Quel livre offrir à quelqu'un qui aime le cinéma ?
Le réflexe, quand on connaît un amateur de films, c'est le grand livre carré. Photos de tournage, papier épais, deux kilos, une belle jaquette. Il est ouvert le jour même, admiré, posé sur la table basse. Six mois plus tard il a pris la poussière et personne ne l'a lu.
Ce n'est pas un mauvais objet, c'est un mauvais cadeau pour la plupart des gens. Les livres qui restent dans la vie d'un cinéphile sont presque toujours des livres de texte : des entretiens, des récits de fabrication, des vies racontées. Voici douze titres classés selon le rapport réel que la personne entretient avec les films.
Cinéphile ou spectateur, la question à trancher avant d'acheter
Ce sont deux passions différentes qui portent le même nom, et le cadeau qui enchante l'une ennuie l'autre.
Le spectateur regarde beaucoup de films, se souvient des histoires, retient les acteurs, discute des fins. Il ne cite pas de directeur de la photographie et n'a aucune envie d'en citer. Le cinéphile, lui, organise sa mémoire par réalisateur, par pays, par décennie. Il a un avis sur le passage au numérique et il a vu des films dont personne autour de lui n'a entendu parler.
Un test simple. Demandez son film préféré. Une réponse en un titre signale un spectateur. Une réponse qui commence par « ça dépend de la période » ou qui donne un nom de cinéaste avant un titre signale un cinéphile. Aucun des deux profils n'est supérieur à l'autre, mais ils ne lisent pas les mêmes livres.
Troisième cas, plus fréquent qu'on ne croit : la personne aime les films et n'a jamais lu un livre de sa vie sur le sujet. Celle-là est la plus facile à combler, parce que tout lui est neuf.
Pour un spectateur, offrez le livre qui a donné le film
C'est la porte d'entrée la plus efficace. La personne connaît l'histoire, elle retrouve des scènes, elle mesure les écarts. La lecture devient une comparaison, ce qui la rend confortable pour quelqu'un qui ne lit pas beaucoup.
Mario Puzo, « Le Parrain » (Robert Laffont, 1970) Voir à la FnacLe Parrain, de Mario Puzo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le roman est un excellent livre populaire, plus bavard et plus vulgaire que le film, avec des personnages secondaires que Coppola a coupés. Il se dévore. C'est un des rares cas où lire après avoir vu ne gâche rien du tout.
Thomas Harris, « Le Silence des agneaux » (Albin Michel, 1990) Voir à la FnacLe Silence des agneaux, de Thomas Harris (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le film a raflé les cinq Oscars majeurs en 1992, ce qui n'était arrivé que deux fois avant lui. Le roman tient debout tout seul, avec une Clarice Starling plus détaillée et un rythme d'enquête que le film a dû comprimer.
Cormac McCarthy, « Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme » (L'Olivier, 2007) Voir à la FnacNon, ce pays n'est pas pour le vieil homme, de Cormac McCarthy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les frères Coen ont été fidèles jusqu'au malaise, mais le livre pousse plus loin dans la sécheresse : pas de guillemets, presque pas de psychologie, une violence énoncée à plat. À offrir à quelqu'un qui a aimé le film sans bien savoir pourquoi il l'a mis mal à l'aise.
Stephen King, « Différentes saisons » (Albin Michel, 1986) Voir à la FnacDifférentes saisons, de Stephen King (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre récits, dont deux ont donné « Les Évadés » et « Stand by Me ». C'est le meilleur argument contre l'idée que King n'écrit que de l'horreur, et le format court convient à un lecteur occasionnel.
Philip K. Dick, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (Gallimard, Folio SF) Voir à la FnacLes androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, de Philip K. Dick (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Attention, c'est le cas inverse des précédents : le roman ne ressemble presque pas à « Blade Runner ». Il est plus étrange, plus mélancolique, obsédé par les animaux artificiels. Offrez-le en prévenant que ce n'est pas le film, sinon la déception est garantie.
Pour un cinéphile, les entretiens avant tout
Un cinéphile a déjà lu des critiques. Ce qui lui manque presque toujours, c'est la parole des cinéastes eux-mêmes, sur la durée, sans la contrainte de la promotion.
François Truffaut, « Hitchcock/Truffaut » (Gallimard, 1993) Voir à la FnacHitchcock/Truffaut, de François Truffaut (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cinquante heures d'entretiens menés en 1962, film par film. C'est le livre de cinéma le plus offert au monde et il le mérite : Hitchcock y explique sa mécanique avec une clarté qui a formé des générations de réalisateurs. Si la personne ne l'a pas, c'est le cadeau évident.
Cameron Crowe, « Conversations avec Billy Wilder » (Institut Lumière / Actes Sud, 2004) Voir à la FnacConversations avec Billy Wilder, de Cameron Crowe (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le pendant américain et beaucoup plus drôle. Wilder, quatre-vingt-dix ans passés, répond à Crowe avec une insolence intacte. Le livre est aussi un document sur l'exil : Vienne, Berlin, la fuite en 1933, puis Hollywood.
Akira Kurosawa, « Comme une autobiographie » (Seuil, 1985) Voir à la FnacComme une autobiographie, de Akira Kurosawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Kurosawa s'arrête volontairement en 1950, à « Rashômon », en disant que le reste est dans ses films. Le récit du tremblement de terre de 1923 vu par un adolescent vaut à lui seul le détour.
Comment un film se fabrique, pour ceux qui veulent voir la machine
Ce rayon est celui qui transforme le plus durablement la façon de regarder. Il est aussi le moins offert, parce qu'on le croit réservé aux professionnels. C'est faux.
Sidney Lumet, « Faire un film » (Capricci, 2016) Voir à la FnacFaire un film, de Sidney Lumet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le réalisateur de « Douze hommes en colère » raconte chaque étape, du choix de l'objectif au mixage, sans jargon et sans mystique. Deux cent quatre-vingts pages qui ruinent définitivement l'idée que le réalisateur est un artiste inspiré planté derrière un moniteur.
Michel Chion, « L'Audio-vision » (Armand Colin) Voir à la FnacL'Audio-vision, de Michel Chion (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le livre de référence sur le son au cinéma, écrit par un compositeur qui montre à quel point l'oreille décide de ce que l'œil croit voir. Après l'avoir lu, on n'entend plus un film de la même façon. C'est plus exigeant que les précédents, à réserver à quelqu'un de vraiment mordu.
Les vies, quand elles sont écrites par les intéressés
Ingmar Bergman, « Laterna magica » (Gallimard, 1987) Voir à la FnacLaterna magica, de Ingmar Bergman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le père pasteur, les humiliations d'enfance, la lanterne magique échangée contre cent soldats de plomb. Bergman écrit très bien et ne s'épargne pas. C'est un livre qu'on peut offrir à quelqu'un qui n'a vu aucun de ses films.
Charlie Chaplin, « Histoire de ma vie » (Robert Laffont, 1964) Voir à la FnacHistoire de ma vie, de Charlie Chaplin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La misère à Londres, l'hospice, le music-hall, puis Hollywood et l'exil forcé en 1952. Il y a des longueurs et beaucoup de noms oubliés, mais les deux cents premières pages sont un grand récit d'enfance pauvre.
Peter Biskind, « Le Nouvel Hollywood » (Le Cherche Midi, 2002) Voir à la FnacLe Nouvel Hollywood, de Peter Biskind (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire de la génération Coppola, Scorsese, Spielberg, Friedkin, racontée par les tournages qui ont failli ne jamais finir. C'est un livre de ragots documentés, souvent contesté par ceux qui y figurent, et proprement impossible à lâcher.
Le beau livre, seulement dans deux cas
Je maintiens qu'il est presque toujours un mauvais cadeau, avec deux exceptions nettes.
La première : il porte sur un film unique que la personne connaît par cœur. Un livre entier sur « 2001 », sur « Alien » ou sur un film de Miyazaki fonctionne parce qu'il approfondit quelque chose qui compte déjà pour elle. La seconde : elle collectionne, elle a une bibliothèque visible, et l'objet lui-même lui fait plaisir. Dans ce cas le format n'est pas un défaut, c'est le cadeau.
En dehors de ça, la règle est brutale. Un livre à quarante euros lu une heure vaut moins qu'un livre de poche lu trois soirs.
Deux erreurs qui reviennent souvent
La novélisation. C'est le livre écrit après le film, à partir du scénario, pour sortir en même temps que lui. Ce n'est pas la même chose que le roman d'origine et ça se lit rarement avec plaisir. Vérifiez la date de première publication : si elle est postérieure au film, reposez le livre.
Le énième ouvrage sur son réalisateur préféré. Quelqu'un qui adore Tarantino possède déjà trois livres sur Tarantino. Vous ne gagnerez pas ce match. Prenez plutôt le chemin de côté : un livre sur le montage, sur un studio, sur une décennie, sur un métier. Le décalage est ce qui fait le bon cadeau.
Si vous voulez surprendre quelqu'un qui a déjà tout
Sortez du cinéma américain et français. Un cinéphile chevronné a souvent une connaissance très inégale du cinéma japonais des années cinquante, du cinéma iranien ou du documentaire.
Agnès Varda, « Varda par Agnès » (Cahiers du cinéma, 1994) Voir à la FnacVarda par Agnès, de Agnès Varda (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Elle y commente ses films, ses photographies, ses ratés, avec une liberté de ton qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Le livre est aussi un objet magnifique, ce qui en fait la seule exception que je consens au chapitre précédent.
Autre piste, si la personne aime discuter : les critiques qui écrivent comme des écrivains. Serge Daney, « La Maison cinéma et le monde » (P.O.L). C'est difficile, parfois irritant, et ça donne envie de revoir des films qu'on croyait avoir compris.
Enfin, pour quelqu'un qui suit des sagas et se perd dans les ordres de visionnage, nos guides d'ordre de lecture couvrent les grandes séries romanesques adaptées à l'écran, ce qui évite d'offrir un tome déjà lu. Et si vous cherchez un cadeau pour une personne qui regarde beaucoup mais ne lit presque pas, l'article sur quoi offrir à quelqu'un qui n'aime pas lire est plus adapté que celui-ci.
Ce que vous pouvez glisser dans le paquet
Un livre de cinéma appelle une suite, et c'est là que le cadeau devient bon. Écrivez le titre du film à revoir après lecture. Notez la page où vous avez pensé à elle. Proposez une date pour voir ensemble le film dont le livre parle.
Un cinéphile lit rarement pour lire. Il lit pour revoir autrement. Le meilleur cadeau est celui qui contient déjà la prochaine séance.
Faut-il offrir un beau livre de cinéma ?
Comment savoir si la personne est cinéphile ou simple spectatrice ?
Le roman est-il forcément meilleur que le film ?
Que offrir à quelqu'un qui a déjà tous les livres sur son réalisateur préféré ?
Un scénario publié fait-il un bon cadeau ?
Faut-il éviter les livres tirés d'un film ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.