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Quels livres pour apprendre la bande dessinée ? 4 titres dans l'ordre où les lire

Vos planches ne sont pas illisibles à cause de votre dessin, mais à cause de votre découpage. Quatre livres dans l'ordre, ce que chacun apprend, et celui qu'il ne faut surtout pas ouvrir en premier.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
L'Art invisibleScott McCloudVoir L'Art invisible, de Scott McCloud à la Fnac (lien affilié)
Case, planche, récit. Comment lire une bande dessinéeBenoît PeetersVoir Case, planche, récit. Comment lire une bande dessinée, de Benoît Peeters à la Fnac (lien affilié)
Les Clés de la bande dessinée, tome 1 : L'Art séquentielWill EisnerVoir Les Clés de la bande dessinée, tome 1 : L'Art séquentiel, de Will Eisner à la Fnac (lien affilié)
Système de la bande dessinéeThierry GroensteenVoir Système de la bande dessinée, de Thierry Groensteen à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la bande dessinée ?

Presque tous les débutants font le même diagnostic sur leurs premières planches : c'est mal dessiné. Ils s'inscrivent alors à des cours de modèle vivant, achètent des manuels d'anatomie, travaillent la perspective pendant deux ans, reviennent à leur récit et constatent que le résultat reste illisible.

Le problème n'était pas le dessin. Il était dans le découpage. Une planche est difficile à suivre quand les cases montrent les mauvais moments, quand le regard ne sait pas où aller ensuite, quand deux images consécutives sont trop proches ou trop éloignées pour que le lecteur relie les deux. Ces défauts n'ont rien à voir avec la qualité du trait, et un dessin superbe ne les corrige jamais.

Quatre livres, dans un ordre qui suit cette logique. Le dessin, lui, se travaille en parallèle, tous les jours, sans attendre d'être prêt.


Ce que veut dire apprendre la bande dessinée

Trois envies différentes se cachent derrière cette phrase, et elles n'appellent pas les mêmes lectures.

Certains veulent raconter une histoire et se moquent d'être un grand dessinateur. Ils ont besoin de narration graphique et de découpage, et les quatre livres qui suivent leur conviennent presque intégralement.

D'autres dessinent déjà correctement, souvent depuis l'adolescence, et n'arrivent pas à passer de l'illustration isolée à la séquence. Leur difficulté est réelle : une belle image ne fait pas une case, parce qu'une case n'existe que par sa relation avec la précédente et la suivante.

D'autres enfin veulent comprendre la bande dessinée en lecteur, sans intention de produire. Pour ceux-là, les trois premiers livres suffisent, et le quatrième devient le plus intéressant des quatre.

Premier livre : Scott McCloud, « L'Art invisible »

Scott McCloud, « L'Art invisible » (Delcourt, 2007, traduit de l'anglais par Dominique Petitfaux ; première édition française chez Vertige Graphic en 1999) Voir à la FnacL'Art invisible, de Scott McCloud (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

McCloud a eu l'idée qui rend ce livre irremplaçable : il explique la bande dessinée en bande dessinée. Vous ne lisez pas un essai sur le médium, vous voyez le médium démontrer son propre fonctionnement, page après page, avec un narrateur dessiné qui vous prend par la main.

Ce qu'il vous apprend précisément : ce qui se passe dans la gouttière, cet espace blanc entre deux cases. McCloud montre que le lecteur y accomplit le travail le plus important du récit, en reliant deux images fixes pour en tirer une action, une durée, une causalité. Il classe les types de transition d'une case à l'autre, il explique pourquoi un visage très simplifié permet une identification plus forte qu'un portrait réaliste, il traite du temps qui s'écoule dans une image immobile.

Lisez-le et faites une planche le soir même. Vous verrez immédiatement la différence : vous cesserez de dessiner tous les moments d'une action pour n'en choisir que deux.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à fabriquer. McCloud analyse, il ne donne pas d'exercices. Sa suite, « Faire de la bande dessinée », est plus pratique et se lit utilement plus tard.

Deuxième livre : Benoît Peeters, « Case, planche, récit »

Benoît Peeters, « Case, planche, récit. Comment lire une bande dessinée » (Casterman, 1991, refondu et republié chez Flammarion sous le titre « Lire la bande dessinée » en 2003, 193 pages, repris en Champs poche en 2010) Voir à la FnacCase, planche, récit. Comment lire une bande dessinée, de Benoît Peeters (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir lu McCloud, ou avoir déjà réfléchi à ce qu'est une case.

Peeters est scénariste, notamment des « Cités obscures » avec François Schuiten, et théoricien. Son apport tient en un mot : la planche. Là où McCloud raisonne surtout en enchaînement de cases, Peeters remonte d'un cran et traite la page entière comme une unité de sens.

Ce qu'il vous apprend précisément : que le lecteur perçoit la page avant de la lire. Une grande case en bas à droite est déjà vue quand vous entamez la première ligne, ce qui vous prive d'un effet de surprise ou vous en offre un autre. Peeters distingue plusieurs façons d'organiser une planche, du gaufrier régulier à la composition libre, et montre ce que chacune permet et interdit. Il traite aussi du tourne-page, moment de bascule que la bande dessinée est seule à posséder.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à dessiner une case propre. Son terrain est la construction, pas l'exécution.

Troisième livre : Will Eisner, « Les Clés de la bande dessinée »

Will Eisner, « Les Clés de la bande dessinée, tome 1 : L'Art séquentiel » (Delcourt, collection Contrebande, 2009, 184 pages ; traduction de « Comics and Sequential Art », paru aux États-Unis en 1985, précédemment édité en français par Vertige Graphic sous le titre « La bande dessinée, art séquentiel ») Voir à la FnacLes Clés de la bande dessinée, tome 1 : L'Art séquentiel, de Will Eisner (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques planches terminées, même mauvaises.

Eisner a créé « The Spirit » dans les années quarante et a enseigné pendant des années à la School of Visual Arts de New York. Ce livre est la mise au propre de ses cours, et il sent l'atelier à chaque page.

Ce qu'il vous apprend précisément : le métier. Le cadrage et ce que change la position de la ligne d'horizon, l'expression du corps entier plutôt que du seul visage, la façon dont le lettrage fait partie du dessin et non du texte, la gestion du temps par la forme de la case et de la bulle. Eisner démonte ses propres planches et explique ses choix, y compris ceux qu'il regrette.

Une opinion assumée : c'est le livre le plus utile des quatre pour quelqu'un qui produit déjà. McCloud vous fait comprendre, Eisner vous fait progresser. Beaucoup de listes le placent en premier, ce qui est une erreur, parce que ses conseils supposent que vous ayez déjà buté sur les problèmes qu'il résout.

Quatrième livre : Thierry Groensteen, « Système de la bande dessinée »

Thierry Groensteen, « Système de la bande dessinée » (Presses universitaires de France, 1999, collection Formes sémiotiques ; deuxième édition en 2011, révisée depuis) Voir à la FnacSystème de la bande dessinée, de Thierry Groensteen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois précédents, et un goût pour l'analyse.

Groensteen a dirigé le musée de la Bande dessinée d'Angoulême et a fondé la revue « Neuvième Art ». Son ouvrage est le travail théorique de référence en langue française sur le sujet.

Ce qu'il vous apprend précisément : que les images d'une bande dessinée ne se répondent pas seulement de proche en proche. Groensteen appelle tressage le réseau de rappels qui traverse un album entier, quand une case du chapitre huit renvoie visuellement à une case du chapitre deux. Cette notion existe chez les auteurs sous forme d'intuition, et le fait de la nommer permet d'en jouer sciemment.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire une page. Le vocabulaire est universitaire, la sémiotique y est assumée, et le livre n'a aucune vocation pédagogique. Il s'adresse à quelqu'un qui pratique déjà et qui veut comprendre plus finement ce qu'il fabrique.

Par où ne pas commencer

Les manuels de type « apprendre à dessiner la BD en dix leçons » constituent la principale perte de temps du rayon. Ils enseignent à reproduire des visages selon des recettes de proportions et sautent entièrement la question du récit. Vous en sortez capable de dessiner un personnage sous trois angles, et incapable de raconter une conversation de deux pages.

Ne commencez pas non plus par Groensteen, même si son livre est le plus sérieux des quatre. Ouvert en premier, il paraîtra abstrait et il vous découragera, ce qui serait dommage.

Enfin, un piège moins visible : les recueils d'entretiens d'auteurs. Ils sont passionnants, et ils ne sont pas des méthodes. Écouter dix dessinateurs raconter leur trajectoire donne l'agréable sensation de progresser sans qu'aucune planche ne se fasse. Gardez-les pour les soirs où vous ne travaillez pas.

Un mot sur le dessin, puisque c'est par là que la plupart des gens veulent commencer. Travaillez-le en parallèle, tous les jours, sans en faire une condition préalable. Si vous ne savez pas par où prendre le sujet, les livres pour apprendre à dessiner donnent un ordre de lecture, et ceux consacrés au dessin de manga répondent à une logique différente, plus codifiée, si c'est cette esthétique que vous visez.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Aucun de ces quatre ouvrages ne vous fera finir une histoire, et finir est l'unique compétence qui vous manquera longtemps. Une planche isolée est facile, huit pages avec un début, un milieu et une fin sont difficiles, et c'est exactement ce que regarde un éditeur.

Aucun livre ne vous dira non plus si votre planche est lisible. Vous connaissez votre histoire, donc vous la suivez sans effort, ce qui vous rend le pire juge possible de votre propre découpage. Faites lire vos pages à quelqu'un sans rien expliquer, et regardez où son doigt hésite. Les ateliers d'auteurs, les fanzines locaux et les collectifs remplissent ce rôle mieux que n'importe quelle bibliographie.

Enfin, la lecture attentive d'albums vaut la théorie. Prenez un album que vous admirez et recopiez le découpage d'un chapitre entier en petites vignettes, sans dessiner, juste les cadres et la position des personnages. Vous verrez apparaître un rythme que vous n'aviez jamais remarqué en lecteur. Cet exercice est gratuit, il prend deux heures, et beaucoup d'auteurs professionnels le pratiquent encore.

Après ces quatre livres

Vous aurez la mécanique de la case, la logique de la planche, le métier de l'atelier et une théorie du réseau d'images. C'est plus que ce dont disposent la plupart des gens qui publient.

La suite dépend de votre pente. Si vous écrivez plus que vous ne dessinez, orientez-vous vers le scénario et vers les auteurs qui pratiquent la contrainte formelle. Si vous dessinez plus que vous n'écrivez, allez chercher les carnets et les making-of d'albums, qui montrent les crayonnés avant nettoyage et sont souvent plus instructifs que les manuels. Et dans tous les cas, lisez énormément d'albums, y compris ceux qui ne vous plaisent pas, en observant comment ils règlent les problèmes que vous n'arrivez pas à régler.

Pour repérer des titres par auteur ou par genre, ou pour continuer avec d'autres apprentissages, voyez le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à.

Faut-il savoir bien dessiner pour faire de la bande dessinée ?

Non, et c'est la croyance qui bloque le plus de débutants. La bande dessinée est d'abord un art du découpage : ce qui rend une planche lisible, c'est le choix des moments montrés, la taille des cases et la circulation du regard. Des auteurs au dessin très simple racontent parfaitement, des dessinateurs virtuoses produisent des planches confuses. Travaillez le dessin en parallèle, jamais comme un préalable.

Par quel livre commencer quand on veut faire de la bande dessinée ?

Par « L'Art invisible » de Scott McCloud (Delcourt, 2007, traduit par Dominique Petitfaux). C'est le seul ouvrage qui explique ce que fait réellement une case, et surtout ce qui se passe entre deux cases, là où le lecteur complète l'action tout seul. Comprendre cette ellipse change immédiatement la façon dont vous découpez une scène, avant même d'avoir amélioré votre trait.

Quelle différence entre le livre de McCloud et celui d'Eisner ?

McCloud théorise en bande dessinée, Eisner raconte en praticien. « L'Art invisible » explique le fonctionnement du médium à partir de zéro, avec une rigueur presque scientifique. « Les Clés de la bande dessinée » rassemble l'enseignement d'Eisner à la School of Visual Arts de New York : le cadrage, l'expression corporelle, le lettrage, le rythme. Le premier vous fait comprendre, le second vous fait travailler.

Combien de planches faut-il avoir faites avant de démarcher un éditeur ?

Une histoire courte terminée vaut mieux que trente pages d'un projet inachevé. Les éditeurs veulent voir que vous savez finir, tenir un personnage sur la durée et raconter une scène complète. Comptez au minimum huit à douze pages entièrement encrées, avec une vraie fin. Le mythe du dossier de cent planches avant le premier rendez-vous décourage inutilement, et ce n'est pas ce qu'on attend de vous.

Faut-il lire de la théorie ou simplement faire des planches ?

Les deux, en alternance, et jamais l'un sans l'autre pendant six mois. La théorie sans pratique produit des gens capables de commenter brillamment une planche qu'ils ne sauraient pas fabriquer. La pratique sans théorie fait répéter les mêmes erreurs de lisibilité pendant des années. La bonne cadence : une histoire courte, puis un livre, puis une autre histoire courte en appliquant ce que vous venez de lire.

Le scénario de bande dessinée s'écrit-il comme un scénario de film ?

Il s'en rapproche par le découpage en séquences, mais il en diffère sur un point majeur : le lecteur voit la page entière avant de lire la première case. La composition de la planche fait donc partie de la narration, ce qui n'a aucun équivalent au cinéma. Un scénariste de bande dessinée pense en pages, pas seulement en scènes, et prévoit ce que révèle un tourne-page.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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