Quel livre offrir à un adolescent ?
Un garçon de quinze ans qui reçoit un livre le retourne, lit la quatrième de couverture en trois secondes, dit merci, et pose l'objet. Ce qui se joue dans ces trois secondes est simple : il cherche à savoir si on lui offre une histoire ou une intention.
Le livre qui contient une intention finit sur l'étagère. Le roman sur l'écologie offert à celui qui joue trop, l'essai sur les écrans, la biographie inspirante, le classique « qu'il faut avoir lu » : tous portent le même message, et il l'entend parfaitement. Voici douze titres qui n'en portent aucun.
Le piège du livre qui veut faire du bien
C'est l'erreur la plus courante, et elle vient d'une bonne intention. On profite du cadeau pour glisser un contenu utile, quelque chose sur le harcèlement, l'orientation, la confiance en soi, la lecture elle-même.
Un adolescent repère ce mécanisme instantanément, parce qu'on le lui applique toute la journée au collège et à la maison. Un cadeau qui reprend la voix des adultes cesse d'être un cadeau. Et le problème est plus large qu'un livre raté : à force de recevoir des lectures pédagogiques, beaucoup de garçons finissent par ranger la lecture entière dans la catégorie des choses imposées.
Un livre offert à cet âge n'a qu'une seule fonction : donner envie de tourner la page suivante à onze heures du soir alors que le réveil sonne à sept heures. Le reste vient tout seul, ou ne vient pas, et ce n'est pas votre affaire.
Commencez par ce qu'il regarde
Le meilleur renseignement n'est pas dans sa bibliothèque, il est dans son historique de séries et dans ses jeux.
Quelqu'un qui joue à des jeux de survie ou de construction accroche à la science-fiction pragmatique. Quelqu'un qui regarde des animés japonais lira des mangas sans hésiter. Quelqu'un qui a fini une série fantasy en streaming acceptera un roman du même monde bien plus facilement qu'un roman primé dont il n'a jamais entendu parler.
Autre signal utile : les livres qu'on lui a imposés au collège et qu'il a détestés. Ils vous disent au moins ce qu'il faut éviter. Un garçon qui a souffert sur un roman réaliste du dix-neuvième siècle n'a pas besoin d'un autre roman réaliste, même contemporain, même court.
Fantasy, la porte d'entrée compte plus que le titre
La fantasy reste le rayon le plus efficace pour cette tranche d'âge, à une condition : ne pas offrir un pavé de neuf cents pages à quelqu'un qui n'a jamais fini un roman.
Christopher Paolini, « Eragon » (Bayard Jeunesse, 2004) Voir à la FnacEragon, de Christopher Paolini (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un garçon de quinze ans trouve un œuf de dragon. Paolini l'a écrit à dix-neuf ans, ce qui compte réellement pour un lecteur du même âge, et le récit avance vite. Premier tome d'un cycle de quatre, donc du carburant pour deux ans.
Rick Riordan, « Percy Jackson, tome 1, Le Voleur de foudre » (Albin Michel, collection Wiz, 2006, traduit par Mona de Pracontal) Voir à la FnacPercy Jackson, tome 1, Le Voleur de foudre, de Rick Riordan (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un adolescent dyslexique et hyperactif découvre qu'il est le fils de Poséidon. Les chapitres sont courts, l'humour est constant, et c'est souvent le livre qui débloque un lecteur bloqué. Il fonctionne mieux vers 12 ou 13 ans que vers 16.
Jean-Claude Mourlevat, « Le Combat d'hiver » (Gallimard Jeunesse, 2006) Voir à la FnacLe Combat d'hiver, de Jean-Claude Mourlevat (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre adolescents s'échappent d'un internat carcéral et reprennent le combat perdu par leurs parents. Mourlevat a reçu le prix Astrid Lindgren en 2021, la plus haute distinction internationale en littérature jeunesse. C'est sombre, tendu, écrit avec un vrai souffle, et ça respecte son lecteur.
Dystopie et survie
Le genre a été saturé après 2010, puis oublié, ce qui le rend paradoxalement neuf pour un adolescent d'aujourd'hui : il n'était pas né quand tout le monde en parlait.
Suzanne Collins, « Hunger Games », tome 1 (Pocket Jeunesse, 2009, traduit par Guillaume Fournier) Voir à la FnacSuzanne Collins, « Hunger Games », tome 1 (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vingt-quatre adolescents dans une arène, un seul survivant, une télévision qui filme tout. On l'associe souvent à un lectorat féminin à cause du film, ce qui est une erreur de lecture : c'est un roman sur la violence politique et la mise en scène du pouvoir, et il tient encore parfaitement.
« U4 » (Nathan et Syros, 2015). Quatre romans parus le même jour, écrits par Florence Hinckel, Carole Trébor, Vincent Villeminot et Yves Grevet, qui racontent la même épidémie depuis quatre personnages différents et se lisent dans l'ordre que l'on veut. Un virus a tué plus de neuf Européens sur dix, seuls certains adolescents survivent. Le dispositif est malin et il donne envie de lire le suivant pour comprendre ce qu'on a manqué.
Manga, la question n'est pas si mais lequel
Beaucoup d'adultes hésitent encore, en soupçonnant le manga d'être une sous-lecture. C'est une position intenable : un adolescent qui lit vingt volumes de manga par an lit davantage que la plupart des adultes de son entourage.
Hajime Isayama, « L'Attaque des Titans » (Pika, 2013) Voir à la FnacL'Attaque des Titans, de Hajime Isayama (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une humanité réfugiée derrière des murailles, des géants qui les franchissent, et une intrigue politique qui devient beaucoup plus retorse qu'elle n'en a l'air. Trente-quatre tomes, série terminée. Conseillé à partir de 15 ans, la violence est réelle.
Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, « Death Note » (Kana, 2007) Voir à la FnacDeath Note, de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un lycéen surdoué trouve un carnet qui tue quiconque y voit son nom inscrit. Le duel avec le détective L est un pur jeu de logique, et la série tient en douze tomes, ce qui en fait un cadeau autonome et fini.
Hiromu Arakawa, « Fullmetal Alchemist » (Kurokawa, 2005) Voir à la FnacFullmetal Alchemist, de Hiromu Arakawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux frères tentent une transmutation interdite pour ressusciter leur mère et le paient très cher. Vingt-sept tomes, une construction sans temps mort, et une morale qui ne moralise jamais. Si vous ne deviez en offrir qu'un, ce serait celui-là.
Makoto Yukimura, « Vinland Saga » (Kurokawa, 2009) Voir à la FnacVinland Saga, de Makoto Yukimura (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vikings, vengeance, puis un basculement complet vers une question sur la violence elle-même. Pour un lecteur de 15 à 17 ans qui pense avoir fait le tour des combats.
Si le manga est déjà son terrain, vous gagnerez du temps avec notre guide sur le livre à offrir à quelqu'un qui aime les mangas, qui traite la question des séries en cours et des coffrets.
Pour celui qui joue
Ernest Cline, « Ready Player One » (Michel Lafon, 2013, paru d'abord en français sous le titre « Player One ») Voir à la FnacReady Player One, de Ernest Cline (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). En 2045, l'humanité vit dans un monde virtuel et son créateur y a caché un trésor. Le livre est bourré de références aux jeux et à la pop culture des années 1980, ce qui amuse aussi le parent qui l'offre.
Andy Weir, « Seul sur Mars » (Bragelonne, 2014) Voir à la FnacSeul sur Mars, de Andy Weir (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un astronaute abandonné sur Mars survit avec des pommes de terre, du calcul et beaucoup de sarcasme. C'est de la résolution de problèmes pure, drôle, et ça marche très bien avec les adolescents qui se disent scientifiques et pas littéraires.
S'il a 16 ou 17 ans et qu'il veut qu'on le prenne au sérieux
À cet âge, offrir un livre estampillé jeunesse peut se recevoir comme une remarque sur sa maturité. Passez au rayon adulte.
Alain Damasio, « La Horde du Contrevent » (La Volte, 2004) Voir à la FnacLa Horde du Contrevent, de Alain Damasio (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vingt-trois personnages remontent un continent contre un vent qui ne s'arrête jamais, chacun avec sa propre voix et son propre signe typographique. Grand Prix de l'Imaginaire 2006, plus de cent trente mille exemplaires écoulés en poche. C'est exigeant, et c'est justement le message : je vous crois capable de le lire.
Prévenez seulement que les cinquante premières pages demandent un effort. Un adolescent qui sait qu'un livre commence difficilement tient bon. Un adolescent qui ne le sait pas croit qu'il n'y arrive pas.
Coffret, tome 1, ou rien du tout
Le coffret est le cadeau qui rassure celui qui l'offre et écrase celui qui le reçoit. Six volumes alignés dans un étui deviennent une dette. Le premier tome laisse le choix, coûte moins cher, et vous donne une idée pour l'anniversaire suivant.
Une exception : s'il a déjà lu les trois premiers tomes empruntés au CDI et qu'il en parle, alors le coffret devient un cadeau formidable. Vérifiez juste où il en est. Pour les séries longues, nos guides d'ordre de lecture évitent le doublon et le tome manquant, qui sont les deux ratages classiques.
Une dernière remarque sur les séries interminables. « One Piece » d'Eiichirō Oda (Glénat depuis 2000) dépasse largement cent volumes et se vend à des centaines de millions d'exemplaires dans le monde. C'est un cadeau parfait pour quelqu'un qui la suit, et une montagne décourageante pour quelqu'un qui découvre.
Ce qui se passe après
Vous ne saurez peut-être jamais s'il a lu le livre. Il ne le dira pas, ou il le dira à quelqu'un d'autre, ou il le dira dans quatre ans.
C'est la particularité de ce cadeau-là : il ne produit aucun retour immédiat et il travaille lentement. Beaucoup de lecteurs adultes savent nommer le livre exact qui les a fait basculer vers quinze ans, et presque aucun n'a jamais remercié la personne qui le leur avait offert. Si la personne à qui vous pensez est une fille, l'exercice change un peu, et nous avons écrit un guide séparé sur le livre à offrir à une adolescente.
Faut-il offrir un manga à un adolescent qui n'en lit pas encore ?
À partir de quel âge peut-on offrir un roman pour adultes ?
Que faire s'il ne lit rien du tout ?
Un coffret ou le premier tome d'une série ?
Comment savoir ce qu'il a déjà lu ?
Les livres primés en littérature jeunesse sont-ils un bon repère ?
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