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Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la photo ? 12 idées, du livre d'images au manuel

Offrir un livre de photo sans se tromper : douze titres classés selon trois besoins différents, le livre qu'on regarde, l'essai sur l'image, le manuel qui fait progresser.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la photo ?

Le rayon photo d'une grande librairie est un piège. On y trouve côte à côte un pavé de reproductions à cinquante euros, un manuel d'exposition pour débutants et un essai de trois cents pages sans une seule image. Les trois portent la même étiquette et ne s'adressent pas du tout à la même personne.

C'est là que se joue le cadeau. Quelqu'un qui aime la photo peut vouloir trois choses très différentes, et se tromper de besoin est plus grave que se tromper de photographe.

Trois besoins à ne pas confondre

Le premier besoin est celui du regardeur. Cette personne veut des images, en grand, bien imprimées, avec un minimum de texte. Elle ouvre le livre au hasard, s'arrête sur une double page, le referme. Elle le rouvrira dans six mois.

Le deuxième besoin est intellectuel. Ce lecteur veut comprendre ce qu'une image fait, pourquoi celle-ci le touche et pas l'autre, ce que la photographie a changé dans notre rapport au réel. Il lit des essais et se moque un peu du matériel.

Le troisième besoin est pratique. Cette personne photographie, elle bute sur quelque chose, elle veut progresser. Le beau livre lui fera plaisir cinq minutes, le bon manuel lui servira deux ans.

Une question suffit pour trancher, et vous pouvez la poser sans éveiller les soupçons : demandez-lui ce qu'elle a photographié récemment. Si elle vous parle de ses images, offrez du technique ou de l'inspirant. Si elle vous parle d'une exposition vue le mois dernier, offrez du regard.

Le livre qu'on regarde

C'est le cadeau le plus facile à réussir et le plus facile à rater par excès de prudence, en prenant le nom le plus célèbre du rayon.

Henri Cartier-Bresson, « Images à la sauvette » (Verve, 1952, réédité en fac-similé chez Steidl en 2014) Voir à la FnacImages à la sauvette, de Henri Cartier-Bresson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le livre où apparaît la formule de l'instant décisif, dans une préface que presque personne n'a lue alors que tout le monde la cite. La réédition Steidl respecte la maquette d'origine et la couverture dessinée par Matisse. C'est un objet, autant qu'un livre.

Saul Leiter, « Early Color » (Steidl, 2006) Voir à la FnacEarly Color, de Saul Leiter (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). New York dans les années cinquante, en couleur, à travers des vitres embuées et des reflets. Leiter a été redécouvert très tard, à plus de quatre-vingts ans, et son travail a changé la façon dont beaucoup de photographes de rue voient aujourd'hui la couleur. Cadeau idéal pour quelqu'un qui pense que la photo sérieuse est forcément en noir et blanc.

Willy Ronis, « Ce jour-là » (Mercure de France, 2006) Voir à la FnacCe jour-là, de Willy Ronis (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cinquante-deux photographies, et pour chacune un texte court où Ronis raconte, à quatre-vingt-seize ans, comment elle a été faite. Le livre le plus utile de cette liste pour quelqu'un qui débute, parce qu'il montre à quel point une image réussie tient à une décision minuscule prise en trois secondes.

Raymond Depardon, « Errance » (Seuil, 2000) Voir à la FnacErrance, de Raymond Depardon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des paysages vides, des chambres d'hôtel, un texte à la première personne sur le fait de partir. Depardon y écrit autant qu'il photographie, et c'est un des rares livres de photo qui se lit vraiment du début à la fin.

Ann Marks, « Vivian Maier révélée » (delpire & co, 2021) Voir à la FnacVivian Maier révélée, de Ann Marks (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enquête sur cette gouvernante de Chicago dont on a découvert cent cinquante mille négatifs après sa mort, dans un lot vendu aux enchères. L'autrice a dépouillé les images, les enregistrements, les lettres. L'histoire est fascinante et le livre évite le mythe facile de la nounou géniale.

Sebastião Salgado, « De ma terre à la Terre » (Presses de la Renaissance, 2013) Voir à la FnacDe ma terre à la Terre, de Sebastião Salgado (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un récit de vie plutôt qu'un livre d'images : l'économiste brésilien devenu photographe, l'exil, les grands reportages, puis la reforestation de la ferme familiale. À offrir avec un de ses albums si vous voulez faire les choses en grand.

Le livre qui fait réfléchir sur l'image

Ici, on quitte le rayon photo pour celui des essais, et c'est souvent là que se trouve le meilleur cadeau pour quelqu'un qui photographie depuis longtemps.

Roland Barthes, « La Chambre claire » (Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, 1980) Voir à la FnacLa Chambre claire, de Roland Barthes (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Barthes cherche ce qui, dans une photographie, le blesse personnellement, et invente pour le dire le couple studium et punctum. Le livre est écrit après la mort de sa mère, et cette douleur affleure partout. Court, étrange, jamais démodé.

Susan Sontag, « Sur la photographie » (Christian Bourgois, 2008 pour l'édition française) Voir à la FnacSur la photographie, de Susan Sontag (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six essais écrits dans les années soixante-dix qui posent des questions restées sans réponse : photographier, est-ce prendre ou donner, protéger ou agresser. Quiconque publie des images en ligne aujourd'hui devrait l'avoir lu.

Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie » (Allia) Voir à la FnacPetite histoire de la photographie, de Walter Benjamin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une soixantaine de pages écrites en 1931 sur ce que la reproduction fait à l'œuvre et sur cette fameuse aura qu'elle dissout. Le format court des éditions Allia en fait un cadeau d'appoint parfait, à glisser avec autre chose.

Georges Didi-Huberman, « Images malgré tout » (Minuit, 2003) Voir à la FnacImages malgré tout, de Georges Didi-Huberman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le livre part de quatre photographies prises clandestinement à Auschwitz par des membres du Sonderkommando et défend l'idée qu'il faut les regarder. Exigeant, polémique, et d'une force rare. Ne l'offrez pas à la légère, mais offrez-le : peu de livres justifient aussi bien l'existence de la photographie.

Le livre qui fait progresser

Le manuel est le cadeau le plus risqué, parce qu'il contient un jugement implicite. On n'offre pas un livre pour apprendre à composer à quelqu'un qui est content de ses images.

Michael Freeman, « L'Œil du photographe et l'art de la composition » (Pearson, 2008) Voir à la FnacL'Œil du photographe et l'art de la composition, de Michael Freeman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le manuel de composition qui a le mieux vieilli, vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. Il décompose des images réussies pour montrer où va le regard et pourquoi. Utile à un débutant, et régulièrement rouvert par des photographes confirmés.

Michael Freeman, « L'Esprit du photographe » (Pearson, 2011) Voir à la FnacL'Esprit du photographe, de Michael Freeman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La suite logique, plus intéressante : qu'est-ce qui fait qu'une photographie est réussie, et à quel moment cette décision se prend. On y parle d'intention plutôt que de réglages.

Un mot sur le matériel : n'offrez jamais un livre consacré à un modèle d'appareil précis. Il périme en deux ans, et les manuels de boîtier se trouvent gratuitement en ligne. Ce qui ne périme pas, c'est la lumière, le cadre et le tirage.

Ce que l'impression change, et ce qu'elle ne change pas

Un livre de photo mal imprimé est un mauvais cadeau, même avec les bonnes images dedans. Les noirs bouchés et les gris qui virent au marron se voient immédiatement.

Deux repères simples. Le papier mat très épais est presque toujours un bon signe. Un livre trop large pour tenir ouvert sans se casser le dos est presque toujours un mauvais signe, parce qu'on ne le rouvrira pas.

Le format n'est pas seulement une question de confort. Certaines images sont faites pour être vues en grand, un paysage de Salgado par exemple, et d'autres perdent beaucoup à être agrandies. Les photographies de petit format tirées à l'origine en 24x36 supportent mal l'étalement sur une double page.

Le poids compte aussi, et personne n'y pense en librairie. Un livre de trois kilos ne se lit pas dans un fauteuil. Il se pose sur une table basse et se regarde debout, ce qui est un usage complètement différent.

Trois erreurs qui reviennent

La première est d'offrir un catalogue d'exposition à quelqu'un qui n'a pas vu l'exposition. Le catalogue est un souvenir, pas une porte d'entrée. Sans le souvenir de l'accrochage, il ne reste qu'une suite d'images sans logique apparente.

La deuxième est de confondre livre de photo et livre sur les photographes. Les recueils de portraits de photographes célèbres, très présents dans les rayons cadeaux, n'intéressent presque personne : celui qui aime la photo veut les images, pas les biographies condensées.

La troisième est l'anthologie « les cent plus grandes photographies de tous les temps ». Elle a l'air d'un cadeau généreux et elle ne l'est pas. Cent images sorties de leur contexte, une par page, sans le corps de travail dont elles proviennent, c'est exactement l'inverse de ce que fait un bon livre de photo.

Si vous hésitez entre une anthologie et une monographie d'un seul photographe, prenez toujours la monographie. Même d'un auteur moins célèbre, même moins épaisse.

Si la personne aime aussi le cinéma ou le voyage

Les frontières sont poreuses, et un livre pris de côté fait souvent plus d'effet qu'un livre pris de face. Quelqu'un qui photographie des villes lira volontiers un récit de voyage, quelqu'un qui travaille la lumière ira facilement vers le cinéma.

Nos sélections pour ceux qui aiment le cinéma et pour ceux qui aiment voyager contiennent plusieurs titres qui fonctionnent très bien auprès d'un photographe.

Une idée de plus, si vous avez du temps

Le meilleur cadeau que j'aie vu faire à un photographe n'était pas un livre neuf. C'était un livre d'occasion, épuisé depuis quinze ans, retrouvé chez un bouquiniste après plusieurs mois de recherche, avec un mot expliquant où et quand il avait été déniché.

Ce genre de cadeau demande d'écouter à l'avance. Notez le nom du photographe dont on vous parle avec insistance un soir, même si ce nom ne vous dit rien. C'est votre commande, elle vient de vous être passée, et vous avez souvent plusieurs mois devant vous.

Faut-il offrir un livre technique à un photographe amateur ?

Seulement s'il vous a dit qu'il bloquait sur quelque chose de précis, la lumière basse, la composition, le tirage. Un manuel offert sans demande est reçu comme une correction, surtout par quelqu'un qui photographie depuis des années. Dans le doute, prenez un livre d'images plutôt qu'un manuel : personne n'a jamais été vexé de recevoir une belle monographie.

Un livre de photo d'occasion, est-ce un mauvais cadeau ?

Au contraire, c'est souvent le meilleur. Beaucoup de monographies importantes sont épuisées et ne se trouvent plus qu'en occasion, parfois à des prix très raisonnables sur les sites de libraires indépendants. Vérifiez seulement l'état de la jaquette et des pages, car une reproduction jaunie ou un dos cassé gâchent l'objet. Un livre épuisé retrouvé fait un cadeau nettement plus personnel qu'une nouveauté empilée en vitrine.

Comment savoir ce qu'il a déjà ?

Regardez sa bibliothèque, la rangée de livres grand format se repère de loin. Si vous n'y avez pas accès, orientez-vous vers un photographe qu'il ne cite jamais. Les amateurs francophones connaissent presque tous Doisneau, Cartier-Bresson et Depardon, beaucoup moins Saul Leiter ou Vivian Maier. Le décalage est votre meilleur allié.

Quelle différence entre une monographie et un catalogue d'exposition ?

La monographie couvre une œuvre entière et se conçoit comme un livre, avec une progression et un texte pensé pour durer. Le catalogue accompagne un accrochage précis, à une date précise, et perd beaucoup de son sens une fois l'exposition démontée. Offrez un catalogue à quelqu'un qui a vu l'exposition et veut la garder, jamais à quelqu'un qui ne l'a pas vue.

Est-ce que ça vaut le coup d'offrir un livre en anglais ?

En photo, oui, plus que dans n'importe quel autre domaine. Une bonne part des livres importants n'a jamais été traduite, et le texte y est souvent minoritaire face aux images. Un ouvrage de chez Steidl, MACK ou Aperture reste parfaitement lisible avec un anglais scolaire. Vérifiez simplement que la personne n'est pas franchement fâchée avec la langue.

Livre d'images ou abonnement à une revue ?

Les deux ne servent pas au même usage. Le livre se garde et se relit, la revue apporte de la découverte régulière et des noms qu'on n'aurait pas cherchés. Si la personne photographie beaucoup et se plaint de tourner en rond, la revue lui fera plus de bien. Si elle cherche des références solides, prenez le livre.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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