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Quels livres pour apprendre l'architecture ? 4 titres dans l'ordre où les lire

Un parcours d'entrée en architecture qui commence par l'espace et non par les styles : quatre livres dans l'ordre, ce que chacun apprend, et ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Apprendre à voir l'architectureBruno ZeviVoir Apprendre à voir l'architecture, de Bruno Zevi à la Fnac (lien affilié)
Découvrir l'architectureSteen Eiler RasmussenVoir Découvrir l'architecture, de Steen Eiler Rasmussen à la Fnac (lien affilié)
Architecture : Forme, espace, organisationFrancis D. K. ChingVoir Architecture : Forme, espace, organisation, de Francis D. K. Ching à la Fnac (lien affilié)
Vers une architectureLe CorbusierVoir Vers une architecture, de Le Corbusier à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'architecture ?

Il existe un curieux type de connaissance qui donne l'illusion d'un savoir sans en produire un seul gramme. Vous passez devant un immeuble, vous dites néoclassique, vous notez la corniche, vous datez la ferronnerie. Et vous seriez incapable de dire pourquoi le hall vous a paru étroit, pourquoi la cage d'escalier était agréable, pourquoi le dernier appartement visité vous a mis mal à l'aise sans que vous puissiez le formuler.

C'est le piège dans lequel tombent presque tous les autodidactes en architecture. Les librairies débordent de beaux livres sur les styles, les ornements et les grandes agences contemporaines, et ces livres n'apprennent pas à lire un bâtiment. Ils apprennent à le nommer. Quatre titres suffisent pour sortir de là, dans un ordre qui compte beaucoup.


Ce qui distingue l'architecture des autres arts

Avant de choisir un livre, il faut admettre une chose qui paraît évidente et qu'aucune liste ne dit : l'architecture est le seul art dont on ne peut faire l'expérience de l'extérieur.

Un tableau se regarde en face. Une sculpture se contourne. Un bâtiment, lui, se traverse. Sa matière propre n'est ni la pierre, ni le béton, ni la façade, mais le vide qu'il délimite et dans lequel vous marchez. Une photographie, aussi belle soit-elle, ampute cette matière presque entièrement.

Ce constat commande le parcours de lecture. Il faut commencer par le livre qui vous apprend à percevoir l'espace, prendre ensuite celui qui vous donne les mots et les conventions de dessin, et réserver pour la fin les architectes qui écrivent, parce que ceux-là défendent une cause avant d'enseigner quoi que ce soit.

Premier livre : Bruno Zevi, « Apprendre à voir l'architecture »

Bruno Zevi, « Apprendre à voir l'architecture » (Éditions de Minuit, 1959, traduit de l'italien par Lucien Trichaud, collection Forces vives ; original « Saper vedere l'architettura », 1948) Voir à la FnacApprendre à voir l'architecture, de Bruno Zevi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Environ deux cents pages.

Zevi était historien et critique italien, militant du mouvement moderne, homme de polémique et professeur à Rome. Son livre part d'une thèse simple et radicale : toutes les histoires de l'architecture écrites avant lui parlaient de tout sauf d'architecture. Elles décrivaient des façades, des plans, des volumes, des décors, c'est-à-dire des objets, quand la matière réelle du métier est l'espace intérieur.

Ce qu'il vous apprend précisément : à substituer une question à une autre. Vous cessez de demander à quel style appartient ce bâtiment, vous demandez comment on s'y déplace, où le regard bute, où il file, comment la lumière est admise. Les chapitres sur les différentes manières de représenter l'architecture, plans, coupes, photographies, et sur ce que chaque représentation trahit, restent le meilleur antidote à la culture de l'image qui domine aujourd'hui.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le vocabulaire technique et les conventions de dessin. Zevi suppose que vous saurez lire une coupe, et il a tort de le supposer. C'est exactement ce que le livre suivant répare.

Une réserve honnête : Zevi défend le mouvement moderne avec une ardeur qui date. Sa manière d'expédier certaines périodes, l'académisme du dix-neuvième siècle notamment, relève du procès plus que de l'analyse. Cela ne gêne pas la lecture, à condition de le savoir.

Deuxième livre : Steen Eiler Rasmussen, « Découvrir l'architecture »

Steen Eiler Rasmussen, « Découvrir l'architecture » (Éditions du Linteau, 2002, traduit de l'anglais par Mathilde Bellaigue ; original danois de 1957, révisé par l'auteur pour l'édition américaine de 1962) Voir à la FnacDécouvrir l'architecture, de Steen Eiler Rasmussen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Environ deux cent vingt pages. Prérequis : aucun, mais il gagne à être lu après Zevi.

Rasmussen a enseigné l'architecture pendant quarante ans au Danemark, en Angleterre et aux États-Unis, et cela s'entend à chaque page. Il écrit comme quelqu'un qui a vu des générations d'étudiants ne pas comprendre la même chose, et qui a fini par trouver comment le dire.

Ce qu'il vous apprend précisément : l'architecture par les sens plutôt que par les concepts. Il y a un chapitre sur la couleur, un sur la lumière du jour, et surtout un chapitre entier sur le son des bâtiments, sur la manière dont un escalier de pierre et un couloir moquetté ne produisent pas le même monde. Personne d'autre n'écrit sur l'architecture de cette façon. Le livre s'ouvre sur des enfants qui jouent au ballon contre le mur d'une église baroque romaine, et cette scène en dit plus long sur l'usage des bâtiments que trois chapitres théoriques.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'architecture contemporaine. L'ouvrage a été écrit dans les années cinquante et ses exemples s'arrêtent là. Ce n'est pas grave, sa méthode s'applique à n'importe quel bâtiment construit depuis.

Troisième livre : Francis D. K. Ching, « Architecture : Forme, espace, organisation »

Francis D. K. Ching, « Architecture : Forme, espace, organisation » (Eyrolles, 2019 pour la traduction française ; original américain « Architecture: Form, Space, and Order », 1979, plusieurs fois révisé) Voir à la FnacArchitecture : Forme, espace, organisation, de Francis D. K. Ching (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà pris l'habitude de regarder l'espace, ce que les deux livres précédents vous ont donné.

Ching enseignait à l'université de Washington, et il a fait quelque chose que personne n'avait fait avant lui : expliquer l'architecture entièrement au dessin. Le livre est presque intégralement composé de croquis à la main, avec un texte réduit à des légendes développées. Il a servi de manuel de base dans les écoles du monde entier pendant quarante ans, et sa traduction française n'est arrivée qu'en 2019, ce qui est proprement stupéfiant.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire graphique et les catégories opératoires du métier. Plan, coupe, élévation, axonométrie. Trame, hiérarchie, rythme, seuil. Les types d'organisation spatiale : centrée, linéaire, en grappe, en trame. Après ce livre, vous ne regardez plus un plan d'appartement de la même manière, et vous comprenez enfin ce qu'un architecte vous montre quand il vous montre un projet.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le sens. Ching est un formaliste, il décrit des configurations sans jamais dire pourquoi une époque a préféré l'une à l'autre. Lu isolément, il produit une compétence sèche. Lu en troisième position, il donne enfin des mots précis à des perceptions que Zevi et Rasmussen vous avaient appris à avoir.

Quatrième livre : Le Corbusier, « Vers une architecture »

Le Corbusier, « Vers une architecture » (Éditions Crès, 1923, dans la collection de la revue L'Esprit Nouveau ; réédition Flammarion, collection Champs, avec un appareil critique de Marie-Jeanne Dumont) Voir à la FnacVers une architecture, de Le Corbusier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois étapes précédentes, sérieusement.

Ce n'est pas un cours, et il ne faut surtout pas le lire comme tel. C'est un pamphlet, monté à partir d'articles parus dans L'Esprit Nouveau à partir de 1921, avec une maquette agressive qui juxtapose des paquebots, des avions, des automobiles et le Parthénon. La fameuse formule sur la maison comme machine à habiter vient de là, et elle a été citée hors contexte pendant un siècle.

Ce qu'il vous apprend précisément : qu'un bâtiment défend une idée du monde. Derrière chaque parti architectural il y a une thèse sur la manière dont on devrait vivre, et Le Corbusier a le mérite immense de l'écrire noir sur blanc au lieu de la dissimuler. Vous en sortirez capable de repérer la thèse implicite d'autres bâtiments, y compris ceux qui prétendent n'en avoir aucune.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la nuance. Le livre est de mauvaise foi par endroits, méprisant souvent, et l'urbanisme qu'il annonce a produit une partie des catastrophes des décennies suivantes. Lisez-le comme un document historique de première force, pas comme un guide.

Voilà pourquoi il arrive en quatrième. Un débutant qui l'ouvre en premier prend un manifeste pour une discipline. Un lecteur qui a fait le chemin peut le contredire, ce qui est infiniment plus utile.

Par où ne pas commencer

Les dictionnaires de styles et les guides d'ornements. Ils sont beaux, ils sont bien faits, et ils produisent exactement le savoir d'étiquettes décrit en ouverture. Gardez-les pour plus tard, quand vous saurez déjà voir : ils deviennent alors de très bons outils de datation.

Les traités fondateurs, Vitruve et Alberti. Les dix livres de Vitruve sont le plus ancien traité d'architecture conservé et un texte passionnant, mais il suppose un contexte romain que vous n'avez pas et une bonne part concerne les machines de guerre et l'hydraulique. Alberti a le même problème avec la culture humaniste du quinzième siècle. Ces textes se lisent en cinquième ou sixième position, avec une édition annotée.

Les monographies d'agences contemporaines. Un livre de trois cents pages sur une seule agence, plein de photographies grand angle sans personne dedans, vous apprend le goût d'une époque et rien d'autre. C'est de la documentation professionnelle, pas de la pédagogie.

Enfin, une mise en garde sur un format plutôt que sur un titre : méfiez-vous des ouvrages qui expliquent l'architecture uniquement par les photographies de façades. Une façade est le seul élément d'un bâtiment qu'une image restitue honnêtement, ce qui explique sa surreprésentation, et c'est aussi l'élément le moins architectural qui soit.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous feront pas marcher. C'est la limite absolue de cet apprentissage, et elle est plus sévère ici que dans n'importe quelle autre discipline artistique.

Prenez l'habitude d'une visite pour deux chapitres. Pas nécessairement une cathédrale : un hall d'immeuble haussmannien, une école des années trente, une médiathèque récente, un parking. Entrez, arrêtez-vous, comptez les secondes que met votre regard à trouver la sortie, notez à quelle hauteur se situe la première fenêtre, écoutez le bruit de vos pas. Ces observations valent trois livres.

Le second exercice, encore plus rentable, tient en un crayon. Dessinez de mémoire, le soir, le plan approximatif du lieu où vous êtes passé. Il sera faux. Le fait qu'il soit faux est précisément l'information : vous découvrirez que vous n'aviez pas vu où étaient les portes, ni combien de fenêtres donnaient sur la rue. Personne ne fait cet exercice, et il fait plus pour l'œil que tout le reste.

Enfin, un livre ne vous donnera pas le contexte technique et réglementaire. Une façade des années soixante-dix a la forme qu'elle a en partie à cause d'un règlement d'urbanisme, d'un prix du foncier et d'un procédé de préfabrication. Ces raisons prosaïques expliquent une bonne moitié du bâti autour de vous, et aucun ouvrage d'initiation ne les mentionne.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors un œil, un vocabulaire graphique et la conscience qu'un bâtiment argumente. C'est un point de départ solide, et la suite dépend de ce qui vous a retenu.

Si c'est la perception, poursuivez du côté de la phénoménologie de l'espace et des écrits sur l'ambiance lumineuse. Si c'est le dessin, prenez les autres ouvrages de Ching et achetez du papier. Si c'est la dimension politique révélée par Le Corbusier, allez vers l'histoire urbaine et vers les critiques du mouvement moderne écrites dans les années soixante et soixante-dix.

Vous pouvez aussi remonter d'un cran vers l'histoire des formes en général : notre article sur quels livres pour apprendre l'histoire de l'art donne le parcours équivalent pour la peinture et la sculpture, et celui sur quels livres pour apprendre l'art contemporain éclaire les débats dans lesquels baigne l'architecture d'aujourd'hui. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines, et vous pouvez parcourir les genres pour repérer les éditions illustrées, qui font une différence considérable sur ce sujet précis.

Par quel livre commencer l'architecture quand on part de zéro ?

Par « Apprendre à voir l'architecture » de Bruno Zevi, aux Éditions de Minuit. C'est le seul ouvrage d'initiation qui pose d'emblée la bonne question, celle de l'espace intérieur, au lieu de dérouler une frise des styles. Il se lit en quelques soirées, ne demande aucun bagage technique, et il change durablement votre manière d'entrer dans un bâtiment. Vous pourrez ensuite aller vers le vocabulaire graphique et les manifestes.

Faut-il savoir dessiner pour apprendre l'architecture dans les livres ?

Non pour comprendre, oui pour progresser vite. Aucun des livres cités ne demande de savoir dessiner. Mais l'exercice qui fait la différence est de croquer un plan approximatif du lieu où vous vous trouvez, avec les épaisseurs de murs et les ouvertures. Un croquis faux vous apprend davantage qu'un chapitre relu, parce qu'il rend visible ce que vous n'aviez pas regardé.

Quelle différence entre un livre d'histoire de l'architecture et un livre d'architecture ?

Le premier vous apprend à dater et à nommer : gothique rayonnant, néoclassique, brutalisme. Le second vous apprend à comprendre pourquoi une pièce vous met mal à l'aise, comment la lumière entre, ce que la structure permet. Les deux sont utiles, mais dans cet ordre-là seulement si vous êtes historien. Pour un curieux, commencer par les styles produit un savoir d'étiquettes qui ne résiste pas à la première visite.

Les manifestes d'architectes comme Le Corbusier sont-ils des livres pour débuter ?

Ce sont des textes de combat, pas des cours. « Vers une architecture » défend une position, moque ses adversaires et sélectionne ses exemples pour gagner. Lu en premier, il passe pour la vérité de la discipline. Lu en quatrième, après Zevi et Rasmussen, il devient beaucoup plus intéressant, parce que vous avez de quoi lui répondre.

Peut-on comprendre l'architecture sans visiter de bâtiments ?

Non, et c'est la limite propre à cette discipline. L'architecture est le seul art qui se pratique de l'intérieur, en marchant. Une photographie vous montre une façade, elle ne vous donne ni la hauteur sous plafond, ni l'écho, ni la fraîcheur d'une nef en août. Comptez une visite pour deux chapitres lus, et privilégiez les bâtiments ordinaires de votre ville aux chefs-d'œuvre lointains.

Un livre suffit-il pour lire un plan d'architecte ?

Le Ching vous donne toutes les conventions graphiques : coupe, élévation, axonométrie, trame, épaisseur de trait. C'est largement suffisant pour lire un plan et comprendre ce qu'un architecte vous montre lors d'un projet de rénovation. Cela ne suffit pas pour en dessiner un qui tienne, ce qui relève d'un apprentissage technique et réglementaire tout autre.

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