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Quels livres pour apprendre la reliure ? 4 titres, et celui qu'il ne faut pas ouvrir en premier

La reliure d'art et le carnet cousu à la maison sont deux métiers différents. Quatre livres dans l'ordre, ce que chacun apprend, et le traité qui fera abandonner un débutant.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Manuel de reliure : apprenez à fabriquer des livres et des carnetsLondon Centre for Book ArtsVoir Manuel de reliure : apprenez à fabriquer des livres et des carnets, de London Centre for Book Arts à la Fnac (lien affilié)
Le guide du cartonnageBernadette ChiffoleauVoir Le guide du cartonnage, de Bernadette Chiffoleau à la Fnac (lien affilié)
La reliure : les techniques et les procédés pour protéger et embellir les livresJosep CambrasVoir La reliure : les techniques et les procédés pour protéger et embellir les livres, de Josep Cambras à la Fnac (lien affilié)
La reliure : techniques décorativesJosep CambrasVoir La reliure : techniques décoratives, de Josep Cambras à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la reliure ?

La scène se répète dans toutes les librairies spécialisées. Quelqu'un veut se mettre à la reliure, repart avec un beau volume illustré de reliures en maroquin à nerfs, l'ouvre, tombe sur un chapitre consacré au parage du cuir, et referme le livre pour de bon. Le problème n'est pas le lecteur, ni le livre. C'est que deux activités très différentes portent le même nom.

D'un côté la reliure d'art : cuir paré à l'épaisseur du dixième de millimètre, dos brisé, tranches dorées, restauration d'ouvrages anciens. Un métier, avec des écoles, des concours et des années d'atelier. De l'autre le cartonnage et les structures cousues : carnets, coffrets, boîtes, couvertures en toile. Une pratique domestique qui tient sur une table de cuisine et qui donne un objet fini dès le premier week-end.

C'est la seconde qui vous ouvrira la porte, et à peu près personne ne le dit clairement. Voici quatre livres dans l'ordre où les prendre, plus la catégorie d'ouvrages qu'il vaut mieux laisser en rayon quelques années. Et puisque nous parlons ici à des lecteurs : apprendre à coudre un cahier change durablement la manière dont on regarde un livre en main, y compris ceux qu'on se contente de lire.


Décidez d'abord ce que vous voulez fabriquer

Trois envies très distinctes se cachent derrière le mot reliure.

Fabriquer des carnets, des albums, des livres d'artiste, relier un manuscrit ou un recueil de photos. C'est la porte d'entrée, et pour beaucoup de gens la destination finale. Les techniques utiles tiennent en trois ou quatre structures de couture.

Fabriquer des boîtes, des étuis, des classeurs, des chemises à rabats. C'est le cartonnage, technique cousine, plus tolérante encore parce qu'il n'y a pas de bloc de pages à respecter.

Réparer ou restaurer des livres existants, ce qui est la demande la plus fréquente chez les grands lecteurs, et de loin la plus mal servie par les livres pour débutants. J'y reviens plus bas, la réponse honnête ne vous fera pas plaisir.

Premier livre : le manuel du London Centre for Book Arts

London Centre for Book Arts, « Manuel de reliure : apprenez à fabriquer des livres et des carnets » (Eyrolles, 2022, traduit de l'anglais par Véronique Valentin) Voir à la FnacManuel de reliure : apprenez à fabriquer des livres et des carnets, de London Centre for Book Arts (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, aucun outil spécialisé.

Le London Centre for Book Arts est un atelier ouvert de l'est londonien, fondé en 2012, où des gens sans formation viennent fabriquer des livres. Le manuel reprend leur pédagogie d'atelier : on part du matériel de base, on avance par projets complets, et chaque étape est photographiée dans un cadrage qui montre les mains.

Ce qu'il vous apprend précisément : la couture en cahiers, la reliure à un cahier, la reliure copte, la structure japonaise, la pose d'une couverture souple puis d'une couverture rigide. Autrement dit, la boîte à outils qui couvre quatre-vingt-dix pour cent de ce que fabrique un amateur, dans un ordre où chaque projet prépare le suivant.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le cuir, la dorure, la restauration, et tout ce qui exige une presse à percussion. Le parti pris est assumé et c'est sa qualité principale. Le livre suppose que vous n'avez pas d'atelier, ce qui est vrai.

Deuxième livre : Bernadette Chiffoleau, « Le guide du cartonnage »

Bernadette Chiffoleau, « Le guide du cartonnage » (Les Éditions de Saxe, 2024, 160 pages) Voir à la FnacLe guide du cartonnage, de Bernadette Chiffoleau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir couper droit, ce que les premiers carnets vous auront appris.

Le cartonnage est la meilleure école de la précision, parce qu'une boîte dont les angles ne sont pas justes ne ferme pas, et que le défaut se voit immédiatement. Sur un carnet, une coupe approximative se rattrape. Sur un coffret, non.

Ce qu'il vous apprend précisément : le calcul des cotes, l'ordre d'assemblage, le recouvrement en papier et en tissu, la gestion des épaisseurs de carton, la finition des angles et des chants. Le format en modèles progressifs, des boîtes simples vers les objets à charnières et à tiroirs, permet de mesurer où vous en êtes.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le corps d'ouvrage. On reste dans le contenant. C'est précisément pour ça qu'il vient en deuxième et pas en dernier : vous y gagnez la main sûre dont la vraie reliure a besoin, sans le stress de ruiner un bloc de pages cousu pendant deux soirées.

Troisième livre : Josep Cambras, « La reliure »

Josep Cambras, « La reliure : les techniques et les procédés pour protéger et embellir les livres » (Dessain et Tolra, 2004, traduit de l'espagnol, environ 160 pages) Voir à la FnacLa reliure : les techniques et les procédés pour protéger et embellir les livres, de Josep Cambras (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une dizaine d'objets terminés, et l'envie de comprendre ce que vous faites.

Cambras enseigne la reliure à Barcelone et écrit comme un professeur d'atelier, pas comme un vulgarisateur. Le livre commence par une histoire de la reliure, décrit l'anatomie complète d'un volume, puis descend dans les procédés : couture sur nerfs et sur rubans, endossure, mors, dos brisé, tranchefiles, boîtes et étuis de conservation.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire et la logique structurelle. Vous cesserez de fabriquer des objets qui ressemblent à des livres pour comprendre pourquoi un dos rond s'ouvre mieux qu'un dos carré, et à quoi sert vraiment une tranchefile. Cette compréhension change tous vos projets suivants, y compris les plus simples.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à travailler seul le cuir. Les chapitres consacrés à la pleine peau existent, ils sont clairs, et ils supposent un outillage et un geste que le livre ne peut pas transmettre. Lisez-les comme une description de ce qui vous attend si vous poussez plus loin, pas comme un mode d'emploi.

Quatrième livre : Cambras, « La reliure : techniques décoratives »

Josep Cambras, « La reliure : techniques décoratives » (Vigot, 2007, 144 pages) Voir à la FnacLa reliure : techniques décoratives, de Josep Cambras (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : maîtriser une structure cousue et savoir monter une couverture rigide.

Le volume complémentaire du précédent, entièrement consacré à ce qui se voit : papiers marbrés, papiers à la cuve, papiers collés, décors au fer, filets, mosaïques de peau, avec une série de projets détaillés.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la décoration est une technique et pas un goût. Fabriquer soi-même ses papiers de garde et ses papiers de couvrure fait passer un carnet correct au rang d'objet qu'on offre. C'est aussi la partie la plus amusante de la discipline, et la raison pour laquelle beaucoup de gens restent.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la dorure à l'or fin au fer chaud, qui demande une balancelle, des fers, et un apprentissage à part entière.

Par où ne pas commencer

L'erreur classique tient en une phrase : acheter en premier un traité de reliure d'art pleine peau.

Ces ouvrages existent, ils sont sérieux, et ils sont écrits pour des gens qui disposent d'un atelier équipé et souvent d'un formateur. Le débutant qui commence par là arrive au chapitre du parage, découvre qu'il lui faut une pierre litho, un couteau anglais, une machine à parer et environ deux cents heures de pratique pour ne plus percer la peau, et conclut que la reliure n'est pas pour lui. Conclusion fausse, tirée du mauvais livre.

Deuxième catégorie à laisser de côté au début : les manuels de restauration et de conservation. Ils sont fascinants pour un lecteur, puisqu'ils parlent de papier acide, de colles réversibles, de désinfection des moisissures. Ils sont aussi la meilleure manière de ruiner un livre ancien avec les meilleures intentions du monde. Un ouvrage de valeur mal réparé perd sa valeur, définitivement, et une colle vinylique posée sur un dos du dix-neuvième siècle rend toute intervention ultérieure d'un professionnel beaucoup plus difficile.

Troisième piège, plus insidieux : les beaux livres de reliures d'art, ceux qui reproduisent en pleine page des créations contemporaines somptueuses. Achetez-en un, plus tard, pour le plaisir. Comme outil d'apprentissage, ils ne font que produire du découragement, parce qu'ils montrent des résultats sans montrer les gestes.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

La reliure est une discipline manuelle où la lecture atteint sa limite plus vite qu'ailleurs.

Aucun manuel ne vous dira que vous tenez mal votre plioir, ni pourquoi votre couture se relâche au troisième cahier alors que vous suivez pourtant les photos. Une journée de stage dans un atelier associatif, et il y en a dans la plupart des villes moyennes, corrige en quelques heures des défauts qu'on traîne pendant des mois en autodidacte. Les ateliers de reliure sont souvent peuplés de retraités très généreux de leur savoir, et le coût d'une séance reste modeste.

Aucun manuel ne remplace non plus le matériel. Vous pouvez improviser une presse avec deux planches contreplaquées et quatre serre-joints, et cela suffit longtemps. Vous ne pouvez pas improviser un cutter émoussé en cutter neuf, et la majorité des ratés de débutant viennent d'une lame usée, pas d'un manque de talent.

Dernière chose, moins technique. Reliez d'abord des choses sans valeur. Un roman de gare acheté cinquante centimes en brocante est le meilleur cobaye du monde, et vous n'aurez aucun remords à le massacrer. Gardez le livre auquel vous tenez pour votre trentième reliure, pas pour la première.

Après ces quatre livres

Vous saurez alors coudre, monter, couvrir, décorer, et vous aurez une idée précise de la frontière entre ce que vous pouvez faire chez vous et ce qui exige un atelier.

La suite se joue par embranchements. Si le décor vous a pris, allez vers la marbrure sur cuve et la reliure d'art contemporaine. Si c'est la structure, cherchez les ouvrages sur les reliures historiques, coptes, éthiopiennes, médiévales, un terrain d'expérimentation immense et peu coûteux. Si c'est la conservation, la seule voie sérieuse passe par une formation, pas par un livre de plus.

Rien n'oblige d'ailleurs à fabriquer pour soi. Un livre relié à la main, offert ou déposé quelque part, circule différemment des autres : les boîtes à livres accueillent parfois des objets étonnants. Et la même méthode, peu de titres, dans un ordre pensé, s'applique à toutes les disciplines manuelles : voyez le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, notamment pour apprendre la menuiserie, où la question de l'outillage se pose encore plus tôt.

Peut-on apprendre la reliure chez soi, sans atelier ?

Oui, à condition de commencer par les structures cousues et le cartonnage, qui ne demandent qu'une table, un cutter, une règle métallique, une aiguille et de la colle. Une presse improvisée avec deux planches et des serre-joints suffit longtemps. Ce que vous ne pourrez pas faire à la maison, c'est le travail du cuir : le parage exige une pierre litho, un couteau anglais bien affûté et un geste qui s'apprend en présence de quelqu'un.

Quelle différence entre reliure et cartonnage ?

La reliure assemble et protège un bloc de pages, généralement cousu, dans une couverture solidaire du corps d'ouvrage. Le cartonnage fabrique des objets en carton recouvert de papier ou de tissu : boîtes, coffrets, classeurs, chemises. Les deux partagent le même outillage et les mêmes gestes de coupe et d'encollage, ce qui explique que beaucoup de livres traitent les deux. Le cartonnage est nettement plus rapide à maîtriser.

Faut-il un livre pour apprendre, ou des vidéos suffisent-elles ?

Les vidéos sont excellentes pour un geste isolé, la couture sur ruban ou la pose d'une charnière par exemple, parce qu'on voit les mains. Elles se prêtent mal à la vue d'ensemble : l'ordre des opérations, les temps de séchage sous presse, les tolérances de coupe. Un manuel avec des pas à pas photographiés vous donne la logique du montage, la vidéo vous donne le geste. Les deux, plutôt que l'un des deux.

Quel outillage acheter avant d'ouvrir le premier livre ?

Une règle métallique lourde, un cutter à lames sécables, un plioir en os ou en téflon, une aiguille à relier, du fil de lin, de la colle blanche neutre ou de la colle d'amidon, et du carton gris de deux millimètres. Comptez une trentaine d'euros pour l'ensemble en papeterie spécialisée. N'achetez ni cousoir ni presse avant d'avoir terminé trois carnets : vous saurez alors quel modèle vous manque vraiment.

Peut-on restaurer soi-même un livre ancien après quelques lectures ?

Non, et c'est le point sur lequel il faut être ferme. Un livre du dix-neuvième siècle mal recollé perd sa valeur, et une colle non réversible rend la restauration ultérieure impossible ou très coûteuse. Faites vos armes sur des livres de poche sans intérêt, sur des invendus de brocante, sur vos propres carnets. Un ouvrage qui compte se confie à un relieur professionnel, ou attend.

Combien de temps pour relier correctement son premier livre ?

Une dizaine de carnets cousus avant que la couture soit régulière, ce qui représente quelques week-ends. Une demi-douzaine de cartonnages avant que les angles soient nets. Pour un vrai livre relié pleine toile, avec dos rond et gardes collées sans plis, comptez plutôt une année de pratique irrégulière. Ce n'est pas une discipline difficile, c'est une discipline lente, où presque tout se joue sur la précision de la coupe.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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