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Quels livres pour apprendre le russe ? 4 titres, après deux semaines d'alphabet

Le cyrillique se maîtrise en deux semaines et conditionne tout le reste. Quatre méthodes de russe en français, dans l'ordre où les prendre, et celles qu'il ne faut pas acheter en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Le russeVladimir Dronov, Françoise Gallais et Vladimir MatchabelliVoir Le russe, de Vladimir Dronov, Françoise Gallais et Vladimir Matchabelli à la Fnac (lien affilié)
Harrap's Méthode intégrale russeVoir Harrap's Méthode intégrale russe à la Fnac (lien affilié)
Any Barda et Irina Ivanova, « Manuel de russe », volume 1Voir Any Barda et Irina Ivanova, « Manuel de russe », volume 1 à la Fnac (lien affilié)
Grammaire pratique du russe. Morphologie et syntaxeAnne BoulangerVoir Grammaire pratique du russe. Morphologie et syntaxe, de Anne Boulanger à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le russe ?

Il existe un raisonnement qui semble raisonnable et qui ruine à peu près toutes les tentatives d'apprentissage du russe en autodidacte. Il consiste à se dire : l'alphabet, je verrai plus tard, je commence par les mots utiles en m'appuyant sur les transcriptions en lettres latines, et le cyrillique viendra tout seul en cours de route.

Il ne vient jamais tout seul. Ce qui vient, c'est un réflexe : l'œil se pose sur un mot russe, glisse immédiatement vers la ligne de transcription en dessous, et le cerveau n'a plus aucune raison de faire l'effort. Au bout de trois mois, vous avez appris deux cents mots dans un alphabet qui n'est pas celui de la langue, vous ne pouvez lire aucun panneau, aucun sous-titre, aucun manuel non transcrit, et le mur qui vous sépare du russe réel n'a pas bougé d'un centimètre.

Alors autant le dire tout de suite : les deux premières semaines de votre apprentissage ne concernent aucune des quatre méthodes qui suivent. Elles concernent trente-trois lettres.


Deux semaines d'alphabet, avant la leçon 1

Le cyrillique se répartit en trois groupes très inégaux, et c'est ce qui rend le chantier court.

Une dizaine de lettres ressemblent aux nôtres et se prononcent pareil, ou presque : а, к, м, о, т. Vous les avez déjà. Une dizaine sont franchement nouvelles pour un œil français, ж, ц, щ, ы, et il faut simplement les apprendre comme on apprend n'importe quel signe. Le groupe dangereux est le troisième, celui des faux amis visuels : в se lit v, н se lit n, р se lit r roulé, с se lit s, у se lit ou, х se lit comme la jota espagnole. Ce sont ces six-là qui font trébucher, longtemps, parce que l'œil francophone lit d'abord ce qu'il croit reconnaître.

Le protocole tient en trois habitudes. Quinze minutes par jour de tracé à la main, en imprimé puis en cursive, parce que la cursive russe est un second alphabet et qu'il vaut mieux ne pas la découvrir au sixième mois. Quinze minutes de lecture à voix haute de mots dont vous connaissez déjà le sens, noms de villes, marques internationales, mots empruntés au français : ресторан, метро, театр. Et l'interdiction absolue de lire une transcription en lettres latines, y compris dans les méthodes qui vous en proposent une.

Au quatorzième jour, vous lirez lentement et mal, avec des hésitations sur les faux amis. C'est exactement le niveau requis pour ouvrir une méthode. La fluidité viendra en lisant.

Premier livre : Dronov, Gallais et Matchabelli, « Le russe » chez Assimil

Vladimir Dronov, Françoise Gallais et Vladimir Matchabelli, « Le russe » (Assimil, collection Sans peine, cent leçons, disponible en livre seul ou avec les enregistrements audio, niveau annoncé B2 en fin de parcours) Voir à la FnacLe russe, de Vladimir Dronov, Françoise Gallais et Vladimir Matchabelli (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : l'alphabet, donc vos deux semaines.

C'est votre colonne vertébrale pour l'année qui vient. Le principe Assimil est connu : une leçon courte par jour, dialogue russe à gauche, traduction française en regard, notes, exercices, puis une phase active à mi-parcours où vous refaites le trajet en sens inverse. Les dialogues ont été conçus avec des collaborateurs du Centre de russie pour la science et la culture, et ils sont truffés de notations sur la vie quotidienne, la politesse, les habitudes de table, qui manquent cruellement ailleurs.

Ce qu'il vous apprend précisément : la langue telle qu'on la parle, avec ses formules d'usage, son humour et ses ellipses. Assimil introduit les cas au fil de l'eau, sans jamais vous asseoir devant un tableau de six colonnes, et cette progression douce est ce qui vous fera tenir au-delà du troisième mois.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à produire de la grammaire à froid. Vous comprendrez le génitif pluriel bien avant de savoir le former sur commande, et il y a un moment, vers le sixième mois, où cette dette devient gênante. C'est là qu'intervient le troisième livre de cette liste.

Prenez impérativement la version avec l'audio. En russe, l'accent tonique n'est pas noté dans les textes courants et il change le sens et parfois la prononciation de toutes les voyelles du mot. Sans enregistrement, vous installerez des erreurs que vous ne verrez jamais.

Deuxième livre : « Harrap's Méthode intégrale russe »

« Harrap's Méthode intégrale russe » Voir à la FnacHarrap's Méthode intégrale russe (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), adaptation française de l'ouvrage de Daphne West (Larousse, collection Harrap's, disponible en livre seul ou avec deux CD, dernière édition en 2020). Aucun prérequis autre que l'alphabet.

C'est l'alternative sérieuse à Assimil, pas un second achat à faire en même temps. La formule est différente : des chapitres organisés par objectifs concrets, une explication grammaticale explicite à chaque étape, des exercices avec corrigés et un glossaire grammatical. Les dialogues sont interprétés par des comédiens russes, et une bonne partie des exercices porte sur la compréhension orale.

Ce qu'il vous apprend précisément : à savoir ce que vous faites. Là où Assimil vous laisse déduire, Harrap's vous dit qu'il s'agit d'un instrumental et vous montre comment il se forme. Pour les gens qui ont besoin de la règle avant l'exemple, et ils sont nombreux, c'est le meilleur point de départ.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la longueur. Le parcours est plus court que les cent leçons d'Assimil, donc le volume de texte russe auquel vous serez exposé est plus faible. Or en russe, le volume compte.

Ma recommandation, franchement : choisissez celle des deux qui correspond à votre tempérament et terminez-la. Une méthode achevée vaut deux méthodes commencées, et le russe punit sévèrement les abandons à mi-parcours.

Troisième livre : Barda et Ivanova, « Manuel de russe » volume 1

Any Barda et Irina Ivanova, « Manuel de russe », volume 1 (L'Asiathèque, collection Langues et Mondes, livre accompagné d'un CD mp3 d'environ quatre heures quarante-cinq) Voir à la FnacAny Barda et Irina Ivanova, « Manuel de russe », volume 1 (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : trois à six mois de méthode, ou un vrai goût pour la structure.

L'Asiathèque publie des manuels universitaires, et cela se sent immédiatement. Celui-ci a été conçu pour des étudiants de première année et pour des grands débutants autodidactes, avec une progression qui couvre les quatre compétences et un appareil d'exercices nettement plus fourni que dans une méthode grand public.

Ce qu'il vous apprend précisément : le système. Les cas y sont présentés dans leur logique, l'aspect verbal est traité pour lui-même, et les exercices vous forcent à produire les formes plutôt qu'à les reconnaître. Utilisé en parallèle d'Assimil à partir du quatrième mois, il comble exactement la dette que la méthode douce laisse s'accumuler.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à aimer le russe. C'est un manuel, il ne cherche pas à vous séduire, et l'ouvrir en premier le lundi de la première semaine serait une mauvaise idée. Il prend toute sa valeur quand vous avez déjà quelque chose à consolider.

Quatrième livre, en consultation : Boulanger, « Grammaire pratique du russe »

Anne Boulanger, « Grammaire pratique du russe. Morphologie et syntaxe » (Ophrys, première parution en 1991, plusieurs éditions dont une révisée par Marina Koch-Loubouchkine) Voir à la FnacGrammaire pratique du russe. Morphologie et syntaxe, de Anne Boulanger (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), accompagnée du volume d'exercices avec corrigés de niveau A2 et B1. Prérequis : environ six mois de pratique.

Anne Boulanger a enseigné la langue et la civilisation russes à l'université Paris Nanterre, et son livre a la qualité rare de comparer systématiquement le russe et le français. C'est précisément ce dont un francophone a besoin, parce que les erreurs durables ne viennent pas des formes russes mais des calques français qu'on y projette.

Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi. Pourquoi le génitif après une négation, pourquoi tel verbe de mouvement plutôt que tel autre, pourquoi l'aspect change quand la phrase devient négative. Ouvrez-le au moment exact où une phrase vous a résisté, jamais du début à la fin.

Le volume d'exercices corrigés, vendu séparément, est ce qui distingue ce livre d'une grammaire de rayonnage. Sans corrigés, un autodidacte ne peut rien vérifier.

Par où ne pas commencer

Tout ouvrage qui translittère le russe en lettres latines. Guides de conversation, méthodes express, livres de « russe en dix leçons » : le confort qu'ils procurent la première semaine se paie pendant deux ans. Si un livre vous propose « zdravstvouïtié » à côté de здравствуйте, refermez-le.

Les dictionnaires bilingues épais, en premier achat. Un débutant a besoin d'un lexique de trois mille mots, pas de cinquante mille acceptions. Le lexique intégré à votre méthode suffit largement la première année.

Les manuels russes non adaptés, comme les grands classiques utilisés dans les universités russes pour les étrangers. Ils sont excellents, ils sont intégralement en russe, et ils supposent un enseignant. Seul, vous n'irez pas au-delà de la troisième unité.

Les recueils de vocabulaire thématique. Apprendre cent noms d'animaux avant de savoir décliner ne sert à rien en russe, parce que chaque mot existe sous six formes et que le nominatif isolé est celle qui vous servira le moins souvent.

Enfin, méfiez-vous des méthodes qui promettent un résultat en un nombre de semaines. Le russe est une langue que l'Institut du service extérieur américain classe parmi les plus coûteuses en heures pour un anglophone, autour de onze cents heures. Aucun livre ne raccourcit cela, et ceux qui le prétendent vous vendent surtout de l'abandon différé.

Ce qu'aucun de ces livres ne fera à votre place

Aucun ne corrigera votre accent tonique. Il est mobile, il n'est pas écrit, et il change la prononciation de toutes les voyelles atones du mot. Vous pouvez lire correctement pendant trois ans et rester incompréhensible à l'oral pour cette seule raison. Il faut une oreille russe en face, en échange linguistique ou en cours, même une demi-heure par semaine.

Aucun ne vous donnera l'exposition. Le russe demande du volume : podcasts pour débutants, dessins animés, sous-titres russes sur des films russes. Une méthode fournit peut-être quinze mille mots de texte sur une année, et c'est très peu.

Aucun ne vous fera écrire. Rédiger cinq lignes par jour, même bancales, sur ce que vous avez fait hier, vous apprendra davantage sur les cas que tous les tableaux réunis, parce que c'est en produisant qu'on découvre ce qu'on ne sait pas.

Et aucun ne vous préparera à l'alphabet manuscrit croisé dans la vraie vie. Recopiez de temps en temps un texte imprimé en cursive : c'est ingrat, cela prend dix minutes, et cela vous évitera de rester analphabète devant une carte postale après deux ans d'étude.

Après ces quatre livres

Vous aurez une méthode terminée, un manuel structurant et une grammaire à laquelle vous savez poser des questions. Le russe devient alors une affaire de lecture, et la littérature qui vous attend n'est pas la plus mince du monde.

Commencez par des textes courts et modernes plutôt que par Dostoïevski en version originale, qui viendra bien assez tôt. Les nouvelles de Tchekhov, quelques pages chacune, sont le meilleur premier terrain : la langue est limpide et l'histoire tient sur cinq feuillets. Vous pouvez repérer les auteurs et les traductions disponibles côté catalogue par auteur avant de chercher les éditions bilingues.

Si le chantier de l'alphabet vous a plu plus que vous ne l'imaginiez, sachez que c'est un goût qui se cultive : le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à couvre d'autres langues à écriture propre, et quels livres pour apprendre l'arabe pose exactement le même problème de départ, avec des réponses différentes.

Faut-il apprendre l'alphabet cyrillique avant de commencer une méthode de russe ?

Oui, et c'est la seule chose non négociable de tout le parcours. Consacrez les deux premières semaines au seul alphabet, avant la leçon 1 de votre méthode. Trente-trois lettres, dont une dizaine que vous connaissez déjà, une dizaine de faux amis visuels et une dizaine de nouvelles. Tant que vous lisez en vous appuyant sur une transcription en lettres latines, vous n'apprenez pas le russe, vous apprenez un code parallèle qu'il faudra désapprendre.

Le russe est-il vraiment difficile pour un francophone ?

Difficile n'est pas le mot juste, long l'est davantage. La grammaire demande un vrai effort : six cas, un système verbal fondé sur l'aspect qui n'a pas d'équivalent en français, et une accentuation mobile qui n'est pas notée à l'écrit. En revanche la prononciation est régulière une fois l'alphabet acquis, et l'orthographe est nettement plus logique que celle du français ou de l'anglais.

Combien de temps pour tenir une conversation simple en russe ?

Comptez un an à raison de quarante minutes par jour pour vous débrouiller dans les situations courantes, deux à trois ans pour une conversation confortable. Le palier le plus décourageant se situe vers le sixième mois, quand les six cas commencent à se croiser avec les verbes de mouvement. Il se franchit par la quantité de lecture, pas par la révision des tableaux.

Faut-il apprendre l'écriture cursive russe ?

Oui, au moins pour la lire. La cursive russe s'écarte beaucoup des lettres imprimées, au point que certaines lettres deviennent méconnaissables et qu'un mot entier peut ressembler à une ligne de vaguelettes. Vous en aurez besoin dès que vous verrez une note manuscrite, un menu écrit à la main ou une carte postale. Une heure par jour pendant la deuxième semaine d'alphabet suffit à passer le cap.

Une méthode papier suffit-elle sans professeur ?

Pour la lecture et la grammaire, oui, à condition d'avoir une méthode avec corrigés. Pour la production orale, non, et il ne faut pas se raconter d'histoires : personne ne vous dira que vous placez l'accent tonique au mauvais endroit. Un échange linguistique hebdomadaire, même trente minutes, corrige en quelques semaines des défauts qu'un livre laisse s'installer pour des années.

L'aspect verbal russe s'apprend-il par cœur ?

Non, et c'est le point où les débutants s'épuisent le plus. L'opposition perfectif et imperfectif ne se réduit pas à une règle mémorisable, elle relève d'une manière de voir l'action. Elle s'acquiert par exposition massive : lire, écouter, remarquer quelle forme les Russes emploient dans quelle situation. Une grammaire de référence sert à comprendre après coup pourquoi, pas à décider avant.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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