Quels livres pour apprendre la danse classique ?
Vous ne trouverez pas ici la liste habituelle des dix ouvrages qui vont vous faire danser. Aucun ne le fera. La danse classique fait partie des rares disciplines où le geste s'apprend presque exclusivement par correction extérieure, parce que la sensation interne du débutant est fausse pendant très longtemps. Vous croyez être en dehors, vous ne l'êtes pas. Vous croyez avoir le bassin droit, il est basculé. Aucune page ne vous le dira.
C'est aussi la discipline où le livre, une fois cette limite acceptée, devient étonnamment utile. Pas dans le rayon technique, où il patauge, mais dans deux autres rayons où il n'a aucun concurrent : l'anatomie du danseur et la culture chorégraphique. Voici quatre ouvrages, dans un ordre qui suit la progression réelle d'un adulte ou d'un parent d'élève, avec la frontière posée franchement.
Le rayon technique, où le livre est faible
Commençons par la mauvaise nouvelle, elle vous économisera des achats.
Les manuels de technique classique décrivent des positions. Ils écrivent qu'un plié se fait en gardant les talons au sol le plus longtemps possible, que les genoux s'ouvrent dans l'axe des pieds, que le buste reste vertical. Tout cela est exact et parfaitement inutilisable seul, parce que vous exécuterez ces trois consignes en croyant les respecter, et vous les respecterez à peu près toutes les trois faux.
Un professeur passe derrière vous, pose une main sur votre hanche, et le plié change en une seconde. Vingt pages n'y arrivent pas. C'est aussi simple que ça, et c'est vrai pour la totalité du vocabulaire académique.
Il existe pourtant un livre technique qui vaut le déplacement, mais pour une autre raison que celle qu'on croit.
Premier livre : Jacqueline Challet-Haas, « Terminologie de la danse classique »
Jacqueline Challet-Haas, « Terminologie de la danse classique, description des pas et des termes usuels » (Amphora, 1988, illustrations de Philippe Gouble, environ cent soixante pages, réédité depuis chez Ressouvenances) Voir à la FnacTerminologie de la danse classique, description des pas et des termes usuels, de Jacqueline Challet-Haas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais achetez-le après votre premier cours, pas avant.
Ce n'est pas un manuel d'apprentissage, c'est un dictionnaire, et c'est exactement pour ça qu'il fonctionne. L'autrice était professeur de danse classique et spécialiste de la notation Laban, ce qui explique la rigueur presque maniaque des descriptions : chaque terme est situé, décomposé, comparé à ses voisins, avec les différences d'école signalées.
Ce qu'il vous apprend précisément : à comprendre ce qu'on vous dit en cours. Le premier obstacle d'un adulte débutant n'est pas son corps, c'est qu'il ne parle pas la langue. Un professeur enchaîne « dégagé à la seconde, fondu, développé, retiré passé », personne ne s'arrête pour vous, et vous passez un trimestre entier à regarder du coin de l'œil ce que fait la personne devant. Le dictionnaire vous fait rattraper ce retard chez vous, en dix minutes par soir.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à exécuter quoi que ce soit. Lire la définition d'un grand jeté ne vous rapproche pas d'un grand jeté d'un millimètre. Vous saurez ce qu'on vous demande, ce qui est déjà énorme, et vous aurez toujours besoin qu'on vous corrige.
Deuxième livre : Jacqui Greene Haas, « Danse, anatomie et mouvements »
Jacqui Greene Haas, « Danse, anatomie et mouvements » (Vigot, deuxième édition française) Voir à la FnacDanse, anatomie et mouvements, de Jacqui Greene Haas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : six mois à un an de pratique, et de préférence une douleur quelque part, parce que c'est en général ce qui rend ce livre soudain passionnant.
L'autrice a dirigé le programme de santé du Cincinnati Ballet et travaillé des années avec des danseurs professionnels blessés. Le livre suit la logique de la collection anatomique de Vigot : une centaine d'exercices, chacun accompagné d'un dessin où les muscles réellement sollicités sont coloriés, chapitre par région, du rachis aux chevilles en passant par le bassin et les hanches.
Ce qu'il vous apprend précisément : d'où viennent les mouvements que vous croyez faire ailleurs. Le cas le plus parlant est l'en-dehors. Beaucoup d'adultes le cherchent en tournant les pieds, ce qui tord le genou et abîme le ligament interne en quelques mois. Le livre vous montre en une planche que la rotation vient de la hanche, que sa limite est en partie osseuse, et que forcer ne l'augmentera pas. Cette seule page justifie l'achat.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la chorégraphie, l'artistique, le style. C'est un ouvrage de mécanique, il assume de l'être. Et il ne remplace pas un kinésithérapeute quand vous avez déjà mal : il vous aide à formuler ce que vous ressentez, pas à vous soigner.
Troisième livre : Blandine Calais-Germain, « Anatomie pour le mouvement »
Blandine Calais-Germain, « Anatomie pour le mouvement », tome 1, « Introduction à l'analyse des techniques corporelles » (Éditions Désiris, première parution en 1984, nouvelle édition augmentée de codes QR renvoyant à des vues des structures décrites) Voir à la FnacAnatomie pour le mouvement », tome 1, « Introduction à l'analyse des techniques corporelles, de Blandine Calais-Germain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun sur le papier, mais il se lit beaucoup mieux après le Haas, qui donne envie d'aller plus loin.
L'autrice a été professeur de danse avant de devenir kinésithérapeute, et le livre porte cette double origine sur chaque page. Plus de mille dessins commentés, le tronc, les membres supérieurs, les membres inférieurs, avec à chaque fois le rappel des situations de mouvement concernées. L'ouvrage est traduit dans une vingtaine de langues et sert de référence dans à peu près toutes les formations corporelles francophones, du yoga à la kinésithérapie.
Ce qu'il vous apprend précisément : l'anatomie fonctionnelle générale, celle qui sert au-delà de la danse. Vous n'aurez plus besoin d'un livre d'anatomie par discipline. Là où le Haas vous dit ce qui travaille dans un relevé, Calais-Germain vous donne le système entier, et vous comprenez ensuite n'importe quel geste, y compris ceux d'un cours de renforcement ou d'une séance de Pilates.
Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi que ce soit de spécifique au classique. Aucun pas n'y figure, aucune barre, aucun vocabulaire académique. C'est un livre de fond, pas un livre de danse, et il faut savoir ce qu'on achète.
Quatrième livre : Philippe Noisette, « Danse contemporaine, le guide »
Philippe Noisette, « Danse contemporaine, le guide » (Flammarion, photographies de Laurent Philippe, plusieurs éditions successives, environ deux cent vingt pages) Voir à la FnacDanse contemporaine, le guide, de Philippe Noisette (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Se lit à n'importe quel moment, y compris avant de mettre les pieds dans un studio.
L'auteur est journaliste, spécialiste du spectacle vivant, et le livre présente une vingtaine de chorégraphes majeurs avec un appareil photographique remarquable. Objection immédiate : c'est de la danse contemporaine, pas du classique. Elle est fondée et je l'assume, parce que c'est précisément ce qui en fait le meilleur choix.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce que la technique académique est devenue au vingtième siècle et ce qu'on en fait aujourd'hui. Un danseur classique amateur qui ne lit rien finit par croire que la danse se termine au « Lac des cygnes » et à « Giselle ». Voir ce que Pina Bausch, William Forsythe ou Anne Teresa De Keersmaeker ont tiré, prolongé ou détruit de la barre que vous faites le mardi soir change complètement le sens de cette barre. Vous ne dansez plus un patrimoine figé, vous entrez dans une conversation qui continue.
Ce qu'il ne vous apprend pas : l'histoire du ballet romantique et académique, qu'il ne couvre pas. Si c'est ce que vous cherchez, orientez-vous vers un ouvrage d'histoire de la danse dédié, la production française est solide sur ce terrain.
Par où ne pas commencer
Trois pièges reviennent, et ils coûtent cher.
Les beaux livres de photographies de ballet, d'abord. Ils sont magnifiques, ils font d'excellents cadeaux, et ils n'apprennent rigoureusement rien. Une danseuse en arabesque photographiée en contre-plongée ne vous transmet aucune information exploitable. Achetez-les pour le plaisir, pas pour progresser, et surtout pas en premier.
Les méthodes d'auto-apprentissage à domicile, ensuite. Elles existent, elles promettent une barre complète dans votre salon, et elles produisent surtout des tendinites du moyen fessier et des genoux en dedans. Le problème n'est pas l'honnêteté des auteurs, il est structurel : personne ne vous regarde. Si vous ne pouvez vraiment pas prendre de cours, préférez le renforcement général et la mobilité, avec les livres d'anatomie ci-dessus, plutôt qu'une imitation de technique classique sans correction.
Les manuels de préparation aux examens de fin de cycle, enfin. Ils sont conçus pour des élèves déjà encadrés, ils supposent un professeur, un rythme et un référentiel, et ils sont incompréhensibles hors contexte. Ne les achetez que si votre école vous les demande.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous donneront pas un regard extérieur, et c'est tout le sujet.
En danse classique, l'écart entre ce que vous croyez faire et ce que vous faites est plus grand que dans n'importe quelle autre pratique corporelle courante. Le miroir aide un peu, il ment aussi, parce qu'on se regarde en corrigeant sa tête. Il faut quelqu'un derrière vous. Un cours adulte débutant, même une fois par semaine, vaut toute la bibliothèque de cet article réunie.
Ils ne vous donneront pas non plus la répétition. La technique académique se construit par accumulation de milliers de pliés, et c'est ennuyeux à dire mais rien ne remplace le volume. Lire pendant une heure ne fait avancer aucun de ces pliés.
Ils ne vous donneront pas davantage l'émotion du plateau. Si vous ne voyez jamais de spectacle, votre lecture reste théorique. Beaucoup d'opéras et de scènes nationales proposent des tarifs très bas pour les moins de vingt-six ans, et les captations diffusées en salle ou en ligne coûtent moins qu'un livre.
Ce qu'ils font, en revanche, ils le font seuls : comprendre pourquoi votre hanche bloque, savoir nommer ce qu'on vous demande, et situer votre pratique dans une histoire. Trois choses qu'aucun professeur n'a le temps de vous expliquer pendant un cours d'une heure trente.
Après ces quatre livres
Vous aurez le vocabulaire, la mécanique locale, la mécanique générale et le paysage chorégraphique. C'est une base plus complète que celle de beaucoup d'élèves qui dansent depuis dix ans sans avoir jamais rien lu.
La suite dépend de ce qui vous a attrapé. Si c'est le corps, allez vers les ouvrages d'anatomie fonctionnelle plus techniques, ou vers les livres de préparation physique du danseur. Si c'est l'histoire, ouvrez le rayon des biographies de chorégraphes et des monographies de compagnies. Si c'est le geste lui-même, ajoutez un deuxième cours hebdomadaire, cela reste le meilleur investissement disponible.
Vous pouvez aussi parcourir les rayons par genre pour repérer les collections d'arts du spectacle, souvent bien mieux fournies qu'on ne le croit en bibliothèque de quartier. Et la même méthode, séparer ce qu'un livre peut faire de ce qu'il ne fera pas, s'applique à toute la collection quels livres acheter pour apprendre à, notamment pour apprendre le yoga, où la question du regard extérieur se pose exactement de la même manière.
Peut-on apprendre la danse classique avec un livre, sans cours ?
Quel livre acheter en premier quand on débute le classique à l'âge adulte ?
Un livre d'anatomie sert-il vraiment à un danseur amateur ?
En-dehors, souplesse, pointes : que peut-on travailler seul à la maison ?
Faut-il lire sur la danse contemporaine quand on fait du classique ?
Les vidéos remplacent-elles les livres pour apprendre les pas ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.