Quels livres pour apprendre la pêche en mer ?
Trois personnes disent « je me mets à la pêche en mer ». La première pense à une canne plantée dans le sable d'une plage landaise, la nuit, avec un bar quelque part au bout. La deuxième imagine un bateau, un sondeur et des leurres. La troisième pense à des bottes, un croc et un panier de coques à marée basse.
Elles parlent de trois activités différentes. Elles n'utilisent pas le même matériel, ne regardent pas les mêmes tables de marée, ne cherchent pas les mêmes espèces, et n'ont pas besoin des mêmes livres. Le problème est que la plupart des ouvrages vendus sous l'étiquette « pêche en mer » traitent les trois d'un coup, plus un chapitre sur la traîne au gros que personne n'utilisera jamais depuis la digue de Saint-Malo.
Voici donc un tri avant un achat. Cet article prolonge notre panorama général sur les livres pour apprendre la pêche, qui vous aide à choisir entre eau douce et mer. Ici, on suppose que la mer est décidée.
Les trois pratiques que les livres mélangent
La pêche du bord se pratique depuis une plage, une digue, une jetée ou des rochers. C'est la porte d'entrée la plus fréquente, et de loin la moins chère : une canne, un moulinet, des appâts, et vous êtes en action. Sa forme la plus répandue en France est le surfcasting, qui consiste à envoyer une ligne lestée au-delà de la barre et à attendre. On y prend du bar, de la sole, de la dorade, de la raie, du maigre selon les côtes, et beaucoup de rien du tout.
La pêche en bateau change tout. Vous accédez à des zones inatteignables autrement, vous suivez le poisson au lieu de l'attendre, vous disposez d'un sondeur. En contrepartie vous ajoutez à l'apprentissage de la pêche celui de la navigation, de la météo côtière et de la sécurité à bord, qui sont des sujets à part entière et bien plus sérieux que le choix d'un leurre.
La pêche à pied ne ressemble à aucune des deux. Il n'y a pas de ligne. Vous marchez sur l'estran découvert par la marée basse, vous retournez des pierres, vous grattez le sable, et vous ramassez des coques, des palourdes, des couteaux, des étrilles, des ormeaux selon les régions. La compétence centrale n'est pas le lancer mais la lecture du coefficient de marée et l'identification de ce que vous ramassez.
Un pêcheur du bord de Boulogne et une ramasseuse de palourdes du golfe du Morbihan n'ont rien à se dire techniquement. Choisissez maintenant, le reste en dépend.
Avant tout livre, la réglementation en vigueur
Contrairement à l'eau douce, la pêche maritime de loisir ne demande pas d'adhésion ni de carte annuelle sur le littoral français. Cette absence de formalité fait croire à beaucoup de débutants qu'il n'y a pas de règles. C'est faux, et c'est même le domaine où un livre daté vous met le plus en danger.
Sont réglementés, entre autres : les tailles minimales de capture espèce par espèce, les quotas journaliers pour certaines espèces sensibles, les périodes de fermeture, le marquage obligatoire de certaines prises, les engins autorisés, l'interdiction de vendre le produit de sa pêche, et les zones où la pêche à pied est interdite ou restreinte pour raison sanitaire.
Ces règles ne sont pas les mêmes en Manche, en Atlantique et en Méditerranée. Elles changent d'une année sur l'autre. Le classement sanitaire des gisements de coquillages, en particulier, est révisé régulièrement et peut être suspendu du jour au lendemain après une contamination.
Je ne vous donnerai donc aucun chiffre ici, et vous devriez vous méfier de tout article qui vous en donne. Les sources qui font autorité sont la direction interrégionale de la mer de votre façade, la préfecture de votre département et les arrêtés préfectoraux affichés en mairie ou sur les cales de mise à l'eau. Vérifiez avant chaque saison, pas une fois pour toutes. Un guide paru il y a huit ans peut vous faire remettre à l'eau un poisson parfaitement légal, ou pire, en garder un qui ne l'est plus.
Le livre qui vous aide à choisir
Michel Luchesi, « Le Petit Larousse de la pêche en mer. Techniques, matériel, poissons » (Larousse, 2022, environ deux cent soixante-dix pages) Voir à la FnacLe Petit Larousse de la pêche en mer. Techniques, matériel, poissons, de Michel Luchesi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Luchesi écrit sur la pêche depuis longtemps et connaît l'exercice du panorama, qui est plus difficile qu'il n'y paraît : il faut couvrir sans noyer. Le livre alterne fiches d'espèces, techniques et matériel, et il a l'avantage d'être récent, ce qui compte quand le sujet touche à des règles mouvantes.
Ce qu'il vous apprend précisément : à identifier ce qui nage devant chez vous et à comprendre quelle famille de technique lui correspond. Vous saurez ce que veut dire pêcher au posé, à la dandinette, à la traîne, au leurre de surface, et vous verrez lesquelles de ces pratiques sont accessibles depuis le bord.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à réussir. Un panorama vous donne le vocabulaire et la carte, jamais les réglages fins. Empruntez-le, lisez-le en trois soirées, décidez, et achetez ensuite le livre qui correspond à votre décision. C'est un ouvrage de bibliothèque plus que de bibliothèque personnelle.
Si vous pêchez du bord
Alain Bastin, « La pêche en surfcasting. Bars, soles, dorades, raies… » (Éditions Sud Ouest, 2018, cent six pages) Voir à la FnacLa pêche en surfcasting. Bars, soles, dorades, raies…, de Alain Bastin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun.
Ce livre est court, et c'est sa qualité principale. Bastin est un pêcheur de terrain connu des pratiquants sur les côtes françaises, et il traite ce qu'un débutant du littoral rencontre réellement dès sa première sortie : quel appât selon l'espèce et la saison, comment monter une ligne qui ne s'emmêle pas en vol, comment lancer sans casser, comment lire une plage.
Cette dernière compétence est la plus rentable de toutes. Une plage n'est pas une surface uniforme. Il y a des baïnes, des cuvettes, des chenaux qui se vident à marée descendante et concentrent la nourriture, et donc les poissons. On les repère à marée basse en plein jour, plusieurs heures avant de pêcher. Un débutant qui lance au hasard sur une plage plate peut passer une saison sans comprendre pourquoi son voisin prend et pas lui.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la pêche aux leurres depuis les rochers, qui est une autre discipline, plus active, plus légère, et souvent plus séduisante pour qui n'aime pas attendre. Si c'est votre voie, le panorama de Luchesi vous en donnera les bases et vous compléterez ensuite.
Si vous pêchez en bateau
Guillaume Fourrier, « Toutes les pêches en bateau. Aux appâts et aux leurres » (Éditions Vagnon, 2016, cent quatre-vingt-douze pages) Voir à la FnacToutes les pêches en bateau. Aux appâts et aux leurres, de Guillaume Fourrier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir accès à un bateau, ce qui n'est pas une évidence.
Le livre couvre les techniques embarquées et le matériel correspondant, avec des fiches par espèce, et il consacre une partie au choix du bateau et de l'électronique. C'est utile, à condition de savoir que cette partie vieillit vite : l'électronique de 2016 n'est plus celle d'aujourd'hui, et les prix ont bougé dans les deux sens.
Ce qu'il vous apprend précisément : la logique des postes en mer. Pourquoi un tombant, une épave ou une bordure de courant concentrent la vie, comment tenir une dérive, comment adapter le plomb au courant plutôt qu'à la profondeur.
Ce qu'il ne vous apprend pas, et c'est fondamental : à naviguer. Aucun livre de pêche ne remplace une formation à la sécurité en mer, la lecture d'une carte marine et la consultation d'un bulletin météo côtier avant de larguer. La pêche embarquée tue chaque année des gens qui pêchaient très bien. Si vous partez de zéro, embarquez d'abord plusieurs fois avec un guide de pêche professionnel : vous apprendrez en une journée ce qu'un livre met une saison à transmettre, et vous verrez comment quelqu'un décide de rentrer.
Si vous pêchez à pied
Arnaud Filleul, « La bible illustrée de la pêche à pied » (Éditions Ouest-France, 2019, deux cent cinquante-six pages) Voir à la FnacLa bible illustrée de la pêche à pied, de Arnaud Filleul (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, et c'est la pratique la plus accessible aux enfants.
Filleul traite les crustacés, les coquillages, les céphalopodes et les techniques de ramassage, avec des reportages photographiques qui montrent les gestes. C'est précieux parce que la pêche à pied est très gestuelle : gratter un couteau, décoller un ormeau, retourner une pierre et la remettre en place correctement s'apprennent par imitation.
Ce qu'il vous apprend précisément : à identifier ce que vous ramassez et à savoir où chercher chaque espèce sur l'estran. Chaque animal occupe une bande précise entre le haut et le bas de l'eau, et connaître ces étages divise par dix le temps de recherche.
Ce qu'il ne vous apprend pas : où et quand vous avez le droit. La pêche à pied est la pratique la plus réglementée des trois, à la fois pour la ressource et pour la santé publique. Les zones de ramassage sont classées, certaines sont fermées de façon permanente près des ports et des rejets, d'autres sont fermées temporairement après une contamination. Renseignez-vous auprès de la préfecture et de l'agence régionale de santé avant chaque sortie, et remettez toujours les pierres retournées dans leur position d'origine : c'est ce qui décide de la survie du gisement.
Par où ne pas commencer
La traîne au gros et le big game. Les beaux ouvrages consacrés au marlin, à l'espadon et au thon sont exaltants, et ils décrivent une pratique qui suppose un bateau hauturier, un équipage et un budget. Un débutant du littoral n'a rien à en tirer cette année, ni la suivante. Ce chapitre représente pourtant un tiers de beaucoup de livres généralistes, et vous le paierez.
Les ouvrages anglo-saxons traduits sans adaptation. Ils sont souvent excellents et portent sur d'autres espèces, d'autres marées, d'autres règles. Le striped bass de la côte est américaine n'est pas notre bar, et un livre sur la pêche en Cornouailles ne vous aidera pas beaucoup en Méditerranée, où l'amplitude des marées est faible et où toute la logique change.
Les livres de matériel. Ils datent en deux ans, et ils entretiennent l'idée qu'un moulinet cher rattrape une mauvaise lecture de plage. C'est faux dans les deux sens : un débutant bien placé avec du matériel simple prendra plus de poissons qu'un débutant mal placé très équipé.
Enfin, les recueils de photographies de bord de mer vendus au même rayon. Ils sont beaux. Ils n'apprennent rien. Offrez-les.
Ce qu'un livre ne fera pas à votre place
Il ne vous donnera pas la marée du jour. La pêche en mer se planifie autour du coefficient, de l'heure de la basse mer et du sens du courant, et ces trois données changent chaque jour. C'est un annuaire, pas un livre, et le réflexe de le consulter avant de partir est la première habitude à prendre.
Il ne vous montrera pas votre lancer. L'erreur classique du débutant en surfcasting est d'armer trop fort et d'accélérer trop tôt, ce qui casse le bas de ligne en vol et envoie le plomb n'importe où. Personne ne s'en aperçoit seul. Quelqu'un derrière vous, cinq minutes, règle la question.
Il ne vous apprendra pas la prudence sur l'estran. Se faire encercler par la marée montante n'arrive pas qu'aux imprudents, cela arrive à ceux qui n'ont pas regardé l'heure parce que les couteaux mordaient bien. Sortez avec quelqu'un les premières fois, et fixez-vous une heure de retour avant de descendre.
Il ne remplacera pas non plus le temps passé sur place. Une plage se comprend en un an, pas en un chapitre. Les postes se déplacent avec les tempêtes d'hiver, et ce que vous aviez appris en septembre peut ne plus valoir en mars.
Après ces deux livres
Un panorama, un ouvrage sur votre pratique. C'est tout ce qu'il faut pour une première saison entière, et beaucoup de pêcheurs n'achètent jamais le troisième.
Il viendra quand un problème précis résistera : une espèce qui vous échappe, une côte que vous ne comprenez pas, une envie de passer du bord au bateau. Acheté ce jour-là, il servira.
Si votre curiosité vous porte plutôt vers la rivière et vers le geste, la spécialisation voisine est quels livres pour apprendre la pêche à la mouche, où l'ordre de lecture compte encore davantage. Le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines. Et si vous cherchez des guides d'occasion, les boîtes à livres du littoral en contiennent plus qu'on ne l'imagine, souvent laissés par des vacanciers qui ont abandonné avant vous.
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