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Quel livre offrir à un collègue ? Le bon registre selon l'occasion

Départ, promotion, secret santa : douze livres qui passent au bureau sans être ni trop intimes ni trop tièdes, avec la raison précise pour laquelle chacun fonctionne.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à un collègue ?

Le problème n'est pas de trouver un bon livre. C'est de trouver un livre dont la lecture ne raconte rien de ce que vous pensez de la personne.

Au bureau, un cadeau parle. Un essai sur la productivité ressemble à une remarque, un roman d'amour ressemble à une avance, un beau livre de photographies ressemble à une carte de visite. Le bon cadeau professionnel se tient dans une bande étroite : assez personnel pour montrer que vous avez réfléchi, assez neutre pour ne pas engager une intimité qui n'existe pas. Voici comment viser dans cette bande, occasion par occasion.


Le registre avant le titre

Avant de choisir un livre, décidez du message. Il n'y en a que quatre au bureau : merci, bravo, bonne route, ou simplement je vous ai remarqué comme personne et pas seulement comme fonction.

Ces quatre messages n'appellent pas les mêmes livres. Le merci veut un livre court et soigné. Le bravo peut se permettre du volume. Le bonne route autorise l'évasion, le voyage, la marche, la rupture. Le quatrième, le plus délicat, veut un livre qui n'a aucun rapport avec le travail : c'est justement ce qui fait le cadeau.

Deux zones sont à éviter presque systématiquement. Les livres qui parlent de la vie intime du destinataire, deuil, famille, maladie, couple, parce que vous ignorez ce qui s'est passé chez lui l'an dernier. Et les livres qui parlent du travail comme d'un problème à corriger.

Pour un départ vers un autre poste

C'est l'occasion la plus fréquente et la plus bâclée, réglée en général par une carte signée par vingt personnes et un livre acheté sur la table des nouveautés.

Amélie Nothomb, « Stupeur et tremblements » (Albin Michel, 1999) Voir à la FnacStupeur et tremblements, de Amélie Nothomb (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une jeune Belge entre dans une grande entreprise japonaise et descend méthodiquement tous les échelons jusqu'aux toilettes du 44e étage. Grand Prix du roman de l'Académie française la même année, cent cinquante pages, drôle et féroce. Il dit quelque chose de la hiérarchie sans viser personne dans votre service, ce qui est exactement le dosage recherché.

Sylvain Tesson, « Sur les chemins noirs » (Gallimard, 2016) Voir à la FnacSur les chemins noirs, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Après une chute qui l'a laissé démoli, Tesson traverse la France à pied par les chemins que personne n'emprunte. Cent quarante pages. Pour quelqu'un qui part ailleurs, c'est un livre sur la remise en marche, et il ne donne aucune leçon.

Kim Thúy, « Ru » (Liana Levi, 2010). Le récit d'une enfance vietnamienne, de la fuite en bateau, de l'arrivée au Québec, en fragments d'une page. On le lit en deux heures et on y repense pendant des semaines. Un cadeau de départ qui ne fait pas semblant.

Pour un départ à la retraite

Là, le risque n'est plus la maladresse, c'est la condescendance. Le livre sur les jardins, le livre sur les voyages à faire enfin, le livre sur bien vieillir : tous disent la même chose, à savoir que la vie active était la vraie vie et que commence maintenant l'épilogue.

Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, « Les Vieux Fourneaux », tome 1, « Ceux qui restent » (Dargaud, 2014) Voir à la FnacLes Vieux Fourneaux », tome 1, « Ceux qui restent, de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois septuagénaires, un mort, une vengeance, un road-movie vers l'Italie. Fauve du public à Angoulême en 2015. Aucune tendresse condescendante là-dedans, les personnages sont colériques, politiques, vivants. C'est le meilleur cadeau de départ à la retraite que je connaisse, et c'est une bande dessinée, ce qui règle aussi la question du collègue qui lit peu.

Jonas Jonasson, « Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » (Presses de la Cité, 2011, traduit du suédois par Caroline Berg) Voir à la FnacLe Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un centenaire enjambe la fenêtre de sa maison de retraite le jour de son anniversaire et disparaît avec une valise de billets. C'est absurde, très drôle, vendu dans une trentaine de pays. Si vous cherchez un livre qui fera rire à voix haute pendant le pot de départ quand quelqu'un en lira le résumé, c'est celui-là.

Si le collectif dispose d'une cagnotte, une série complète en poche vaut mieux qu'un beau livre unique. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier qu'il ne manque pas un tome au milieu, ce qui arrive plus souvent qu'on ne croit avec les séries policières. Pour aller plus loin sur ce registre précis, voyez aussi notre guide sur le livre à offrir pour un départ à la retraite.

Pour une promotion ou une réussite

Le réflexe est d'offrir un livre sur le leadership. Ne faites pas ça. Une promotion se fête avec un livre qui n'a rien à voir avec le travail, c'est précisément ce qui en fait un cadeau et pas une continuation du bureau.

Hervé Le Tellier, « L'Anomalie » (Gallimard, 2020) Voir à la FnacL'Anomalie, de Hervé Le Tellier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Goncourt 2020, plus d'un million d'exemplaires vendus, et surtout un roman à embranchements qui se lit comme un thriller. Il a la double propriété rare d'être un Goncourt et d'être aimé par des gens qui ne lisent pas de Goncourt.

Delia Owens, « Là où chantent les écrevisses » (Seuil, 2020, traduit par Marc Amfreville) Voir à la FnacLà où chantent les écrevisses, de Delia Owens (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une enfant élevée seule dans les marais de Caroline du Nord, un cadavre, un procès. C'est le roman consensuel par excellence de ces dernières années, ce qui n'est pas un défaut quand vous connaissez mal les goûts de quelqu'un.

Pour un secret santa

Contrainte principale : le livre sera ouvert devant douze personnes, dont une qui commentera. Il doit tenir la scène et survivre à la scène.

Giulia Enders, « Le Charme discret de l'intestin » (Actes Sud, 2015) Voir à la FnacLe Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une doctorante en gastro-entérologie explique le système digestif avec une drôlerie qui ne sacrifie jamais la rigueur, illustrations de sa sœur à l'appui. Le livre s'est vendu à près d'un million d'exemplaires rien qu'en Allemagne. Il fait rire à l'ouverture du paquet et il est réellement lu ensuite, ce qui est rare pour un cadeau tiré au sort.

Christophe Blain et Abel Lanzac, « Quai d'Orsay », tome 1 (Dargaud, 2010) Voir à la FnacChristophe Blain et Abel Lanzac, « Quai d'Orsay », tome 1 (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un jeune diplômé écrit les discours d'un ministre des Affaires étrangères tourbillonnant, inspiré de Dominique de Villepin. Grand Prix RTL de la bande dessinée en 2010. Toute personne qui a subi une réunion reconnaîtra quelque chose, et le livre se lit en quarante minutes.

Herman Melville, « Bartleby le scribe » (traduction de Pierre Leyris, Gallimard, collection Folio) Voir à la FnacBartleby le scribe, de Herman Melville (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Soixante pages. Un employé de bureau new-yorkais répond à chaque demande de son patron : je préférerais ne pas. Puis il cesse de travailler, puis il cesse de partir. C'est le texte le plus troublant jamais écrit sur la vie de bureau, et il date de 1853. Réservez-le à un collègue qui a de l'humour.

Pour un collègue avec qui vous ne parlez jamais de livres

Vous ne savez rien de ses goûts, et c'est normal : vous parlez de dossiers huit heures par jour. Deux stratégies fonctionnent.

La première est le récit documentaire. Florence Aubenas, « Le Quai de Ouistreham » (Éditions de l'Olivier, 2010) : la journaliste s'inscrit à Pôle emploi à Caen sans dire qui elle est et devient femme de ménage sur les ferries. Prix Joseph-Kessel 2010. Le livre intéresse même les gens qui affirment ne pas lire de livres, parce qu'il raconte un monde réel et proche.

La seconde est le roman qui traverse les publics. Pierre Lemaitre, « Au revoir là-haut » (Albin Michel, 2013), prix Goncourt 2013, deux rescapés de 1918 montent une escroquerie aux monuments aux morts. Structure de roman d'aventures, écriture qui accroche dès la première page, et une réputation qui rassure celui qui reçoit.

Ce qu'il ne faut pas offrir, et pourquoi

Le livre de management, sauf demande explicite. Il transforme un cadeau en formation.

Le livre de développement personnel, pour la même raison en pire : il désigne un manque. Un ouvrage sur la gestion du stress offert à quelqu'un de stressé n'est pas un cadeau, c'est une observation rendue publique le jour du pot.

Le livre que vous avez adoré et qui parle de vous. Vous croyez transmettre, vous exposez. Gardez-le pour vos amis.

Le très beau livre grand format à trente-neuf euros. Il impressionne, il pèse deux kilos, il ne sera jamais lu, et il gêne s'il est manifestement plus cher que ce que la personne aurait offert en retour.

Le mot sur la page de garde

C'est ce qui distingue un cadeau d'un achat, et ça prend trente secondes.

Deux lignes, écrites à la main, qui disent pourquoi ce livre pour cette personne. « Vous m'avez raconté votre semaine de marche en Lozère l'an dernier, j'ai pensé à ce livre » vaut infiniment mieux qu'un « bonne continuation » signé par toute l'équipe. Pour un cadeau collectif, réservez la page de garde à une seule phrase et faites signer les autres sur la page suivante.

Si vous n'avez aucune idée de ce que vous pourriez écrire, c'est le signal que le livre n'est pas le bon. Recommencez le choix, pas la dédicace.

Le vrai risque

Vous vous tromperez parfois, et un livre non lu n'a jamais coûté d'amitié professionnelle. Glissez le ticket de caisse dans le paquet, la plupart des librairies échangent un livre intact dans les quinze jours, et personne ne se vexe d'un échange en librairie.

Le seul cadeau qui laisse une trace désagréable est celui qui contient un message que le destinataire n'avait pas demandé. Un collègue qui reçoit un roman se souvient qu'on a pensé à lui. Un collègue qui reçoit un manuel se souvient qu'on l'a jugé. Entre les deux, il y a tout un rayon de librairie où personne ne risque rien, et si vous avez affaire à quelqu'un qui affirme ne jamais ouvrir un livre, la question se pose autrement : nous l'avons traitée dans notre guide sur le livre à offrir à quelqu'un qui n'aime pas lire.

Quel livre offrir à un collègue qu'on connaît peu ?

Prenez un livre solide et non intime : une bande dessinée réussie, un récit documentaire, un roman très largement aimé. « Quai d'Orsay » de Christophe Blain et Abel Lanzac ou « Le Charme discret de l'intestin » de Giulia Enders passent presque partout. Évitez tout ce qui touche à la famille, au deuil, au couple ou à la spiritualité : avec quelqu'un dont vous ignorez l'histoire, ces sujets tombent au hasard.

Peut-on offrir un livre de développement personnel à un collègue ?

C'est le cadeau le plus mal reçu du bureau. Un livre sur la productivité, la confiance en soi ou la gestion du stress se lit comme un diagnostic : vous avez remarqué un problème et vous proposez le remède. Même quand l'intention est bonne, le message perçu est celui d'un reproche emballé. Si la personne vous a explicitement demandé une lecture de ce type, c'est différent, mais ne prenez pas l'initiative.

Quel budget pour un cadeau de départ collectif ?

Le montant compte moins que la cohérence. Un beau livre unique fait souvent moins d'effet qu'une série complète en poche ou qu'un coffret que la personne aurait hésité à s'acheter. Si la cagnotte est confortable, préférez plusieurs titres choisis avec une logique visible plutôt qu'un seul très gros volume qui finira debout sur une étagère.

Faut-il écrire une dédicace sur un cadeau professionnel ?

Oui, deux lignes maximum, sur la page de garde et pas sur un post-it. Dites pourquoi ce livre pour cette personne, ce qui vaut mieux que « bonne continuation ». Pour un départ collectif, faites signer tout le monde sur la page suivante et gardez la première pour un mot écrit par une seule personne : dix signatures autour d'une phrase creuse ne remplacent pas une phrase juste.

Que peut-on offrir pour un secret santa au bureau ?

Visez court, drôle et lisible en une soirée. Une bande dessinée, un récit de vulgarisation, un roman de moins de 250 pages. Le piège du secret santa est le livre choisi pour faire rire l'assemblée pendant l'ouverture du paquet : il amuse trois minutes et ne sera jamais lu. Un livre qui tient dans un sac et se termine dans le train fait beaucoup mieux.

Est-ce déplacé d'offrir un livre à son responsable ?

Pas si le cadeau vient de l'équipe et pas d'une seule personne. Le cadeau individuel à un supérieur crée une asymétrie gênante, surtout à l'approche d'un entretien annuel. Dans le doute, passez par le collectif, choisissez un livre sans message implicite sur le travail, et laissez le ticket de caisse dans le paquet.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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