne le vend.

Cet article propose quatre livres dans un ordre précis, en séparant ce qui relève de la performance de ce qui relève de la mémoire ordinaire, celle qui vous intéresse vraiment.


Ce que « mémoriser » veut dire, et pourquoi la distinction change tout

Il y a deux problèmes différents derrière le mot, et ils n'appellent pas les mêmes livres.

Le premier est celui du matériel arbitraire : une liste de courses, cinquante mots de vocabulaire allemand, les noms des personnes rencontrées à un séminaire, un numéro de dossier, les nerfs crâniens dans l'ordre. Ces contenus n'ont pas de logique interne à laquelle s'accrocher. C'est exactement le terrain des techniques mnémoniques, et elles y sont redoutables.

Le second est celui du matériel structuré : un chapitre d'histoire, le fonctionnement d'un moteur, un texte de droit, une démonstration. Ici l'information a une logique, et cette logique est justement ce qui la rend mémorable. Un palais mental n'y apporte presque rien, parce que le problème n'est pas de fixer des étiquettes mais de comprendre des relations.

La plupart des gens achètent un livre du premier type pour résoudre un problème du second. Ils se trompent de rayon, et concluent ensuite que les techniques de mémoire ne marchent pas. Elles marchent très bien, ailleurs.

Premier livre : Alain Lieury, « Une mémoire d'éléphant ? »

Alain Lieury, « Une mémoire d'éléphant ? Vrais trucs et fausses astuces » (Dunod, 2011) Voir à la FnacUne mémoire d'éléphant ? Vrais trucs et fausses astuces, de Alain Lieury (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Lieury a été professeur de psychologie cognitive à l'université Rennes 2 et a passé sa carrière sur la mémoire humaine, notamment scolaire. Le livre passe en revue les méthodes qui circulent, et confronte chacune à ce que donnent les évaluations expérimentales. Certaines sortent grandies, d'autres sortent nues.

Ce qu'il vous apprend précisément : à faire le tri avant d'investir votre temps. Vous verrez que les procédés d'imagerie mentale ont des effets mesurés et solides sur le matériel arbitraire, que la mémoire n'est pas un muscle qu'on renforce globalement, et que les gains d'un exercice ne se transfèrent presque jamais à un autre domaine. C'est peu spectaculaire et cela vous épargnera trois achats inutiles.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire. Lieury évalue, il n'entraîne pas. Vous sortirez du livre avec un bon détecteur d'inepties et sans technique opérationnelle. D'où la suite.

Deuxième livre : Sébastien Martinez, « Une mémoire infaillible »

Sébastien Martinez, « Une mémoire infaillible. Briller en société sans sortir son smartphone » (Premier Parallèle, 2016, environ 160 pages) Voir à la FnacUne mémoire infaillible. Briller en société sans sortir son smartphone, de Sébastien Martinez (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Martinez était étudiant en droit avec une mémoire qu'il jugeait médiocre. Il est devenu champion de France de mémoire en 2015 et a fait de l'entraînement son métier. Le livre est court, écrit sans emphase, et il fait ce qu'aucun ouvrage étranger traduit ne fait aussi bien pour un lecteur francophone : il donne des exemples en français, avec des sonorités françaises, ce qui compte énormément dans les techniques de conversion sonore.

Ce qu'il vous apprend précisément : les trois opérations qui font tout le travail. Donner du sens à une information qui n'en a pas, la transformer en image concrète et absurde, puis la relier à un lieu que vous connaissez par cœur. Appliqué à une liste de vingt éléments, cela fonctionne dès la première tentative, et cette première réussite est importante, parce qu'elle change ce que vous croyez possible.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la patience nécessaire. Le titre promet l'infaillibilité, le contenu est plus honnête que sa couverture, mais aucun livre du genre ne dit assez clairement que l'encodage est lent pendant les premières semaines. Vous mettrez vingt secondes à fabriquer une image, là où la répétition bête en aurait pris cinq. Tenez un mois avant de juger.

Troisième livre : Joshua Foer, « Aventures au cœur de la mémoire »

Joshua Foer, « Aventures au cœur de la mémoire. L'art et la science de se souvenir de tout » (Robert Laffont, 2012, traduit de l'anglais par Pierre Reignier, original américain « Moonwalking with Einstein » paru en 2011) Voir à la FnacAventures au cœur de la mémoire. L'art et la science de se souvenir de tout, de Joshua Foer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir essayé une technique, sinon le récit reste abstrait.

Foer est journaliste. Il couvre le championnat des États-Unis de mémoire, se laisse convaincre d'essayer, s'entraîne un an et remporte le titre l'année suivante. Le livre raconte cette année, et c'est aussi une enquête sérieuse sur ce que la science dit de ces performances.

Ce qu'il vous apprend précisément : que ces gens sont ordinaires. Les tests conduits sur les compétiteurs ne montrent pas d'anatomie particulière ni de capacités hors normes en dehors de leur discipline. Ils ont une méthode et des milliers d'heures. Foer raconte aussi ses propres limites avec une franchise rare : il conclut son année de championnat en oubliant qu'il était venu en voiture et en rentrant chez lui en métro.

Ce qu'il ne vous apprend pas : une méthode structurée. C'est un récit, pas un manuel. Lisez-le pour la lucidité, pas pour les exercices. Il contient aussi les portraits les plus utiles qui soient sur les cas extrêmes, ceux qui n'oublient rien, et sur le fait que ce n'est pas une chance.

Quatrième livre : Bernard Croisile, « Tout sur la mémoire »

Bernard Croisile, « Tout sur la mémoire » (Odile Jacob, 2009, plus de cinq cents pages) Voir à la FnacTout sur la mémoire, de Bernard Croisile (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais c'est un ouvrage de consultation, pas un livre qu'on lit d'un trait.

Croisile est neurologue et a dirigé le service de neuropsychologie de l'hôpital neurologique de Lyon, où il recevait des patients inquiets de leurs oublis. Cela donne au livre un angle que les manuels de technique n'ont pas : il part de la mémoire réelle, y compris quand elle défaille.

Ce qu'il vous apprend précisément : comment le système fonctionne, et pourquoi vos oublis quotidiens ne sont presque jamais un signe de maladie. Vous comprendrez la différence entre mémoire de travail, mémoire épisodique et mémoire sémantique, et surtout pourquoi l'attention au moment de l'encodage explique la majorité des trous. Vous n'avez pas oublié où sont vos clés, vous n'avez jamais enregistré où vous les posiez.

Ce qu'il ne vous apprend pas : des astuces. Le livre est une somme, il se consulte par chapitres selon la question du moment, et il vaut mieux le garder à portée que le lire en entier.

Par où ne pas commencer

Voici la partie qui vous fera économiser le plus de temps et d'argent.

Écartez tout ouvrage qui promet une mémoire photographique. La chose n'existe pas au sens où le marketing l'utilise. L'imagerie eidétique, observée surtout chez des enfants, est brève, partielle et déformée par les attentes de la personne. Aucun adulte documenté ne relit une page dans sa tête. Un livre qui vous vend cette capacité vous vendra ensuite n'importe quoi.

Écartez aussi les méthodes qui reposent sur un système de conversion de chiffres à cent ou mille entrées, si votre objectif est le quotidien. Ces systèmes sont réels et efficaces pour la compétition, ils demandent des mois d'apprentissage préalable, et ils ne servent qu'aux nombres. Achetez-les quand vous saurez pourquoi vous en avez besoin.

Méfiez-vous des livres d'entraînement cérébral vendus avec des grilles d'exercices quotidiens. Vous progresserez aux exercices. Le transfert vers le reste de votre vie est faible, il est mesuré depuis longtemps, et les éditeurs qui vendent ces cahiers le savent.

Un mot enfin sur un piège plus subtil : ne commencez pas par un ouvrage universitaire de psychologie de la mémoire. Ils sont excellents et ils décrivent des mécanismes, pas des usages. Vous les lirez avec profit dans un an.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Aucun livre ne fera l'encodage. C'est le point aveugle du domaine. Toutes les méthodes reposent sur un geste que vous seul pouvez produire, celui de transformer une information plate en image mentale précise. Lire la description de ce geste prend dix minutes, savoir le faire vite prend un mois de pratique quotidienne, et personne ne peut abréger la seconde partie.

Aucun livre ne vous rappellera de réviser. Une information encodée mais jamais revue s'efface, quelle que soit l'élégance du palais mental qui l'abrite. Il vous faut un calendrier, sous forme de boîtes de fiches ou de logiciel, et cette question est traitée en détail dans notre parcours pour apprendre à apprendre, qui va bien plus loin sur l'espacement des révisions et sur l'effet de test.

Aucun livre ne dormira pour vous. La consolidation d'un souvenir se joue en grande partie pendant le sommeil, et une nuit écourtée avant un examen détruit une part de ce que la journée a construit. C'est le levier le plus efficace et le moins appliqué de tout le domaine.

Aucun livre enfin ne vous donnera un contenu à retenir qui vous intéresse. On mémorise ce qui s'accroche à ce qu'on sait déjà, et la meilleure technique du monde ne compense pas l'indifférence. Un sujet qui vous passionne se retient à moitié tout seul.

Après ces quatre livres

Vous aurez un tri, une technique, un récit qui remet la performance à sa place et un ouvrage de fond à consulter. C'est suffisant pour dix ans.

La suite dépend de votre usage réel. Si vous mémorisez pour parler, notre sélection pour apprendre à parler en public traite la partie que les techniques ne couvrent pas, celle de la restitution devant des gens. Si vous mémorisez pour une langue, la question du vocabulaire prend le pas sur tout le reste et se traite différemment.

Et si le sujet vous a donné envie d'explorer d'autres domaines avec la même exigence, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à est construit sur le même principe : peu de titres, dans un ordre, avec ce que chacun ne fait pas.

La mémoire photographique existe-t-elle ?

Pas au sens où on l'entend, c'est à dire une image mentale complète et durable qu'on relirait comme une page. Les psychologues étudient depuis longtemps l'imagerie eidétique, observée surtout chez de jeunes enfants, et elle est fugace, incomplète et déformée par ce que la personne croit avoir vu. Les gens capables de restitutions spectaculaires sont des entraînés, pas des dotés. Ils travaillent des heures par jour, et ils vous le diront eux-mêmes.

Les palais mentaux servent-ils à quelque chose au quotidien ?

À trois choses, et pas beaucoup plus : retenir des listes ordonnées, des noms associés à des visages, et du vocabulaire étranger. C'est déjà utile, ne le sous-estimez pas. En revanche, un palais mental ne vous fera pas comprendre un mécanisme, un raisonnement ou un système d'idées. Il encode des étiquettes, pas des relations. Beaucoup de gens abandonnent la méthode parce qu'ils l'avaient achetée pour ce qu'elle ne fait pas.

Combien de temps faut-il pour maîtriser une technique de mémorisation ?

Quelques heures pour comprendre le principe, plusieurs semaines pour que l'encodage devienne rapide. C'est le point que les livres minimisent tous. Fabriquer une image mentale prend d'abord vingt secondes, ce qui rend la méthode plus lente que la répétition brute, et décourage à peu près tout le monde. Le gain n'apparaît qu'une fois l'image produite en deux secondes, et cela demande de la pratique quotidienne pendant un mois environ.

Faut-il un livre ou une application de répétition espacée ?

Les deux ne font pas le même travail. Un livre vous apprend comment encoder une information pour qu'elle s'accroche. Un logiciel de cartes mémoire vous oblige à revoir cette information au bon moment, ce qu'aucune volonté ne fait durablement seule. La combinaison est nettement supérieure à chacun des deux. Si vous ne deviez en garder qu'un pour un examen, gardez le calendrier de révision, il pèse plus lourd que la technique d'encodage.

Les jeux d'entraînement cérébral améliorent-ils la mémoire ?

Ils améliorent surtout la performance à ces jeux. Le transfert vers les tâches réelles est faible, il a été mesuré à de nombreuses reprises, et les résultats n'ont pas beaucoup bougé en vingt ans. Ce qui progresse vraiment chez un adulte, ce sont les méthodes d'encodage, la régularité des révisions et le sommeil. Aucun de ces trois leviers ne se vend sous forme d'abonnement mensuel, ce qui explique peut-être leur discrétion.

Peut-on avoir une mauvaise mémoire de naissance ?

Les capacités varient d'une personne à l'autre, c'est incontestable, mais l'écart entre deux adultes en bonne santé tient beaucoup plus à ce qu'ils savent déjà qu'à leur matériel de départ. On retient bien dans un domaine qu'on connaît, parce que chaque nouvelle information s'accroche à un réseau existant. Un amateur de football retient trente résultats de match sans effort et oublie trois numéros de téléphone. Ce n'est pas sa mémoire qui change, c'est son terrain.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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