Listes et sélectionsLivres à offrir

Quel livre offrir à quelqu'un en deuil ? Ce qui aide, ce qui blesse, et quand

Le réflexe est d'offrir un livre sur le deuil. C'est souvent une erreur, surtout au début. Onze titres, le bon moment pour chacun, et les cas où le meilleur cadeau n'est pas un livre.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un en deuil ?

Le premier réflexe est presque toujours le même : chercher un livre sur le deuil. Un témoignage, un essai, quelque chose qui explique. L'intention est bonne et le résultat est souvent mauvais.

Ce n'est pas une question de qualité des livres, qui sont parfois remarquables. C'est une question de moment, et de ce qu'un cadeau dit implicitement à celui qui le reçoit.


Pourquoi le livre sur le deuil rate souvent sa cible

Trois choses se passent quand vous offrez un essai sur le deuil à quelqu'un qui vient de perdre un proche.

La première est physiologique. Les premières semaines de deuil abîment la concentration, le sommeil et la mémoire. Beaucoup de gens décrivent une incapacité totale à lire pendant un ou deux mois, y compris de gros lecteurs. Un livre qui demande de suivre un raisonnement arrive au pire moment.

La deuxième est plus délicate. Un livre sur le deuil comporte presque toujours une manière de faire : des étapes, un cheminement, une sortie. Offert par quelqu'un d'autre, il ressemble à une indication de trajectoire. Il dit, sans le vouloir, voilà comment ça devrait se passer pour toi. Or rien n'est plus mal reçu, à ce moment-là, qu'une norme.

La troisième tient à la position du donneur. Un cadeau qui prend le sujet de face oblige la personne à quelque chose : le lire, en parler, remercier pour un objet qui la ramène à sa perte. Vous vouliez alléger et vous avez ajouté une tâche.

Cela ne veut pas dire que ces livres sont inutiles. Ils le deviennent, souvent, mais plus tard, et surtout quand la personne les choisit elle-même.

Les premières semaines : ne pas offrir de livre

Sur la période qui suit immédiatement la mort, l'utilité d'un livre est proche de zéro, et son coût symbolique est réel.

Ce qui aide, à ce moment-là, est d'un autre ordre. De la nourriture apportée sans prévenir. Une lessive faite. Deux heures passées à trier les papiers de succession, qui est le travail le plus épuisant et le moins raconté du deuil. Une proposition de promenade sans conversation obligatoire. Un message qui ne demande pas de réponse.

Si vous tenez vraiment à donner un livre, faites-le sans emballage et sans cérémonie, en disant que rien ne presse. La phrase compte plus que l'objet : « je te le laisse, tu l'ouvriras si un jour tu en as envie » retire toute obligation.

Et écrivez à la main quelque chose de précis sur la personne morte. Un souvenir, une manie, une phrase qu'elle disait. Les endeuillés retiennent longtemps ceux qui ont nommé le disparu au lieu de tourner autour.

Plus tard, quand les mots redeviennent possibles

Il arrive un moment, variable, souvent entre trois mois et un an, où la personne se met elle-même à chercher des mots. C'est là que ces livres trouvent leur place.

Joan Didion, « L'Année de la pensée magique » (Grasset, 2007) Voir à la FnacL'Année de la pensée magique, de Joan Didion (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Didion perd son mari d'une crise cardiaque à table, un soir de décembre, pendant que leur fille est hospitalisée. Elle décrit ensuite, avec une précision presque clinique, la pensée qui refuse : garder les chaussures au cas où il reviendrait. National Book Award 2005. C'est le livre qui fait dire à beaucoup de gens qu'ils ne sont pas devenus fous.

Roland Barthes, « Journal de deuil » (Seuil, 2009) Voir à la FnacJournal de deuil, de Roland Barthes (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des fiches écrites au jour le jour après la mort de sa mère, publiées bien après sa propre mort. Quelques lignes par page, parfois trois mots. Le format en fait un des rares livres lisibles quand la concentration ne suit pas : on l'ouvre au hasard et on referme.

Chimamanda Ngozi Adichie, « Notes sur le chagrin » (Gallimard, 2021) Voir à la FnacNotes sur le chagrin, de Chimamanda Ngozi Adichie (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Écrit après la mort de son père en 2020, pendant la pandémie, avec la colère que la plupart des livres sur le deuil évitent. Adichie dit la rage, l'agacement devant les condoléances mal ajustées, l'absurdité de la formule « il a eu une belle vie ». Très court.

Julian Barnes, « Quand tout est déjà arrivé » (Mercure de France, 2013) Voir à la FnacQuand tout est déjà arrivé, de Julian Barnes (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois parties dont une seule parle de la mort de sa femme. Barnes tient une distance ironique jusqu'au moment où elle cède, et cette retenue convient à des lecteurs que l'émotion frontale met mal à l'aise.

Selon ce que la personne a perdu

Le mot « deuil » recouvre des situations qui n'ont presque rien en commun, et un livre juste pour l'une peut être violent pour l'autre.

Philippe Forest, « L'Enfant éternel » (Gallimard, 1997) Voir à la FnacL'Enfant éternel, de Philippe Forest (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La mort de sa fille de quatre ans, racontée sans aucune consolation et sans aucun sens à en tirer. À n'offrir qu'à un parent endeuillé qui l'a demandé, jamais par initiative : c'est un livre qui rend justice à ceux qui refusent qu'on adoucisse, et qui écraserait n'importe qui d'autre.

Christian Bobin, « La plus que vive » (Gallimard, 1996) Voir à la FnacLa plus que vive, de Christian Bobin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Bobin écrit à la femme qu'il aimait, morte brutalement à quarante-quatre ans. Il lui parle au présent tout du long. Le livre est bref, lumineux, et il tient sur une idée simple : la personne n'est pas passée du côté du passé.

Anne Philipe, « Le Temps d'un soupir » (Julliard, 1963) Voir à la FnacLe Temps d'un soupir, de Anne Philipe (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le récit de la maladie et de la mort de Gérard Philipe par sa femme. Paru quatre ans après la mort de l'acteur, le texte n'a pas vieilli d'un mot, et il a l'avantage rare de ne rien devoir aux codes actuels du témoignage.

Delphine Horvilleur, « Vivre avec nos morts » (Grasset, 2021) Voir à la FnacVivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Onze récits d'enterrements que l'autrice, rabbin, a accompagnés. Ce n'est pas un livre religieux au sens où il faudrait croire pour le lire : c'est un livre sur ce qu'on dit et sur ce qu'on ne dit pas aux vivants. Il a dépassé les 200 000 exemplaires vendus, ce qui en dit long sur le manque qu'il comble.

Vinciane Despret, « Au bonheur des morts » (La Découverte, 2015) Voir à la FnacAu bonheur des morts, de Vinciane Despret (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une philosophe recueille ce que font réellement les endeuillés : parler aux disparus, garder des objets, reprendre un métier, sentir une présence. Elle refuse de traiter ces gestes comme des symptômes. Pour quelqu'un qui a honte de ce qu'il fait depuis la mort, ce livre lève une culpabilité inutile.

Un roman peut faire mieux qu'un essai

C'est une piste que peu de gens prennent, et elle marche souvent mieux, parce qu'une fiction laisse le lecteur libre de s'y reconnaître ou non.

Marilynne Robinson, « Gilead » (Actes Sud, 2007) Voir à la FnacGilead, de Marilynne Robinson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un pasteur âgé du Kansas écrit une longue lettre à son fils de sept ans, parce qu'il sait qu'il ne le verra pas grandir. Prix Pulitzer 2005. Le livre est lent, sans intrigue, et il installe une paix que très peu de textes atteignent. À réserver à quelqu'un qui a du temps devant lui.

Il existe aussi un cas particulier : la personne qui veut lire ce que le disparu lisait. Reprendre un auteur aimé du mort, finir le livre resté ouvert sur sa table de nuit, découvrir un roman dont il parlait sans arrêt. Ce cadeau-là est presque toujours juste, et il demande seulement de vous souvenir de ce qu'il aimait.

Le livre qui n'a rien à voir

Beaucoup de personnes endeuillées racontent la même chose : elles ont eu besoin, pendant des mois, de sortir de leur propre histoire. Le cadeau qui autorise cette échappée est souvent le plus utile, et presque personne ne l'ose, par peur de paraître léger.

Gerald Durrell, « Ma famille et autres animaux » (La Table Ronde, 2014) Voir à la FnacMa famille et autres animaux, de Gerald Durrell (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enfance du naturaliste sur l'île de Corfou dans les années 1930, avec une famille anglaise excentrique et des scorpions dans les boîtes d'allumettes. C'est franchement drôle, sans une once de gravité, et ça se lit par chapitres indépendants.

Une série policière, une bande dessinée, un roman d'aventure font le même travail. La seule précaution utile est de vérifier qu'un deuil ne dort pas au centre de l'intrigue, ce qui est plus fréquent qu'on ne l'imagine, notamment dans le polar. Un ami libraire lira le résumé mieux que la quatrième de couverture.

Si la personne suit déjà une série, offrir le tome qui lui manque est une excellente idée, parce que la lecture est déjà installée et ne demande aucun effort de départ. Nos guides d'ordre de lecture permettent de repérer lequel manque sans avoir à poser la question.

Ce qu'il vaut mieux éviter

Quelques cadeaux reviennent souvent et font régulièrement du dégât.

Les livres qui promettent des étapes du deuil à franchir dans l'ordre. Le modèle en cinq phases dont ils s'inspirent a été formulé par Elisabeth Kübler-Ross à propos des malades en fin de vie, pas des endeuillés, et il est aujourd'hui largement contesté dans la recherche. Offert à quelqu'un qui n'en est pas là, il produit surtout le sentiment d'être en retard sur un programme.

Les livres qui invitent à trouver le sens, la leçon, la croissance. Il n'y a pas de leçon à tirer de la mort d'un enfant.

Les livres religieux offerts à quelqu'un qui ne partage pas votre foi. Même avec une intention entièrement bienveillante, cela revient à proposer une explication qui n'est pas la sienne.

Les récits qui ressemblent trop exactement à sa situation. Un livre sur un veuvage à quarante ans offert à une femme veuve à quarante ans peut aider, et peut aussi être insoutenable. Vous ne pouvez pas savoir lequel des deux, elle seule le peut.

La question à se poser avant d'acheter

Une seule, et elle suffit : est-ce que ce livre existe pour elle, ou pour moi ?

Une grande partie des livres offerts en période de deuil sert d'abord à celui qui les offre. Ils comblent le malaise, ils remplacent la phrase qu'on ne trouve pas, ils permettent de faire quelque chose devant une situation où on ne peut rien. C'est humain et ça se voit.

Le geste le plus utile est souvent moins visible. Revenir dans trois mois, quand tout le monde aura repris le cours normal des choses et que la personne se retrouvera seule avec ça. Proposer alors le livre, ou une promenade, ou rien. Cette deuxième visite compte plus que le cadeau du premier jour, et presque personne ne la fait.

Pour d'autres circonstances difficiles où le choix d'un livre demande la même prudence, notre guide pour une personne hospitalisée applique la même logique : partir des conditions réelles avant de partir du titre.

Faut-il offrir un livre sur le deuil à une personne endeuillée ?

Rarement dans les premières semaines. Un livre sur le deuil demande de lire, de comprendre et de réfléchir, trois choses que le début du deuil rend très difficiles. Il arrive aussi qu'il soit reçu comme une consigne : voilà comment il faudrait traverser ça. Ces livres deviennent utiles plus tard, quand la personne cherche elle-même des mots, souvent plusieurs mois après. Le bon moment vaut mieux que le bon titre.

Que peut-on offrir dans les premiers jours ?

Quelque chose qui ne demande rien. De la nourriture, une course faite, une heure passée à répondre aux papiers administratifs, une promenade proposée sans commentaire. Si vous tenez au livre, offrez-le sans emballage ni cérémonie, en disant simplement qu'il attendra le moment où elle en aura envie. La différence tient dans la phrase qui accompagne, pas dans le titre.

Peut-on offrir un roman qui n'a rien à voir avec la mort ?

C'est souvent le meilleur choix, et le plus rarement fait. Beaucoup de personnes endeuillées disent avoir eu besoin d'échapper à leur propre histoire pendant des mois. Un roman drôle, un récit de nature, une série policière tiennent ce rôle très bien. Vérifiez seulement qu'aucun deuil central ne se cache dans l'intrigue, ce qui arrive plus souvent qu'on ne croit.

Comment savoir si la personne veut lire sur ce qu'elle traverse ?

En écoutant ce qu'elle raconte. Quand quelqu'un commence à chercher des formulations, à dire qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive, ou à parler d'un texte qu'il a lu quelque part, c'est le signe que les mots redeviennent utiles. Vous pouvez aussi le demander franchement, sans détour. La question est moins intrusive que le cadeau qui suppose une réponse.

Que faire si la personne ne lit pas du tout ?

Ne convertissez personne au moment le plus dur de sa vie. Un non-lecteur endeuillé n'a pas besoin d'un livre, il a besoin de présence et de temps. Une carte écrite à la main avec un souvenir précis de la personne disparue vaut infiniment plus qu'un ouvrage acheté par embarras. Le livre audio reste une piste, mais seulement si l'écoute fait déjà partie de ses habitudes.

Et pour un enfant qui a perdu un parent ?

Passez par un libraire jeunesse ou un bibliothécaire plutôt que par une liste en ligne. Le choix dépend beaucoup de l'âge, des circonstances et de ce que l'enfant a déjà compris, et un album mal ajusté peut effrayer. Les professionnels connaissent le fonds jeunesse sur la mort, qui est réel et souvent bien fait. Prévenez aussi le parent restant avant d'offrir : c'est lui qui accompagnera la lecture.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi