Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la nature ?
Le réflexe est presque toujours le même. Un beau livre de photos, format album, papier glacé, une centaine d'images d'animaux magnifiques. Il finit sur la table basse, regardé vingt minutes le soir de Noël, jamais rouvert.
Aimer la nature recouvre pourtant des pratiques très différentes. Celui qui identifie des oiseaux à l'oreille et celui qui marche quinze kilomètres sans lever la tête ne veulent pas du tout le même livre. Voici quatorze titres classés par façon d'aimer la nature.
D'abord, quelle nature exactement
Posez-vous la question devant la personne, pas devant le rayon. Est-ce qu'elle observe, est-ce qu'elle marche, est-ce qu'elle cultive, est-ce qu'elle s'inquiète ?
L'observateur veut des noms et des détails. Le marcheur veut du récit et de la distance. Le jardinier veut de la matière. L'inquiet veut comprendre, et il en a souvent assez qu'on lui explique qu'il faut agir.
Un cinquième profil existe, plus discret : celui qui aime la nature depuis sa fenêtre. Il connaît les trois arbres de sa rue, il note quand les hirondelles reviennent, il ne partira jamais dans le Grand Nord. Ne lui offrez pas un récit d'expédition polaire, il le lira comme un reproche.
Pour celui qui marche
Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie » (Gallimard, 2011, prix Médicis essai la même année) Voir à la FnacDans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six mois seul dans une cabane au bord du lac Baïkal, tenus en journal. Le livre est court, découpé par jours, et se reprend sans effort après une interruption. Tesson agace une partie des lecteurs par ses formules, ce qui reste préférable à l'indifférence.
Frédéric Gros, « Marcher, une philosophie » (Albin Michel, édition revue en 2026) Voir à la FnacMarcher, une philosophie, de Frédéric Gros (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le livre suit les marcheurs célèbres, Rousseau, Nietzsche, Rimbaud, Thoreau, et démonte ce qui se passe dans une tête au bout de trois heures de sentier. Cadeau idéal pour un randonneur qui n'a jamais associé sa pratique à autre chose qu'un dénivelé.
Henry David Thoreau, « Walden ou la vie dans les bois » (Gallmeister pour l'édition de poche) Voir à la FnacWalden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux ans dans une cabane construite de ses mains, en 1845, près d'un étang du Massachusetts. C'est l'origine du genre entier. Prévenez la personne que le livre est parfois lent et souvent sentencieux : cette honnêteté augmente les chances qu'elle le finisse.
Pour celui qui regarde les oiseaux
L'ornithologue amateur est le destinataire le plus facile à combler et le plus souvent mal servi, parce qu'on lui offre du général quand il veut du précis.
« Le Guide ornitho » (Delachaux et Niestlé) Voir à la FnacLe Guide ornitho (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). C'est la référence en Europe, avec ses planches peintes et ses cartes de répartition. Il paraît austère sous le sapin et devient l'objet le plus utilisé de la maison. Vérifiez seulement qu'il n'en possède pas déjà un exemplaire, ce qui est le seul risque.
Jennifer Ackerman, « Le Génie des oiseaux » (Marabout, 2017 pour la traduction française) Voir à la FnacLe Génie des oiseaux, de Jennifer Ackerman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une enquête sur l'intelligence des corvidés, des perroquets et des mésanges, appuyée sur des travaux scientifiques récents. Change durablement la façon de regarder un pigeon.
Helen Macdonald, « M pour Mabel » (Fleuve éditions, 2016 pour la traduction française) Voir à la FnacM pour Mabel, de Helen Macdonald (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'autrice, dévastée par la mort de son père, dresse un autour des palombes. Récit de fauconnerie, récit de deuil, biographie de T. H. White, le tout dans le même livre. Costa Book Award et Samuel Johnson Prize. À offrir en connaissant la personne, parce que le deuil y est frontal.
Vinciane Despret, « Habiter en oiseau » (Actes Sud) Voir à la FnacHabiter en oiseau, de Vinciane Despret (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La philosophe reprend un siècle de travaux sur le territoire des oiseaux et démonte l'idée que le chant serait une frontière. Court, drôle par endroits, exigeant. Bon choix pour un naturaliste qui aime qu'on lui abîme ses certitudes.
Pour celui qui regarde les arbres
Peter Wohlleben, « La Vie secrète des arbres » (Les Arènes) Voir à la FnacLa Vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un forestier allemand explique comment les arbres communiquent et s'entraident. Le livre a été un succès énorme en France et a été critiqué par des scientifiques pour son anthropomorphisme, ce qui en fait paradoxalement un excellent cadeau : la personne aura envie d'en discuter.
Jean Giono, « L'Homme qui plantait des arbres » (Gallimard) Voir à la FnacL'Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vingt pages. Un berger provençal reboise seul une vallée morte, arbre après arbre. Giono l'a écrit en 1953 pour une revue américaine et a refusé d'en toucher des droits, pour que le texte circule librement. Il circule toujours.
Pour celui qui veut comprendre ce qui se passe
Attention au piège du livre qui plaide. Quelqu'un qui aime la nature n'a pas besoin d'être convaincu, il a besoin d'apprendre.
Rachel Carson, « Printemps silencieux » (Wildproject pour l'édition française) Voir à la FnacPrintemps silencieux, de Rachel Carson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Publié aux États-Unis en 1962, ce livre a déclenché l'interdiction du DDT et à peu près l'écologie moderne. Carson était biologiste marine et écrivait remarquablement bien. Le lire aujourd'hui produit un vertige : presque tout ce qu'elle annonçait s'est produit.
Aldo Leopold, « Almanach d'un comté des sables » (Aubier, 1995 pour la traduction d'Anna Gibson) Voir à la FnacAlmanach d'un comté des sables, de Aldo Leopold (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un forestier américain suit une année dans une ferme abandonnée du Wisconsin et formule au passage l'idée d'éthique de la terre. Le chapitre où il décrit la mort d'une louve qu'il vient d'abattre est l'un des textes les plus cités de la pensée écologique.
Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, « Le Monde sans fin » (Dargaud, 2021) Voir à la FnacLe Monde sans fin, de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'énergie et le climat expliqués en bande dessinée, avec un dessinateur qui joue le rôle de l'élève sceptique. Un million d'exemplaires vendus, meilleure vente de livres en France en 2022. Toutes ses positions ne font pas consensus, et le livre reste la porte d'entrée la plus efficace du sujet.
Pour celui qui préfère les romans
Le lecteur de documentaires nature reçoit des essais toute l'année. Personne ne pense à lui offrir de la fiction.
Delia Owens, « Là où chantent les écrevisses » (Points, 2021 pour l'édition de poche) Voir à la FnacLà où chantent les écrevisses, de Delia Owens (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une enfant grandit seule dans un marais de Caroline du Nord et devient naturaliste. Owens est zoologue de formation et a vécu des années en Afrique, ce qui se sent à chaque description de milieu. Succès mondial, adapté au cinéma, et bien meilleur que sa réputation de best-seller ne le laisse croire.
Nastassja Martin, « Croire aux fauves » (Verticales, 2019) Voir à la FnacCroire aux fauves, de Nastassja Martin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'anthropologue est attaquée par un ours au Kamtchatka et perd une partie du visage. Elle raconte la reconstruction, les hôpitaux russes puis français, et sa relation à cet animal qui l'a marquée au sens propre. Cent trente pages d'une intensité rare.
Sylvain Tesson, « La Panthère des neiges » (Gallimard, 2019, prix Renaudot) Voir à la FnacLa Panthère des neiges, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'attente, sur les hauts plateaux tibétains, d'un animal qui ne viendra peut-être pas. C'est un livre sur la patience davantage que sur la panthère, et il fonctionne très bien auprès de gens qui n'ont jamais lu de récit de nature.
Le cadeau qui accompagne le livre
Un livre de nature s'utilise dehors, ce qui ouvre des combinaisons que les autres genres n'autorisent pas.
Un carnet à couverture rigide glissé dans le paquet transforme un guide d'identification en pratique. Une paire de jumelles d'entrée de gamme, même modeste, fait davantage pour un lecteur de « Génie des oiseaux » que le deuxième livre que vous hésitez à ajouter. Et une carte IGN de la zone où la personne marche coûte peu, se déplie sur une table et déclenche des conversations.
Ce que le livre déclenche
Le meilleur signe qu'un livre de nature a fonctionné, ce n'est pas qu'on vous dise l'avoir aimé. C'est qu'on vous parle, six mois plus tard, d'un oiseau du jardin que la personne n'avait jamais remarqué avant.
Ce genre de livre modifie l'attention plutôt que les opinions. Il fait ralentir devant une haie. À ce titre, il vaut la peine d'être offert même à quelqu'un qui lit peu, et il vaut souvent la peine d'être offert deux fois, parce qu'il se prête et ne revient pas. Si votre destinataire cultive autant qu'il observe, notre sélection pour offrir un livre à quelqu'un qui aime le jardinage prolonge cette liste, et le catalogue par genres permet de repérer ce qu'il a déjà.
Qu'est-ce que le nature writing exactement ?
Faut-il offrir un guide d'identification ou un récit ?
Comment éviter le livre écologiste culpabilisant ?
Le beau livre de photos animalières est-il une bonne idée ?
Qu'offrir à quelqu'un qui marche beaucoup mais lit peu ?
Peut-on offrir un roman à quelqu'un qui ne lit que des documentaires nature ?
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