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Quels livres pour apprendre la restauration de meubles ? 4 titres, et la question à trancher avant

Restaurer ou rénover ? Les livres des deux camps se contredisent, et le débutant décape un meuble qui valait quelque chose. Quatre titres dans l'ordre, et ce qu'ils apprennent vraiment.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Reconnaître les meubles de stylePierre-Marie FavelacVoir Reconnaître les meubles de style, de Pierre-Marie Favelac à la Fnac (lien affilié)
Vos meubles anciens : entretien, restaurationXavier DyèvreVoir Vos meubles anciens : entretien, restauration, de Xavier Dyèvre à la Fnac (lien affilié)
Restaurez vos meubles anciensJacques Bonnery et Christiane NeuvilleVoir Restaurez vos meubles anciens, de Jacques Bonnery et Christiane Neuville à la Fnac (lien affilié)
La restauration des siègesXavier DyèvreVoir La restauration des sièges, de Xavier Dyèvre à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la restauration de meubles ?

Avant de choisir un livre, il faut trancher une question, et c'est elle qui décide de tout le reste : voulez-vous restaurer, ou rénover ?

Restaurer, c'est respecter le meuble et le temps qui a passé dessus. On recolle, on remplace une pièce manquante à l'identique, on ravive la finition, et surtout on s'arrange pour que tout ce qu'on fait puisse être défait par quelqu'un d'autre plus tard. Rénover, c'est décaper, poncer, repeindre, obtenir un objet qui plaît aujourd'hui dans un intérieur d'aujourd'hui.

Les deux pratiques ont leurs livres, leurs blogs, leurs comptes suivis par des centaines de milliers de personnes. Elles se contredisent point par point, et personne ne prévient le débutant. Résultat très courant : une commode Louis-Philippe achetée quatre-vingts euros en brocante passe une après-midi au décapant, ressort peinte en vert d'eau, et vaut désormais moins que ce qu'elle a coûté. L'inverse existe aussi, quelqu'un qui s'acharne à restaurer dans les règles une table de série sans intérêt.

Voici quatre livres dans un ordre qui commence par la seule chose vraiment urgente : savoir ce que vous avez entre les mains.


Premier livre : Pierre-Marie Favelac, « Reconnaître les meubles de style »

Pierre-Marie Favelac, « Reconnaître les meubles de style » (Charles Massin, 1998, environ 118 pages, abondamment illustré en couleurs) Voir à la FnacReconnaître les meubles de style, de Pierre-Marie Favelac (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Ce n'est pas un livre technique, et c'est pourtant celui qu'il faut ouvrir en premier. Il parcourt les styles français de la Renaissance à 1925, Louis XIII, Louis XIV, Régence, Louis XV, Transition, Louis XVI, Directoire, Empire, Restauration, Louis-Philippe, Napoléon III, Art nouveau, Art déco, avec pour chaque période les caractéristiques de forme, de bois, de moulure et de piètement, résumées en fin de chapitre.

Ce qu'il vous apprend précisément : à dater grossièrement un meuble et à repérer les indices qui doivent vous faire ralentir. Une queue d'aronde taillée main, un fond de tiroir en planches, un placage épais scié plutôt que tranché, un piètement cambré d'une certaine manière. Ces détails décident si vous devez sortir la gomme-laque ou le pinceau.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'expertise. Vous ne saurez pas authentifier une estampille, ni distinguer une copie de qualité du dix-neuvième siècle d'un original du dix-huitième. Pour ça, il faut des années et des musées. Mais vous saurez quand vous taire et demander.

Deuxième livre : Xavier Dyèvre, « Vos meubles anciens »

Xavier Dyèvre, « Vos meubles anciens : entretien, restauration » (Eyrolles, deuxième édition parue en 2012) Voir à la FnacVos meubles anciens : entretien, restauration, de Xavier Dyèvre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir tenir un tournevis, rien de plus.

Dyèvre est ébéniste d'art à Versailles, Meilleur Ouvrier de France en marqueterie, et il a passé sa carrière sur des meubles du dix-huitième siècle. Il écrit avec l'autorité tranquille de quelqu'un qui a réparé les dégâts d'amateurs pendant quarante ans, ce qui donne au livre son ton légèrement sévère et très utile.

Ce qu'il vous apprend précisément : la fabrication des colles, la consolidation d'une pièce fragilisée, la reprise d'un placage décollé ou manquant, la réparation d'une marqueterie, le traitement des vers, et surtout l'entretien des finitions anciennes. Le principe de réversibilité, qui est la colonne vertébrale de toute restauration sérieuse, y est posé dès le départ et appliqué partout.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire vite. Le livre décrit des interventions qui prennent le temps qu'elles prennent, avec des colles animales qu'il faut chauffer, des séchages qu'il faut respecter. Si vous cherchez un meuble transformé en un week-end, vous vous trompez de rayon.

Une opinion assumée : c'est le meilleur point d'entrée francophone sur le sujet, et de loin le titre que je recommanderais si vous n'en achetiez qu'un seul.

Troisième livre : Bonnery et Neuville, « Restaurez vos meubles anciens »

Jacques Bonnery et Christiane Neuville, « Restaurez vos meubles anciens » (Dessain et Tolra, collection L'artisan restaurateur) Voir à la FnacRestaurez vos meubles anciens, de Jacques Bonnery et Christiane Neuville (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le précédent, ou l'équivalent en pratique.

Là où Dyèvre pose les principes, Bonnery démonte. Le livre suit les opérations pas à pas, photographies et schémas à l'appui : démontage complet d'un meuble, recollage d'un barreau de chaise, remise en fonctionnement d'un tiroir qui coince, reprise d'un assemblage disjoint, remplacement d'un élément manquant, puis traitement des bois et des boiseries.

Ce qu'il vous apprend précisément : le geste et l'ordre des opérations. Un meuble ancien se démonte souvent entièrement, ce qui terrorise les débutants et qui est pourtant la seule manière de le recoller droit. Voir la séquence en images retire la peur, et la peur est le premier obstacle.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi restaurer. Le livre suppose la décision prise et vous accompagne dans l'exécution. C'est pour ça qu'il arrive en troisième position et pas en première.

Quatrième livre : Xavier Dyèvre, « La restauration des sièges »

Xavier Dyèvre, « La restauration des sièges » (Fleurus, 2011) Voir à la FnacLa restauration des sièges, de Xavier Dyèvre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : deux ou trois meubles remis en état, et une chaise bancale qui vous nargue.

Le siège est un cas particulier, et il représente la majorité de ce qu'on ramasse en brocante. Il subit des efforts que les autres meubles ignorent, ses assemblages travaillent en permanence, et il casse toujours aux mêmes endroits. Un ouvrage dédié se justifie pleinement.

Ce qu'il vous apprend précisément : diagnostiquer un siège qui bouge, démonter sans casser les tenons, recoller sous serrage avec les cales qui vont bien, consolider une ceinture fendue, refaire un pied ou un barreau, et remettre en état les parties visibles sans effacer la trace d'usage.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la tapisserie d'ameublement. Guindage, sanglage, garnissage crin, pose de la couverture : c'est un métier distinct, avec ses propres ouvrages et ses propres stages, et il vaut mieux le savoir avant de retourner un fauteuil.

Par où ne pas commencer

Les livres et les vidéos de relooking de meubles à la peinture à la craie forment aujourd'hui le gros de l'offre, et c'est le premier endroit où atterrit un débutant.

Le problème n'est pas la technique, qui est fiable et amusante. C'est qu'elle est présentée comme universelle, applicable à n'importe quel meuble, alors qu'elle est irréversible en pratique. La peinture accroche sans décapage préalable, c'est son argument de vente. Pour revenir en arrière, il faudra décaper à fond, et la patine de deux siècles ne se rachète pas. Gardez cette voie pour les meubles de série, ils sont nombreux et ils en ont besoin.

Deuxième catégorie à écarter au début : les traités d'ébénisterie et de marqueterie. Ce sont d'excellents livres, écrits pour des gens qui fabriquent. Vous, vous réparez, et les deux compétences ne se recouvrent qu'en partie. Un chapitre sur le tranchage du placage à la scie ne vous servira pas avant longtemps.

Troisième piège, moins évident : les guides généralistes de bricolage qui consacrent trente pages au meuble. Ils recommandent presque toujours le décapant chimique et le vernis polyuréthane, parce que ce sont les produits rapides et disponibles en grande surface. Le décapant attaque les colles animales et fait gonfler les placages. Le polyuréthane forme un film plastique qu'aucun restaurateur ne pourra retirer proprement.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Trois choses manquent structurellement à tout manuel, et il faut les chercher ailleurs.

Le toucher, d'abord. Savoir si une gomme-laque est encore vivante ou définitivement morte se décide avec un chiffon imbibé d'alcool et une seconde d'observation. On ne l'apprend qu'en le faisant, sur des meubles sans importance, plusieurs fois. Un cours du soir ou une association locale de restaurateurs amateurs vous fera gagner deux ans sur ce point précis.

Le diagnostic ensuite. Un livre décrit des cas types, votre meuble est un cas particulier avec trois problèmes superposés et une réparation ancienne mal faite par quelqu'un d'autre. Photographier et demander conseil sur un forum spécialisé avant de commencer coûte une heure et évite parfois un désastre.

L'odorat, enfin, et je le dis sans ironie. La colle chaude, l'alcool, la cire, l'essence de térébenthine : le geste juste s'accompagne d'une odeur qu'on finit par reconnaître, et un vernis qui tourne s'entend au nez avant de se voir à l'œil. Aucune page ne transmet ça.

Ajoutons un point de méthode qui vaut pour tout : commencez par un meuble que vous accepteriez de jeter. Une chaise ramassée sur un trottoir vous enseignera le démontage, le recollage et la finition sans que rien ne soit en jeu. C'est l'exercice le plus rentable de tout ce parcours, et presque personne ne le fait, parce qu'on veut tout de suite sauver la commode de la grand-mère.

Après ces quatre livres

Vous saurez dater approximativement, décider, démonter, recoller, et reprendre une finition ancienne sans l'effacer. C'est déjà largement de quoi remettre en circulation des meubles que tout le monde laisse partir en déchetterie.

La suite dépend de ce qui vous a retenu. Si c'est le bois et l'assemblage, allez vers l'ébénisterie et le travail à l'outil à main, et voyez quels livres pour apprendre la menuiserie, dont le parcours prolonge naturellement celui-ci. Si c'est la finition, cherchez du côté du vernis au tampon, geste patient et spectaculaire. Si ce sont les sièges, la tapisserie d'ameublement vous attend, et elle s'apprend en stage bien plus qu'en lisant.

Reste le plaisir un peu particulier de cette discipline : elle vous apprend à regarder les objets de seconde main autrement, et à voir ce qui se répare là où d'autres voient un rebut. La même logique, peu de titres bien choisis dans le bon ordre, se retrouve dans le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, et vous pouvez aussi explorer nos genres pour repérer les éditions techniques encore disponibles.

Quelle différence entre restaurer et rénover un meuble ?

Restaurer, c'est conserver le meuble tel que le temps l'a fait : on répare ce qui est cassé, on nettoie, on ravive la finition d'origine, et on veille à ce que chaque intervention puisse être défaite plus tard. Rénover, c'est transformer : on décape, on ponce, on repeint, on obtient un objet neuf qui plaît. Les deux démarches sont légitimes, elles ne s'appliquent simplement pas aux mêmes meubles, et un livre de rénovation appliqué à une commode ancienne détruit sa valeur.

Comment savoir si un meuble mérite d'être restauré plutôt que repeint ?

Regardez l'assemblage et le bois. Des tenons et mortaises chevillés, des queues d'aronde taillées à la main légèrement irrégulières, un fond en planches brutes, du bois massif : le meuble a probablement plus d'un siècle et mérite qu'on l'épargne. Des panneaux de particules, des agrafes, un placage fin sur contreplaqué, une visserie standardisée : peignez sans état d'âme. En cas de doute sur une pièce marquée ou estampillée, demandez un avis avant de sortir le décapant.

La peinture à la craie abîme-t-elle un meuble ancien ?

Elle ne l'abîme pas physiquement, elle accroche même sans décapage, ce qui est son argument de vente. Le problème est autre : une fois appliquée, retrouver la finition d'origine demande un décapage complet, donc une perte de patine irréversible. Sur un meuble de série des années 1960, aucun souci. Sur une pièce du dix-neuvième siècle avec sa gomme-laque d'origine, vous transformez un objet ancien en objet décoratif, et personne ne peut revenir en arrière.

Qu'est-ce que la gomme-laque et pourquoi commencer par là ?

C'est une résine sécrétée par un insecte, dissoute dans l'alcool, utilisée depuis le dix-huitième siècle pour finir les meubles. Elle sèche vite, se répare par simple ajout, se retire à l'alcool, et donne une profondeur qu'aucun vernis moderne n'imite. Ces qualités en font la finition la plus pédagogique qui soit : un raté se corrige sans décaper. Le vernis polyuréthane, lui, ne pardonne pas et il faudra tout reprendre.

Faut-il un atelier pour se lancer ?

Non, mais il faut de la place, de la ventilation et de la patience avec l'entourage. Un dégauchissage se fait à la main, un recollage demande surtout des serre-joints et un endroit où laisser sécher un meuble entier pendant vingt-quatre heures. Les produits, alcool, essence de térébenthine, décapants, exigent une pièce aérée. Un garage ou une cave sèche suffisent, un salon non.

Combien de temps avant d'oser toucher à une pièce qui compte ?

Deux ou trois meubles sans valeur, trouvés en déchetterie ou sur le trottoir, avant d'envisager quoi que ce soit d'autre. Un recollage de chaise et une reprise de finition à la gomme-laque vous apprendront plus que trois cents pages. Comptez une saison pour ne plus avoir peur du démontage, et bien davantage pour la marqueterie et le placage, qui restent des spécialités à part entière.

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