Quel livre offrir à son frère ?
Vous savez tout de lui sauf ça. Vous connaissez sa musique, ses séries, ses colères et ses blagues, et pourtant devant le rayon vous n'avez aucune idée de ce qu'il lit. Peut-être parce qu'il ne lit rien.
C'est le cas le plus fréquent, et le plus mal traité par les listes de cadeaux, qui proposent des romans à des gens qui n'en ouvrent pas. Voici quinze titres classés par profil réel, avec pour chacun la raison précise pour laquelle il fonctionne. Le cas du frère non-lecteur est traité en premier, parce que c'est celui qui compte.
Regardez ce qu'il regarde, pas ce qu'il lit
Sa bibliothèque ne vous apprendra rien. Ses écrans, si.
Un frère qui enchaîne les séries d'anticipation aimera un roman de science-fiction ambitieux. Un frère qui écoute des podcasts d'histoire ou de vulgarisation lira volontiers un essai narratif. Un frère qui joue à des jeux vidéo avec des univers denses et des lores complexes est exactement le lecteur que cherchent les auteurs de fantasy et de SF, il ne le sait juste pas encore.
Deuxième signal, plus discret : les gens racontent ce qu'ils voudraient lire sans se rendre compte qu'ils passent commande. « J'ai vu un truc sur la crise climatique, ça avait l'air bien fait » se transforme, trois mois plus tard, en cadeau qui tombe juste.
S'il ne lit pas du tout
Le piège est d'offrir un roman de 500 pages en espérant déclencher une vocation. Il ne se passera rien, et le livre restera sur une étagère comme un reproche silencieux.
Visez court, visuel, et surtout finissable.
Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, « Le Monde sans fin » (Dargaud, 2021) Voir à la FnacLe Monde sans fin, de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un dialogue en bande dessinée sur l'énergie et le climat. L'album a dépassé le million d'exemplaires vendus en France, ce qui en dit long sur sa capacité à attraper des gens qui n'achètent jamais de livres. Un frère qui aime discuter, contredire, avoir un avis, y trouvera de quoi argumenter pendant des mois.
Riad Sattouf, « L'Arabe du futur » (Allary Éditions, 2014) Voir à la FnacL'Arabe du futur, de Riad Sattouf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enfance de l'auteur entre la Libye, la Syrie et la Bretagne. Fauve d'or du meilleur album à Angoulême en 2015. C'est drôle, cruel, et ça se lit d'une traite. Le tome 1 se suffit largement, ce qui évite l'engagement d'une série.
Shaun Tan, « Là où vont nos pères » (Dargaud, 2007) Voir à la FnacLà où vont nos pères, de Shaun Tan (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent vingt-huit pages de dessins, zéro texte. Un homme émigre vers un pays inventé. Meilleur album à Angoulême en 2008. Pour quelqu'un qui a un blocage avec la lecture, un livre sans un seul mot fait sauter le problème d'un coup, et le résultat est bouleversant.
Si vous voulez creuser ce cas précis, notre guide sur le livre à offrir à quelqu'un qui n'aime pas lire détaille les formats qui fonctionnent.
S'il aime les univers, les mondes, les systèmes
C'est le profil du joueur, du bricoleur, de l'ingénieur en herbe. Il aime comprendre comment une chose tient debout. La science-fiction est faite pour lui.
Liu Cixin, « Le Problème à trois corps » (Actes Sud, 2016, traduit du chinois par Gwennaël Gaffric) Voir à la FnacLe Problème à trois corps, de Liu Cixin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une astrophysicienne, la Révolution culturelle, un signal venu d'ailleurs, et une civilisation vivant sous trois soleils. C'est de la SF qui prend la science au sérieux et qui a fait entrer la littérature chinoise contemporaine dans les salons du monde entier. Pour un frère qui trouve les romans mous, celui-là a la densité d'un problème de physique.
Andy Weir, « Projet Dernière Chance » (Bragelonne, 2021) Voir à la FnacProjet Dernière Chance, de Andy Weir (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme se réveille seul dans un vaisseau, amnésique, avec l'humanité à sauver. Weir écrit de la résolution de problèmes en série, avec de l'humour. C'est le roman à sortir en priorité face à quelqu'un qui prétend ne pas aimer lire : il le finit en une semaine et il en redemande.
Daniel Keyes, « Des fleurs pour Algernon » (J'ai lu) Voir à la FnacDes fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme déficient intellectuel devient un génie grâce à une opération, puis regarde le processus s'inverser. Le roman a reçu le prix Nebula en 1966. Il est court, écrit sous forme de comptes rendus, et il démolit à peu près tout le monde à la dernière page. Un très bon premier livre pour un lecteur hésitant.
Alain Damasio, « La Horde du Contrevent » (La Volte, 2004) Voir à la FnacLa Horde du Contrevent, de Alain Damasio (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vingt-trois personnes remontent le vent d'un monde entier jusqu'à sa source. Grand prix de l'Imaginaire 2006. Celui-là est exigeant, avec une typographie qui identifie chaque narrateur. Ne l'offrez qu'à un frère qui aime qu'on lui résiste, sinon il le lâchera page 60.
S'il veut juste tourner les pages
Aucune honte à ça. Un bon thriller offert à quelqu'un qui aime les bons thrillers vaut mieux qu'un roman primé offert pour l'élever.
Dennis Lehane, « Shutter Island » (Rivages) Voir à la FnacShutter Island, de Dennis Lehane (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux marshals enquêtent sur la disparition d'une patiente dans un hôpital psychiatrique sur une île. Le film de Scorsese a rendu le retournement célèbre, ce qui n'enlève rien au livre, plus sec et plus dur.
Franck Thilliez, « Puzzle » (Fleuve Noir, 2013) Voir à la FnacPuzzle, de Franck Thilliez (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une chasse au trésor grandeur nature dans un hôpital psychiatrique abandonné des Alpes, où plus personne ne sait ce qui relève du jeu. Thilliez est une valeur sûre en France, et ce roman fonctionne indépendamment de ses séries.
Harlan Coben, « Ne le dis à personne » (Belfond, 2002) Voir à la FnacNe le dis à personne, de Harlan Coben (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Huit ans après le meurtre de sa femme, un médecin reçoit un mail qui semble venir d'elle. Coben est l'auteur idéal pour un frère qui lit trois livres par an, en vacances : mécanique imparable, chapitres courts, zéro effort demandé.
Avant d'acheter, vérifiez s'il a commencé une série sans la finir. C'est le cas de la plupart des lecteurs de polars, et le tome manquant est toujours un meilleur cadeau qu'un titre au hasard. Nos guides d'ordre de lecture listent les séries tome par tome.
S'il préfère le réel à la fiction
Beaucoup d'hommes qui disent ne pas aimer lire veulent surtout dire qu'ils n'aiment pas les romans. La distinction change tout.
Yuval Noah Harari, « Sapiens : une brève histoire de l'humanité » (Albin Michel, 2015) Voir à la FnacSapiens : une brève histoire de l'humanité, de Yuval Noah Harari (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire de notre espèce racontée en grandes enjambées, avec des thèses discutables et discutées, ce qui fait justement son intérêt. C'est le livre qui a fait lire des gens qui n'avaient plus rien ouvert depuis le lycée.
Jon Krakauer, « Into the Wild : voyage au bout de la solitude » (Presses de la Cité) Voir à la FnacInto the Wild : voyage au bout de la solitude, de Jon Krakauer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enquête sur Christopher McCandless, ce jeune Américain parti mourir seul dans un bus abandonné en Alaska. Krakauer est journaliste et écrit comme tel, sans une once de sentimentalisme. Pour un frère de vingt ans qui doute de la route qu'on lui a tracée, c'est un livre qui reste.
Matthew B. Crawford, « Éloge du carburateur » (La Découverte, 2010) Voir à la FnacÉloge du carburateur, de Matthew B. Crawford (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un docteur en philosophie quitte un think tank de Washington pour ouvrir un atelier de réparation de motos, et en tire un essai sur la valeur du travail manuel. Si votre frère bricole, répare, soude ou monte des meubles, ce livre lui dira que ce qu'il fait de ses mains a une dignité intellectuelle. C'est un cadeau qui touche.
S'il lit déjà, et beaucoup
Là, le risque change de nature. Vous ne craignez plus l'abandon, vous craignez le doublon. Prenez le contrepied de ce qu'il achète tout seul.
Manu Larcenet, « Le Rapport de Brodeck » (Dargaud, 2015) Voir à la FnacLe Rapport de Brodeck, de Manu Larcenet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'adaptation du roman de Philippe Claudel, en noir et blanc, sur un village qui a commis quelque chose et qui demande à l'un des siens d'en écrire le récit. Le premier tome a reçu le prix Landerneau de la BD en 2015. Un lecteur de romans qui regarde la bande dessinée de loin découvre là ce que le dessin peut porter.
Jirô Taniguchi, « Quartier lointain » (Casterman) Voir à la FnacQuartier lointain, de Jirô Taniguchi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme de quarante-huit ans se réveille dans son corps de quatorze ans, quelques semaines avant que son père ne quitte la maison. Prix du meilleur scénario à Angoulême en 2003. C'est le manga qu'on offre à quelqu'un qui pense que le manga n'est pas pour lui, et le sujet, un fils qui essaie de comprendre son père, résonne souvent fort entre frères.
Si la piste vous plaît, il y a matière à creuser du côté des cadeaux pour les lecteurs de bande dessinée.
Le livre qu'il faut éviter
Il existe une catégorie de cadeaux qui font plus de mal que de bien : le livre qui corrige.
L'essai sur l'alcool offert au frère qui boit trop, le guide de développement personnel offert à celui qui traverse une année difficile, le manuel de finances personnelles offert à celui qui n'a pas de travail. L'intention est bonne, la réception est brutale. Le paquet s'ouvre, tout le monde comprend, et le livre devient une conversation que vous n'avez pas eu le courage d'avoir.
Si le sujet compte vraiment, parlez-lui. Et offrez-lui autre chose.
Ce que vous écrivez sur la première page
Deux lignes, à la main, avant d'emballer.
Pas « bonne lecture », pas un résumé. Dites pourquoi ce livre-là, pour lui, maintenant. « Je l'ai lu en pensant à la conversation qu'on a eue en août » vaut plus qu'un mot bien tourné. Entre frères, on se dit rarement les choses directement, et une page de garde est un endroit acceptable pour le faire.
Il ne le lira peut-être pas cette année. Il le lira peut-être dans quatre ans, un dimanche, parce qu'il n'avait rien d'autre sous la main. Les livres offerts ont cette patience-là, et c'est ce qui les distingue de tous les autres cadeaux qu'on peut lui faire.
Quel livre offrir à un frère qui ne lit jamais ?
Comment savoir ce qu'il aime sans lui demander ?
Faut-il offrir le premier tome d'une série ou un roman isolé ?
Une bande dessinée fait-elle un cadeau sérieux ?
Peut-on offrir un livre à message à son frère ?
Grand format ou poche ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.