Quel livre offrir à son mari ?
Il y a un scénario que beaucoup de femmes connaissent. Le livre est offert, remercié sincèrement, posé sur la commode. Un an plus tard il est toujours là, avec le marque-page publicitaire de la librairie encore glissé au début.
Cela n'a rien à voir avec l'ingratitude. C'est presque toujours une question de calibrage : un roman trop long pour quelqu'un qui lit quinze minutes le soir en s'endormant à la troisième page, ou un sujet choisi pour l'homme qu'il était il y a quinze ans. Voici onze titres classés par situation de lecture réelle, avec la raison précise pour laquelle chacun tient debout.
Regardez ce qu'il lit, pas ce qu'il dit lire
Beaucoup d'hommes se décrivent comme lecteurs d'essais et de biographies, et lisent en réalité des polars et des articles longs sur leur téléphone. Ce n'est pas de la coquetterie, c'est une image de soi qui traîne depuis les années de fac.
Le renseignement fiable se trouve ailleurs. Regardez ce qu'il regarde en série et en documentaire, c'est un bien meilleur indicateur que sa bibliothèque. Un homme qui enchaîne les documentaires sur les fonds marins, les procès ou les catastrophes industrielles lira sans problème un récit vrai de 400 pages, alors qu'il vous a dit qu'il n'avait plus le temps de lire.
Deuxième indice, souvent négligé : où lit-il ? Dans le train, il peut tenir un roman dense. Au lit, à 23 h, il ne tiendra rien qui dépasse dix pages sans reprise de souffle. Le lieu détermine le format bien plus que le goût.
S'il n'a pas fini un livre depuis des années
Le pire cadeau dans ce cas est le gros roman ambitieux. Il agit comme un devoir à rendre, et il finit sous une pile de courrier.
Christophe Chabouté, « Tout seul » (Vents d'Ouest, 2008) Voir à la FnacTout seul, de Christophe Chabouté (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire d'un homme né difforme qui vit depuis toujours dans un phare, seul, avec un dictionnaire pour imaginer le monde extérieur. Presque sans dialogue, tout en noir et blanc. Cela se lit en une soirée et cela reste des mois. Pour un lecteur qui a décroché, c'est la meilleure porte de retour que je connaisse.
Fabcaro, « Zaï zaï zaï zaï » (6 Pieds sous terre, 2015) Voir à la FnacZaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme oublie sa carte de fidélité au supermarché et devient un fugitif traqué par tout le pays. Une satire absurde du bruit médiatique, drôle à voix haute. Le genre de livre qu'il vous lira par-dessus votre épaule, ce qui est le signe qu'un cadeau a marché.
Le recueil de nouvelles mérite aussi d'être considéré ici, alors que personne n'y pense : cent pages qu'on finit produisent plus d'effet que six cents qu'on abandonne, et on n'a pas à se souvenir de l'intrigue d'un soir sur l'autre.
Pour un anniversaire de mariage
L'écueil habituel est le livre sur l'amour, qui raconte le début. Vous n'en êtes plus là depuis longtemps. Un livre sur une vie entière sera plus juste, et il aura le mérite de ne pas être gênant à ouvrir devant les enfants.
John Williams, « Stoner » (Le Dilettante, 2011) Voir à la FnacStoner, de John Williams (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La vie d'un professeur de littérature américain du début du vingtième siècle, un mariage raté, une carrière modeste, une passion contrariée. Le livre a été publié en 1965 dans une indifférence complète avant de devenir un phénomène quarante ans plus tard. C'est un roman sur ce qu'on ne dit pas dans un couple, écrit sans une once de sentimentalité. À offrir à un homme qui aime les livres qui ne cherchent pas à plaire.
Jean-Paul Dubois, « Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon » (L'Olivier, 2019) Voir à la FnacTous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon, de Jean-Paul Dubois (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Goncourt 2019. Un ancien gardien d'immeuble raconte sa vie depuis sa cellule de prison à Montréal, où il partage huit mètres carrés avec un motard des Hells Angels. Drôle, mélancolique, très rapide à lire malgré le prix. Un excellent cadeau pour quelqu'un qui se méfie des Goncourt réputés indigestes.
S'il préfère les histoires vraies
C'est le registre le plus sûr pour un homme qui lit peu de fiction, et le plus mal desservi par les listes de cadeaux, qui proposent invariablement une biographie de chef d'État.
David Grann, « Les Naufragés du Wager » (Éditions du Sous-Sol, 2023) Voir à la FnacLes Naufragés du Wager, de David Grann (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). En 1740, un navire de guerre britannique fait naufrage au large de la Patagonie. Suivent la famine, la mutinerie, un meurtre devant témoins, et une cour martiale à Londres où chaque survivant raconte une version différente. Grann reconstitue tout cela à partir des journaux de bord. Cela se lit comme un thriller et c'est entièrement documenté.
Emmanuel Carrère, « Limonov » (P.O.L, 2011) Voir à la FnacLimonov, de Emmanuel Carrère (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Renaudot 2011. La vie d'Édouard Limonov, poète soviétique devenu clochard à New York, majordome d'un milliardaire, puis chef d'un parti d'extrême droite en Russie. Un personnage détestable raconté sans complaisance ni condamnation. Le livre s'est vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires en France, ce qui reste rare pour ce genre de récit.
Robert M. Pirsig, « Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes » (Seuil) Voir à la FnacTraité du zen et de l'entretien des motocyclettes, de Robert M. Pirsig (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un père et son fils traversent les États-Unis à moto tandis que le narrateur reconstitue sa propre pensée d'avant l'internement. Ce n'est pas un livre sur la mécanique, mais c'est un livre qu'un homme qui aime réparer des choses comprendra de l'intérieur.
S'il veut être tenu en haleine
Un très bon roman noir n'a rien d'un cadeau paresseux. C'est même un des rares livres dont vous êtes certaine qu'il sera lu jusqu'au bout.
Don Winslow, « La Griffe du chien » (Fayard, 2007) Voir à la FnacLa Griffe du chien, de Don Winslow (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trente ans de guerre de la drogue entre le Mexique et les États-Unis, un agent de la DEA obsessionnel, une violence documentée et jamais gratuite. Sept cents pages qui filent. Si votre mari a un mois de trajets devant lui, c'est le cadeau parfait, et il y a une suite.
Franck Bouysse, « Né d'aucune femme » (La Manufacture de livres, 2019) Voir à la FnacNé d'aucune femme, de Franck Bouysse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix des libraires 2019. Une jeune fille vendue par son père à un maître de forge, dans une France rurale du dix-neuvième siècle. Le récit est âpre, la langue est superbe, la tension ne retombe jamais. C'est du roman noir qui a la densité d'un roman tout court.
S'il lit sérieusement et beaucoup
Là, votre difficulté n'est pas de trouver un bon livre mais un livre qu'il n'a pas. Le moyen le plus fiable reste de changer de rayon plutôt que de chercher plus fort dans le sien.
Richard Ford, « Canada » (L'Olivier, 2013) Voir à la FnacCanada, de Richard Ford (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux parents braquent une banque du Montana sans aucun talent pour cela, et leurs enfants de quinze ans en subissent les conséquences pour le reste de leur vie. La première phrase annonce le braquage et les meurtres, et pourtant on lit les six cents pages sans lâcher. Un modèle de tension sans suspense.
Jim Harrison, « Légendes d'automne » (Christian Bourgois) Voir à la FnacLégendes d'automne, de Jim Harrison (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois récits, dont celui qui a donné le film avec Brad Pitt. Harrison écrit sur les chevaux, la chasse, les fratries et le deuil avec une brutalité tendre qui n'appartient qu'à lui. Beaucoup de bons lecteurs français le connaissent de nom sans l'avoir lu.
Si vous voulez plutôt tenter la science-fiction avec quelqu'un qui n'en a jamais lu, Becky Chambers et « L'Espace d'un an » (L'Atalante, 2016) est une entrée douce : un équipage bancal, aucune bataille spatiale, beaucoup d'humanité. Ceux qui croient détester le genre changent souvent d'avis.
Deux cadeaux qui ratent presque à tous les coups
Le premier est le livre de développement personnel offert avec une bonne intention. Le guide sur la gestion du stress, l'essai sur la masculinité, le manuel du père idéal. Aussi juste que soit le sujet, le cadeau se reçoit comme une remarque emballée. Attendez qu'il ouvre la question lui-même.
Le second est le beau livre thématique choisi sur une passion qu'il a eue. Le grand format sur les avions de chasse acheté parce qu'il en parlait il y a douze ans, le recueil de photos de surf offert à quelqu'un qui n'a pas mis les pieds dans l'eau depuis la naissance des enfants. Ces livres sont admirés, feuilletés dix minutes, puis rangés à plat en haut d'une étagère.
Une exception mérite d'être signalée : le beau livre fonctionne très bien quand la passion est toujours vivante et qu'il la pratique cette année. La différence entre le cadeau réussi et le cadeau poli tient entièrement là.
Un livre que vous lirez tous les deux
Personne n'y pense, et c'est pourtant le cadeau qui produit le plus d'effet après quinze ans de vie commune.
Prenez un roman que vous vous passerez, ou deux exemplaires si vous êtes impatiente. Vous ne lirez pas au même rythme et vous ne retiendrez pas les mêmes scènes, ce qui est précisément l'intérêt. Avoir une conversation qui ne porte ni sur l'organisation de la semaine ni sur les enfants vaut largement le prix du deuxième exemplaire.
Pour aller plus loin, offrez le premier tome d'une série qu'il n'a jamais commencée : vous lui donnez de quoi occuper une année entière. Nos guides d'ordre de lecture détaillent par où entrer dans les grandes sagas, ce qui évite d'offrir le quatrième tome sans le savoir. Et si vous cherchez plutôt une idée pour une relation qui débute, le registre est tout autre, nous l'abordons dans notre guide sur le livre à offrir à son copain.
La page de garde vaut plus que le titre
C'est la partie que tout le monde saute, et c'est elle qui transforme un objet acheté en cadeau.
Trois lignes suffisent. Pas de résumé, pas de bonne lecture. Dites pourquoi ce livre-là, pour lui, cette année. Datez, signez. Dans quinze ans, c'est la date qu'il regardera en premier s'il rouvre le livre, et il le rouvrira, parce qu'un livre dédicacé ne se donne jamais.
Si vous vous trompez, glissez simplement le ticket dans le paquet : la plupart des librairies échangent un livre non lu dans les quinze jours, et un homme qui va choisir lui-même son échange y prend souvent plus de plaisir qu'à ouvrir le paquet.
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