Quels livres pour apprendre l'astronomie ?
Il existe une scène classique, et elle se répète chaque hiver. Quelqu'un décide de s'intéresser à l'astronomie, achète un livre magnifique sur les trous noirs et l'expansion de l'univers, le dévore en deux semaines, sort dans son jardin par une belle nuit claire, lève la tête, et ne reconnaît rien. Pas une constellation. Il en conclut qu'il n'est pas doué. Il s'est simplement trompé de discipline.
Le rayon astronomie mélange trois choses qui n'ont presque rien en commun. La première est l'observation à l'œil nu : reconnaître les constellations, suivre les phases de la Lune, repérer Jupiter parmi les étoiles, savoir que ce point orangé est Mars. La deuxième est l'observation instrumentée : choisir des jumelles ou un télescope, comprendre ce qu'un diamètre et une focale changent, pointer un objet qu'on ne voit pas à l'œil nu. La troisième est la cosmologie, qui traite de l'origine et de la structure de l'univers, et qui ne demande aucun ciel dégagé.
Un livre de cosmologie ne vous apprendra jamais à reconnaître une constellation. Il faut le dire clairement, parce que personne ne le dit dans les listes de recommandations. Voici cinq livres, dans l'ordre où ils servent.
Premier livre : Emmanuel Beaudoin, « À la découverte du ciel »
Emmanuel Beaudoin, « À la découverte du ciel. Planètes, étoiles, constellations, sachez les repérer » (Dunod, plusieurs éditions revues) Voir à la FnacÀ la découverte du ciel. Planètes, étoiles, constellations, sachez les repérer, de Emmanuel Beaudoin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, aucun matériel.
Beaudoin est enseignant-chercheur, il observe et photographie le ciel depuis plus de trente ans et il a signé plus de deux cents articles dans Ciel & Espace. Le livre fait exactement ce que son sous-titre annonce : il vous prend par la main pour repérer, saison par saison, ce qui est visible depuis la France.
Ce qu'il vous apprend précisément : la mécanique du repérage. Partir d'une figure que tout le monde connaît, la Grande Ourse ou la ceinture d'Orion, et sauter de proche en proche vers les autres. Distinguer une planète d'une étoile au scintillement. Comprendre pourquoi le ciel de janvier n'a rien à voir avec celui de juillet, et pourquoi une même constellation se lève quatre minutes plus tôt chaque soir.
Ce qu'il ne vous apprend pas : ce qui se passe cette année précisément. Un manuel décrit un ciel moyen. Pour les événements datés, il faut la suite.
Deuxième livre : Guillaume Cannat, « Le Ciel à l'œil nu »
Guillaume Cannat, « Le Ciel à l'œil nu » (AMDS, édition annuelle depuis plus de vingt ans, environ 140 illustrations et cartes par volume) Voir à la FnacLe Ciel à l'œil nu, de Guillaume Cannat (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir déjà repérer trois ou quatre constellations.
Voici la seule exception que je vous recommande dans un domaine où j'ai tendance à me méfier des publications annuelles. En astronomie d'observation, l'annuel a un sens : les planètes changent de place, les éclipses tombent à des dates précises, les conjonctions ne se reproduisent pas. Cannat vous dit quoi regarder le 14 mars à 22 heures, dans quelle direction, et à quoi cela ressemblera.
Ce qu'il vous apprend précisément : à sortir. C'est le livre qui vous fait quitter le fauteuil, parce qu'il transforme une envie vague en rendez-vous concret. Ses cartes mensuelles sont pensées pour un observateur sans instrument, ce qui est rare.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les fondamentaux, qu'il suppose acquis. Et n'en achetez qu'un, celui de l'année en cours. Collectionner les millésimes n'a aucun intérêt.
Troisième livre : Bourge, Lacroux et Dupont-Bloch, « À l'affût des étoiles »
Pierre Bourge, Jean Lacroux et Nicolas Dupont-Bloch, « À l'affût des étoiles. Guide pratique de l'astronome amateur » (Dunod, dix-huit éditions successives depuis les années 1970) Voir à la FnacÀ l'affût des étoiles. Guide pratique de l'astronome amateur, de Pierre Bourge, Jean Lacroux et Nicolas Dupont-Bloch (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : plusieurs mois d'observation à l'œil nu, et l'envie d'un instrument.
C'est le manuel de référence de l'astronomie amateur en français, réédité et remanié depuis un demi-siècle, ce qui en dit assez sur sa solidité. Il couvre le choix du matériel, la mise en station, le pointage, l'entretien, et la photographie du ciel.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne pas gâcher votre argent. La question du premier instrument est piégée. Un télescope de 200 millimètres de diamètre montre infiniment plus qu'une lunette de 60, et il pèse quinze kilos, ce qui signifie que vous ne le sortirez jamais un mardi soir. La bonne réponse dépend de votre balcon, de votre voiture et de votre patience, et ce livre pose les bonnes questions avant de donner des réponses.
Ce qu'il ne vous apprend pas : ce qu'est un bon achat aujourd'hui. Les éditions récentes tiennent compte de l'évolution du matériel, mais le marché bouge vite. Croisez avec les forums d'astronomie amateur francophones, où les mêmes conseils reviennent depuis vingt ans avec les modèles à jour.
Quatrième livre : Hubert Reeves, « Patience dans l'azur »
Hubert Reeves, « Patience dans l'azur. L'évolution cosmique » (Seuil, 1981, repris en Points) Voir à la FnacPatience dans l'azur. L'évolution cosmique, de Hubert Reeves (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis mathématique.
Vous voilà passé du côté théorique, et c'est le bon moment : vous savez maintenant à quoi ressemble le ciel réel, donc les échelles dont parle Reeves ne sont plus abstraites. L'astrophysicien franco-québécois y raconte l'histoire de l'univers depuis les premières secondes jusqu'à l'apparition des molécules du vivant, en empruntant son titre à un vers de Paul Valéry.
Ce qu'il vous apprend précisément : la fabrication de la matière. Comment les étoiles cuisent les éléments lourds, pourquoi le carbone de vos os vient d'une génération d'étoiles mortes, ce que veut dire l'expansion. Le livre a quarante-cinq ans et il tient remarquablement, parce que Reeves explique des mécanismes plutôt que des résultats de mesure.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la cosmologie des vingt dernières années. L'énergie sombre, la précision des mesures du fond diffus, les exoplanètes par milliers, tout cela est arrivé après. Prenez-le pour ce qu'il est, une entrée dans une manière de penser.
Cinquième livre : Trinh Xuan Thuan, « La Mélodie secrète »
Trinh Xuan Thuan, « La Mélodie secrète. Et l'homme créa l'univers » (Fayard, 1988, repris en Folio essais) Voir à la FnacLa Mélodie secrète. Et l'homme créa l'univers, de Trinh Xuan Thuan (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : Reeves, ou l'équivalent.
Thuan est astrophysicien, longtemps professeur à l'université de Virginie, et ce livre l'a fait connaître du public francophone. Il y pose la question qui vient toujours après les mécanismes : pourquoi cet univers-là, avec ces constantes-là, et quelle place y occupe celui qui l'observe.
Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer ce qui est mesuré de ce qui est interprété. Thuan est explicite sur la frontière entre le résultat scientifique et la spéculation philosophique, et cette distinction vous servira ensuite pour trier tout ce que vous lirez sur le multivers et le principe anthropique, terrain où le n'importe quoi prospère.
Ce qu'il ne vous apprend pas : des faits nouveaux. C'est un livre de réflexion sur une matière que vous connaissez déjà. Si la partie philosophique vous attire plus que les étoiles elles-mêmes, notre parcours pour apprendre la philosophie prend le relais proprement.
Par où ne pas commencer
Voici ce qui coûte le plus cher aux débutants, en argent et en découragement.
« Une brève histoire du temps » de Stephen Hawking (Flammarion, traduit de l'anglais par Isabelle Naddeo-Souriau). C'est le livre de science le plus acheté et le moins terminé du monde. Il est brillant, il est concis, et il condense une physique théorique redoutable sous une apparente simplicité. Surtout, il ne parle pas du tout d'astronomie observationnelle. Achetez-le dans deux ans.
Les beaux livres d'images du télescope spatial. Ils sont somptueux et ils entretiennent une illusion tenace : vous ne verrez jamais cela dans un oculaire. Une galaxie dans un télescope d'amateur est une tache grise pâle, et c'est bouleversant quand on sait ce qu'on regarde, mais il faut le savoir avant. Beaucoup d'abandons viennent de là.
Le télescope acheté avant le premier livre, souvent en grande surface, souvent motorisé, souvent vendu avec un grossissement annoncé de 600 fois qui ne veut rien dire physiquement. Il y en a des milliers dans les caves françaises. L'ordre correct est : ciel, jumelles, livre, club, puis instrument.
Enfin, les manuels universitaires d'astrophysique, ceux dont le titre contient le mot introduction. Introduction s'entend ici pour un étudiant en troisième année de physique. Le contenu est excellent et le prérequis n'est pas écrit sur la couverture.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous donneront pas de ciel noir. C'est le facteur le plus déterminant de tout l'apprentissage, et il ne dépend pas de vos lectures. Sous un ciel de banlieue, vous voyez peut-être une centaine d'étoiles. Sous un ciel de montagne sans lumière, plusieurs milliers, et la Voie lactée qui traverse tout. La différence est si violente que beaucoup d'amateurs datent leur passion d'une seule nuit précise.
Ils ne vous apprendront pas non plus à voir. L'observation est une compétence physiologique qui s'acquiert lentement. Il faut vingt à trente minutes d'adaptation complète à l'obscurité, une lampe rouge et pas blanche, et l'habitude de la vision décalée, qui consiste à regarder légèrement à côté d'un objet faible pour le percevoir mieux. Personne ne réussit cela en lisant. Cela s'apprend dehors, dans le froid, souvent mal les premières fois.
Enfin, un livre ne remplace pas un club. La France compte plusieurs centaines d'associations d'astronomie, souvent avec des instruments collectifs et des soirées d'observation ouvertes. Une seule sortie avec un membre expérimenté vous fera progresser autant que trois manuels, parce qu'il vous montrera en dix secondes le geste que vous auriez mis six mois à trouver seul. Achetez aussi une carte du ciel tournante, ce disque en carton qu'on règle sur la date et l'heure : elle coûte le prix d'un sandwich et remplace la moitié d'une bibliothèque.
Après ces cinq livres
Vous saurez reconnaître le ciel de chaque saison, choisir un instrument sans vous ruiner, et lire un article de cosmologie sans confondre une mesure et une hypothèse. C'est largement de quoi faire de cette curiosité une pratique durable.
La suite se sépare selon ce qui vous a pris. Si c'est l'observation, allez vers les atlas de ciel profond et l'astrophotographie, qui est un loisir à part entière. Si c'est la théorie, la relativité générale et la physique des particules vous attendent, et il faudra alors accepter de rencontrer des équations. Vous pouvez repérer les collections de vulgarisation scientifique en parcourant les genres du catalogue, et voir le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à si cette façon d'entrer dans un domaine, par étapes plutôt que par une pile de best-sellers, vous a convenu.
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