Quel livre offrir à quelqu'un qui aime les mangas ?
Le problème du cadeau manga n'est presque jamais un problème de goût. Vous savez à peu près ce que la personne aime, vous avez vu sa bibliothèque, vous avez retenu deux ou trois titres. Le problème est arithmétique.
Un manga se lit rarement seul. Il s'inscrit dans une série de dix, vingt, parfois cent volumes, publiée à un rythme que l'éditeur français décide et que personne ne contrôle. Offrir un tome au hasard dans cette mécanique, c'est offrir soit un doublon, soit une dette. Voici comment s'en sortir, avec quatorze titres classés par profil de lecteur.
Le tome 1 est un cadeau ambigu
Prenons la situation la plus courante. Vous offrez le premier volume d'une série qu'on vous a recommandée. La personne ouvre le paquet, remercie sincèrement, lit le tome dans la soirée, et se retrouve avec une histoire interrompue à la page 190 et trente-neuf volumes à acheter elle-même.
Vous ne lui avez pas offert un livre. Vous lui avez offert le début d'une dépense. C'est très bien si elle en avait envie, c'est franchement inconfortable sinon.
Trois façons de contourner ça. Offrir les trois ou quatre premiers tomes ensemble, ce qui donne assez de matière pour que la série existe vraiment. Offrir une série courte, terminée, qui tient dans un cadeau. Ou offrir un one-shot, format sous-estimé sur lequel je reviens plus bas.
Vérifiez ce qu'il a déjà, et sous quelle édition
Le doublon est l'autre grand risque, et il est plus vicieux qu'il n'en a l'air, parce qu'un même manga existe souvent en plusieurs éditions incompatibles.
Une série peut coexister en édition simple, en édition perfect au format plus grand, en édition deluxe couleur et en intégrale coffret. Offrir un tome d'édition perfect à quelqu'un qui collectionne l'édition simple casse l'alignement de son étagère, et ça compte énormément pour un collectionneur. La règle est simple : dans le doute, photographiez discrètement sa bibliothèque avant d'aller en librairie. La tranche vous dira l'éditeur, le format et le numéro du dernier tome possédé.
Deuxième vérification, plus rapide : demandez au libraire si la série est terminée en France. Une série achevée au Japon peut avoir encore quatre tomes à paraître ici, et vous risquez d'offrir un cadeau qui laisse la personne en plan.
Si c'est un lecteur de shonen
Le shonen est la catégorie la plus visible et la plus fournie, donc celle où le doublon guette le plus. Visez les séries terminées, elles font de meilleurs cadeaux.
Gege Akutami, « Jujutsu Kaisen » (Ki-oon, 2020 pour le premier tome français) Voir à la FnacJujutsu Kaisen, de Gege Akutami (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trente volumes, série achevée au Japon. C'est du combat surnaturel très dense, avec une construction de personnages plus dure et plus adulte que la moyenne du genre. Le fait qu'elle soit finie en fait un cadeau propre : on offre une histoire complète, pas un abonnement.
Takehiko Inoue, « Slam Dunk » (Kana) Voir à la FnacSlam Dunk, de Takehiko Inoue (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trente et un tomes en édition d'origine, réédités par Kana en Star Edition au format plus grand. Le meilleur manga de sport jamais écrit, et un cas rare : il fonctionne aussi bien sur quelqu'un qui déteste le basket. Si la personne a vu le film d'animation sorti en 2023 sans avoir lu la série, c'est le cadeau évident.
Hiromu Arakawa et son alchimie d'acier restent la valeur sûre absolue du genre, mais elles figurent dans à peu près toutes les bibliothèques de lecteur de shonen. Vérifiez avant d'acheter.
Si c'est un lecteur de seinen
Le seinen est là où le manga devient le plus intéressant à offrir, parce que c'est là que se trouvent les séries courtes, denses, et souvent absentes des bibliothèques des lecteurs installés.
Naoki Urasawa, « Monster » (Kana) Voir à la FnacMonster, de Naoki Urasawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un neurochirurgien japonais en Allemagne sauve la vie d'un enfant qui devient un tueur en série. Dix-huit tomes en édition simple, neuf en Perfect Edition. C'est du thriller pur, construit comme une série télévisée, et ça convertit des gens qui affirmaient ne pas aimer les mangas.
Naoki Urasawa, « Pluto » (Kana, 2010) Voir à la FnacPluto, de Naoki Urasawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Huit tomes, et sans doute le cadeau manga le mieux calibré qui existe. Urasawa reprend un arc d'Astro Boy de Tezuka et en fait une enquête policière sur des robots qu'on assassine. Court, fini, magnifique, accessible à quelqu'un qui n'a jamais lu de manga de sa vie.
Inio Asano, « Bonne nuit Punpun » (Kana) Voir à la FnacBonne nuit Punpun, de Inio Asano (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Treize tomes sur une adolescence japonaise qui se délite. Prévenez la personne : c'est un des mangas les plus déprimants jamais publiés, et c'est précisément pour ça qu'il marque. À réserver à quelqu'un qui aime être remué.
Shûzô Oshimi, « Les Liens du sang » (Ki-oon) Voir à la FnacLes Liens du sang, de Shûzô Oshimi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Dix-sept tomes, série terminée. Un adolescent, sa mère, et un accident dans un escalier. Le suspense y est domestique et l'angoisse monte lentement. Excellent pour un lecteur de polars qui n'a jamais essayé le manga.
Katsuhiro Ôtomo, « Akira » (Glénat) Voir à la FnacAkira, de Katsuhiro Ôtomo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six tomes en édition noir et blanc. Une référence historique dont beaucoup de lecteurs connaissent le film sans avoir jamais ouvert la bande dessinée, qui raconte une histoire bien plus vaste. L'édition en six volumes se coffre facilement.
Si c'est une lectrice de josei, ou si elle n'a jamais essayé
Le josei, destiné à l'origine aux lectrices adultes, est le rayon le plus mal servi par les libraires généralistes et le plus riche en bons cadeaux. C'est aussi la catégorie où un lecteur de shonen chevronné n'a souvent rien lu du tout.
Fumi Yoshinaga, « Le Pavillon des hommes » (Kana) Voir à la FnacLe Pavillon des hommes, de Fumi Yoshinaga (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Dix-neuf tomes, terminée. Une uchronie où une épidémie a décimé les hommes du Japon d'Edo, et où le shogun est une femme entourée d'un harem masculin. C'est de la politique, du costume et de l'ironie, magnifiquement dessiné. Le cadeau à faire à quelqu'un qui lit des romans historiques et méprise un peu le manga.
Chica Umino, « Honey and Clover » (Kana) Voir à la FnacHoney and Clover, de Chica Umino (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Dix tomes sur une bande d'étudiants d'une école d'art à Tokyo, leurs amours ratées et leur peur de l'après. Doux, drôle, mélancolique. C'est le manga qu'on offre à quelqu'un de vingt-cinq ans qui ne sait pas quoi faire de sa vie.
Moyoco Anno, « Sakuran » (Pika) Voir à la FnacSakuran, de Moyoco Anno (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un seul volume, ce qui en fait un cadeau immédiatement complet. Une courtisane du quartier de Yoshiwara, un dessin somptueux, un ton nettement plus rageur que ce que le sujet laisse attendre.
Le one-shot, l'arme la plus sous-estimée
Si vous ne deviez retenir qu'une chose de cet article : le manga en un ou deux volumes existe, il est excellent, et presque personne n'y pense pour un cadeau.
Tatsuki Fujimoto, « Look Back » (Kazé, 2022) Voir à la FnacLook Back, de Tatsuki Fujimoto (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent quarante pages sur deux collégiennes qui dessinent des mangas. C'est le meilleur cadeau manga possible pour quelqu'un qui crée quelque chose, quel que soit son médium. On le lit en quarante minutes et on y repense pendant des semaines.
Fumiyo Kôno, « Dans un recoin de ce monde » (Kana) Voir à la FnacDans un recoin de ce monde, de Fumiyo Kôno (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux tomes sur une jeune femme à Kure, près de Hiroshima, entre 1944 et 1945. Le quotidien y occupe presque toute la place, la guerre arrive par les bords. Un des livres les plus délicats jamais faits sur le sujet.
Yoshihiro Tatsumi, « Une vie dans les marges » (Cornélius) Voir à la FnacUne vie dans les marges, de Yoshihiro Tatsumi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'autobiographie du dessinateur qui a inventé le mot gekiga pour désigner le manga adulte, dans le Japon d'après-guerre. Le deuxième tome a reçu le prix Regards sur le monde au festival d'Angoulême 2012. C'est de l'histoire du médium racontée de l'intérieur, parfaite pour un lecteur qui commence à s'intéresser aux coulisses.
Coffrets et éditions perfect : quand ça vaut le coup
Un coffret fait un beau paquet et rate souvent sa cible. La question à se poser n'est pas « est-ce que la série lui plaira » mais « est-ce qu'elle possède déjà ces tomes ».
Un coffret d'intégrale suppose un rachat complet de la série. Ça n'a de sens que dans deux cas : la personne aime déjà énormément cette histoire et rêve d'une belle édition, ou elle ne l'a jamais lue et vous lui offrez tout d'un coup. Entre les deux, c'est un cadeau qui reste emballé.
Les éditions perfect, deluxe ou master posent le même problème avec un raffinement supplémentaire : le format ne s'aligne pas avec l'édition simple. Un collectionneur préfère souvent un tome de plus dans sa série en cours qu'un beau volume qui dépasse sur l'étagère.
Les coffrets des trois ou quatre premiers tomes, en revanche, sont d'excellents cadeaux de découverte. Assez pour entrer dans l'histoire, pas assez pour créer une obligation.
Ce qu'il ne faut pas offrir
Une série en cours et très longue. Offrir le tome 1 d'une histoire de cent volumes toujours en publication revient à demander à quelqu'un de s'engager pour dix ans.
Une série inachevée par accident. Kentarô Miura, « Berserk » (Glénat) est un chef-d'œuvre du seinen dark fantasy, et son auteur est mort en 2021 en laissant l'histoire suspendue. Un lecteur averti peut vouloir la lire quand même. Un lecteur qui la découvre par votre cadeau vous en voudra au tome 40.
Le tome du milieu. Ça semble évident, et pourtant ça arrive tout le temps, parce qu'un vendeur a dit « c'est le meilleur ». Un tome 12 offert à quelqu'un qui en est au 5 est un cadeau qu'on range sans le lire.
Enfin, le manga choisi parce qu'il est en tête de gondole. La table des nouveautés reflète le calendrier de sortie de l'éditeur, pas les goûts de la personne. Si vous ne savez vraiment pas, un one-shot fini vaut toujours mieux qu'une nouveauté en cours.
Une dernière piste, si vous séchez
Regardez ce qu'elle regarde, pas seulement ce qu'elle lit. Une grande partie des lecteurs de mangas découvrent les histoires par leur adaptation animée et ne lisent jamais l'original, alors que celui-ci va souvent plus loin, plus vite, ou se termine autrement.
Demander « tu as fini l'anime de quoi, récemment ? » est la question la plus efficace du monde pour trouver un cadeau, et elle ne vend pas la mèche. La réponse vous donnera un titre, un point d'arrêt précis, et parfois même le numéro du tome où reprendre. Nos guides d'ordre de lecture couvrent les grandes sagas volume par volume, ce qui règle la question du doublon. Et si la personne lit large, un détour par la bande dessinée franco-belge la surprendra plus qu'un manga de plus.
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