Listes et sélectionsLivres à offrir

Quel livre offrir à quelqu'un à l'hôpital ? Ce qui se lit vraiment dans une chambre

Une chambre d'hôpital impose ses contraintes : fatigue, interruptions, bras fatigués. Onze titres qui tiennent dans ces conditions, et ceux qu'il vaut mieux garder pour plus tard.

L'équipe Relit9 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un à l'hôpital ?

Une chambre d'hôpital n'est pas un endroit où l'on lit mal. C'est un endroit où l'on lit autrement, par tranches de dix minutes, entre deux passages, avec une tête qui ne retient rien.

La plupart des livres offerts dans ces circonstances échouent pour une raison mécanique, pas sentimentale : ils demandent une continuité que le lieu ne permet pas. Voici ce qui tient dans ces conditions, et pourquoi.


Ce qu'une chambre fait à la lecture

Listez ce qui vous attend et le choix devient beaucoup plus simple.

On est interrompu, sans prévenir et souvent. Prise de sang à six heures, tour du médecin, repas à dix-huit heures, voisin de chambre, ménage. Une intrigue à cinq personnages perd son fil au bout de deux jours de ce régime.

On est fatigué autrement que le soir chez soi. Les antalgiques, l'anesthésie, l'anxiété et le mauvais sommeil produisent une concentration en miettes, qui tient dix minutes puis lâche d'un coup. Beaucoup de patients racontent avoir relu trois fois la même page.

On lit allongé, ou à demi assis, souvent avec un bras occupé par une perfusion. Le poids du livre devient une donnée réelle, et un grand format cartonné se referme au bout d'un quart d'heure.

La lumière est mauvaise. Le néon du plafond éblouit, la liseuse murale éclaire mal, et les caractères serrés des vieux poches deviennent pénibles pour des yeux fatigués.

Trois jours, ce n'est pas trois semaines

Un séjour court n'appelle pas du tout le même cadeau qu'une hospitalisation longue, et c'est la distinction que les listes de conseils oublient presque toujours.

Pour trois jours, après une opération programmée par exemple, personne n'entame un roman. Le temps est court, la tête est ailleurs, et le vrai besoin est de faire passer des heures creuses. Visez le fragmenté : gags, dessins, textes brefs qu'on peut ouvrir n'importe où.

Pour trois semaines ou davantage, le calcul s'inverse. L'ennui devient le problème principal, la concentration revient par plages, et un livre qui dure devient précieux. C'est là qu'une série prend tout son sens : elle donne un horizon, ce qui compte dans un lieu où les journées se ressemblent.

Pour un séjour court, du fragmenté

Le principe est simple : chaque unité de lecture doit se suffire à elle-même, pour qu'une interruption ne coûte rien.

Philippe Geluck, « Le Chat » (Casterman) Voir à la FnacLe Chat, de Philippe Geluck (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une page, une chute, aucune mémoire à mobiliser. C'est probablement le cadeau le plus efficace de cette liste, et celui qu'on n'ose pas faire parce qu'il paraît trop léger. Il ne l'est pas : rire seul dans une chambre est un service considérable.

Bill Watterson, « Calvin et Hobbes » (Hors Collection) Voir à la FnacCalvin et Hobbes, de Bill Watterson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un garçon, un tigre en peluche, des strips de quatre cases. Watterson a arrêté la série en 1995 au sommet de son succès pour ne pas la voir se déliter, ce qui explique qu'il n'y ait aucun album faible à éviter.

Quino, « Mafalda » (Glénat) Voir à la FnacMafalda, de Quino (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Plus mordant que le reste, politique par moments, drôle en permanence. Convient particulièrement à quelqu'un qui supporte mal qu'on le traite avec précaution.

Sempé, « Un peu de Paris » (Gallimard) Voir à la FnacUn peu de Paris, de Sempé (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des dessins pleine page, presque sans texte. Pour un patient trop fatigué pour lire une phrase entière, un livre d'images est un vrai cadeau et non un cadeau par défaut. On le feuillette les yeux à moitié fermés.

Les nouvelles, le format le plus sous-estimé

Un recueil de nouvelles règle d'un coup le problème de l'interruption : on termine un texte, on referme, on ne doit rien à personne. C'est le format à conseiller en premier, et celui qui se vend le moins bien en France, parce qu'un recueil paraît toujours moins sérieux qu'un roman.

Alice Munro, « Fugitives » (Éditions de l'Olivier, 2008) Voir à la FnacFugitives, de Alice Munro (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Huit nouvelles sur des femmes qui partent, ou qui manquent de partir. Munro a reçu le prix Nobel de littérature en 2013 pour une œuvre presque entièrement composée de nouvelles. Chaque texte fait une trentaine de pages et contient plus de vie qu'un roman entier.

Raymond Carver, « Les Vitamines du bonheur » (Éditions de l'Olivier) Voir à la FnacLes Vitamines du bonheur, de Raymond Carver (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des textes courts, secs, sur des gens ordinaires à un moment de bascule. À réserver à quelqu'un qui aime la littérature sans consolation : Carver ne réconforte pas, il regarde.

Dino Buzzati, « Le K » (Robert Laffont) Voir à la FnacLe K, de Dino Buzzati (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des nouvelles fantastiques brèves, souvent troublantes, jamais lourdes. Buzzati était journaliste au Corriere della Sera, et ça se sent dans son économie de moyens.

Pour une hospitalisation longue, de quoi tenir

Là, offrez de la durée, mais de la durée découpée en morceaux courts.

Andrea Camilleri, « La Forme de l'eau » (Fleuve Noir, 1998) Voir à la FnacLa Forme de l'eau, de Andrea Camilleri (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le premier des enquêtes du commissaire Montalbano en Sicile. Chapitres brefs, intrigues qui se bouclent en un livre, et surtout une trentaine de titres derrière celui-ci. Vous offrez une porte d'entrée, pas un livre isolé. Si la personne accroche, vous savez quoi apporter aux visites suivantes.

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, « Aya de Yopougon » (Gallimard, 2005) Voir à la FnacAya de Yopougon, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La vie d'un quartier d'Abidjan à la fin des années 1970, racontée par le quotidien plutôt que par le drame. Six tomes, un dessin lumineux, aucune violence. Pour quelqu'un qui a besoin de sortir de sa chambre par la tête.

Antonio Tabucchi, « Pereira prétend » (Christian Bourgois, 1995) Voir à la FnacPereira prétend, de Antonio Tabucchi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un journaliste vieillissant et cardiaque, à Lisbonne en 1938, qui se réveille lentement. Court, dense, et étrangement approprié : c'est un livre sur un corps qui trahit et un homme qui décide quand même quelque chose.

Romain Gary, « La Vie devant soi » (Mercure de France, 1975) Voir à la FnacLa Vie devant soi, de Romain Gary (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Goncourt 1975, publié sous le nom d'Émile Ajar. Drôle et déchirant dans la même phrase, écrit dans une langue orale qui avance toute seule. Un des rares livres qui parlent de la fin sans jamais peser.

Amélie Nothomb, « Métaphysique des tubes » (Albin Michel, 2000) Voir à la FnacMétaphysique des tubes, de Amélie Nothomb (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent cinquante pages, une heure et demie de lecture, un humour qui ne demande aucun effort. Utile à garder en tête pour un patient qui dit avoir perdu le goût de lire : c'est court assez pour être fini, donc pour redonner confiance.

Le format compte autant que le titre

C'est la partie que personne ne regarde, et elle décide souvent du sort du livre.

Prenez du poche quand vous le pouvez. Il pèse deux à trois fois moins qu'un grand format, tient d'une main, se glisse dans le tiroir du chevet et ne prend pas la place du verre d'eau. La seule exception valable est le livre illustré, que le poche massacre.

Pensez aux gros caractères, surtout pour une personne âgée ou fatiguée des yeux. Des éditeurs comme A vue d'œil, Feryane ou Voir de Près publient en corps 16 ou 18 des titres courants, et la plupart des bibliothèques en ont un rayon. C'est le cadeau qui fait la plus grosse différence pratique, et quasiment personne n'y pense.

Évitez les tranches trop serrées et les livres neufs qui ne restent pas ouverts. Un poche déjà lu, souple, qui tient à plat sur les genoux, est plus confortable qu'un exemplaire raide sorti du carton.

Ajoutez une lampe de lecture à pince si vous voulez faire le cadeau complet. Elle coûte peu, règle le problème du néon et du voisin de chambre, et elle sera utilisée bien après la sortie.

Ce qu'il ne faut pas offrir

Il y a trois erreurs classiques, et elles partent toutes d'une bonne intention.

Le pavé. Le gros roman qu'on gardait pour l'occasion, offert parce que « tu as le temps maintenant ». C'est faux, et c'est écrasant. Sept cents pages posées sur une tablette de chambre ressemblent à une dette.

Le livre sur la maladie. Le témoignage de quelqu'un qui a traversé la même chose, l'essai sur la résilience, le récit d'hôpital. Même excellent, il se lit comme un commentaire sur la situation de la personne, et il ne lui laisse pas le choix du moment. Attendez qu'elle en parle.

Le livre à leçon. Ceux qui expliquent comment transformer l'épreuve, trouver le sens, rester positif. Une personne hospitalisée n'a pas de devoirs à faire, et ce type de cadeau lui en donne un.

Un dernier cas, plus discret : le livre que vous adorez et qui demande beaucoup. Le grand roman russe, le classique exigeant, l'auteur qu'il faut mériter. Gardez-le pour la convalescence, à la maison, quand la tête sera revenue.

Quand lire n'est plus possible

Il arrive que la lecture soit hors d'atteinte pendant un moment. Le cadeau reste possible, il change juste de forme.

Le livre audio est la meilleure réponse. Rien à tenir, rien à fixer, on peut fermer les yeux et laisser courir, et s'endormir dessus ne fait pas perdre sa page. Une carte cadeau sur une plateforme audio, offerte avec deux ou trois titres notés sur un papier, fonctionne exactement comme un livre. Prévoyez des écouteurs si la chambre est partagée.

Les revues font aussi très bien l'affaire, et on les méprise à tort : un magazine se lit par bouts, s'abandonne sans culpabilité et se prête au voisin. Un abonnement de trois mois arrive dans la boîte aux lettres après la sortie, ce qui prolonge le geste.

Enfin, il existe une option que les gens trouvent bizarre avant de l'essayer : lire à voix haute pendant la visite. Vingt minutes d'un recueil de nouvelles, assis à côté du lit. Cela remplit un temps de visite où l'on ne sait pas quoi dire, ce qui est le vrai problème de beaucoup de visites à l'hôpital.

Le mot qui va avec

Deux lignes glissées en page de garde changent le statut de l'objet.

Pas de « bon rétablissement », qui est déjà écrit sur toutes les cartes de la boutique du hall. Dites plutôt pourquoi ce livre-là : « il se lit par petits bouts, tu peux le poser n'importe où », ou « je l'ai trouvé drôle et j'ai pensé que ça te ferait du bien ». Vous dites en même temps que vous avez pensé aux conditions réelles, ce qui est une forme d'attention rare.

Et si vous hésitez encore, il reste la solution la plus simple : demandez-lui. Beaucoup de personnes hospitalisées savent très bien ce dont elles ont envie et n'osent pas le réclamer, parce qu'elles ont l'impression de déjà trop demander. La question fait souvent plus de bien que le cadeau.

Pour offrir plus juste à quelqu'un qui lit rarement, notre guide sur les lecteurs occasionnels détaille les formats qui accrochent. Et si la personne est déjà lancée dans une série, nos guides d'ordre de lecture vous diront quel tome lui manque.

Faut-il offrir un livre à quelqu'un qui vient d'être hospitalisé ?

Pas toujours le jour même. Les premiers jours d'une hospitalisation sont souvent les plus confus : examens, douleur, traitement qui se met en place. Un livre arrivé trop tôt reste fermé et devient une chose de plus à ranger sur la tablette. Si vous voulez marquer le coup dès le premier jour, apportez quelque chose de plus simple, et gardez le livre pour la visite suivante, quand la personne commence à s'ennuyer.

Quel format choisir pour lire au lit à l'hôpital ?

Le poche, presque toujours. On lit allongé, parfois avec une perfusion d'un côté, et le poids du livre devient une question concrète au bout de vingt minutes. Un grand format de 500 grammes se referme vite. Le poche se tient d'une main, se glisse dans un tiroir de chevet et ne se remarque pas si la chambre est encombrée. Le grand format ne se justifie que pour un livre illustré.

Peut-on offrir une bande dessinée à un adulte hospitalisé ?

C'est souvent le meilleur choix, et le plus rarement fait. Une planche se lit en une minute, se reprend après une interruption, ne demande aucune mémoire de l'intrigue. Les recueils de gags en une page fonctionnent particulièrement bien : on peut en lire trois, poser le livre, et reprendre trois heures plus tard sans avoir rien perdu. Cela vaut aussi pour les albums illustrés sans texte.

Faut-il éviter les livres qui parlent de maladie ?

Oui, sauf demande explicite de la personne. Un récit de cancer offert à quelqu'un en oncologie se lit comme un commentaire sur sa situation, même quand le livre est excellent. Il en va de même pour les livres qui promettent de tirer du positif de l'épreuve. Si la personne veut lire sur ce qu'elle traverse, elle le dira, et à ce moment-là son choix sera plus juste que le vôtre.

Et si la personne est trop fatiguée pour lire ?

Le livre audio règle une grande partie du problème : il n'y a rien à tenir, rien à fixer des yeux, et on peut s'endormir dessus sans perdre sa page. Une carte cadeau sur une plateforme audio, ou un abonnement d'un mois, se donne comme un livre. Les revues, les mots croisés et les albums d'images sont aussi des cadeaux honnêtes quand la concentration ne suit plus.

Combien de livres apporter à quelqu'un hospitalisé longtemps ?

Deux ou trois maximum à la fois, et revenez en apporter d'autres. Une pile de huit livres sur la tablette ressemble à un programme, donc à une obligation, et l'espace de rangement dans une chambre est très limité. Apporter le tome suivant à la visite d'après vous donne d'ailleurs une raison de revenir, ce qui vaut souvent mieux que le livre lui-même.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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