Quels livres pour apprendre la pêche ?
Il y a une scène qui se rejoue chaque printemps dans les rayons sport des grandes librairies. Quelqu'un décide de se mettre à la pêche, cherche un livre, et repart avec le plus gros : une encyclopédie illustrée, cinq cents pages, toutes les techniques, tous les poissons, toutes les eaux. Le livre est objectivement beau. Il finit sur une étagère, et son propriétaire ne pêche toujours pas.
Le problème n'est pas le livre. Le problème est que « apprendre à pêcher » ne veut rien dire tant que vous n'avez pas répondu à deux questions : quelle technique, et quel milieu. Un pêcheur au coup sur un canal du Nord et un pêcheur à la mouche sur une rivière du Massif central n'exercent pas la même activité. Ils n'achètent pas le même matériel, ne se lèvent pas à la même heure, ne lisent pas les mêmes livres. Leur seul point commun est un fil dans l'eau.
Voici donc l'ordre inverse de celui que proposent les listes habituelles. D'abord trier, ensuite acheter.
D'abord, choisissez une technique et un milieu
Quatre familles se partagent l'essentiel de la pratique française, et vous n'en pratiquerez qu'une la première année.
La pêche au coup se pratique à poste fixe, souvent en canal, en étang ou en rivière lente, avec une canne longue et une ligne fine. C'est la plus accessible, la moins chère à équiper, la plus contemplative, et de loin la meilleure porte d'entrée pour un adulte qui n'a jamais tenu une canne. On y prend beaucoup de poissons, petits, ce qui est exactement ce dont un débutant a besoin.
La pêche des carnassiers, aux leurres le plus souvent, cible le brochet, le sandre, la perche et le black bass. Elle est active, on marche, on prospecte, on lance des centaines de fois par sortie. Elle attire beaucoup de débutants pour de mauvaises raisons (les vidéos), et en décourage beaucoup, parce que les journées sans touche y sont la norme et non l'exception.
La pêche à la mouche demande d'apprendre un geste avant d'espérer prendre quoi que ce soit. C'est la seule des quatre où la technique de lancer constitue en elle-même un apprentissage de plusieurs mois. Magnifique, exigeante, et catastrophique comme premier choix si vous voulez des résultats rapides.
La pêche en mer, enfin, forme un monde séparé : du bord, en bateau, à pied à marée basse, avec ses espèces, ses marées, ses courants et sa réglementation propre. Un livre d'eau douce ne vous y servira à rien.
Choisissez maintenant. Le reste de cet article suppose que vous l'avez fait.
Avant le livre, la carte de pêche
Un détail que les listes de livres oublient systématiquement, et qui compte davantage que le choix de votre première canne.
En eau douce, la pêche est soumise à l'adhésion à une association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique, et à la détention d'une carte de pêche. Les périodes d'ouverture, les tailles minimales de capture, le nombre de prises autorisées et les règles propres à chaque parcours varient selon les départements et selon les cours d'eau.
Aucun livre ne fait autorité là-dessus, et un ouvrage de 2017 peut vous induire en erreur sur un règlement modifié depuis. Adressez-vous à la fédération de pêche de votre département : c'est elle qui publie le règlement en vigueur, et souvent elle qui organise les écoles de pêche. Faites-le avant d'acheter le moindre livre.
Le livre qui vous aide à choisir
« Le grand livre Vagnon de la pêche en eau douce. Espèces, techniques, matériel, montages » Voir à la FnacLe grand livre Vagnon de la pêche en eau douce. Espèces, techniques, matériel, montages (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), de Vincent Rondreux et Bernard Breton (Éditions Vagnon, 2023, 288 pages). Aucun prérequis.
L'ouvrage est organisé par espèce plutôt que par technique, ce qui paraît anodin et change tout pour un débutant. Vous ne savez pas encore ce qu'est une pêche à l'anglaise, mais vous savez qu'il y a des gardons dans l'étang à côté de chez vous. Le livre part de là, et vous ramène vers les techniques adaptées.
Ce qu'il vous apprend précisément : à identifier les poissons de vos eaux, à comprendre où ils se tiennent selon la saison et l'heure, et à voir quelle famille de technique correspond à quelle espèce. Les montages sont illustrés proprement, ce qui n'est pas si courant.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la maîtrise fine d'une technique. Vingt pages sur la pêche au coup vous donnent le principe, pas les cinquante réglages qui séparent une bredouille d'une bourriche pleine. C'est un livre de choix, pas un livre de perfectionnement, et il faut l'acheter en sachant cela.
Vous pouvez tout à fait le lire en bibliothèque et ne pas l'acheter. Sa fonction est de vous faire décider.
Si vous choisissez la pêche au coup
Daniel Laurent, « Encyclopédie de la pêche au coup moderne » (Artémis, 2017) Voir à la FnacEncyclopédie de la pêche au coup moderne, de Daniel Laurent (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir décidé que c'est votre technique.
Daniel Laurent a dirigé la rédaction de « Pêche au coup Magazine », et le livre porte la trace de cette pratique quotidienne. On y trouve ce que les panoramas généralistes n'ont pas la place de traiter : la composition des amorces selon la saison et la couleur de l'eau, le choix des élastiques dans les cannes emboîtables, l'escher, l'amorçage, le comportement des lignes dans le courant.
Ce qu'il vous apprend précisément : à corriger vos erreurs. La pêche au coup est une technique où le pêcheur voit rarement pourquoi il ne prend rien, et où l'écart entre deux voisins de berge tient à des détails invisibles. Ce livre nomme ces détails.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la pratique de la compétition, qu'il évoque sans en faire le sujet. Et le matériel évolue, donc considérez les recommandations de références comme des indications de gamme plutôt que comme des ordonnances.
Si vous choisissez les carnassiers
Pascal Durantel, « Le petit livre de la pêche des carnassiers. Brochet, sandre, silure, perche et black bass » Voir à la FnacLe petit livre de la pêche des carnassiers. Brochet, sandre, silure, perche et black bass, de Pascal Durantel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), photographies d'Alexandre Fabris (Éditions Confluences, 2013). Prérequis : aucun, mais un peu de patience pour la suite.
Durantel est biologiste de formation, et cela s'entend dans sa manière de traiter chaque espèce : son régime, ses postes, ses phases d'activité. Le livre commence par le poisson et finit par la technique, ce qui est l'ordre juste. Beaucoup d'ouvrages sur les carnassiers font l'inverse, alignent des leurres, et produisent des pêcheurs qui achètent du plastique sans savoir où lancer.
Ce qu'il vous apprend précisément : à lire un plan d'eau. Où se tient une perche en août, pourquoi un brochet se poste sur une cassure, ce qui change quand la température de l'eau descend de trois degrés.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les techniques de leurres apparues depuis sa parution. Le vaste continent des montages fins venus des États-Unis et du Japon s'est développé après 2013, et sur ce point les forums et les chaînes vidéo vous serviront davantage qu'un livre, quel qu'il soit. C'est un des rares domaines où je vous renvoie franchement ailleurs que vers l'imprimé.
Si vous choisissez la mouche ou la mer
Pour la mouche : Michel Luchesi, « Pratiquer la pêche à la mouche. Eau douce et mer », illustrations de Laurent Stefano (Éditions Vagnon, 2021, 128 pages). Court, illustré, honnête sur ce qu'il couvre. Vous y trouverez le matériel, les insectes et leurs imitations, la confection des mouches, et la distinction entre sèche, noyée, nymphe et streamer. C'est exactement le volume d'information qu'il faut avant un premier stage, et il ne prétend pas remplacer ce stage.
Pour la mer : Guillaume Fourrier, « Le grand livre Vagnon de la pêche en mer » (Éditions Vagnon, 2024, 320 pages). Plus de soixante espèces avec fiches d'identification, techniques du bord et du bateau, nœuds, matériel, et un chapitre sur la réglementation. Récent, ce qui compte pour un domaine où les règles bougent.
Par où ne pas commencer
L'encyclopédie généraliste de cinq cents pages, celle qui traite tout. Elle a l'air d'être le meilleur rapport contenu-prix du rayon. Elle est en réalité le pire, parce que vous en lirez trente pages. Le format encyclopédique a une vraie utilité, mais plus tard, quand vous voudrez changer de technique et que vous saurez déjà où chercher.
Les guides de pêche traduits sans adaptation. Le marché anglo-saxon produit d'excellents ouvrages qui portent sur des espèces, des saisons et des réglementations qui ne sont pas les nôtres. Un livre remarquable sur la truite du Montana ne vous aidera pas sur une rivière de l'Aveyron.
Les livres de matériel. Il existe des ouvrages entiers consacrés aux cannes, aux moulinets et aux leurres. Ils datent aussitôt parus, ils coûtent le prix d'un moulinet correct, et ils entretiennent l'idée fausse selon laquelle la prise dépend du matériel. Un débutant équipé simplement et qui sort toutes les semaines prendra plus de poissons qu'un débutant très équipé qui sort trois fois par an.
Enfin, méfiez-vous des beaux livres de photographies vendus au rayon pêche. Ils sont splendides et ne vous apprendront rien. Offrez-les, ne les achetez pas pour apprendre.
Ce qu'un livre ne fera pas à votre place
Il ne vous montrera pas votre geste. C'est vrai pour tous les lancers, et particulièrement pour la mouche, où l'erreur classique du débutant consiste à accélérer au mauvais moment sans jamais s'en apercevoir. Cinq minutes avec quelqu'un derrière vous valent cent pages.
Il ne vous donnera pas les coins. Les postes productifs d'un cours d'eau se transmettent de personne à personne, jamais par écrit, et c'est très bien ainsi. Les associations locales et les écoles de pêche des fédérations départementales sont la vraie porte d'entrée, et beaucoup organisent des journées d'initiation gratuites au printemps.
Il ne vous apprendra pas la patience, qui est pourtant la compétence centrale. Personne ne devient patient en lisant. On le devient en passant quatre heures sans touche, en rentrant bredouille, et en y retournant le samedi suivant.
Il ne remplacera pas non plus l'observation. Un pêcheur expérimenté passe un temps considérable à ne rien faire, à regarder la surface, les insectes, le vent, les hérons. Cette lecture-là ne s'apprend nulle part ailleurs qu'au bord de l'eau.
Après ces deux livres
Vous aurez alors un panorama et une technique. C'est suffisant pour une saison entière, et beaucoup de pêcheurs s'en tiennent là toute leur vie sans que cela nuise à leur plaisir.
Le troisième livre viendra de lui-même, le jour où un problème précis résistera : une rivière que vous ne comprenez pas, une espèce qui vous échappe, une envie de changer d'échelle. Achetez-le à ce moment-là, il servira. Acheté aujourd'hui, il dormirait.
Si le plaisir d'apprendre par les livres vous a pris, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode ailleurs, notamment pour apprendre l'ornithologie, discipline voisine où l'on passe aussi beaucoup de temps à attendre en regardant l'eau. Vous pouvez aussi parcourir les genres du catalogue pour repérer les collections spécialisées, ou tenter votre chance dans une boîte à livres : les guides de pêche d'occasion y circulent plus qu'on ne le croit.
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