Listes et sélectionsLivres à offrir

Quel livre offrir à quelqu'un qui lit peu ? 11 titres qui tiennent dans un emploi du temps saturé

Elle aime lire mais n'a plus le temps. Onze livres courts, en fragments ou à reprise facile, choisis pour des lecteurs débordés, avec la raison précise de chaque choix.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui lit peu ?

Elle vous dit qu'elle ne lit plus. Regardez sa bibliothèque : elle est pleine, classée, entretenue. Regardez la table de nuit : un roman commencé en janvier, arrêté page 60, toujours là en août.

Cette personne-là n'a aucun problème avec la lecture. Elle a un problème avec ses journées. Un enfant de deux ans, un poste qui déborde, un cerveau qui rend l'âme à 22h30 : le goût est intact, c'est le créneau qui a disparu. Et le cadeau qui marche pour elle n'a presque rien à voir avec celui qu'on offre à quelqu'un qui n'aime pas lire, où il faut d'abord désamorcer un blocage.

Ici, il n'y a rien à désamorcer. Il faut juste offrir un livre qui accepte d'être lu par miettes.


La bonne question n'est pas le genre, c'est la reprise

Un lecteur débordé abandonne rarement par ennui. Il abandonne parce qu'il a laissé passer douze jours et qu'il ne sait plus qui est le personnage dont on parle page 180.

C'est le vrai mécanisme. On rouvre, on ne reconnaît rien, on se dit qu'il faudrait revenir en arrière, on repose le livre. Trois fois de suite, et le roman est mort.

Donc avant de choisir un titre, posez-vous une seule question : est-ce que ce livre se rouvre sans effort après deux semaines d'interruption ? Les livres qui répondent oui ont des caractéristiques repérables. Peu de personnages. Des chapitres qui font trois pages. Une intrigue qui ne repose pas sur un dispositif à retenir. Et surtout, un volume total qui permet d'apercevoir la fin.

Cette contrainte n'oblige à aucune concession sur la qualité, ce qui est la bonne nouvelle de cet article.

Les romans courts qu'on finit vraiment

Cent cinquante pages, ce n'est pas un sous-livre. C'est souvent la forme la plus tendue de la littérature.

David Foenkinos, « La Délicatesse » (Gallimard, 2009) Voir à la FnacLa Délicatesse, de David Foenkinos (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des chapitres d'une page, parfois de quatre lignes, parfois une simple liste. On peut en lire deux dans une salle d'attente et fermer le livre sans rien perdre. L'histoire d'une veuve qui tombe amoureuse d'un collègue suédois improbable a été adaptée au cinéma en 2011, ce qui aide souvent à convaincre quelqu'un d'ouvrir la première page.

Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges » (Julliard, 2017) Voir à la FnacArrête avec tes mensonges, de Philippe Besson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux cents pages sur un amour adolescent caché dans les années 1980 en Charente. La phrase est claire, l'émotion arrive vite et ne relâche pas. C'est le genre de livre qu'on commence un dimanche soir en se disant qu'on lira dix pages, et qu'on finit à une heure du matin en s'en voulant à peine.

Yasushi Inoué, « Le Fusil de chasse » (Stock, collection La Cosmopolite) Voir à la FnacLe Fusil de chasse, de Yasushi Inoué (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois lettres de trois femmes, adressées au même homme, qui racontent la même histoire d'adultère depuis trois places différentes. Une centaine de pages. Le dispositif est limpide dès la deuxième, donc aucune gymnastique mentale n'est demandée au lecteur fatigué.

Les livres qui se lisent par fragments

Il existe une catégorie de livres où l'interruption ne coûte rien, parce que le texte est déjà découpé. Ce sont eux qu'il faut offrir à quelqu'un dont les créneaux sont imprévisibles.

Agota Kristof, « Le Grand Cahier » (Seuil, 1986) Voir à la FnacLe Grand Cahier, de Agota Kristof (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des chapitres d'une ou deux pages, écrits dans une langue volontairement pauvre par deux jumeaux pendant la guerre. Chaque chapitre se tient seul. C'est aussi un des livres les plus durs de cette liste, donc vérifiez à qui vous l'offrez : il n'a rien de réconfortant, mais il se lit debout dans un métro.

Christian Bobin, « Le Très-Bas » (Gallimard, 1992) Voir à la FnacLe Très-Bas, de Christian Bobin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un portrait de François d'Assise en fragments de quelques lignes, prix des Deux Magots en 1993. On en lit une page avant de dormir, on ferme, et la page continue de travailler. Pour quelqu'un qui n'a que cinq minutes par jour, c'est exactement le format qu'il faut, croyant ou pas.

Sei Shônagon, « Notes de chevet » (Gallimard, collection Connaissance de l'Orient) Voir à la FnacNotes de chevet, de Sei Shônagon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des listes et des notations écrites à la cour impériale japonaise autour de l'an mil : choses qui font battre le cœur, choses qui ont perdu leur pouvoir, choses désolantes. Mille ans plus tard, c'est encore drôle et étrangement contemporain. Le livre se prend et se repose à n'importe quelle page, sans début ni fin obligatoires.

Pour un parent de jeunes enfants

C'est le profil le plus fréquent et le plus mal servi. On lui offre des essais sur la parentalité alors qu'il veut surtout sortir de sa vie pendant vingt minutes.

Toshikazu Kawaguchi, « Avant que le café ne refroidisse » (Albin Michel, 2021) Voir à la FnacAvant que le café ne refroidisse, de Toshikazu Kawaguchi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre récits dans un même café de Tokyo où l'on peut remonter le temps, à condition de revenir avant que le café ne soit froid. Chaque récit est autonome : on en lit un, on repose le livre trois semaines, on reprend au suivant sans rien avoir oublié. C'est structurellement le livre le plus compatible avec un nourrisson.

Ito Ogawa, « La Papeterie Tsubaki » (Picquier, 2018) Voir à la FnacLa Papeterie Tsubaki, de Ito Ogawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une jeune femme reprend la papeterie de sa grand-mère à Kamakura et devient écrivain public : lettres de condoléances, lettres de rupture, cartes de vœux. Il ne se passe presque rien et c'est le but. Un livre qui abaisse le rythme cardiaque, ce qui est le service exact demandé par quelqu'un qui n'a pas dormi une nuit entière depuis huit mois.

Jean-Paul Didierlaurent, « Le Liseur du 6h27 » (Au diable vauvert, 2014) Voir à la FnacLe Liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un employé d'usine de pilonnage sauve chaque jour quelques pages des livres détruits et les lit à voix haute dans le RER. Deux cents pages, drôles, un peu tendres. Le sujet lui-même parle à quelqu'un qui ne lit plus que dans les transports.

Quand c'est la fatigue, pas le temps

Il y a une différence entre ne pas avoir de créneau et n'avoir plus de jus. Dans le second cas, même vingt minutes libres ne suffisent pas : les yeux glissent sur les lignes.

Là, l'image aide. Étienne Davodeau, « Les Ignorants » (Futuropolis, 2011) raconte une année pendant laquelle un auteur de bande dessinée apprend le métier de vigneron auprès d'un voisin, qui apprend en échange à lire de la bande dessinée. Deux cent cinquante pages qui passent en une soirée, avec la sensation d'avoir vraiment lu quelque chose. C'est un excellent cadeau pour un lecteur épuisé, parce qu'il rend une victoire sans demander d'effort.

Grégoire Delacourt, « La Liste de mes envies » (JC Lattès, 2012) Voir à la FnacLa Liste de mes envies, de Grégoire Delacourt (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) fonctionne pour une raison différente : une mercière d'Arras gagne au loto et n'encaisse pas le chèque. Le livre est court, la voix est immédiate, et l'histoire tient dans une phrase, ce qui veut dire qu'on ne la perd jamais.

Autre piste, et elle vaut mieux que sa réputation : l'audio. Quelqu'un qui fait quarante minutes de voiture par jour dispose de cent quarante heures d'écoute par an. C'est plus que ce que la plupart des lecteurs assidus consacrent au papier.

Ce qu'il ne faut surtout pas offrir

Le pavé. Même excellent, même adoré par vous, même en poche. Un livre de six cents pages posé sur la table de nuit d'une personne débordée devient un objet de culpabilité au bout de trois semaines, et il finit par contaminer l'envie de lire tout court.

Le premier tome d'une longue série, pour la même raison en pire : il promet un engagement de plusieurs mois à quelqu'un qui n'arrive pas à s'engager sur une semaine. Nos guides d'ordre de lecture sont faits pour les lecteurs qui ont du temps devant eux, ce qui n'est pas le cas ici.

Le livre à narrateurs multiples et à chronologie éclatée, aussi brillant soit-il. Il exige une mémoire de travail que la personne n'a plus, et l'échec de lecture sera vécu comme un échec personnel.

Et enfin, le livre de développement personnel sur la gestion du temps. L'intention est excellente, la réception est atroce : le cadeau se lit comme un jugement sur la façon dont elle mène sa vie.

Une opinion qui va contre le conseil habituel

On répète partout qu'il faut offrir un poche à un lecteur pressé, parce qu'il se glisse dans un sac. C'est vrai et c'est insuffisant.

Ce qui manque à quelqu'un qui lit peu, ce n'est pas la portabilité, c'est le désir. Or un beau grand format posé bien en vue sur une table produit un appel que le poche enfoui dans un cabas ne produira jamais. Le livre qu'on voit est le livre qu'on ouvre.

Donc pour un roman court, prenez le grand format s'il est beau. Le poche a du sens pour un pavé, qu'il faut transporter. Pour cent cinquante pages, il n'y a rien à alléger.

La phrase qui change tout sur la page de garde

Écrivez deux lignes, et faites tenir une autorisation dedans.

Quelque chose comme : « Rien ne t'oblige à le finir. » Cela paraît contre-productif et c'est l'inverse. La personne qui lit peu traîne déjà une dette imaginaire envers tous les livres qu'elle n'a pas terminés. Un cadeau qui annule cette dette est le seul qu'elle ouvrira sans appréhension.

Vous pouvez ajouter une indication concrète : « Les chapitres font deux pages, c'est fait pour être lu n'importe quand. » Ce n'est pas de la condescendance, c'est un renseignement pratique, et il enlève la peur d'engager une soirée qu'elle n'a pas.

Ce qui se rouvre après

Un lecteur qui finit un livre après deux ans de disette ne revient pas seulement à la lecture. Il récupère la preuve qu'il peut encore terminer quelque chose, ce qui, dans une vie saturée, ne va plus de soi.

C'est pour cela que le format compte plus que le titre. Vous n'offrez pas un roman, vous offrez une fin possible. Le deuxième livre, elle ira le chercher seule.

Quelle différence entre offrir à quelqu'un qui lit peu et à quelqu'un qui n'aime pas lire ?

Tout change. Celui qui n'aime pas lire a un blocage avec l'objet livre lui-même, et il faut le contourner. Celui qui lit peu aime lire, il a simplement perdu son créneau : jeune enfant, horaires longs, fatigue du soir. À lui, on n'offre pas un livre plus facile, on offre un livre compatible avec quinze minutes découpées n'importe où dans la journée.

Faut-il offrir un livre court ou un livre facile ?

Court, sans hésiter. Un lecteur débordé n'a pas besoin qu'on baisse le niveau, il a besoin d'un livre qu'il peut finir. Cent cinquante pages exigeantes se terminent, six cents pages faciles s'abandonnent. Le sentiment d'avoir fini un livre est le carburant qui relance tout le reste, et il vaut mieux le lui rendre vite.

Le livre audio est-il une bonne idée ?

Souvent la meilleure, et elle vexe moins qu'on ne le croit. Un parent qui pousse une poussette, un salarié qui fait quarante minutes de voiture par jour, quelqu'un qui plie du linge le soir : ce sont des heures de lecture disponibles que le livre papier ne peut pas atteindre. Offrez un abonnement ou un titre précis, et dites simplement que vous avez pensé à ses trajets.

Un recueil de nouvelles ou un roman ?

Le recueil a un avantage réel : on ne perd jamais le fil, donc on ne culpabilise pas d'avoir laissé passer dix jours. Il a un inconvénient tout aussi réel : on n'y retourne pas avec la même urgence, parce qu'aucune histoire ne tire. Si la personne a beaucoup de coupures, prenez le recueil. Si elle a peu de temps mais qu'il est régulier, prenez le roman court.

Comment offrir sans que ça ressemble à un reproche ?

Ne dites jamais que le livre est court parce qu'elle n'a pas le temps. Dites qu'il est bon et qu'il se lit vite, ce qui est une qualité pour tout le monde. Ajoutez une phrase qui l'autorise à ne pas le finir : c'est la seule chose qui enlève vraiment la pression, et paradoxalement c'est ce qui donne le plus envie de le terminer.

Faut-il offrir le premier tome d'une série ?

Pas à quelqu'un de débordé. Une série demande de garder en tête des personnages entre deux tomes, et cette mémoire est exactement la ressource qui manque. Gardez les séries pour les lecteurs qui ont retrouvé du temps, et réservez à celui qui n'en a pas des livres qui se referment complètement.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi