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Quel livre offrir à une personne âgée ? Le guide du confort de lecture

Gros caractères, poids du livre, contraste, livre audio : ce qui décide vraiment si un livre offert sera lu, plus onze titres qui ne prennent personne de haut.

L'équipe Relit9 min de lecture

Quel livre offrir à une personne âgée ?

Il existe un rayon imaginaire, dans la tête de beaucoup de gens, qui s'appellerait « livres pour personnes âgées ». On y trouverait des histoires douces, des intrigues lentes, un vocabulaire prudent. Ce rayon n'existe pas, et c'est heureux.

Une lectrice de quatre-vingts ans a lu davantage que vous. Ce qui a changé chez elle n'est pas le goût, c'est le corps : les yeux se fatiguent plus vite, les mains tiennent moins longtemps, la concentration se joue sur vingt minutes au lieu de deux heures. Le cadeau réussi tient donc à une question très matérielle, celle du confort de lecture, à laquelle presque personne ne pense en librairie.


Ce que veut dire « lisible », concrètement

Prenez un roman relié de six cents pages, tenez-le d'une seule main, au lit, avec une lampe de chevet ordinaire. Vous avez l'expérience réelle qu'on offre.

Quatre paramètres décident si le livre sera lu. Le poids d'abord : au-delà de quatre cents grammes, la lecture migre du lit vers la table, et le temps de lecture réel s'effondre. La taille des caractères ensuite, mais aussi l'interlignage, qui compte presque autant : un texte de corps 12 très serré fatigue plus qu'un corps 11 aéré. Le contraste, troisième point, dépend du papier : un papier ivoire mat renvoie moins de reflets qu'un blanc brillant, ce qui soulage énormément un œil vieillissant. La reliure enfin, souvent oubliée : un livre qui refuse de rester ouvert à plat oblige à le maintenir de force, page après page, et c'est ce détail idiot qui fait abandonner.

Il faut aussi savoir que la fatigue oculaire s'annonce rarement. Beaucoup de gens arrêtent progressivement de lire sans jamais le dire à personne, parce que l'avouer ressemble à un aveu. Offrir une édition confortable règle un problème qui n'avait pas été formulé.

Les éditions en gros caractères, l'information que peu de gens ont

Plusieurs maisons d'édition françaises rachètent les droits de livres du commerce et les rééditent dans une typographie agrandie, sur un papier adapté, avec des marges plus larges. Les principales : À vue d'œil, Voir de près, Libra Diffusio installé au Mans, Feryane et La Loupe.

L'idée reçue veut que ces catalogues se limitent aux classiques et aux romans du terroir. C'est faux depuis longtemps. Ils suivent les rentrées littéraires, les prix, les polars à succès, la littérature étrangère. Vous pouvez très souvent offrir en gros caractères le livre dont la personne a entendu parler à la radio le mois dernier.

Deux moyens de s'en procurer. En librairie, n'importe quel libraire commande un titre en gros caractères sur demande, en deux ou trois jours, à condition que vous sachiez que ça existe. À Paris, la Librairie des grands caractères, au 6 rue Laplace dans le cinquième arrondissement, a été créée par deux de ces éditeurs pour rassembler l'ensemble des catalogues. Les bibliothèques municipales, elles, en ont presque toutes un rayon, souvent mal signalé.

Le livre audio règle ce que le papier ne règle pas

En cas de DMLA, de glaucome, de tremblements ou simplement d'yeux très fatigués le soir, le papier atteint sa limite. Le son, non.

Audiolib, la collection Écoutez lire de Gallimard, Lizzie et les éditions Thélème publient les nouveautés et le fonds classique, lus par des comédiens dont la voix fait souvent la moitié du plaisir. Un roman de trois cents pages représente huit à dix heures d'écoute, ce qui occupe plusieurs semaines à raison d'une heure par jour.

Un conseil qui change tout : offrez le matériel avec. Un livre audio sans appareil simple pour l'écouter reste une bonne intention. Une petite enceinte, un lecteur à gros boutons, ou le CD si la personne a encore une chaîne, valent mieux qu'une application à installer sur un téléphone.

Sachez enfin que les bibliothèques sonores de l'Association des donneurs de voix, présentes dans une centaine de villes françaises, prêtent gratuitement des livres enregistrés par des bénévoles, sur simple justificatif médical. Le service est ancien, discret, et très peu connu des familles.

Quand la mémoire fatigue, changez de forme, pas de niveau

C'est ici que la condescendance fait le plus de dégâts. On propose des livres « simples » à quelqu'un dont le problème n'est pas la compréhension mais la continuité.

Un roman à cinq narrateurs qui alterne trois époques exige de garder en tête une architecture entière entre deux séances de lecture. Un recueil de nouvelles, un récit en journal, un roman épistolaire ou un livre à chapitres de quatre pages n'exigent rien de tel : on repose, on reprend, on n'a rien perdu. Le texte peut être exigeant, dense, magnifiquement écrit. C'est la structure qui doit être clémente, pas la langue.

Autre chose, qu'on n'ose pas dire aux familles : relire est un vrai plaisir, pas un symptôme. Quelqu'un qui reprend chaque année le même Pagnol ne tourne pas en rond, il retrouve quelque chose. Offrir une belle édition d'un livre déjà lu est parfois le cadeau le plus juste.

Des livres courts qui ne prennent personne de haut

Philippe Claudel, « La Petite Fille de Monsieur Linh » (Stock, 2005) Voir à la FnacLa Petite Fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un vieil homme arrive en France avec un bébé dans les bras, ne parle pas la langue, et se lie avec un veuf sur un banc. Cent cinquante pages, des phrases nettes, une fin qui reste des années. S'il ne fallait en retenir qu'un dans cette liste, ce serait celui-là : il parle de vieillesse et d'exil sans une once d'apitoiement.

Kent Haruf, « Nos âmes la nuit » (Robert Laffont, 2016) Voir à la FnacNos âmes la nuit, de Kent Haruf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Addie, veuve, soixante-dix ans, propose à son voisin veuf de venir dormir chez elle pour parler dans le noir. Traduit par Anouk Neuhoff. Les chapitres font trois ou quatre pages, le livre entier se lit en deux soirs, et il traite le désir et la solitude à cet âge avec une simplicité qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Adapté au cinéma avec Robert Redford et Jane Fonda, ce qui aide parfois à faire accepter le cadeau.

Jean Giono, « L'Homme qui plantait des arbres » (Gallimard) Voir à la FnacL'Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une trentaine de pages sur un berger qui reboise seul une vallée de Provence. Le texte existe en édition illustrée, en gros caractères et en version lue. Pour quelqu'un qui ne lit plus beaucoup, c'est un livre qu'on peut finir en une fois, et c'est un sentiment précieux.

Anna Gavalda, « Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part » (Le Dilettante, 1999) Voir à la FnacJe voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, de Anna Gavalda (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Douze nouvelles, prix RTL-Lire 2000, plus d'un million d'exemplaires vendus. Chaque texte se boucle en quinze minutes. Le recueil est le format le plus sous-estimé de tous les cadeaux de livre : aucune obligation de se souvenir, aucun fil à rattraper.

Si le sujet de la vieillesse ne fait pas peur

Les familles évitent souvent ces livres par précaution. C'est presque toujours un contresens : les personnes concernées parlent de vieillir bien plus directement que leurs enfants.

Delphine de Vigan, « Les Gratitudes » (JC Lattès, 2019) Voir à la FnacLes Gratitudes, de Delphine de Vigan (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Michka perd ses mots, un par un, et deux personnes l'accompagnent. Les chapitres sont très courts et le livre entier tient sur cent soixante pages. Il a été un des grands succès de librairie de son année. Prenez cependant une seconde : si la personne vit exactement cette situation, le livre peut toucher trop juste.

Albert Cohen, « Le Livre de ma mère » (Gallimard, 1954) Voir à la FnacLe Livre de ma mère, de Albert Cohen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cohen écrit sur sa mère morte, sur le remords, sur les visites qu'on n'a pas faites. C'est bref, découpé en courts chapitres, et d'une intensité rare. Un livre qui parle de vieillesse aux vivants.

Si c'est le plaisir de lecture pur qu'on vise

Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie » (Gallimard, 2011) Voir à la FnacDans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six mois seul dans une cabane au bord du lac Baïkal, racontés au jour le jour. Prix Médicis essai 2011. La forme en journal autorise deux pages avant de dormir sans jamais perdre le fil, et le livre existe en version lue par l'auteur.

Marcel Pagnol, « La Gloire de mon père » (Éditions de Fallois) Voir à la FnacLa Gloire de mon père, de Marcel Pagnol (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les collines, les parties de chasse, l'instituteur, la tante Rose. Le texte est disponible dans à peu près toutes les formes possibles, y compris en gros caractères et en audio. Pour quelqu'un né avant 1960, il déclenche une mécanique de souvenirs personnels, ce qui vaut souvent mieux qu'une nouveauté brillante.

Antoine Laurain, « Le Chapeau de Mitterrand » (Flammarion, 2012) Voir à la FnacLe Chapeau de Mitterrand, de Antoine Laurain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un chapeau oublié dans une brasserie change la vie de quatre personnes successives, dans le Paris des années 1980. Léger, court, très bien construit, et rempli de détails d'époque qui font sourire ceux qui les ont vécus.

Fred Vargas, « Pars vite et reviens tard » (Viviane Hamy, 2001) Voir à la FnacPars vite et reviens tard, de Fred Vargas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un crieur public sur une place parisienne, des signes peints sur les portes, une peste qui revient. Vargas écrit des polars sans violence graphique, avec des personnages qu'on garde. Pour un lecteur de policiers qui a déjà fait le tour des séries anglo-saxonnes.

Paolo Cognetti, « Les Huit Montagnes » (Stock, 2017) Voir à la FnacLes Huit Montagnes, de Paolo Cognetti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Strega en Italie la même année. Deux garçons, une vallée du Val d'Aoste, quarante ans d'amitié et un père qui marche devant. Le livre est court, les chapitres tiennent en quelques pages, et il parle de transmission entre générations sans jamais appuyer.

Si la personne suit une série policière commencée il y a des années, vérifiez d'abord où elle en est. Nos guides d'ordre de lecture listent les séries tome par tome, ce qui évite le doublon, très fréquent dans ce cas.

Trois erreurs qui reviennent tout le temps

La première est le beau livre. Un ouvrage illustré de deux kilos sur les jardins de France ou les trains d'autrefois se feuillette trois minutes le jour de Noël, puis reste sur la table basse. Il fait plaisir à celui qui l'offre.

La deuxième est le livre à message, offert parce qu'on juge le sujet utile : l'essai sur le lâcher-prise, le témoignage sur le deuil, le guide pour bien vieillir. La réception est presque toujours mauvaise, parce que le cadeau se lit comme un diagnostic. Si le sujet vous paraît nécessaire, attendez que la personne l'aborde elle-même.

La troisième est plus subtile : offrir en pensant à la fin. On choisit des livres bilans, des grands récits testamentaires, comme si la personne devait faire ses comptes. Un roman policier bien ficelé ou un livre franchement drôle rendent un service plus grand. La vieillesse n'annule pas le droit de lire pour se distraire.

Ce qu'il vaut mieux vérifier avant d'aller en librairie

Trois questions règlent l'essentiel, et aucune n'est indiscrète si vous les posez sans solennité : est-ce qu'elle lit encore au lit ou seulement assise, est-ce qu'elle a changé de lunettes récemment, est-ce qu'il y a un livre entamé sur la table de nuit et depuis combien de temps.

Un livre entamé depuis huit mois n'est pas le signe d'un désintérêt pour la lecture. C'est presque toujours le signe d'un livre trop lourd, trop serré ou trop long. Le même titre, dans une édition en gros caractères ou en version lue, repart parfois du jour au lendemain. Pour un proche hospitalisé ou en convalescence, les critères se déplacent encore, et c'est un autre sujet. Pour une grand-mère dont vous connaissez bien les goûts, notre article sur le livre à offrir à sa grand-mère entre davantage dans le détail des genres.

Et si vous voulez faire vraiment plaisir, proposez de lire à voix haute. Une demi-heure par visite, un chapitre par fois. C'est le seul cadeau de cette liste qui ne s'achète pas.

Où trouver des livres en gros caractères ?

Plusieurs maisons françaises rééditent des livres du commerce dans une typographie agrandie : À vue d'œil, Voir de près, Libra Diffusio, Feryane, La Loupe. Leurs catalogues suivent les nouveautés et les prix littéraires, pas seulement les classiques. N'importe quelle librairie peut commander un de ces titres, et la plupart des bibliothèques municipales en tiennent un rayon. À Paris, la Librairie des grands caractères, rue Laplace dans le cinquième arrondissement, rassemble ces catalogues en un seul lieu.

Grand format ou poche pour une personne âgée ?

Ni l'un ni l'autre par principe. Regardez deux choses en librairie : le poids et la taille des caractères. Un poche pèse trois fois moins qu'un grand format relié, ce qui compte énormément pour lire au lit, mais sa typographie est parfois minuscule. Ouvrez le livre, soupesez-le, lisez trois lignes à bout de bras. Deux minutes de vérification valent mieux qu'un beau volume qui restera fermé.

Faut-il offrir un livre facile à une personne âgée ?

Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Vieillir ne diminue pas le goût littéraire, ni le vocabulaire, ni la capacité à suivre une intrigue exigeante. Ce qui change, c'est la fatigue physique de lire : les yeux, les mains, la durée de concentration en une seule fois. Il faut donc un livre lisible et bien découpé, pas un livre simplifié. Un roman court et dense passe très bien, un pavé de sept cents pages non.

Le livre audio est-il un bon cadeau ?

C'est souvent le meilleur, surtout en cas de fatigue oculaire, de DMLA ou de tremblements. Audiolib, la collection Écoutez lire de Gallimard, Lizzie et les éditions Thélème publient les nouveautés et les grands classiques lus par des comédiens. Prévoyez aussi le matériel, une enceinte simple ou un lecteur à gros boutons, sinon le cadeau reste à l'état d'intention. Les bibliothèques sonores de l'Association des donneurs de voix prêtent gratuitement des enregistrements sur justificatif médical.

Que faire si la mémoire commence à flancher ?

Changez la forme du livre, pas son niveau. Les recueils de nouvelles, les récits en journal, les romans épistolaires et les livres à chapitres très courts se reprennent sans avoir à se souvenir de rien. Évitez les romans à narrateurs multiples et à allers-retours entre plusieurs époques, qui demandent de garder en tête une architecture entière. Un livre relu volontairement, dont l'intrigue est déjà connue, reste par ailleurs un plaisir parfaitement légitime.

Peut-on offrir une liseuse plutôt qu'un livre ?

Oui, à condition de la préparer entièrement avant de l'offrir. Une liseuse permet d'agrandir la police autant qu'on veut, s'éclaire seule et pèse moins de deux cents grammes, ce qui règle trois problèmes d'un coup. Mais offerte dans sa boîte, avec un compte à créer, elle finit dans un tiroir. Configurez-la, chargez cinq livres choisis, réglez la taille du texte, et emballez-la avec un livre papier pour le geste.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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