Quel livre offrir pour remercier quelqu'un ?
Le remerciement est le cadeau le plus mal calibré qui soit. Trop cher, il crée une dette : la personne se demande ce qu'elle vous doit maintenant. Trop tiède, il ne dit rien du tout, et le geste s'annule lui-même.
Un livre règle ce problème mieux que la plupart des objets, à condition de viser juste. Court, soigné, choisi avec attention, il dit merci sans réclamer de suite. Voici onze titres qui fonctionnent dans ce registre précis, et la manière de les accompagner.
Le registre exact du merci
Il y a une chose que les gens comprennent instinctivement en ouvrant un paquet : le rapport entre ce qu'ils ont fait pour vous et ce que vous leur donnez. Quand ce rapport est déséquilibré vers le haut, l'ambiance change. Le voisin qui a arrosé vos plantes pendant trois semaines et qui reçoit un coffret à quarante euros ne se sent pas remercié, il se sent gêné.
Le bon calibre est plus bas qu'on ne croit. Un poche, un petit format, un recueil. Ce qui doit être visible, c'est le choix, pas la dépense. Un livre à douze euros dont vous pouvez dire en deux phrases pourquoi il est fait pour cette personne-là vaut infiniment mieux qu'un beau livre pris sur la table des nouveautés.
Deuxième contrainte, souvent oubliée : un remerciement ne doit pas donner de travail. Offrir une trilogie de 1 200 pages à quelqu'un qui vous a rendu service, c'est lui confier une tâche supplémentaire. Le livre doit pouvoir se lire, ou ne pas se lire, sans que personne ait à s'en justifier.
Les récits brefs, quand le merci doit être net
Ce sont les cadeaux les plus efficaces du registre. Cent à cent cinquante pages, une belle langue, une histoire complète. On les finit en deux soirées et on s'en souvient des années.
Erri De Luca, « Trois chevaux » (Gallimard, 2001, traduit par Danièle Valin) Voir à la FnacTrois chevaux, de Erri De Luca (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un jardinier de soixante ans, un passé argentin qu'il a fui, une rencontre. De Luca écrit en phrases courtes et sèches, chaque page tient debout toute seule. Le livre fait une centaine de pages et laisse une impression étrangement durable, ce qui est exactement le service qu'on demande à un cadeau de remerciement.
Sándor Márai, « Les Braises » (Albin Michel, 1995 pour la réédition française, traduit par Marcelle et Georges Régnier) Voir à la FnacLes Braises, de Sándor Márai (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux vieux amis se retrouvent après quarante et un ans pour une seule conversation, un seul dîner. La réédition de 1995 a relancé Márai dans le monde entier, quarante ans après sa parution hongroise. C'est un livre sur l'amitié et sur ce qu'on se doit, ce qui tombe bien.
Aki Shimazaki, « Tsubaki » (Actes Sud, 1999) Voir à la FnacTsubaki, de Aki Shimazaki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une lettre posthume, un secret de famille, Nagasaki. Shimazaki écrit en français dans une langue dépouillée jusqu'à l'os. Premier volume d'un cycle de cinq, ce qui offre au destinataire une porte ouverte s'il aime : il pourra continuer sans que vous ayez rien imposé.
Les recueils, parce qu'on les repose sans culpabiliser
Le recueil est le format le plus sous-estimé du cadeau de remerciement. Il n'exige rien. On l'ouvre à n'importe quelle page, on le referme, on le reprend trois mois plus tard. Personne ne se sent en retard sur un recueil.
Alice Munro, « Fugitives » (L'Olivier, 2008) Voir à la FnacFugitives, de Alice Munro (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Huit nouvelles sur des femmes qui partent, ou qui envisagent de partir. Munro a reçu le prix Nobel de littérature en 2013 pour l'ensemble d'une œuvre presque entièrement composée de nouvelles, ce qui est unique. Chaque texte a la densité d'un roman en quarante pages.
Raymond Carver, « Les Vitamines du bonheur » (L'Olivier, 2010 pour l'édition française, traduit par Simone Hilling) Voir à la FnacLes Vitamines du bonheur, de Raymond Carver (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'Amérique des petits boulots, des couples fatigués, des conversations qui tournent mal dans une cuisine. Carver ne conclut jamais ses nouvelles, il les arrête. C'est déroutant à la première lecture et absolument marquant à la deuxième.
Wisława Szymborska, « De la mort sans exagérer » (Poésie/Gallimard, 2018, traduit et préfacé par Piotr Kamiński) Voir à la FnacDe la mort sans exagérer, de Wisława Szymborska (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). De la poésie qu'on peut offrir à quelqu'un qui ne lit pas de poésie, ce qui est rare. Szymborska, prix Nobel 1996, écrit avec une ironie douce et une clarté totale. Le poche Poésie/Gallimard est un bel objet, léger, discret, parfait dans ce registre.
Quand l'objet compte autant que le texte
Certains éditeurs français font des livres qu'on a envie de tenir. Pour un remerciement, ça change beaucoup de choses : la personne perçoit le soin avant même d'avoir lu la première ligne.
Ryoko Sekiguchi, « Nagori » (P.O.L, 2018) Voir à la FnacNagori, de Ryoko Sekiguchi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un texte sur la saisonnalité, sur le mot japonais qui désigne la nostalgie de la saison qui vient de s'achever. C'est un livre bref, sensoriel, écrit en français par une autrice japonaise. Il fonctionne remarquablement bien auprès de gens qui cuisinent, qui jardinent, ou qui aiment simplement les choses bien dites.
Junichirô Tanizaki, « Éloge de l'ombre » (Publications orientalistes de France, 1977, traduit par René Sieffert) Voir à la FnacÉloge de l'ombre, de Junichirô Tanizaki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un essai de 1933 sur la pénombre, les laques, le papier, la lumière des intérieurs japonais. Une soixantaine de pages. Beaucoup d'architectes et de photographes le citent comme un livre fondateur, et il est encore très rarement offert.
Akira Mizubayashi, « Une langue venue d'ailleurs » (Gallimard, 2011) Voir à la FnacUne langue venue d'ailleurs, de Akira Mizubayashi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un Japonais raconte comment il est tombé amoureux du français à dix-huit ans, en écoutant une émission de radio. Le livre a reçu le prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l'Académie française. À offrir à quelqu'un qui enseigne, qui traduit, ou qui vous a aidé à comprendre quelque chose.
Si le merci est vraiment grand
Il y a des services qu'on ne rembourse pas avec un poche. Quelqu'un qui vous a hébergé six semaines, qui vous a accompagné pendant une période difficile, qui a fait pour vous ce qu'on ne demande normalement pas.
Dans ce cas, ne montez pas en gamme, montez en durée. Un livre qu'on garde vingt ans dit mieux les choses qu'un livre cher.
Jacques Prévert, « Paroles » (Gallimard, 1946) Voir à la FnacParoles, de Jacques Prévert (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). C'est un des recueils de poésie les plus vendus de l'histoire de l'édition française, et c'est précisément pour ça qu'il marche. Presque tout le monde en connaît trois vers sans avoir jamais possédé le livre. L'offrir, c'est offrir à quelqu'un quelque chose qu'il croyait déjà avoir.
Étienne Klein, « Le Goût du vrai » (Gallimard, collection Tracts, 2020) Voir à la FnacLe Goût du vrai, de Étienne Klein (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une soixantaine de pages sur la manière dont on distingue le vrai du plausible, écrites pendant le confinement par un physicien. La collection Tracts publie des textes courts dans un format brut et élégant. C'est un cadeau intelligent qui ne fait pas la leçon, ce qui est plus difficile qu'il n'y paraît.
Le mot qui accompagne fait la moitié du travail
Un livre de remerciement sans mot est un livre à moitié offert. C'est la phrase manuscrite qui empêche le cadeau de basculer du côté de la transaction.
Trois règles simples. Nommez ce que la personne a fait, précisément, pas en général : « les trois semaines de septembre » vaut mieux que « votre gentillesse ». Dites pourquoi ce livre-là, même maladroitement. Et n'écrivez surtout pas que vous lui devez quelque chose, car c'est exactement l'effet que le cadeau doit éviter.
Écrivez sur la page de garde plutôt que sur une carte séparée. La carte se perd dans le mois, la page de garde reste dans le livre pour toujours, et sera relue par hasard dans dix ans.
Deux erreurs qui reviennent souvent
La première est le livre à message. Vous remerciez quelqu'un qui traverse une période compliquée, et vous choisissez un livre sur le sujet. L'intention est bonne, la réception est mauvaise : le cadeau se met à ressembler à un diagnostic, et le merci disparaît derrière le conseil.
La seconde est le livre sur le thème du service rendu. La personne vous a gardé le chien, vous offrez un livre sur les chiens. C'est mignon la première seconde et légèrement embarrassant la deuxième, parce que ça rappelle la dette au lieu de l'effacer. Un remerciement réussi parle d'autre chose que du service.
Si la personne est déjà grande lectrice et que vous craignez le doublon, un détour utile consiste à vérifier ce qu'elle a commencé sans finir. Un tome manquant se repère vite, et nos guides d'ordre de lecture permettent de savoir exactement lequel il lui faut. Pour un contexte professionnel, où les codes changent complètement, voyez plutôt notre guide sur le livre à offrir à un collègue.
Et si vous ne savez rien de ses goûts
C'est le cas le plus fréquent, et il est moins bloquant qu'il n'y paraît. Vous remerciez quelqu'un dont vous ignorez tout de la bibliothèque.
Prenez alors un livre bref et sensoriel plutôt qu'un roman. Un texte sur une saison, une ville, un métier, un objet. Le risque de tomber à côté est faible parce qu'il n'y a pas d'intrigue à aimer ou à détester, seulement une écriture à traverser. Les catalogues de genres sont utiles pour repérer ces formats courts quand on manque d'idées.
Et si vraiment vous hésitez, offrez le livre en librairie de quartier plutôt qu'en ligne, et demandez au libraire de glisser le ticket. Ce n'est pas un aveu d'incertitude, c'est la seule façon de laisser à l'autre la liberté de choisir lui-même. Ce qui, pour un remerciement, est peut-être le geste le plus juste de tous.
Quel budget pour un livre de remerciement ?
Faut-il offrir un livre qu'on a soi-même aimé ?
Un recueil de nouvelles ou de poèmes, est-ce un bon choix ?
Comment remercier quelqu'un qu'on connaît peu ?
Peut-on offrir un livre d'occasion pour remercier ?
Faut-il remercier avec un livre ou avec des fleurs ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.