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Quels livres pour apprendre le cinéma ? 5 titres dans l'ordre où les lire

Apprendre à analyser un film, connaître l'histoire du cinéma ou comprendre sa fabrication : trois besoins différents, cinq livres dans un ordre précis, et les classiques théoriques à ne pas ouvrir en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

SélectionPourquoiAcheter
Analyser un film. De l'émotion à l'interprétationLaurent JullierVoir Analyser un film. De l'émotion à l'interprétation, de Laurent Jullier à la Fnac (lien affilié)
L'art du film. Une introductionDavid Bordwell et Kristin ThompsonVoir L'art du film. Une introduction, de David Bordwell et Kristin Thompson à la Fnac (lien affilié)
Histoire du cinéma françaisJean-Pierre JeancolasVoir Histoire du cinéma français, de Jean-Pierre Jeancolas à la Fnac (lien affilié)
En un clin d'œil. Passé, présent et futur du montageWalter MurchVoir En un clin d'œil. Passé, présent et futur du montage, de Walter Murch à la Fnac (lien affilié)
La Dramaturgie. L'art du récitYves LavandierVoir La Dramaturgie. L'art du récit, de Yves Lavandier à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le cinéma ?

Vous sortez d'un film qui vous a retourné et vous n'arrivez pas à dire pourquoi. Vous savez que la scène de la voiture a fonctionné, vous ne savez pas ce qui l'a fait fonctionner. C'est la meilleure raison qui existe de se mettre à lire sur le cinéma, et c'est presque toujours celle qui pousse quelqu'un vers une librairie.

Le problème vient ensuite. Le rayon cinéma mélange trois choses qui n'ont presque rien à voir : apprendre à voir un film, connaître l'histoire de cet art, et comprendre comment on fabrique concrètement un long métrage. Ces trois besoins n'appellent pas les mêmes livres, et acheter le mauvais est la façon la plus rapide d'abandonner. Voici cinq titres, dans un ordre, plus la liste de ce qu'il ne faut pas ouvrir en premier.


Trois besoins qui portent le même nom

Interrogez trois personnes qui veulent « apprendre le cinéma », vous obtiendrez trois projets différents.

La première veut mieux voir. Elle regarde beaucoup, elle sent qu'il se passe des choses qu'elle ne repère pas, elle voudrait des outils pour décrire ce qu'elle ressent. C'est le cas le plus fréquent et le mieux servi par les livres.

La deuxième veut de l'histoire. Elle a des trous, elle ne situe pas le muet, elle confond le néoréalisme et la Nouvelle Vague, elle voudrait une carte. Ce besoin est simple à satisfaire, à condition d'accepter de commencer par une histoire nationale plutôt que par une prétendue histoire mondiale.

La troisième veut faire. Elle a un téléphone, un logiciel de montage et une idée. Elle a besoin de principes de fabrication, et ses livres seront inutiles tant qu'elle n'aura pas produit quelques minutes qui ratent.

Le parcours ci-dessous couvre les trois, mais vous n'irez pas jusqu'au bout dans les trois directions, et ce n'est pas un problème.

Premier livre : Laurent Jullier, « Analyser un film »

Laurent Jullier, « Analyser un film. De l'émotion à l'interprétation » (Flammarion, 2012, repris en poche) Voir à la FnacAnalyser un film. De l'émotion à l'interprétation, de Laurent Jullier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, hormis d'avoir vu des films et de vous en souvenir.

Jullier est professeur en études cinématographiques à l'université de Lorraine. Sa méthode part d'un endroit inhabituel : votre émotion. Pourquoi ce plan vous serre la gorge, pourquoi cette fin vous a semblé fausse, pourquoi vous avez cru à ce personnage. Il remonte ensuite vers les moyens qui produisent ces effets, et il distingue trois niveaux d'analyse, typologique, formel et conceptuel.

Ce qu'il vous apprend précisément : à transformer une impression en description. C'est le passage le plus difficile de tout l'apprentissage, et celui qui débloque tout le reste. Jullier pioche dans le cinéma mondial sans hiérarchie de prestige, un blockbuster et un film hongrois de 1965 y sont traités avec les mêmes outils, ce qui est rare et salutaire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le vocabulaire technique complet. Il l'utilise au fil de l'eau, il ne le systématise pas. Pour ça, il faut le livre suivant.

Deuxième livre : David Bordwell et Kristin Thompson, « L'art du film »

David Bordwell et Kristin Thompson, « L'art du film. Une introduction » (De Boeck, traduit de l'anglais par Cyril Béghin, première édition française en 2000, plusieurs fois rééditée) Voir à la FnacL'art du film. Une introduction, de David Bordwell et Kristin Thompson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà tenté une analyse, même maladroite.

C'est le manuel de référence dans les universités américaines depuis les années soixante-dix, et sa traduction française reste le meilleur ouvrage systématique disponible. Il traite dans l'ordre la forme narrative, la mise en scène, la photographie, le montage, le son, et propose des analyses complètes en fin de parcours.

Ce qu'il vous apprend précisément : à nommer. Un raccord dans l'axe, une profondeur de champ, un son hors champ, une focale longue qui écrase les plans : tant que ces phénomènes n'ont pas de nom, votre œil glisse dessus. Une fois nommés, ils deviennent visibles, et cette bascule est irréversible. C'est le livre le plus scolaire de cette liste et de très loin le plus efficace.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le plaisir. C'est un manuel, il se lit par chapitres, avec un carnet et de préférence en revoyant les films cités. Le lire d'une traite comme un essai est une garantie d'ennui.

Troisième livre : Jean-Pierre Jeancolas, « Histoire du cinéma français »

Jean-Pierre Jeancolas, « Histoire du cinéma français » (Armand Colin, collection 128, troisième édition en 2011, 128 pages) Voir à la FnacHistoire du cinéma français, de Jean-Pierre Jeancolas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, se lit en deux soirées.

Cent vingt-huit pages pour cent vingt ans de cinéma, c'est évidemment un survol, et c'est exactement ce dont vous avez besoin à ce stade. Jeancolas, historien et critique, tient la ligne de bout en bout : le cinéma français comme spectacle populaire, comme industrie et comme art, de Méliès à Pialat, en passant par Vigo, Renoir, Bresson et Godard.

Ce qu'il vous apprend précisément : la chronologie et les basculements. Vous comprendrez ce que le passage au parlant a détruit, pourquoi les années trente sont un sommet, ce qu'a été concrètement la Nouvelle Vague comme rupture économique avant d'être une rupture esthétique. Ce dernier point est celui que les listes de films ne disent jamais.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le reste du monde. Assumons-le : l'histoire du cinéma mondial en un volume unique et lisible n'existe pas. Une histoire nationale solide vous donne une méthode de lecture que vous appliquerez ensuite au cinéma japonais, italien ou iranien, pays par pays.

Quatrième livre : Walter Murch, « En un clin d'œil »

Walter Murch, « En un clin d'œil. Passé, présent et futur du montage » (Capricci, 2011, traduit de l'anglais par Mathieu Le Roux et Marie-Mathilde Burdeau, préface de Francis Ford Coppola) Voir à la FnacEn un clin d'œil. Passé, présent et futur du montage, de Walter Murch (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun sur le papier, mais le livre prend une tout autre épaisseur si vous avez déjà monté quelque chose, même un film de vacances.

Murch a monté et mixé « Apocalypse Now », « Conversation secrète » et « Le Parrain III ». Son livre part d'une question que personne ne pose : pourquoi les coupes fonctionnent-elles. Pourquoi l'œil accepte-t-il qu'un visage soit remplacé brutalement par un autre sans que rien ne se casse. Sa réponse passe par le clignement des paupières, et elle est autrement plus profonde qu'elle n'en a l'air.

Ce qu'il vous apprend précisément : que le montage est une pensée, pas une opération de découpage. Murch hiérarchise ses critères, l'émotion d'abord, l'histoire ensuite, le rythme après, la géographie de l'espace en dernier, et il assume que cette hiérarchie fait passer la logique spatiale au second plan. C'est une position discutable, il la discute, et c'est ce qui rend le livre formateur.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la technique de son époque. Une partie du texte porte sur le passage de l'analogique au numérique, aujourd'hui daté. Les principes, eux, n'ont pas bougé d'un millimètre.

Cinquième livre : Yves Lavandier, « La Dramaturgie »

Yves Lavandier, « La Dramaturgie. L'art du récit » (auto-édité aux éditions Le Clown et l'Enfant de 1994 à 2017, repris par Les Impressions nouvelles depuis 2019, plusieurs centaines de pages) Voir à la FnacLa Dramaturgie. L'art du récit, de Yves Lavandier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : vouloir écrire, ou vouloir comprendre pourquoi un scénario échoue.

Lavandier est réalisateur et enseignant, et son traité couvre le récit dramatique au cinéma mais aussi au théâtre, à l'opéra, en bande dessinée et à la radio. C'est le manuel francophone le plus complet sur le conflit, l'objectif du protagoniste, l'exposition, la préparation, les rebondissements.

Ce qu'il vous apprend précisément : la mécanique du désir contrarié, qui est le moteur de presque tout récit occidental. Vous comprendrez pourquoi une scène où personne ne veut rien est morte à l'écran, quel que soit le talent des acteurs. Lavandier démontre ses principes sur des films connus, et il ne prend jamais le lecteur pour un idiot.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à sortir du modèle. Le livre décrit un système dominant, avec ses réussites et ses recettes. Une partie du cinéma que vous aimez peut-être, Tarkovski, Akerman, une bonne moitié du documentaire, lui échappe complètement. Sachez-le en le lisant, sinon vous finirez par juger les films à la grille.

Par où ne pas commencer

C'est la partie qui vous fera économiser le plus de temps et d'argent.

« L'Image-mouvement » et « L'Image-temps » de Gilles Deleuze (Minuit, 1983 et 1985) sont deux livres de philosophie qui se servent du cinéma pour penser, et non deux livres sur le cinéma. Ils supposent Bergson lu et une familiarité avec des centaines de films souvent difficiles à voir. Ils sont passionnants au bout de quelques années, ils sont impraticables au départ, et beaucoup de bonnes volontés sont mortes à la page quarante.

« L'analyse des films » de Jacques Aumont et Michel Marie (Armand Colin, quatrième édition en 2020) est un excellent ouvrage, sans doute le meilleur en français sur la méthodologie. Ce n'est pas un premier livre pour autant : il s'adresse à des étudiants qui ont déjà un cadre, et il discute des approches critiques plutôt qu'il ne vous apprend à regarder. Gardez-le pour après Bordwell, il vous ira très bien.

Les encyclopédies du type mille films à voir avant de mourir posent un autre problème. Elles remplacent l'apprentissage par une liste de courses et produisent surtout de la culpabilité. Une notice de dix lignes sur un film que vous n'avez pas vu ne vous apprend rien du tout.

Enfin, un conseil sur un format : le beau livre de photos de tournage est un plaisir, pas un outil. Si votre budget est limité, un manuel de poche mal imprimé vous formera cent fois plus que deux kilos de papier glacé.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Le cinéma est un art du temps, et aucun livre ne restitue le temps.

Un livre ne vous fera pas revoir un film. Or l'apprentissage se joue là et nulle part ailleurs : première vision pour l'histoire, deuxième vision pour la fabrication. La deuxième vision est le vrai cours. Prenez un film que vous adorez, revoyez-le en notant chaque changement de plan pendant cinq minutes, vous verrez apparaître un découpage dont vous n'aviez aucune conscience.

Un livre ne vous donnera pas non plus d'interlocuteur. Une analyse se vérifie en la disant à quelqu'un qui a vu le même film et qui n'est pas d'accord. Les ciné-clubs, les séances suivies d'un débat, les salles d'art et d'essai en région remplissent cette fonction pour presque rien.

Et si vous voulez fabriquer, aucune lecture ne remplacera les quinze minutes de rushes que vous monterez mal. La théorie du montage devient limpide le lendemain du jour où vous avez passé une soirée à essayer de raccorder deux plans qui refusent de se coller.

Après ces cinq livres

Vous aurez une méthode d'analyse, un vocabulaire, une chronologie, une pensée du montage et une grammaire du récit. C'est la base complète, et elle suffit à tenir une conversation sérieuse sur à peu près n'importe quel film.

La suite se choisit par curiosité. Si c'est l'analyse qui vous tient, Aumont et Marie vous attendent, puis les revues, puis Deleuze le jour où vous serez prêt. Si c'est l'histoire, ajoutez une histoire du cinéma américain classique, puis le cinéma japonais des années cinquante, qui est le trou le plus fréquent chez les cinéphiles français. Si c'est la fabrication, lisez des scénarios publiés et tournez.

Pour prolonger côté lecture, nos guides d'ordre de lecture couvrent les grandes séries romanesques portées à l'écran, ce qui aide à comparer un cycle de romans et son adaptation. Et si la méthode d'apprentissage par cinq livres vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur le même principe, notamment pour apprendre la photographie, où la question du cadre se pose exactement dans les mêmes termes.

Par quel livre commencer pour apprendre à analyser un film ?

Par « Analyser un film. De l'émotion à l'interprétation » de Laurent Jullier, chez Flammarion. Il part de la seule chose que vous avez déjà, votre réaction devant un film, et remonte de là vers les moyens techniques qui l'ont produite. C'est la seule méthode qui fonctionne quand on n'a suivi aucun cours : elle ne vous demande pas de connaître le vocabulaire avant de vous en servir.

Faut-il apprendre le vocabulaire technique du cinéma ?

Oui, mais pas en premier et pas en liste. Savoir nommer un plan-séquence, une contre-plongée ou un raccord dans l'axe change vraiment ce que vous voyez, parce qu'un phénomène nommé devient visible. En revanche, apprendre un glossaire hors contexte ne tient pas trois semaines. Le vocabulaire s'acquiert en lisant des analyses de films que vous avez vus, jamais en mémorisant des définitions.

Peut-on apprendre le cinéma sans faire d'école ?

Pour l'analyse et l'histoire, complètement. Pour la fabrication, en partie seulement. Les livres de Walter Murch ou d'Yves Lavandier vous donnent des principes que vous comprendrez vraiment le jour où vous aurez monté quinze minutes de rushes ou écrit un court métrage qui ne fonctionne pas. L'école n'apporte pas le savoir, elle apporte le matériel, l'équipe et la contrainte de rendre quelque chose.

Combien de films faut-il avoir vus avant de lire sur le cinéma ?

Moins qu'on ne le croit, mais il faut les avoir vus attentivement. Trente films marquants revus une fois valent mieux que six cents films avalés. Le vrai prérequis est d'avoir au moins un film que vous connaissez presque par cœur : il sert de terrain d'essai pour tout ce que vous lirez. Sans ce point de comparaison, les analyses restent abstraites.

Les livres d'entretiens avec des cinéastes remplacent-ils un manuel ?

Ils font autre chose et le font très bien. Un entretien vous donne le point de vue d'un praticien sur ses propres choix, avec ses angles morts et sa mythologie personnelle. Un manuel vous donne un système comparatif. Les deux se complètent, mais si vous cherchez à comprendre comment un film fonctionne en général, commencez par le manuel et gardez les entretiens comme plaisir parallèle.

Faut-il lire des scénarios pour apprendre l'écriture de film ?

Oui, et c'est l'exercice le plus négligé. Lire le scénario d'un film que vous connaissez montre immédiatement ce qui a été coupé, déplacé ou inventé au tournage. Prenez un scénario publié en français, lisez-le, puis revoyez le film avec le texte à côté. Deux séances de ce genre valent un manuel entier sur la structure dramatique.

Un livre d'histoire du cinéma mondial en un seul volume, ça existe ?

Pas vraiment, et méfiez-vous de ceux qui le promettent. Les tentatives sérieuses tiennent en plusieurs tomes et les versions courtes deviennent des listes de titres sans lien entre eux. Mieux vaut commencer par une histoire nationale bien faite, celle du cinéma français par exemple, puis ajouter des histoires par pays ou par période selon vos curiosités.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. La sélection est faite indépendamment.

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