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Quels livres pour apprendre à accompagner un adolescent ? 4 titres, dans l'ordre

Quatre livres pour comprendre ce qui se passe dans la tête d'un adolescent avant de chercher des techniques, avec ce que chacun apporte et le moment où un livre ne suffit plus.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
L'adolescent est une personneMichel FizeVoir L'adolescent est une personne, de Michel Fize à la Fnac (lien affilié)
Le cerveau de votre adoDaniel J. SiegelVoir Le cerveau de votre ado, de Daniel J. Siegel à la Fnac (lien affilié)
Pour nos ados, soyons adultesPhilippe JeammetVoir Pour nos ados, soyons adultes, de Philippe Jeammet à la Fnac (lien affilié)
Ado à fleur de peau. Ce que révèle son apparenceXavier PommereauVoir Ado à fleur de peau. Ce que révèle son apparence, de Xavier Pommereau à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre à accompagner un adolescent ?

La plupart des parents arrivent à ce rayon avec une question pratique. Comment obtenir qu'il range sa chambre, qu'il éteigne son téléphone, qu'il réponde autre chose que « ça va ». Ce sont de vraies questions, et les livres qui promettent d'y répondre directement sont ceux qui aident le moins.

La littérature utile fait un détour. Elle commence par expliquer ce qui se passe chez cette personne de quinze ans, physiologiquement et socialement, et laisse les techniques venir après, ou ne pas venir du tout. Ce détour paraît long quand on est fatigué et qu'on a déjà claqué une porte la veille. Il fait pourtant la différence entre appliquer une méthode qui échoue et comprendre pourquoi elle échouait.

Voici quatre livres, dans un ordre qui a une logique, plus ce que je vous conseille d'éviter et le moment précis où un livre cesse d'être la bonne réponse.


Un mot avant de commencer

Une bonne partie des rayons consacrés à l'adolescence traite cette période comme un problème à gérer. Le vocabulaire trahit l'approche : gérer la crise, survivre à l'adolescence, désamorcer les conflits. Ces livres se vendent bien parce qu'ils parlent à l'épuisement des parents, et c'est humain.

Ils posent quand même un cadre discutable, celui d'un adulte sain face à un être temporairement défectueux. Les quatre titres retenus ici partent d'ailleurs. Ils décrivent une personne en train de se construire, avec des besoins qui lui appartiennent, et un adulte en face qui a le droit d'être dépassé sans que cela fasse de lui un mauvais parent.

Aucun de ces livres ne vous dira que vous vous y êtes mal pris. Si vous en ouvrez un et qu'il commence par vous expliquer que tout se joue avant six ans, refermez-le.

Premier livre : Michel Fize, « L'adolescent est une personne »

Michel Fize, « L'adolescent est une personne » (Seuil, 2006, repris chez Pocket sous le titre « L'adolescent est une personne... normale ») Voir à la FnacL'adolescent est une personne, de Michel Fize (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Fize était sociologue au CNRS et a passé sa carrière sur la jeunesse et la famille. Sa thèse tient dans le titre, et elle est plus radicale qu'elle en a l'air : la crise d'adolescence, comme catégorie explicative universelle, est largement une construction d'adultes. La plupart des adolescents ne traversent pas de crise. Ceux qui vont mal vont mal pour des raisons identifiables, pas parce qu'ils ont l'âge d'aller mal.

Ce qu'il vous apprend précisément : à cesser d'attribuer à l'âge ce qui relève de la relation, de l'école ou d'un événement. C'est un déplacement modeste et il change beaucoup de choses dans la manière dont on écoute. Quand on arrête d'entendre « c'est l'adolescence » derrière chaque réponse sèche, on entend parfois ce qui est réellement dit.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire mardi soir. Fize décrit, il ne prescrit presque jamais. Certains lecteurs trouvent le livre daté sur les questions numériques, et ils ont raison, il a été écrit avant les smartphones. Le cœur de l'argument n'a pas vieilli.

Deuxième livre : Daniel Siegel, « Le cerveau de votre ado »

Daniel J. Siegel, « Le cerveau de votre ado » (Les Arènes, 2018, traduit de l'anglais des États-Unis, sous-titré « Comment il se transforme de 12 à 24 ans ») Voir à la FnacLe cerveau de votre ado, de Daniel J. Siegel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais se lit mieux après Fize.

Siegel est psychiatre, il enseigne à l'université de Californie à Los Angeles, et il a fait connaître au grand public ce que la neurobiologie du développement dit de cette tranche d'âge. Le point qui frappe le plus les parents est la borne haute : 24 ans. La maturation cérébrale ne s'arrête pas à la majorité, elle continue pendant presque toute la vingtaine, et le décalage entre la sensibilité à la récompense et la maîtrise des impulsions dure des années.

Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi votre adolescent peut être brillant en cours et prendre le lendemain une décision sidérante, sans qu'il y ait la moindre contradiction. Pourquoi la présence des pairs modifie réellement l'évaluation du risque. Pourquoi l'heure du coucher se décale et n'est pas qu'une provocation, ce que la littérature sur le sommeil de l'enfant documente aussi pour les âges antérieurs.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la mesure. Comme beaucoup d'ouvrages de vulgarisation américains sur le cerveau, celui-ci pousse ses métaphores un peu loin et enrobe la science d'un optimisme de conférencier. Lisez-le pour les mécanismes, sautez les exercices proposés en fin de chapitre si le ton vous agace. Si vous voulez savoir où passe la ligne entre neurosciences solides et neuro-marketing, notre article sur les livres pour apprendre les neurosciences donne les critères de tri.

Troisième livre : Philippe Jeammet, « Pour nos ados, soyons adultes »

Philippe Jeammet, « Pour nos ados, soyons adultes » (Odile Jacob, 2008, repris en poche) Voir à la FnacPour nos ados, soyons adultes, de Philippe Jeammet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà lu au moins un des deux précédents, sans quoi certaines formules paraissent abstraites.

Jeammet a dirigé pendant des années le service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte de l'Institut mutualiste Montsouris, à Paris. C'est un clinicien, et cela s'entend : il écrit à partir de situations qu'il a vues des centaines de fois.

Sa proposition centrale est inconfortable, et c'est pour cela qu'elle est intéressante. Beaucoup de parents, par peur du conflit ou par crainte de reproduire l'autoritarisme qu'ils ont subi, se retirent de la position d'adulte au moment exact où leur enfant en a le plus besoin. Un adolescent a besoin de quelqu'un contre qui s'appuyer, ce qui suppose que ce quelqu'un tienne debout. Jeammet montre en même temps que la violence des adolescents est souvent une violence retournée, une manière de tester si le lien résiste.

Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer le conflit, qui est structurant, de la rupture, qui ne l'est pas. Et à comprendre que dire non sans se justifier pendant vingt minutes est parfois le geste le plus protecteur de la semaine.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la nuance des situations particulières. Le livre s'adresse à une majorité et il le fait bien. Sur les familles recomposées, les fratries compliquées ou les configurations où l'un des deux parents est absent, il reste général.

Quatrième livre : Xavier Pommereau, « Ado à fleur de peau »

Xavier Pommereau, « Ado à fleur de peau. Ce que révèle son apparence » (Albin Michel, 2006) Voir à la FnacAdo à fleur de peau. Ce que révèle son apparence, de Xavier Pommereau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois étapes précédentes, ou l'équivalent.

Pommereau était psychiatre, il a dirigé le pôle aquitain de l'adolescent au CHU de Bordeaux et travaillé toute sa vie sur les adolescents en souffrance. Ce livre-là prend un angle inattendu : le corps et son apparence. Les vêtements, les cheveux, les piercings, les tatouages, les marques que certains s'infligent. Il lit tout cela comme un langage, ni plus ni moins.

Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer une transformation d'apparence qui appartient à la construction de soi d'un signal de détresse. La différence n'est pas là où les parents la mettent spontanément. Un piercing spectaculaire ne dit pas grand-chose. Un changement brutal, une couverture systématique du corps, une négligence nouvelle et durable en disent beaucoup plus.

Une opinion, que je vous donne franchement : c'est le seul des quatre qui aide vraiment à savoir quand s'inquiéter, et c'est pour cela qu'il vient en dernier. Lu en premier, il transforme un parent en observateur anxieux. Lu après les trois autres, il donne une échelle.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire une fois l'inquiétude confirmée. Sur ce point, la réponse n'est pas dans un livre.

Par où ne pas commencer

La catégorie la plus dangereuse ne se reconnaît pas à un titre mais à une promesse. Tout ouvrage qui annonce des techniques pour obtenir l'obéissance d'un adolescent, en un nombre déterminé d'étapes, vous vendra un scénario qui ne survivra pas au premier soir réel. Les méthodes fonctionnent quand la relation tient. Elles ne réparent pas une relation abîmée, elles supposent qu'elle existe.

Deuxième catégorie à écarter : les livres qui expliquent que tout se joue dans les premières années. Cette idée circule beaucoup, elle est fausse dans sa version forte, et son seul effet sur un parent d'adolescent est de le culpabiliser pour des décisions vieilles de dix ans qu'il ne peut plus reprendre. L'adolescence est précisément un âge où beaucoup se rejoue.

Troisième catégorie : les essais alarmistes sur les écrans, les réseaux sociaux ou « la génération perdue ». Il existe des travaux sérieux sur ces sujets, et ils sont nuancés, contradictoires, en cours de discussion. Les livres qui tranchent en trois cents pages angoissées ne sont pas ces travaux-là.

Une dernière remarque sur les guides d'éducation positive. Ils sont souvent bons, et nous en recommandons plusieurs pour les jeunes enfants. Transposés tels quels à un adolescent de seize ans, leurs outils tournent à vide, parce qu'ils ont été pensés pour un âge où l'adulte reste la référence principale. Ce n'est plus le cas ici, et c'est normal.

Quand un livre n'est plus la bonne réponse

Il faut le dire simplement. Certaines situations demandent un professionnel, tout de suite, et aucune lecture ne remplace ce rendez-vous.

Un décrochage scolaire installé sur plusieurs mois. Des blessures que votre adolescent s'inflige, quelle qu'en soit l'ampleur apparente. Des propos sur la mort, sur le fait de disparaître ou de ne pas être là l'année prochaine. Un abandon de toutes les activités qui comptaient pour lui. Un bouleversement durable du sommeil ou de l'alimentation.

Dans ces cas, la porte d'entrée est le médecin traitant, une Maison des adolescents, ou un psychiatre. Les Maisons des adolescents existent dans la plupart des départements français, l'accueil y est gratuit et sans rendez-vous dans beaucoup d'entre elles, et un adolescent peut s'y rendre seul. Demander de l'aide n'est pas un constat d'échec parental, c'est ce que font les gens qui accompagnent bien.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne rétabliront pas la conversation. Aucune phrase apprise dans un chapitre ne sonne juste quand elle est récitée, et un adolescent détecte une formule apprise plus vite que n'importe qui.

Ils ne vous rendront pas disponible. La plupart des échanges qui comptent arrivent dans des moments non planifiés, en voiture, tard le soir, en faisant la vaisselle. Ces moments demandent du temps flottant, pas des connaissances supplémentaires. Un parent qui a lu quatre livres et n'a jamais dix minutes vides est moins bien équipé qu'un parent qui n'en a lu aucun et qui reste dans la cuisine.

Ils ne remplaceront pas d'autres adultes. Un adolescent a besoin de figures qui ne sont pas ses parents : un oncle, un entraîneur, un professeur, le parent d'un ami. Ces personnes reçoivent des confidences que vous ne recevrez pas, et c'est une bonne nouvelle, même quand cela pique un peu.

Enfin, ils ne vous diront pas que vous faites déjà à peu près ce qu'il faut. Le simple fait de chercher quoi lire indique une attention qui compte davantage que la liste des titres.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors un cadrage sociologique, une explication des mécanismes, une position d'adulte assumée et une échelle pour repérer ce qui inquiète. C'est beaucoup, et c'est probablement suffisant pour longtemps.

Si vous voulez continuer, la suite dépend de ce qui vous a manqué. Un besoin de comprendre les dynamiques familiales vous mènera vers la thérapie systémique. Un intérêt pour la construction de l'identité vous conduira vers les récits d'adolescence, romans compris, qui en disent souvent plus long qu'un essai. Vous pouvez d'ailleurs parcourir les genres pour repérer ces textes de fiction, qui ont l'avantage de se prêter en famille.

Et si l'idée d'apprendre par les livres vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines : peu de titres, dans un ordre, avec ce qu'ils ne font pas.

Par quel livre commencer quand la relation se tend avec son adolescent ?

Par « L'adolescent est une personne » de Michel Fize, publié au Seuil en 2006. C'est un livre de sociologue, pas de technique éducative, et c'est justement ce qui aide dans un moment tendu. Il défait l'idée que l'adolescence serait par nature une crise à traverser, et il remet la relation à sa place : celle de deux personnes qui se parlent mal, pas d'un adulte face à un symptôme. La suite de la lecture devient plus utile une fois ce cadrage posé.

Les livres sur le cerveau adolescent servent-ils vraiment à quelque chose ?

Oui, à une chose précise : cesser d'interpréter certains comportements comme de la mauvaise volonté. Savoir que le circuit de la récompense et le contrôle des impulsions ne mûrissent pas au même rythme change la lecture d'une prise de risque ou d'un coucher à deux heures du matin. Cela n'excuse rien et ne donne aucune procédure. C'est un outil de patience, pas un manuel de discipline.

Un livre peut-il aider quand mon adolescent ne me parle plus du tout ?

Il peut vous aider à tenir, à comprendre ce que le silence protège, et à ne pas transformer chaque échange en interrogatoire. Il ne rétablira pas la conversation à votre place. Si le retrait dure, s'accompagne d'un décrochage scolaire, d'un isolement complet ou de changements marqués du sommeil et de l'appétit, un professionnel de l'adolescence apportera ce qu'aucune lecture ne donne : un tiers dans la relation.

Quels signes doivent conduire à consulter plutôt qu'à lire ?

Un décrochage scolaire installé, des blessures que l'adolescent s'inflige, des propos sur la mort ou sur sa propre disparition, un arrêt de toute activité qui lui plaisait, une transformation nette et durable du sommeil ou de l'alimentation. Dans ces situations, le bon geste est de prendre rendez-vous, auprès du médecin traitant, d'une Maison des adolescents ou d'un psychiatre. Les livres restent utiles ensuite, en accompagnement, jamais à la place.

Faut-il lire les mêmes livres pour un adolescent de 12 ans et de 17 ans ?

Les livres de compréhension générale valent pour toute la période, parce qu'ils décrivent un mouvement long qui ne se termine pas à 18 ans. Ceux qui portent sur les conflits quotidiens parlent surtout des 12 à 15 ans. Ceux qui portent sur l'autonomie, les études et le départ concernent la fin de l'adolescence. Regardez d'abord où vous en êtes, la question du bon livre se résout ensuite toute seule.

Est-ce que lire beaucoup sur l'adolescence peut se retourner contre soi ?

Oui, quand la lecture devient une surveillance. Un parent qui accumule les grilles de lecture finit par voir des signaux partout et par observer son enfant au lieu de vivre avec lui. Deux ou trois livres lus posément valent mieux que dix parcourus dans l'inquiétude. Si la lecture augmente votre angoisse au lieu de la réduire, arrêtez et parlez à quelqu'un.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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