Listes et sélectionsLivres à offrir

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime le sport ? 13 titres qui ne finissent pas sur l'étagère

Offrir un livre à un passionné de sport sans se tromper : treize titres classés par sport et par profil, en distinguant celui qui pratique de celui qui regarde.

L'équipe Relit9 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime le sport ?

Le rayon sport d'une librairie est un piège. Il aligne des biographies parues trois mois après un titre mondial, des beaux livres de photos, des manuels d'entraînement qui périment en deux saisons. On y prend quelque chose parce qu'il fallait bien, et le cadeau se lit exactement comme ce qu'il est : un achat de secours.

Or il existe une littérature sportive excellente, souvent rangée ailleurs, en littérature générale ou en sciences humaines. Voici treize titres classés par sport et par profil, avec la raison précise pour laquelle chacun fonctionne.


Celui qui pratique et celui qui regarde sont deux lecteurs différents

C'est le tri le plus utile, et presque personne ne le fait.

Quelqu'un qui court quatre fois par semaine cherche dans un livre une chose très particulière : la mise en mots de ce qu'il éprouve et qu'il n'arrive pas à expliquer autour de lui. Pourquoi il se lève à six heures, ce qui se passe dans sa tête au trentième kilomètre, pourquoi la douleur devient acceptable. Il ne veut pas d'anecdotes sur des champions. Il veut être compris.

Celui qui regarde fonctionne à l'inverse. Il aime les figures, les rivalités, les récits de saison, les injustices d'arbitrage restées en travers de la gorge trente ans plus tard. C'est un lecteur d'histoires. Une réflexion introspective sur la fatigue musculaire l'ennuiera profondément.

Beaucoup de gens sont un peu des deux, évidemment. Mais il y a presque toujours un versant dominant, et il se repère en trois minutes de conversation. Demandez ce qu'il a regardé le week-end dernier : s'il vous répond par un match, vous savez. S'il vous répond par sa sortie du dimanche matin, vous savez aussi.

Pour un coureur

La course à pied est le sport qui a produit la meilleure littérature de ces vingt dernières années, sans doute parce qu'elle laisse beaucoup de temps pour penser.

Haruki Murakami, « Autoportrait de l'auteur en coureur de fond » (Belfond, 2009) Voir à la FnacAutoportrait de l'auteur en coureur de fond, de Haruki Murakami (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le romancier japonais court un marathon par an depuis les années quatre-vingt et raconte ce que cela a fait à son écriture. Le livre ne contient aucun conseil, aucun plan d'entraînement, et c'est exactement pour ça qu'il marche. Il dit la solitude, la discipline, le vieillissement du corps. C'est le cadeau le plus sûr de toute cette liste.

Christopher McDougall, « Born to Run » (Guérin, 2012) Voir à la FnacBorn to Run, de Christopher McDougall (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enquête d'un journaliste blessé chronique parti chercher les Tarahumaras, un peuple du nord du Mexique capable de courir des distances absurdes en sandales. Le livre a déclenché la mode de la course minimaliste et se lit comme un reportage d'aventure. À offrir à quelqu'un qui se plaint de ses genoux ou qui vient de découvrir le trail.

Un mot sur ce qu'il ne faut pas offrir ici. Les manuels d'entraînement, les livres de préparation marathon, les guides de nutrition sportive : celui qui court en a déjà, ou suit une application. Lui en offrir un revient à lui dire qu'il s'y prend mal.

Pour un cycliste

Le vélo a sa propre bibliothèque, et elle est bien meilleure que sa réputation.

Paul Fournel, « Besoin de vélo » (Seuil, 2001) Voir à la FnacBesoin de vélo, de Paul Fournel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une suite de courts textes sur le fait de pédaler, écrits par un membre de l'Oulipo qui a beaucoup roulé. On y trouve des pages sur la sensation de la roue libre, sur les vélos volés, sur les cols. Aucun autre livre ne dit aussi bien pourquoi on remonte sur la selle.

Guillaume Martin, « Socrate à vélo » (Grasset, 2019) Voir à la FnacSocrate à vélo, de Guillaume Martin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un coureur professionnel du peloton, agrégé de philosophie, imagine Nietzsche et Platon engagés sur le Tour de France. Le concept a l'air d'une blague, le livre est sérieux et drôle. Parfait pour un cycliste qui lit aussi autre chose que du cyclisme.

Antoine Blondin, « Sur le Tour de France » (La Table Ronde, 1996) Voir à la FnacSur le Tour de France, de Antoine Blondin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Blondin a suivi vingt-sept Tours pour L'Équipe entre 1954 et 1982. Ses chroniques sont une leçon de langue française, pleines de calembours et d'affection pour les derniers du classement. C'est le livre à offrir à celui qui regarde le Tour tous les mois de juillet depuis l'enfance.

Laurent Fignon, « Nous étions jeunes et insouciants » (Grasset, 2009) Voir à la FnacNous étions jeunes et insouciants, de Laurent Fignon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'autobiographie du double vainqueur du Tour, écrite alors qu'il se savait très malade. Il y parle des huit secondes perdues contre Greg LeMond en 1989, du dopage de son époque, de son arrogance. Un des rares livres de sportif où l'on sent quelqu'un régler ses comptes avec lui-même.

Pour un amateur de football

C'est le sport le plus regardé et le plus mal servi en librairie, parce que l'essentiel des parutions vise le collectionneur de statistiques.

Nick Hornby, « Carton jaune » (Plon, 1998) Voir à la FnacCarton jaune, de Nick Hornby (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Hornby raconte trente ans de supportérisme d'Arsenal et se sert du football pour parler de son père, de ses ruptures et de sa dépression. Le livre a inventé un genre entier, le récit de supporter. Il fonctionne même auprès de quelqu'un qui ne connaît rien à la Premier League.

Eduardo Galeano, « Le Football, ombre et lumière » (Lux, 2014) Voir à la FnacLe Football, ombre et lumière, de Eduardo Galeano (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'écrivain uruguayen écrit le football en textes très courts, deux pages par joueur ou par match, dans une langue de poète. Il dit aussi la corruption, l'argent, les dictatures qui se sont servies des stades. L'édition française augmentée porte une préface de Lilian Thuram.

Mickaël Correia, « Une histoire populaire du football » (La Découverte, 2018) Voir à la FnacUne histoire populaire du football, de Mickaël Correia (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le football raconté par ses résistances : les ouvriers anglais, les clubs antifascistes, les femmes interdites de terrain, les supporters d'Alger et de Belgrade. Un livre d'histoire sociale qui se lit d'une traite, et le meilleur cadeau possible pour quelqu'un qui aime le foot et qui a un peu honte de l'aimer.

Christian Bromberger, « Le Match de football » (Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1995) Voir à la FnacLe Match de football, de Christian Bromberger (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une ethnologie du supportérisme à Marseille, Turin et Naples, menée par un anthropologue. C'est un livre universitaire, donc exigeant, mais il explique enfin sérieusement pourquoi des adultes pleurent pour onze hommes en short. À réserver à un lecteur solide.

La biographie sportive, le meilleur et le pire rayon

Il faut le dire franchement : la plupart des autobiographies de sportifs sont mauvaises. Écrites vite, dans la foulée d'un titre, elles alignent les remerciements et les leçons de vie. On les repère à leur couverture, portrait en gros plan sur fond noir, et à leur sous-titre en forme de slogan.

Les bonnes se reconnaissent à un signe : le sportif y raconte ce qu'il a détesté.

Andre Agassi, « Open » (Plon, 2010) Voir à la FnacOpen, de Andre Agassi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le livre s'ouvre sur l'aveu que son auteur hait le tennis, un sport que son père lui a imposé enfant à raison de milliers de balles par jour. Suivent la perruque, la méthamphétamine, le contrôle positif dissimulé, la remontée du classement. Écrit avec J. R. Moehringer, prix Pulitzer, c'est probablement la meilleure autobiographie sportive jamais publiée, et elle se lit comme un roman par quelqu'un qui n'a jamais tenu une raquette.

Pour vérifier avant d'acheter, une méthode simple : lisez les deux premières pages debout dans la librairie. Une biographie sportive qui commence par l'enfance heureuse et le premier ballon offert à Noël sera mauvaise jusqu'au bout.

Quand un romancier s'empare du sport

C'est le rayon que personne ne pense à explorer, et il contient des cadeaux parfaits pour quelqu'un qui aime autant les livres que le sport.

Jean Echenoz, « Courir » (Minuit, 2008) Voir à la FnacCourir, de Jean Echenoz (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La vie d'Emil Zátopek, le coureur tchèque aux quatre titres olympiques, racontée en cent quarante pages d'une sécheresse admirable. Echenoz ne fait aucune psychologie, il suit un homme qui court et un régime qui l'utilise puis le broie. Très court, très fort, idéal pour un lecteur qui manque de temps.

Jean-Philippe Toussaint, « La Mélancolie de Zidane » (Minuit, 2006) Voir à la FnacLa Mélancolie de Zidane, de Jean-Philippe Toussaint (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une trentaine de pages sur le coup de tête de la finale 2006, écrites juste après. Toussaint y voit un homme fatigué qui décide de quitter la scène. C'est un objet minuscule et étrange, qui se glisse dans un paquet à côté d'un autre livre et provoque toujours une discussion.

Si la personne lit surtout des images, le sport a produit là aussi des choses remarquables. Les mangas de Takehiko Inoue, chez Kana, sont l'entrée la plus efficace : « Slam Dunk » pour le basket lycéen, « Real » pour le basket en fauteuil roulant, plus dur et plus adulte. Ils convertissent régulièrement des gens qui prétendaient ne pas lire.

Trois erreurs qui reviennent chaque année

La première est le beau livre de photos. Il fait un effet immédiat à l'ouverture du paquet, puis rien du tout. Personne ne relit un album de photos du Tour de France, et il finit sous la pile de la table basse en février.

La deuxième est le livre d'actualité. La biographie de l'athlète du moment, le récit de la dernière compétition, l'essai sur le mercato. Ces livres sont périmés au printemps suivant. Le sport produit une quantité impressionnante de papier jetable, et le rayon nouveautés en est presque entièrement fait.

La troisième, plus insidieuse, est le livre de performance déguisé en cadeau. L'ouvrage sur la préparation mentale offert à quelqu'un qui vient de rater un objectif, le guide de nutrition offert à quelqu'un qui a pris du poids. L'intention est bonne, la réception est glaciale, parce que le cadeau se lit comme une remarque. Si vous hésitez, c'est que c'en est une.

Un cas à part mérite d'être signalé. Si la personne a commencé une série de romans policiers ou de récits en plusieurs volumes sans la finir, le tome manquant reste un des meilleurs cadeaux possibles, sport ou pas. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier lequel manque avant d'acheter.

Ce que vous offrez vraiment

Un livre sur le sport donné à quelqu'un qui en fait, ou qui en regarde, dit quelque chose d'assez précis : que vous avez remarqué que ça compte pour lui. Beaucoup de passionnés vivent leur pratique dans une forme d'indifférence familiale polie, entre le « tu sors encore courir ? » et le silence pendant les matchs.

C'est peut-être la raison pour laquelle ces livres-là sont si souvent lus jusqu'au bout, contrairement au roman littéraire offert par principe. Ils arrivent à un endroit où la personne n'attendait plus rien de vous.

Si vous cherchez un cadeau pour un profil voisin, la même logique s'applique au père lecteur occasionnel et à quelqu'un qui dit ne pas aimer lire : partez de ce qui l'occupe déjà, jamais de ce qu'il devrait lire.

Quel livre offrir à un coureur ?

« Autoportrait de l'auteur en coureur de fond » de Haruki Murakami est le choix le plus sûr, parce qu'il parle de ce que la course fait à la tête plutôt que de plans d'entraînement. « Born to Run » de Christopher McDougall marche très bien aussi, surtout auprès de quelqu'un qui vient de se mettre au trail ou qui traîne une blessure chronique. Évitez les manuels d'entraînement : un coureur régulier a déjà son plan, et il est sur son téléphone.

Faut-il offrir un livre sur le sport que la personne pratique ou sur celui qu'elle regarde ?

Ce sont deux appétits différents. Celui qui pratique cherche à comprendre sa propre expérience, la fatigue, la répétition, la douleur. Celui qui regarde cherche des histoires, des figures, de la mémoire. Un cycliste du dimanche lira « Besoin de vélo » avec bonheur, alors qu'un téléspectateur du Tour préférera Antoine Blondin. Observez lequel des deux domine chez la personne, c'est le seul tri qui compte vraiment.

La biographie de sportif est-elle un bon cadeau ?

Une sur cinq est bonne. Le genre est saturé de livres écrits vite après une victoire, avec un nègre pressé et zéro aveu. Cherchez celles où le sportif raconte ce qu'il a détesté : « Open » d'Andre Agassi s'ouvre sur une phrase disant qu'il hait le tennis, et c'est pour cela que le livre tient. Vérifiez aussi qu'il ne s'agit pas d'un livre d'actualité déjà périmé.

Que faire si la personne dit qu'elle ne lit pas ?

Beaucoup d'amateurs de sport lisent en réalité énormément, mais des articles, des comptes rendus de match, des forums. Le passage au livre se fait mieux par un récit court et nerveux que par un pavé. « Courir » de Jean Echenoz fait cent quarante pages. Le manga sportif et la bande dessinée documentaire fonctionnent aussi très bien auprès de lecteurs qui se croient allergiques au livre.

Existe-t-il de bons livres sur le sport pour quelqu'un qui n'aime pas le sport ?

Oui, et c'est souvent le meilleur cadeau croisé. « Une histoire populaire du football » de Mickaël Correia se lit comme une histoire sociale du vingtième siècle, et « La Mélancolie de Zidane » de Jean-Philippe Toussaint tient en une trentaine de pages sans demander la moindre connaissance des règles. Ces livres parlent de foule, de corps et de politique autant que de sport.

Offrir un beau livre illustré sur le sport, bonne ou mauvaise idée ?

Mauvaise dans neuf cas sur dix. Le beau livre de photos sur le Tour de France ou sur une coupe du monde se feuillette dix minutes puis rejoint la pile basse de la table du salon. Il fait cadeau à l'ouverture du paquet et rien après. Un récit de deux cents pages sur un seul athlète produit beaucoup plus d'effet, et coûte souvent moins cher.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi