Quel livre offrir pour un départ à la retraite ?
Un pot de départ produit toujours le même embarras. On veut marquer le coup sans avoir l'air de fermer une porte, on veut être chaleureux sans être intime, et on signe à quinze sur une carte où les quatorze premiers ont déjà écrit « bonne continuation ».
Le livre est un bon cadeau dans cette situation, parce qu'il autorise une phrase personnelle sans obliger à la performance émotionnelle. Encore faut-il éviter les deux registres qui plombent la moitié des cadeaux de départ. Voici dix titres, classés par ce que la personne s'apprête à faire de son temps.
Les deux tons à ne pas prendre
Le premier est condescendant. Il se reconnaît à des formules comme « de quoi occuper vos journées » ou « maintenant, vous avez le temps ». Sous-entendu : vous n'avez plus rien à faire. Les guides de type « réussir sa retraite » et les livres de mots croisés tombent tous dans cette catégorie, même offerts avec la meilleure intention du monde.
Le second est funèbre. C'est le cadeau qui traite le départ comme une fin : un essai sur la vieillesse, une anthologie sur le temps qui passe, un beau livre souvenir sur l'entreprise. Quelqu'un qui part à soixante-deux ans a devant lui vingt ou trente ans, et souvent plus de projets qu'il n'en a eu depuis longtemps. Le livre qui lui rappelle sa mortalité le jour de son pot est un cadeau raté, même s'il est excellent.
Ce qui reste entre les deux est plus large qu'on ne croit : le récit de quelqu'un qui a fait quelque chose de sa liberté, le roman qui prend au sérieux des vies ordinaires, le livre qui accompagne un projet déjà annoncé.
Si la personne part avec un projet de marche ou de voyage
C'est le cas le plus simple, parce qu'elle en a parlé toute l'année à la machine à café.
Bernard Ollivier, « Longue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie » (Phébus, 2000) Voir à la FnacLongue marche, tome 1 : Traverser l'Anatolie, de Bernard Ollivier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Ollivier était journaliste. Il est parti à la retraite, puis il a marché d'Istanbul à Xi'an par la route de la soie, douze mille kilomètres en plusieurs étapes de quatre mois. Le récit a reçu le prix Joseph-Kessel en 2001 et s'est vendu bien au-delà de ce qu'attendait son éditeur. Aucun livre ne dit mieux qu'une vie peut commencer à soixante ans, et il le dit sans une once de discours motivant.
Jean-Christophe Rufin, « Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi » (Guérin, 2013) Voir à la FnacImmortelle randonnée. Compostelle malgré moi, de Jean-Christophe Rufin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Rufin fait le chemin de Saint-Jacques par la voie du nord, huit cents kilomètres le long de la côte basque et cantabrique. Il est drôle, un peu râleur, honnête sur les ampoules et les dortoirs. C'est le livre à offrir à quelqu'un qui envisage Compostelle sans oser le dire.
Nicolas Bouvier, « L'Usage du monde » (première édition à la librairie Droz en 1963, réédité à La Découverte) Voir à la FnacL'Usage du monde, de Nicolas Bouvier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Genève, Belgrade, Tabriz, le col de Khyber, dans une Fiat Topolino qui tombe en panne tous les cent kilomètres. Dix-sept mois de voyage racontés sans une ligne de vantardise. Il accompagne parfaitement une enveloppe collective destinée à financer un vrai départ, parce qu'il dit ce que l'argent ne sait pas dire.
Bill Bryson, « Promenons-nous dans les bois » (Payot, 2012 pour l'édition française) Voir à la FnacPromenons-nous dans les bois, de Bill Bryson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Bryson tente le sentier des Appalaches, trois mille cinq cents kilomètres, avec un vieux copain en très mauvaise condition physique. C'est un livre franchement drôle, ce qui est rare dans le récit de marche, et il fait un cadeau parfait pour quelqu'un qui a un projet de randonnée et zéro entraînement.
Si la personne part vers un jardin, une maison, la campagne
Peter Wohlleben, « La Vie secrète des arbres » (Les Arènes, 2017 pour la traduction française de Corinne Tresca) Voir à la FnacLa Vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un forestier allemand explique comment les arbres communiquent, se nourrissent mutuellement, comptent les jours de chaleur. Le livre a été un phénomène d'édition en Europe et il a fait râler une partie des écologues, qui lui reprochent son vocabulaire trop humain. Cela n'enlève rien à ce qu'il provoque : on ne regarde plus une forêt de la même façon.
Paolo Cognetti, « Les Huit Montagnes » (Stock, 2017) Voir à la FnacLes Huit Montagnes, de Paolo Cognetti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux garçons se rencontrent l'été dans un hameau du Val d'Aoste, l'un vient de Milan, l'autre garde les vaches. Prix Strega en Italie et prix Médicis étranger en France la même année. C'est un roman sur l'amitié, l'altitude et les maisons qu'on reconstruit à la main, ce qui en fait un choix évident pour quelqu'un qui part retaper quelque chose.
Si la personne part sans savoir ce qu'elle va faire
C'est le cas dont on parle le moins et qui concerne beaucoup de monde. Quand le travail tenait lieu de rythme et de vie sociale, le lundi qui suit le pot est une falaise.
Kent Haruf, « Nos âmes la nuit » (Robert Laffont, 2016, traduit par Anouk Neuhoff) Voir à la FnacNos âmes la nuit, de Kent Haruf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Addie, soixante-quinze ans, veuve, sonne un soir chez son voisin veuf pour lui proposer de venir dormir chez elle. Pas pour le sexe : pour parler dans le noir. Cent quatre-vingts pages d'une douceur désarmante, publiées après la mort de l'auteur. Le livre a été adapté avec Robert Redford et Jane Fonda, ce qui aide à le faire accepter par quelqu'un qui se méfie de la littérature.
Fredrik Backman, « Vieux, râleur et suicidaire : la vie selon Ove » (Presses de la Cité, 2014) Voir à la FnacVieux, râleur et suicidaire : la vie selon Ove, de Fredrik Backman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Ove a pris sa retraite, il déteste ses voisins, il inspecte le parking du lotissement tous les matins, et il envisage sérieusement d'en finir. Puis une famille iranienne emménage à côté. Le roman a été adapté deux fois au cinéma, en Suède puis aux États-Unis avec Tom Hanks. Offert avec le sourire, c'est le cadeau le plus drôle de cette liste, à condition que la personne ait de l'humour sur elle-même.
Robert Seethaler, « Une vie entière » (Sabine Wespieser, 2015, traduit par Élisabeth Landes) Voir à la FnacUne vie entière, de Robert Seethaler (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Andreas Egger naît dans un village des Alpes autrichiennes, travaille à la construction des téléphériques, voit le tourisme arriver et la guerre passer. Cent soixante pages pour une existence entière, sans une phrase de trop. Ce livre fait un cadeau bouleversant pour quelqu'un qui vient de terminer quarante ans de carrière et se demande ce que ça pesait.
Le livre qui refuse de vous ranger
Michel Serres, « C'était mieux avant ! » (Le Pommier, 2017) Voir à la FnacC'était mieux avant !, de Michel Serres (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre-vingt-quinze pages écrites par un philosophe de près de quatre-vingt-dix ans, exaspéré par les grands-pères grognons qui font l'éloge d'un passé qu'ils n'ont pas connu. Serres, lui, y était, et il dresse le bilan : la mortalité infantile, la guerre, les dents arrachées sans anesthésie, les paysans à quinze ans de vie active.
C'est un texte court, drôle, franchement polémique, et c'est le contraire exact du cadeau nostalgique. Offert à quelqu'un qui part avec l'envie de rester dans le monde plutôt que de le commenter depuis un fauteuil, il fait un très bon effet.
Le cadeau collectif, en pratique
Le livre a un avantage sur la cagnotte anonyme : il porte des signatures.
Faites circuler le livre deux ou trois jours avant le pot et demandez à chacun d'écrire une ligne sur la page de garde. Une ligne, pas un paragraphe, sinon les cinq derniers n'ont plus de place. Le prénom doit être lisible, ce qui n'a l'air de rien mais compte énormément dix ans plus tard, quand la personne rouvre le livre et cherche qui était qui.
Si la cagnotte est confortable, n'offrez pas le livre seul. Associez-le au cadeau principal : un sac de randonnée avec le Rufin, une enveloppe de voyage avec le Bouvier, un abonnement à un jardin botanique avec le Wohlleben. Le livre explique le cadeau, et le cadeau donne au livre une raison d'être ouvert.
Dernier détail qui compte : si vous offrez le premier tome d'une série, dites-le. La retraite est l'un des rares moments de la vie où le temps de lecture augmente vraiment, et une série de six ou huit volumes devient une compagnie pour l'hiver. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier par quel tome commencer, ce qui n'est presque jamais le numéro imprimé sur la couverture.
Ce qu'il faut écrire, et surtout ne pas écrire
« Bonne retraite » est la formule la plus vide de la langue française. Elle est écrite quinze fois sur la carte, elle ne dit rien, et elle sonne comme un au revoir de hall de gare.
Écrivez plutôt une chose précise et petite. Un souvenir de dossier, une manie que tout le monde connaissait, une phrase que la personne répétait. « Vous m'avez appris à relire les contrats avant de les signer, je continue » vaut mieux que trois lignes de gratitude générale. Si vous ne trouvez rien, dites simplement pourquoi ce livre-là : « je l'ai lu pendant mon congé sabbatique et j'ai pensé à votre projet de Compostelle » suffit largement.
Il y a une dernière chose que le livre fait bien et que les autres cadeaux ne font pas : il donne une raison de revenir vous voir. Quelqu'un qui a aimé un livre offert vous écrira six mois plus tard pour vous le dire, et c'est souvent le seul lien qui survit à un départ. Le choix du titre compte moins que ça. Pour un collègue dont vous êtes plus proche, le registre change encore, et l'exercice devient plus facile.
Quel livre offrir pour un départ à la retraite quand on connaît mal la personne ?
Faut-il éviter les livres sur la vieillesse ?
Comment offrir un livre au nom de toute une équipe ?
Un livre suffit-il comme cadeau de départ ?
Quel livre offrir à quelqu'un qui redoute sa retraite ?
La retraite est-elle un bon moment pour offrir une série longue ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.