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Quel livre offrir pour la fête des pères ? 11 idées qui seront vraiment lues

Onze livres à offrir pour la fête des pères, choisis pour être ouverts et pas exposés : récits, romans, BD, avec la raison de chaque choix et les pièges du dernier moment.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir pour la fête des pères ?

À l'approche du troisième dimanche de juin, les tables des librairies se couvrent de grands formats illustrés : les phares de France, les avions de la Seconde Guerre mondiale, les whiskies du monde entier. Ils sont beaux. Ils sont lourds. Ils seront feuilletés dix minutes.

La fête des pères pose un problème que le simple choix d'un livre pour son père ne pose pas. Il y a une date, elle arrive vite, et elle pousse à acheter un objet plutôt qu'une lecture. Voici onze titres qui se lisent réellement, classés par type de père, avec la raison précise de chaque choix.


Le beau livre est un piège, et tout le monde le sait

Je vais être direct : le grand format illustré est le pire cadeau de fête des pères, et c'est le plus offert.

Il a l'air d'un cadeau généreux. Il ne demande aucune connaissance du destinataire, juste un thème vaguement associé aux hommes. Et il ne se lit pas, parce qu'un livre de photographies ne se lit pas : il se consulte, une fois, puis il rejoint la pile sur la table basse où il tiendra lieu de sous-verre.

Il y a une exception, et une seule. Si votre père possède déjà quatre livres sur le même sujet, s'il vous les a montrés, s'il connaît les auteurs de référence du domaine, alors le beau livre devient un vrai cadeau parce qu'il entre dans une collection existante. Dans tous les autres cas, un récit de deux cents pages sera plus lu et coûtera moins cher.

Ce que la date vous impose

La contrainte n'est pas le jour, c'est la veille. Beaucoup de librairies indépendantes baissent le rideau le samedi en début de soirée et n'ouvrent pas le dimanche. Si vous achetez en ligne le mercredi, vérifiez le délai annoncé plutôt que la date de commande.

Un conseil qui fait gagner une heure : entrez en librairie avec une phrase, pas avec une catégorie. « Un récit historique court, pour quelqu'un qui regarde des documentaires mais ne lit presque jamais » donne un résultat en trois minutes. « Un livre pour mon père » ne donne rien, parce que le libraire n'a aucune information exploitable.

Dernier point sur le format : un livre offert le dimanche sera commencé, ou pas, dans les dix jours. Passé ce délai il devient un objet. Cela plaide pour le court plutôt que pour le monument de six cents pages qu'il faudra attaquer un jour, quand il y aura le temps.

Si votre père préfère le vrai au romanesque

C'est le profil masculin le plus fréquent et le plus mal servi. Beaucoup d'hommes qui affirment ne pas lire lisent en réalité de l'histoire, des enquêtes, des biographies. Ils ne considèrent simplement pas ça comme de la lecture.

Éric Vuillard, « L'Ordre du jour » (Actes Sud, 2017) Voir à la FnacL'Ordre du jour, de Éric Vuillard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Goncourt 2017, environ cent cinquante pages, et une écriture qui avance comme une caméra. Vuillard raconte l'Anschluss depuis les coulisses : les industriels allemands réunis pour financer le parti nazi, les chars en panne sur la route de Vienne. Le livre s'est vendu à près de trois cent mille exemplaires dans sa première année. C'est le meilleur cadeau possible pour un homme qui dit ne pas avoir le temps.

Laurent Binet, « HHhH » (Grasset, 2010) Voir à la FnacHHhH, de Laurent Binet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'attentat contre Reinhard Heydrich à Prague, raconté par un auteur qui n'arrête pas de s'interrompre pour dire ce qu'il invente et ce qu'il sait. Prix Goncourt du premier roman 2010. Ce dispositif agace certains lecteurs et fascine les autres, mais il rend le livre impossible à lâcher.

Ivan Jablonka, « Laëtitia ou la fin des hommes » (Seuil, 2016) Voir à la FnacLaëtitia ou la fin des hommes, de Ivan Jablonka (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Médicis 2016, ce qui est rare pour un texte qui n'est pas un roman. Jablonka reprend l'affaire Laëtitia Perrais et refuse le fait divers : il rend à une jeune femme assassinée son histoire, sa famille d'accueil, sa vie de serveuse. Dur, précis, et beaucoup plus émouvant qu'on ne s'y attend.

Si vous osez un roman qui parle de pères

Attention à ce que vous faites. Un livre sur la paternité offert par un enfant est reçu comme un message, qu'on le veuille ou non. Cela peut être magnifique. Cela peut aussi être maladroit.

Sorj Chalandon, « Profession du père » (Grasset, 2015) Voir à la FnacProfession du père, de Sorj Chalandon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un père mythomane qui se dit ancien parachutiste, professeur de judo, agent secret chargé d'abattre de Gaulle, et qui embarque son fils dans son délire. Prix du Style 2015. Chalandon écrit ici quelque chose de très personnel, et le roman a été porté à l'écran en 2020 par Jean-Pierre Améris.

Cormac McCarthy, « La Route » (Éditions de l'Olivier, 2008, traduit par François Hirsch) Voir à la FnacLa Route, de Cormac McCarthy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme et son fils traversent une Amérique brûlée en poussant un caddie. Prix Pulitzer 2007. C'est le livre le plus dépouillé qui soit sur ce qu'un père fait pour son enfant, et il fonctionne aussi bien auprès des lecteurs de science-fiction que des lecteurs de littérature.

Jean-Paul Dubois, « Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon » (Éditions de l'Olivier, 2019) Voir à la FnacTous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon, de Jean-Paul Dubois (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Goncourt 2019. Paul Hansen raconte sa vie depuis une cellule de la prison de Montréal, où il partage huit mètres carrés avec un Hells Angel. Drôle, mélancolique, fraternel. Si votre père aime les histoires d'hommes ordinaires qui se débrouillent, celui-ci ne rate jamais.

Nicolas Mathieu, « Leurs enfants après eux » (Actes Sud, 2018) Voir à la FnacLeurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Goncourt 2018, plus de quatre cent mille exemplaires vendus. Quatre étés dans une vallée lorraine après la fermeture des hauts-fourneaux. Pour un père qui a grandi dans une ville industrielle, la reconnaissance est immédiate : les mobylettes, les fêtes de village, les pères qui ne parlent pas de leur travail.

Si votre père marche, court ou a couru

Sylvain Tesson, « Sur les chemins noirs » (Gallimard, 2016) Voir à la FnacSur les chemins noirs, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Après une chute de plusieurs mètres qui a failli le tuer, Tesson traverse la France à pied par les sentiers oubliés, du Mercantour au Cotentin. Cent quarante pages. C'est un livre de convalescence autant qu'un livre de marche, et il parle très fort à un homme qui vient d'avoir soixante ans ou de passer un mauvais bilan de santé.

André Agassi, « Open » (Plon, 2009) Voir à la FnacOpen, de André Agassi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une des grandes autobiographies sportives, et elle commence par une phrase qui surprend tout le monde : Agassi déteste le tennis. Le père tyrannique, la machine à balles du jardin, la haine du sport qui l'a rendu célèbre. Un père qui ne lit que L'Équipe ira jusqu'au bout de ces cinq cents pages.

La bande dessinée est un excellent cadeau, et personne n'y pense

Il y a un réflexe idiot qui consiste à considérer la BD comme un cadeau pour enfants. Chez un adulte qui ne lit plus, c'est pourtant le format qui redonne le goût de tourner des pages, parce qu'il ne demande pas d'effort d'entrée.

Manu Larcenet, « Le Combat ordinaire » (Dargaud, 2003) Voir à la FnacLe Combat ordinaire, de Manu Larcenet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un photographe quitte Paris pour la campagne, règle ses comptes avec son enfance et regarde son père perdre la mémoire. Prix du meilleur album au festival d'Angoulême en 2004. La série compte quatre tomes, ce qui donne de la suite à offrir l'année suivante.

Manu Larcenet, « Le Rapport de Brodeck » (Dargaud, 2015 et 2016) Voir à la FnacLe Rapport de Brodeck, de Manu Larcenet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'adaptation en deux volumes du roman de Philippe Claudel, en noir et blanc, dans un format à l'italienne. Un village après la guerre, un étranger tué, un homme chargé d'écrire un rapport. Le premier tome a reçu le prix Landerneau BD 2015. C'est sombre et c'est une claque visuelle.

Si le cadeau vient de plusieurs enfants

Le livre supporte mieux le cadeau collectif que la plupart des objets, à une condition : la page de garde.

Faites signer tout le monde, une ligne chacun, y compris les petits qui écrivent trois mots de travers. Cette page sera relue dans quinze ans, et elle pèsera plus lourd que le texte imprimé derrière. Si vous offrez le premier tome d'une série, dites-le en toutes lettres : « le tome 2 arrive à Noël » transforme un cadeau en rendez-vous. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier dans quel ordre les tomes se suivent, ce qui évite d'offrir le troisième par erreur.

Autre option pour un budget partagé entre frères et sœurs : deux livres courts plutôt qu'un gros. Un récit et une BD, par exemple. Vous doublez les chances qu'au moins un des deux soit ouvert avant la fin du mois.

Les erreurs qu'on fait le samedi soir

La première est d'acheter le livre de la pile d'entrée. C'est celui que trois autres personnes de la famille ont peut-être déjà repéré, et il se sent à l'ouverture du paquet : il n'a été choisi par personne.

La deuxième est d'offrir le livre que vous voudriez qu'il lise. Vous connaissez la scène, elle se joue tous les ans : un essai sur l'écologie, un manuel de communication non violente, une biographie édifiante. C'est un reproche déguisé en cadeau, et il est reçu comme tel.

La troisième est plus bête et plus courante : ne pas vérifier qu'il l'a déjà. Demandez au libraire de noter la référence au dos du ticket et glissez le ticket dans le paquet. La plupart des librairies échangent un livre non lu dans les quinze jours, et personne n'a jamais été vexé par cette précaution.

Si vous n'arrivez pas à trancher, il reste une méthode qui marche mieux que toutes les listes : demandez-lui, en mai, quel est le dernier livre qu'il a aimé. Il répondra peut-être qu'il n'en lit plus. Écoutez la suite de la phrase, elle contient presque toujours le titre de ce qu'il faut offrir. Et si vous cherchez encore, la question se pose autrement pour un homme qui n'aime pas lire du tout.

Quand tombe la fête des pères et jusqu'à quand peut-on acheter ?

En France, la fête des pères tombe le troisième dimanche de juin. La contrainte réelle n'est pas la date mais l'horaire : beaucoup de librairies indépendantes ferment le samedi vers 19 h et n'ouvrent pas le dimanche. Si vous vous y prenez le samedi, allez-y l'après-midi, avec une idée en tête. Le libraire trouve en cinq minutes ce que vous cherchez une heure sur un écran.

Faut-il offrir un beau livre pour la fête des pères ?

C'est le cadeau le plus offert et le moins lu. Un grand format illustré sur les voitures anciennes ou les phares se feuillette dix minutes le jour même, puis reste posé. Il fonctionne uniquement si votre père a une passion documentée, qu'il collectionne déjà des livres sur le sujet, et qu'il vous a montré ceux qu'il possède. Sinon, un récit de 200 pages sera mieux reçu.

Que faire si mon père ne lit pas du tout ?

Ne lui offrez pas un roman en espérant déclencher une vocation. Visez la bande dessinée ou le récit très court, sous les 150 pages, avec un sujet dont il parle déjà. Un homme qui regarde des documentaires historiques le dimanche soir lira « L'Ordre du jour » d'Éric Vuillard. Le livre audio marche aussi très bien pour quelqu'un qui conduit beaucoup.

Grand format ou poche pour un cadeau de fête des pères ?

Le poche a un défaut de cadeau : il ne pèse rien dans les mains le jour de l'ouverture. Le grand format a un défaut de lecture : il ne tient pas dans une poche de veste. Si votre père lit dans les transports ou emmène son livre partout, prenez le poche et compensez en soignant l'emballage et la dédicace.

Un livre sur la relation père-fils, bonne ou mauvaise idée ?

Prudence. « Profession du père » de Sorj Chalandon ou « La Route » de Cormac McCarthy sont des livres superbes, mais ils vont être lus comme un message. Offrez-les si votre relation est assez solide pour supporter la question, ou si votre père lit assez pour recevoir un roman comme un roman. Dans le doute, prenez un récit sur un autre sujet.

Comment offrir un livre quand le cadeau vient de plusieurs enfants ?

Le livre supporte très bien le cadeau collectif, à une condition : que la page de garde porte les signatures de tout le monde, avec une ligne chacun. Des enfants de quatre et douze ans peuvent signer le même livre. C'est cette page-là qui sera relue dans quinze ans, et elle vaut souvent plus que le texte imprimé qui la suit.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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