Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre les statistiques ? Deux parcours, selon ce que vous cherchez

Lire les chiffres de la presse sans se faire avoir, ou réussir un examen : ce ne sont pas les mêmes livres. Cinq titres répartis en deux parcours, et les erreurs d'achat à éviter.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Statistiques, méfiez-vous !Nicolas GauvritVoir Statistiques, méfiez-vous !, de Nicolas Gauvrit à la Fnac (lien affilié)
FactfulnessHans RoslingVoir Factfulness, de Hans Rosling à la Fnac (lien affilié)
La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistiqueAlain DesrosièresVoir La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, de Alain Desrosières à la Fnac (lien affilié)
Statistique et probabilités. Cours et exercices corrigésJean-Pierre LecoutreVoir Statistique et probabilités. Cours et exercices corrigés, de Jean-Pierre Lecoutre à la Fnac (lien affilié)
Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vieBruno FalissardVoir Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie, de Bruno Falissard à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre les statistiques ?

Deux personnes tapent cette question le même jour et n'ont rien en commun. La première vient de lire qu'un aliment augmente de 30 % le risque d'une maladie, elle a le sentiment qu'on lui cache quelque chose, et elle voudrait savoir quoi. La seconde a un partiel dans six semaines, un chapitre sur les tests d'hypothèse qui ne rentre pas, et un manuel imposé qu'elle ne comprend pas.

Envoyer la première vers un manuel de licence est la meilleure façon de la dégoûter définitivement. Envoyer la seconde vers un essai de vulgarisation lui fera perdre six semaines. Les listes en ligne mélangent joyeusement les deux publics, alignent quinze titres et laissent le lecteur trier. Voici cinq livres, répartis en deux parcours qui ne se croisent qu'à la fin.


Repérez d'abord dans quel parcours vous êtes

Posez-vous une question simple : allez-vous produire des statistiques, ou seulement en lire ?

Si vous n'allez qu'en lire, dans la presse, dans un rapport professionnel, dans une notice de médicament, vous avez besoin de comprendre ce qu'un chiffre autorise à conclure. Aucun calcul n'est requis. Ce parcours prend quelques semaines et il vous servira toute votre vie.

Si vous allez en produire, parce qu'un examen, un mémoire ou un travail vous y oblige, il vous faut la mécanique : lois de probabilité, estimation, intervalles de confiance, tests. Ce parcours prend un semestre au minimum, avec des exercices, et aucun livre agréable ne l'abrégera.

La confusion entre les deux est la cause de presque tous les abandons. Un tiers des gens qui disent avoir « toujours été nuls en stats » ont simplement ouvert le mauvais livre en premier.

Parcours lecteur, premier livre : Nicolas Gauvrit, « Statistiques, méfiez-vous ! »

Nicolas Gauvrit, « Statistiques, méfiez-vous ! » (Ellipses, 2007) Voir à la FnacStatistiques, méfiez-vous !, de Nicolas Gauvrit (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis mathématique, l'auteur s'adresse explicitement aux non-matheux.

Gauvrit est mathématicien et docteur en psychologie cognitive, ce qui explique la forme du livre : il ne vous enseigne pas la statistique, il vous montre comment le cerveau se trompe en la lisant. Les coïncidences qui paraissent extraordinaires et ne le sont pas, les moyennes qui cachent des distributions absurdes, les pourcentages calculés sur des bases qui changent en cours de phrase.

Ce qu'il vous apprend précisément : à ralentir devant un chiffre. Vous saurez demander combien de personnes ont été interrogées, sur quelle population, comparé à quoi. Ce sont trois questions, elles éliminent la majorité des affirmations douteuses, et presque personne ne les pose.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à calculer quoi que ce soit. Aucun test statistique ne sera à votre portée après cette lecture, et ce n'est pas le sujet. Le livre a près de vingt ans, ses exemples sentent parfois leur époque, la mécanique décrite n'a pas bougé d'un millimètre.

Parcours lecteur, deuxième livre : Hans Rosling, « Factfulness »

Hans Rosling, avec Ola Rosling et Anna Rosling Rönnlund, « Factfulness. Penser clairement, ça s'apprend » (Flammarion, 2019, traduit de l'anglais, repris en poche en 2021) Voir à la FnacFactfulness, de Hans Rosling (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Se lit après Gauvrit, ou seul si vous préférez commencer par un livre plus narratif.

Rosling était médecin suédois et professeur de santé internationale. Le livre s'ouvre sur un test de treize questions de culture générale sur l'état du monde, que ses publics de dirigeants et d'experts échouaient systématiquement, moins bien qu'un tirage au hasard. Il en tire dix biais qui déforment notre lecture des données mondiales, dont l'instinct de l'écart, qui nous fait imaginer un monde coupé en deux quand la majorité vit au milieu.

Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer un chiffre absolu d'un chiffre relatif, une tendance d'un niveau, une catégorie utile d'une catégorie héritée. C'est aussi le seul de cette liste qui donne des repères chiffrés durables sur la démographie, la pauvreté et la santé, ce qui vous évitera de raisonner sur un monde qui a disparu il y a trente ans.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la prudence sur ses propres conclusions. Rosling a été critiqué, notamment pour son optimisme et pour la manière dont ses catégories de revenus lissent les inégalités internes aux pays. Lisez-le en gardant cette critique en tête, c'est précisément l'exercice que le livre recommande d'appliquer aux autres.

Parcours lecteur, troisième livre : Alain Desrosières, « La politique des grands nombres »

Alain Desrosières, « La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique » (La Découverte, 1993, repris en poche dans la collection Sciences humaines et sociales en 2010) Voir à la FnacLa politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, de Alain Desrosières (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes. Le livre est exigeant et fait plus de quatre cents pages.

Desrosières était administrateur à l'Insee et sociologue. Son livre raconte comment les États ont construit les catégories qu'ils mesurent : la profession, le chômage, le niveau de vie. Rien de tout cela ne préexistait à sa mesure, et chaque définition est le résultat d'un arbitrage politique et administratif, souvent d'une négociation.

Ce qu'il vous apprend précisément : qu'une statistique n'est jamais un reflet neutre du réel, et que la question « comment ce chiffre a-t-il été fabriqué » précède toujours la question « que dit ce chiffre ». C'est le niveau au-dessus de la vigilance technique, et c'est celui qui manque à la plupart des débats publics.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à trancher. Après Desrosières, on est tenté de croire que tout est convention et que rien ne vaut rien. C'est un contresens. Le taux de chômage est une construction, ses variations mesurent quelque chose de réel, et savoir les deux à la fois est exactement le but.

Parcours examen, premier livre : Jean-Pierre Lecoutre, « Statistique et probabilités »

Jean-Pierre Lecoutre, « Statistique et probabilités. Cours et exercices corrigés » (Dunod, collection Éco Sup, septième édition en 2023) Voir à la FnacStatistique et probabilités. Cours et exercices corrigés, de Jean-Pierre Lecoutre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le programme de mathématiques de terminale, ou son équivalent reconstitué.

C'est un manuel de première année, structuré chapitre par chapitre avec les objectifs, le cours, une page de synthèse et des exercices de difficulté croissante entièrement corrigés. Lecoutre a longtemps enseigné à Paris-Dauphine, et le livre est fait pour des étudiants en économie et en gestion, donc pour des gens qui ne sont pas des mathématiciens.

Ce qu'il vous apprend précisément : les lois de probabilité usuelles, l'estimation, les intervalles de confiance et les tests d'hypothèse, avec la démonstration derrière chaque formule plutôt qu'une recette à appliquer.

Ce qu'il ne vous apprend pas : ce que valent vos réponses. Un manuel corrigé vous dit si le résultat est bon, jamais si votre raisonnement l'était pour de bonnes raisons. Il existe un volume compagnon d'exercices et de méthodes chez le même éditeur, plus copieux en applications, à prendre si vous préparez réellement un examen.

Parcours examen, deuxième livre : Bruno Falissard, « Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie »

Bruno Falissard, « Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie » (Elsevier-Masson, troisième édition en 2019) Voir à la FnacComprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie, de Bruno Falissard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les bases du parcours précédent, ou un cours suivi en parallèle.

Falissard est professeur de santé publique et biostatisticien, et son livre est devenu une référence pour les étudiants en médecine, en biologie et en psychologie. Il part de problèmes réels, montre le raisonnement qui conduit au choix du test, et refuse le catalogue de procédures que la plupart des manuels appliqués proposent.

Ce qu'il vous apprend précisément : à choisir une méthode plutôt qu'à l'exécuter. La question la plus difficile en statistique appliquée n'est pas de calculer un test, c'est de savoir lequel votre question autorise, et pourquoi les conditions de validité comptent plus que le résultat.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les mathématiques sous-jacentes, qu'il assume de simplifier. Si vous visez un master de statistique, ce livre est une étape, pas une destination.

Par où ne pas commencer

Voici la section que les listes ne font jamais, et qui vous fera gagner le plus de temps.

Ne commencez pas par un manuel de licence si vous n'avez pas d'examen à passer. C'est l'erreur la plus fréquente, et elle est encouragée par les libraires de bonne foi, qui rangent la statistique au rayon mathématiques. Un manuel vous apprendra à calculer un intervalle de confiance sans jamais vous dire pourquoi le sondage publié ce matin est ininterprétable.

Ne commencez pas non plus par un logiciel. Les livres d'initiation à R ou à Python appliqués aux données se vendent très bien, et ils produisent des gens qui savent lancer une régression sans savoir ce qu'elle suppose. Le logiciel s'apprend en trois semaines quand les concepts sont là, et jamais correctement dans l'ordre inverse.

Méfiez-vous des ouvrages de vulgarisation qui ne sont qu'une collection de graphiques trompeurs. Le genre existe depuis « How to Lie with Statistics », le petit livre de Darrell Huff paru en 1954, qui reste excellent et se lit très bien en anglais, ses éditions françaises circulant de façon irrégulière. Le problème n'est pas Huff, c'est sa descendance : des livres entiers d'axes tronqués, amusants, qui donnent le sentiment d'être malin sans donner aucun outil.

Enfin, laissez « Système 1 / Système 2 » de Kahneman pour plus tard. C'est un grand livre de psychologie du jugement, il fait cinq cent cinquante pages, et ce n'est pas un livre de statistiques. Il éclaire beaucoup mieux une fois que vous savez ce qu'est une régression vers la moyenne.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

La statistique est une discipline où la lecture seule laisse une trace étonnamment faible.

Aucun livre ne vous fera calculer. Si vous êtes dans le parcours examen, la seule variable qui prédit la réussite est le nombre d'exercices faits sans regarder la correction, ce que personne n'a envie d'entendre. Trente exercices peinés valent mieux que trois manuels lus.

Aucun livre ne vous donnera de données à vous. Prenez un jeu de chiffres qui vous concerne, un budget, un relevé, les résultats d'un club, et essayez d'en tirer une conclusion honnête. Vous découvrirez en une soirée que le plus dur n'est pas le calcul mais la question, et ce constat vaut cinq chapitres.

Aucun livre enfin ne remplacera quelqu'un qui relit vos conclusions. Un statisticien de votre entourage, un forum d'entraide sérieux, un enseignant en permanence : la statistique est une discipline où l'on se trompe seul avec beaucoup de confiance. Les cours en ligne des universités, souvent gratuits, offrent des forums où des questions précises reçoivent de vraies réponses.

Après ces livres

Si vous avez suivi le parcours lecteur, vous lisez désormais un article de presse en repérant l'effectif, la comparaison manquante et le saut de la corrélation à la cause. C'est peu de chose et c'est énorme. La suite naturelle est du côté de la méthode générale : notre sélection de livres pour apprendre l'esprit critique prolonge exactement ce réflexe hors du domaine des chiffres.

Si vous avez suivi le parcours examen et que le calcul reste le point douloureux, le problème n'est pas la statistique mais ce qui la précède : reprenez par les livres pour apprendre les mathématiques, où la question de la reprise à l'âge adulte se pose dans les mêmes termes.

Et si vous avez pris goût à ce genre d'apprentissage méthodique, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même règle partout : peu de titres, dans un ordre, avec ce que chacun ne fait pas.

Faut-il être bon en maths pour apprendre les statistiques ?

Cela dépend entièrement de votre objectif. Pour comprendre un sondage, un taux de mortalité ou une courbe dans un journal, vous n'avez besoin d'aucune algèbre : il faut savoir ce qu'est un échantillon, une marge d'erreur et une corrélation, ce qui s'apprend en lisant. Pour passer un examen ou traiter des données vous-même, il faut en revanche du calcul, des sommes, des dérivées et de la manipulation de formules. Les deux publics achètent souvent le même livre par erreur, et l'un des deux abandonne.

Par quel livre commencer quand on veut juste ne plus se faire avoir par les chiffres ?

Par « Statistiques, méfiez-vous ! » de Nicolas Gauvrit, écrit précisément pour les non-matheux et centré sur les erreurs d'interprétation les plus courantes. Il vous apprend à repérer un effectif ridicule, une corrélation prise pour une cause, un pourcentage calculé sur une base changeante. C'est le livre le plus rentable des cinq si vous n'avez pas d'examen à passer.

Quelle est la différence entre corrélation et causalité, concrètement ?

Une corrélation constate que deux mesures varient ensemble. Une causalité affirme que l'une produit l'autre. Les ventes de glaces et les noyades augmentent ensemble chaque été, sans qu'aucune ne cause l'autre : c'est la chaleur qui agit sur les deux. Passer de l'une à l'autre demande un protocole, généralement une comparaison avec un groupe témoin. La plupart des titres de presse font ce saut sans l'annoncer, et c'est la principale chose que la lecture d'un bon livre de statistiques vous apprend à voir.

Un manuel universitaire convient-il à un autodidacte ?

Oui, à condition d'en choisir un avec des exercices corrigés et de les faire. Un manuel de licence lu comme un essai ne sert à rien : la statistique s'apprend en calculant, pas en comprenant qu'on a compris. Comptez une séance de deux heures par semaine sur un semestre pour couvrir un manuel de première année, ce qui est nettement plus long que ce que promettent les quatrièmes de couverture.

Faut-il apprendre un logiciel comme R ou Python en même temps ?

Pas au début, et c'est un conseil que peu de gens suivent. Apprendre la syntaxe d'un logiciel en même temps que les concepts double la charge et donne l'illusion de progresser : vous obtiendrez des résultats sans savoir s'ils veulent dire quelque chose. Faites d'abord une vingtaine d'exercices à la main ou au tableur, jusqu'à ce que la logique du test soit claire, puis passez au logiciel où vous irez très vite.

Combien de temps faut-il pour lire correctement les chiffres d'un article de presse ?

Beaucoup moins qu'on ne le croit. Un livre de vulgarisation sérieux, lu en quelques semaines, suffit à changer votre lecture des journaux de façon durable. Les erreurs les plus fréquentes sont peu nombreuses et se répètent : effectifs trop faibles, corrélation présentée comme une cause, chiffres relatifs sans chiffres absolus, échelles de graphique tronquées. Une fois ces quatre réflexes acquis, vous êtes au-dessus de la moyenne des commentateurs.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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