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Quel livre offrir à quelqu'un qui n'aime pas lire ? 12 titres qui ne ressemblent pas à un devoir

Offrir un livre à quelqu'un qui n'aime pas lire sans le mettre en échec : douze titres courts, dessinés ou racontés, avec la raison précise pour laquelle chacun se termine.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui n'aime pas lire ?

La trajectoire est toujours la même. Le paquet s'ouvre, le sourire est sincère, le merci aussi. Puis le livre migre vers une étagère et n'en redescend jamais.

La responsabilité n'est presque jamais du côté du destinataire. Elle est dans le choix : un livre trop long, trop dense, souvent choisi pour ce qu'il dit du donneur plutôt que pour l'effet qu'il va produire. Voici douze titres qui ont une chance réelle d'être terminés, avec la raison précise pour laquelle chacun fonctionne sur quelqu'un qui n'aime pas lire.


Renoncez d'abord à le convertir

C'est la condition de tout le reste. Si votre cadeau porte le message implicite « tu devrais lire davantage », il sera reçu comme tel, et il échouera.

Quelqu'un qui n'aime pas lire a souvent une histoire précise derrière ce refus. Un professeur de français humiliant en quatrième. Une dyslexie jamais diagnostiquée. Un environnement où le livre était un objet de classe sociale, pas de plaisir. Parfois simplement l'ennui profond ressenti devant les 400 pages imposées en seconde. Ces gens ne détestent pas les histoires, ils regardent des séries, écoutent des podcasts, suivent des documentaires. Ils détestent l'exercice.

Donc offrez une histoire, jamais un exercice. Et taisez complètement l'intention pédagogique, y compris dans la dédicace.

La bande dessinée n'est pas un lot de consolation

Elle est la meilleure porte disponible, et la réticence à l'offrir vient presque toujours d'un vieux réflexe de hiérarchie culturelle.

Le Grand Méchant Renard de Benjamin Renner (Delcourt, 2015) Voir à la FnacLe Grand Méchant Renard de Benjamin Renner (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) tient en 192 pages et fait rire à voix haute. Un renard incapable de faire peur aux poules vole leurs œufs, et les poussins le prennent pour leur mère. Fauve jeunesse du festival d'Angoulême 2016, prix BD Fnac la même année. On l'offre à un enfant, on le retrouve lu par les parents avant lui.

« L'Arabe du futur » de Riad Sattouf (Allary Éditions, 2014) raconte une enfance entre la Libye, la Syrie et la Bretagne, à hauteur d'enfant blond dans un pays qui n'en attendait pas. Fauve d'or à Angoulême en 2015, plus de trois millions d'exemplaires vendus sur l'ensemble de la série. Il se lit d'une traite et le tome suivant se réclame tout seul.

« Les Vieux Fourneaux, tome 1, Ceux qui restent » de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud, 2014) suit trois septuagénaires en cavale, un enterrement, une vengeance très en retard. Cinquante-six pages, un humour direct, aucune exigence préalable. C'est probablement le titre le plus facile à faire accepter par un grand-père qui répète qu'il n'a jamais aimé lire.

« Persepolis » de Marjane Satrapi (L'Association, 2000 à 2003) reste le plus grand succès de la bande dessinée alternative européenne des années 2000. Le noir et blanc, très simple, désarme immédiatement les gens qui se croient incapables de suivre un récit long.

Le récit documentaire, pour ceux qui préfèrent le réel

Beaucoup de non-lecteurs ne refusent pas les livres, ils refusent la fiction. Ils ne voient pas l'intérêt d'une histoire inventée. À ceux-là, le rayon de la bande dessinée de reportage fait souvent un effet spectaculaire.

Le Monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (Dargaud, 2021) Voir à la FnacLe Monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) explique l'énergie et le climat sous forme de dialogue entre un ingénieur et un dessinateur candide. Près de 200 pages, et l'ouvrage le plus vendu en France en 2022, tous rayons confondus. Un beau-frère qui ne lit rien mais qui a un avis sur le nucléaire le finira en deux soirées.

« Peau d'homme » d'Hubert et Zanzim (Glénat, 2020) se passe dans l'Italie de la Renaissance. Une jeune femme reçoit en héritage une peau d'homme qu'elle peut enfiler à volonté, et découvre l'autre moitié du monde. Grand prix RTL de la bande dessinée, prix Landerneau, grand prix de la critique ACBD : quatre récompenses majeures en décembre 2020. C'est aussi un des rares livres qu'on peut offrir à quelqu'un sans savoir du tout ce qu'il aime.

« Le Combat ordinaire » de Manu Larcenet (Dargaud, 2003), prix du meilleur album à Angoulême en 2004, raconte un photographe de trente ans qui n'arrive plus à travailler, un père qui vieillit mal, une campagne où l'on va pour respirer. Aucun exotisme, aucun héroïsme. Les lecteurs réticents s'y reconnaissent souvent violemment.

Les romans qui se terminent

Si vous tenez au roman, le critère numéro un est la longueur, et le numéro deux la longueur des chapitres.

« No et moi » de Delphine de Vigan (JC Lattès, 2007), prix des libraires 2008, tient en un peu plus de 200 pages : une adolescente surdouée, une jeune femme sans domicile, une amitié impossible. Les chapitres sont courts, le ton est direct, et le livre se referme au bout de trois soirées.

« Un sac de billes » de Joseph Joffo (JC Lattès, 1973) reste un des grands succès de l'édition française. Deux frères juifs de dix et douze ans traversent la France occupée. C'est raconté par un enfant, dans une langue simple, et l'envie de savoir ce qui arrive ensuite fait tourner les pages toute seule.

« Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson (traduction de Caroline Berg, Presses de la Cité, 2011) a dépassé le million d'exemplaires en France. Un centenaire s'échappe de sa maison de retraite par la fenêtre. C'est absurde, drôle, construit en séquences courtes qui alternent présent et passé, et rien ne se perd si on le repose une semaine.

« Oscar et la dame rose » d'Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 2002) fait une centaine de pages et se lit en une soirée. Un enfant malade écrit des lettres à Dieu. Le livre est bouleversant et il se termine, ce qui est précisément l'expérience qui manque à un non-lecteur : celle d'avoir fini quelque chose.

La nouvelle, le format le moins culpabilisant qui existe

Personne ne le propose jamais, et c'est une erreur. Un recueil de nouvelles se pose et se reprend sans avoir à se souvenir de quoi que ce soit. Aucune intrigue à reconstituer, aucune dette de lecture.

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 1999) Voir à la FnacJe voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d'Anna Gavalda (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) réunit douze textes courts sur la solitude, du tragique au très drôle. Grand Prix RTL-Lire et prix des Inrockuptibles, près de deux millions d'exemplaires toutes éditions confondues. Chaque nouvelle prend un quart d'heure. Un non-lecteur qui en finit une a gagné, et il le sait.

C'est aussi le meilleur cadeau pour quelqu'un qui lit dans les transports, dans une salle d'attente, entre deux gardes.

Le livre audio, quand ce n'est pas l'histoire qui bloque

Certains n'ont aucun problème avec les récits. Ils ont un problème avec l'objet, la page, la fatigue des yeux le soir, le temps.

Le livre audio règle ça en une fois. Les catalogues d'Audiolib, de Lizzie ou de la collection Écoutez lire chez Gallimard couvrent la plupart des titres de cette page. Un chauffeur routier, une infirmière en horaires décalés, quelqu'un qui court une heure par jour : ces gens deviennent de très gros lecteurs dès qu'on leur retire le livre des mains.

Petite précaution de cadeau : offrez une carte physique ou un coffret plutôt qu'un code envoyé par message. Un cadeau doit se déballer.

Les quatre erreurs qui garantissent l'échec

Elles reviennent chaque année, et elles se ressemblent toutes.

Offrir le livre que vous, vous avez adoré. Votre enthousiasme n'est pas transférable, et le destinataire sentira qu'il doit un rapport de lecture.

Offrir un classique scolaire. Le réflexe est compréhensible et il rate à tous les coups, parce qu'il ramène exactement à l'endroit où le dégoût est né.

Offrir un pavé primé de la rentrée littéraire. Un livre de 500 pages avec un bandeau rouge ressemble à un travail, et il est reçu comme tel.

Offrir un livre de développement personnel sur la lecture, ou un guide des cent livres à lire avant de mourir. C'est une liste de devoirs déguisée en cadeau. On en connaît le sort.

Comment l'offrir pour que ça n'ait pas l'air d'une leçon

La manière compte autant que le titre. Deux phrases sur la page de garde suffisent, et elles ne doivent contenir aucune promesse de plaisir.

Dites pourquoi ce livre-là pour lui, précisément. « J'ai pensé à toi page 40 » fonctionne. « Je suis sûr que tu vas adorer » installe une obligation. Vous pouvez aussi retirer complètement l'enjeu : offrir la bande dessinée en même temps qu'un autre cadeau, pour qu'elle ne soit pas le cadeau principal et donc pas l'objet d'une attente.

Si vous voulez creuser le cas voisin de la personne qui aime lire mais n'en a jamais le temps, il se traite autrement, nous y consacrons un article distinct. Et si votre choix se porte finalement sur la bande dessinée, notre sélection dédiée va plus loin dans les séries et les romans graphiques.

Ce qui se joue vraiment

Un non-lecteur qui finit un livre ne devient pas lecteur pour autant. Il ne va pas se mettre à Proust en mars. Ce n'est pas l'objectif, et le formuler ainsi ruinerait le cadeau.

Ce qui change, c'est plus petit et plus solide : il vient de découvrir qu'un livre pouvait se terminer sans effort, et que l'échec précédent venait du choix, pas de lui. À partir de là, il posera peut-être une question un jour. « Il y en a d'autres comme celui-là ? » Ce jour-là, ayez une réponse prête, et surtout n'ayez pas l'air d'avoir attendu la question.

Est-ce qu'une bande dessinée compte vraiment comme un livre à offrir ?

Oui, et c'est même le meilleur choix dans neuf cas sur dix. Une bande dessinée demande une vraie lecture, elle a un auteur, un éditeur, un propos. « Le Monde sans fin » de Jancovici et Blain a été l'ouvrage le plus vendu en France en 2022, tous rayons confondus. Personne n'a jugé ses lecteurs. Si vous hésitez encore, l'hésitation vient de vous, pas du destinataire.

Combien de pages au maximum pour un non-lecteur ?

En dessous de 200 pages en roman, et sans limite en bande dessinée puisque le rythme de lecture n'a rien à voir. Le chiffre compte moins que la structure : un roman de 180 pages en un seul bloc dense décourage plus qu'un roman de 250 pages découpé en chapitres de quatre pages. Regardez l'épaisseur, puis feuilletez pour vérifier la longueur des chapitres.

Faut-il offrir un livre audio plutôt qu'un livre papier ?

Si la personne ne lit pas par manque de temps, par fatigue oculaire ou parce qu'elle conduit beaucoup, oui, sans réserve. Le livre audio a levé le blocage de milliers de gens qui se croyaient allergiques aux livres. En cadeau, préférez une carte ou un abonnement à un fichier envoyé par mail, qui ne ressemble à rien sous un sapin.

Que faire s'il ne l'ouvre jamais ?

Rien. Sérieusement. Le pire réflexe consiste à demander trois semaines plus tard s'il a commencé, ce qui transforme le cadeau en dette. Un livre non lu reste dans une maison, et il arrive qu'il soit ouvert deux ans après, un dimanche de pluie, sans que personne ait rien demandé. Votre rôle s'arrête à l'emballage.

Peut-on offrir un manga à un adulte qui ne lit pas ?

Tout à fait, à condition de choisir une série terminée ou un titre en un seul tome. Offrir le premier tome d'une série de quarante volumes en cours ressemble à un engagement, ce qui est exactement l'effet à éviter. Un récit complet en un ou trois tomes se referme, et se referme est le mot important ici.

Et si je lui offrais plutôt une carte cadeau de librairie ?

C'est un choix honnête, mais il déplace le problème. Quelqu'un qui n'aime pas lire n'a aucune envie d'entrer seul dans une librairie et de choisir parmi vingt mille titres. La carte finit souvent périmée dans un tiroir. Un livre choisi précisément pour lui reste un meilleur cadeau, même s'il vous fait prendre un risque.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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