Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre l'arabe ? 4 titres, et la question à trancher avant d'acheter

Littéral ou dialecte : c'est la question qui décide de tout, et presque personne ne la pose avant d'acheter. Voici quatre livres dans l'ordre, selon ce que vous voulez réellement faire de l'arabe.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
L'arabeDominique Halbout et Jean-Jacques SchmidtVoir L'arabe, de Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt à la Fnac (lien affilié)
Luc-Willy Deheuvels, « Méthode d'arabe, arabe littéral », volume 1Voir Luc-Willy Deheuvels, « Méthode d'arabe, arabe littéral », volume 1 à la Fnac (lien affilié)
Grammaire active de l'arabe littéralMichel Neyreneuf et Ghalib Al-HakkakVoir Grammaire active de l'arabe littéral, de Michel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak à la Fnac (lien affilié)
Les guides de poche Assimil consacrés aux dialectesVoir Les guides de poche Assimil consacrés aux dialectes à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'arabe ?

La scène se répète dans toutes les librairies. Quelqu'un veut apprendre l'arabe pour parler avec ses grands-parents, ou avec la famille de son conjoint, et repart avec un manuel sérieux, complet, bien fait, qui ne lui servira à peu près à rien pour cet usage-là. Il a acheté de l'arabe littéral alors qu'il lui fallait du marocain ou de l'égyptien.

Cette confusion n'est pas une erreur de débutant étourdi. Elle est fabriquée par le marché : les rayons français proposent essentiellement du littéral, parce que c'est ce que demandent les étudiants et les concours, et les couvertures se contentent souvent d'annoncer « l'arabe ». Alors commençons par là, avant de parler du moindre titre.


La question à trancher avant d'ouvrir un catalogue

L'arabe fonctionne sur deux étages qui coexistent depuis des siècles.

L'arabe littéral, qu'on appelle aussi arabe standard moderne ou fusha, est la langue de l'écrit. Journaux, livres, panneaux, documents administratifs, discours officiels, journaux télévisés, prêches. Elle est à peu près identique du Maroc à l'Irak, ce qui en fait une clé formidable : apprenez-la et vous lisez partout. Personne ne la parle spontanément à la maison.

Les dialectes, eux, sont les langues réellement parlées : égyptien, marocain, algérien, tunisien, levantin, golfe, irakien. Ils ne s'écrivent quasiment pas, s'apprennent à l'oral, et diffèrent entre eux davantage que le portugais et l'espagnol dans les cas extrêmes. Un locuteur de Casablanca et un locuteur de Bagdad, chacun dans son parler, se comprennent difficilement.

D'où trois profils, et trois achats différents. Vous voulez lire, étudier, accéder aux textes ou passer un examen : littéral, sans hésiter. Vous voulez parler avec votre belle-famille tunisienne ou vous débrouiller à Marrakech : le dialecte correspondant, dès le premier livre. Vous voulez les deux, ce qui est le cas le plus fréquent et le plus honnête : commencez par le littéral pour l'écriture et la structure, puis ajoutez un dialecte au bout de six mois, quand l'alphabet ne vous coûte plus d'effort.

Ce qui suit est le parcours en littéral, avec une étape consacrée aux dialectes. Si vous êtes dans le deuxième profil, sautez directement à cette étape-là.

Premier livre : Halbout et Schmidt, « L'arabe » chez Assimil

Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt, « L'arabe » (Assimil, collection Sans peine, soixante-dix-sept leçons, environ 790 pages, livre seul ou avec les enregistrements) Voir à la FnacL'arabe, de Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Illustrations de J.-L. Goussé, comme dans toute la collection.

Jean-Jacques Schmidt avait signé « L'arabe sans peine » dès 1975, et la méthode actuelle en descend directement. Le principe est celui de la maison : un dialogue court sur la page de gauche, la traduction en vis-à-vis, quelques notes, deux exercices, et vingt minutes par jour sans chercher à retenir consciemment.

Ce qu'il vous apprend précisément : l'alphabet sans douleur. C'est son mérite principal et il est immense. Les lettres arrivent par petits groupes, les formes liées apparaissent au fur et à mesure, et vous lisez des phrases entières avant d'avoir eu le temps de trouver l'écriture intimidante. La langue enseignée est celle de la presse et de la radio, comprise dans tout le monde arabophone.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à parler avec qui que ce soit dans la vie courante. Les dialogues sont en littéral, donc dans une langue que personne n'emploie au café. Vous saurez dire des choses justes que votre interlocuteur trouvera solennelles. C'est un décalage assumé par la méthode, encore faut-il le savoir avant d'acheter.

À partir de la cinquantième leçon commence la phase active, où vous reprenez les premières leçons en traduisant du français vers l'arabe. En arabe plus qu'ailleurs, elle sépare ceux qui finiront par écrire de ceux qui resteront capables de déchiffrer.

Deuxième livre : Deheuvels, « Méthode d'arabe, arabe littéral »

Luc-Willy Deheuvels, « Méthode d'arabe, arabe littéral », volume 1 (L'Asiathèque, 2022, niveaux A1 et A2 du cadre européen) Voir à la FnacLuc-Willy Deheuvels, « Méthode d'arabe, arabe littéral », volume 1 (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : l'alphabet acquis, donc trois ou quatre mois d'Assimil, ou l'équivalent.

Deheuvels est agrégé d'arabe et professeur à l'Inalco. Son « Manuel d'arabe moderne », publié par la même maison à partir des années 1990, a formé des générations d'étudiants français et reste en circulation d'occasion. La « Méthode d'arabe » parue en 2022 le remplace au catalogue de L'Asiathèque, avec un découpage aligné sur les niveaux européens et un audio refait.

Ce qu'il vous apprend précisément : la structure. Là où Assimil vous laisse absorber, Deheuvels explique. Le système des racines à trois consonnes, les schèmes qui en dérivent les mots, les formes verbales dérivées et leurs sens, la construction de l'annexion. Une leçon comporte un texte, du vocabulaire, un exposé grammatical et des exercices corrigés, et le volume correspond à une année complète d'enseignement.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la spontanéité. C'est un manuel universitaire, il vous fera un bon lecteur et un lecteur lent. Lisez-le comme un cours, pas comme un livre.

Une précision utile : ne cherchez pas à mener les deux méthodes exactement en parallèle. Assimil d'abord pour l'écriture et le réflexe, Deheuvels ensuite pour comprendre ce que vous faisiez.

Troisième livre : Neyreneuf et Al-Hakkak, « Grammaire active de l'arabe littéral »

Michel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak, « Grammaire active de l'arabe littéral » (Le Livre de Poche, collection Les Langues Modernes, 1996, environ 350 pages) Voir à la FnacGrammaire active de l'arabe littéral, de Michel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : six mois de méthode. À consulter, pas à lire d'un bout à l'autre.

Le format fait tout son intérêt : une règle exposée sur la page de gauche, un exercice d'application sur la page de droite, les corrigés en fin de volume, des index en français et en arabe. Elle a été conçue pour des francophones, et traite en priorité les points où le français induit en erreur.

Ce qu'il vous apprend précisément : à régler une question qui vous bloque, en dix minutes, sans avoir à connaître le nom savant de la notion. Vous butez sur l'accord des non-humains au féminin singulier, sur le duel, sur les cas de la déclinaison qui apparaissent puis disparaissent selon la vocalisation. Vous cherchez, vous faites l'exercice en face, et le point est réglé parce que vous l'aviez d'abord rencontré dans un texte.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à choisir vos priorités. Une grammaire suppose un diagnostic qu'elle ne fournit pas.

Quatrième livre : un guide de dialecte, et pas plus tard que le sixième mois

Les guides de poche Assimil consacrés aux dialectes Voir à la FnacLes guides de poche Assimil consacrés aux dialectes (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), par exemple « L'arabe marocain de poche » de Wahid Ben Alaya, ou les volumes équivalents pour l'égyptien et le tunisien. Format court, environ 190 pages, transcription latine et audio.

Ces petits volumes ont mauvaise réputation parce qu'ils ressemblent à des guides de voyage. Ils sont pourtant ce qui existe de plus accessible en français sur les parlers réels, et l'offre est mince : c'est un angle mort de l'édition française, où le littéral occupe presque tout le rayon.

Ce qu'ils vous apprennent précisément : la distance entre ce que vous avez appris et ce que vous entendrez. Les négations changent, les pronoms changent, la conjugaison se simplifie, le vocabulaire courant emprunte au français, à l'espagnol ou au turc selon les régions. Découvrir ça au bout de six mois est salutaire. Le découvrir en descendant de l'avion est décourageant.

Si vous visez un pays précis, choisissez le parler de ce pays. Si vous hésitez, l'égyptien est le choix le plus rentable : des décennies de cinéma et de séries l'ont rendu compréhensible dans presque tout le monde arabophone.

Par où ne pas commencer

La « Grammaire de l'arabe classique » de Régis Blachère et Maurice Gaudefroy-Demombynes, parue chez Maisonneuve en 1937 et régulièrement rééditée depuis. C'est un monument, cité depuis quatre-vingts ans, et c'est un ouvrage de référence pour arabisants confirmés. Elle décrit la langue classique avec la terminologie de la philologie, suppose que vous lisez déjà l'arabe, et ne contient aucune progression pédagogique. L'acheter en premier est l'équivalent d'apprendre le français dans une grammaire historique.

Les manuels dont les textes ne sont pas vocalisés. Les voyelles brèves de l'arabe ne sont pas écrites dans l'usage courant, ce qui suppose de reconnaître le mot pour savoir le prononcer. Un débutant a besoin de textes vocalisés pendant au moins un an, et un manuel qui n'en propose pas vous laissera deviner.

Les méthodes qui annoncent un délai sur la couverture. L'arabe demande à un francophone plusieurs fois le temps nécessaire à l'espagnol, principalement à cause de l'écriture et de la distance lexicale, et aucune promesse de trois mois ne changera cette arithmétique.

Les recueils de vocabulaire classés par thèmes, achetés en premier. En arabe, le mot isolé ne dit rien de la racine dont il vient ni du schème qui le forme, et c'est justement cette logique qui fait toute l'économie de la langue. Apprenez les mots par familles de racines, ce que les méthodes font, et pas par listes de courses.

Enfin, une remarque plutôt qu'un titre : évitez les manuels conçus pour un tout autre objectif que le vôtre. Le marché francophone comporte beaucoup d'ouvrages destinés à un apprentissage confessionnel de la langue coranique, parfaitement légitimes pour ce projet, et mal ajustés si vous voulez lire un roman contemporain ou commander un café à Amman.

Ce qu'aucun de ces livres ne fera à votre place

Ils ne corrigeront pas votre prononciation. L'arabe possède une série de consonnes qui n'ont aucun équivalent en français, les emphatiques et les gutturales, et un francophone les remplace spontanément par des sons voisins sans s'en apercevoir. Le résultat reste compréhensible et sonne franchement étranger, indéfiniment, tant que personne ne vous reprend. Une heure par semaine avec quelqu'un qui parle la langue vaut plus que le quatrième manuel.

Ils ne vous donneront pas l'écriture manuscrite. La forme cursive tracée à la main diffère assez de la typographie imprimée, et elle s'acquiert en écrivant, pas en lisant. Recopier chaque leçon à la main est fastidieux, et c'est ce qui installe les lettres pour de bon.

Ils ne feront pas non plus le pont entre les deux étages de la langue. Passer du littéral au dialecte demande une gymnastique que les livres décrivent mal, parce qu'elle est faite d'ajustements sociaux : on ne parle pas de la même façon à un fonctionnaire et à un cousin. Cela s'observe, cela ne se lit pas.

Après ces quatre livres

Vous aurez une méthode terminée, un manuel structurant, une grammaire de consultation et un premier contact avec un parler réel. C'est de quoi lire un texte vocalisé sans dictionnaire permanent et tenir une conversation simple, ce qui représente déjà deux ou trois années de travail honnête.

La suite consiste à arrêter les livres sur l'arabe et à ouvrir des livres en arabe, en commençant par la presse plutôt que par la littérature : un article de journal emploie une langue standardisée et répétitive, un roman contemporain joue de tous les registres. Le catalogue par auteur permet de repérer les écrivains arabophones largement traduits en français, ce qui donne la possibilité d'alterner l'original et la traduction quand la fatigue vient.

Et si cette manière d'apprendre vous convient, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode ailleurs, par exemple pour apprendre l'espagnol, où la question des variantes régionales se pose aussi, en beaucoup moins tranchée, ou pour apprendre le japonais, autre langue où l'écriture décide du rythme des premiers mois.

Faut-il apprendre l'arabe littéral ou un dialecte ?

Cela dépend entièrement de votre objectif, et c'est la seule question à trancher avant d'acheter quoi que ce soit. L'arabe littéral est la langue de l'écrit, de la presse, des documents officiels et des discours formels : c'est ce qu'il vous faut pour lire et pour étudier. Un dialecte, égyptien, marocain, levantin ou autre, est ce que les gens parlent réellement à la maison et dans la rue. Si votre projet est de parler avec votre famille ou en voyage, un manuel de littéral vous mènera à côté.

Par quelle méthode commencer l'arabe quand on part de zéro ?

Par « L'arabe » de Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt chez Assimil, dans la collection Sans peine, si vous visez le littéral. Soixante-dix-sept leçons, une par jour, avec l'alphabet introduit progressivement et l'audio qui accompagne. La progression est douce et vous produisez des phrases entières avant de comprendre la mécanique, ce qui est la bonne façon d'aborder une langue dont la grammaire fait peur de loin.

Combien de temps faut-il pour lire l'arabe ?

Déchiffrer l'alphabet demande deux à trois semaines de travail quotidien, c'est la partie facile et rassurante. Lire un texte non vocalisé, c'est-à-dire sans les petits signes qui notent les voyelles brèves, demande un ou deux ans, parce qu'il faut reconnaître le mot avant de pouvoir le prononcer. Comptez trois ans de pratique régulière pour lire un article de presse sans dictionnaire à chaque ligne.

Les dialectes arabes sont-ils si différents entre eux ?

Suffisamment pour qu'un Marocain et un Irakien parlant chacun son dialecte se comprennent mal, et se rabattent souvent sur un mélange de littéral et d'égyptien. Le dialecte égyptien est le plus largement compris grâce à des décennies de cinéma et de télévision diffusés dans tout le monde arabe. Le levantin, parlé en Syrie, au Liban, en Palestine et en Jordanie, suit de près. Le maghrébin est le plus éloigné des autres.

Peut-on apprendre l'arabe sans professeur ?

L'écrit, oui, avec une bonne méthode et de la constance. L'oral, difficilement. La prononciation de l'arabe comporte des consonnes qui n'existent pas en français, notamment les emphatiques et les gutturales, et vous ne saurez jamais seul si vous les produisez correctement. Une personne qui parle la langue, même une heure par semaine, vaut plus qu'un troisième manuel.

Faut-il connaître la grammaire arabe classique pour apprendre la langue moderne ?

Non, et confondre les deux fait perdre beaucoup de temps. La grammaire classique décrit la langue du Coran et de la poésie ancienne avec un appareil savant destiné aux arabisants. La « Grammaire de l'arabe classique » de Blachère et Gaudefroy-Demombynes, parue chez Maisonneuve en 1937, reste une référence universitaire précieuse, mais ce n'est pas un livre par lequel on apprend.

Un manuel suffit-il pour comprendre un film ou une chanson en arabe ?

Presque jamais, et c'est la déception classique. Les films, les séries et les chansons sont en dialecte, alors que la quasi-totalité des manuels vendus en France enseignent le littéral. Vous pourrez suivre un journal télévisé et rester perdu devant une comédie égyptienne. Si votre motivation vient des films, prenez un ouvrage de dialecte dès le départ.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi