Quel livre offrir à son copain ?
Il y a une erreur qui revient dans à peu près une tentative sur deux : offrir le livre qu'il devrait lire. L'essai sur la communication dans le couple, le manuel de développement personnel, le classique qu'il n'a jamais ouvert et dont vous trouvez dommage qu'il passe à côté.
L'intention est bonne. La réception est toujours la même : il remercie, il pose le livre, et vous ne le verrez plus jamais ouvert. Un livre offert à quelqu'un dont on est amoureux ne se lit pas comme un livre, il se lit comme un avis sur lui. Voici douze titres classés selon la quantité qu'il lit réellement, avec la raison pour laquelle chacun passe.
Commencez par mesurer, pas par imaginer
Combien de livres a-t-il finis cette année ? Pas commencés, finis. La réponse honnête change complètement la sélection.
Zéro ou un : il faut un livre court, drôle ou illustré, et surtout aucun sous-entendu sur le fait qu'il devrait lire davantage. Trois à cinq : il lit par vagues, souvent en vacances, et une bonne histoire bien menée fera l'affaire. Au-delà de dix : il a des goûts précis, et la seule stratégie viable est la découverte latérale, un auteur voisin de ceux qu'il aime plutôt qu'un titre de plus dans le même rayon.
Regardez aussi ce qu'il regarde. Quelqu'un qui enchaîne les documentaires sur la Seconde Guerre mondiale ou les podcasts d'enquête est un lecteur de non-fiction qui s'ignore. C'est souvent là que se trouve le bon cadeau.
S'il ne lit presque plus
Le pire réflexe est le gros roman offert pour relancer la machine. Il agit comme un reproche posé sur la table de nuit.
Fabcaro, « Zaï zaï zaï zaï » (6 Pieds sous terre, 2015) Voir à la FnacZaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un homme oublie sa carte de fidélité au supermarché et devient un fugitif traqué par tout le pays. C'est une des bandes dessinées françaises les plus drôles des vingt dernières années, elle se lit en une demi-heure, et elle a l'immense avantage de se relire.
Riad Sattouf, « L'Arabe du futur » (Allary Éditions, 2014) Voir à la FnacL'Arabe du futur, de Riad Sattouf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'enfance de l'auteur entre la Libye de Kadhafi, la Syrie de Hafez el-Assad et la Bretagne. Vendu à plusieurs millions d'exemplaires, Fauve d'or au festival d'Angoulême en 2015. Ça se lit comme une série, et il enchaînera les tomes tout seul.
Andy Weir, « Seul sur Mars » (Bragelonne, 2014) Voir à la FnacSeul sur Mars, de Andy Weir (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un astronaute abandonné sur Mars doit survivre avec des pommes de terre et de la chimie. Le livre est une machine à tourner les pages, l'humour est constant, et il a converti un nombre remarquable de gens qui pensaient ne pas aimer la science-fiction.
S'il lit surtout en vacances
Profil très courant : deux semaines par an, allongé, trois romans avalés d'affilée, puis plus rien pendant onze mois. Il ne cherche pas de la littérature exigeante, il cherche une intrigue qui l'empêche de se lever.
Pierre Lemaitre, « Au revoir là-haut » (Albin Michel, 2013) Voir à la FnacAu revoir là-haut, de Pierre Lemaitre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux rescapés des tranchées montent une escroquerie aux monuments aux morts. Prix Goncourt 2013, ce qui n'a pas empêché le roman d'être un pur plaisir de lecture, avec des personnages qu'on n'oublie pas. Un des rares Goncourt qu'on peut offrir à un lecteur occasionnel sans risque.
Hervé Le Tellier, « L'Anomalie » (Gallimard, 2020) Voir à la FnacL'Anomalie, de Hervé Le Tellier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un vol Paris-New York atterrit deux fois, à trois mois d'intervalle, avec les mêmes passagers à bord. Goncourt 2020, plus d'un million d'exemplaires vendus, et une construction qui tient du polar autant que de la science-fiction. Parfait pour quelqu'un qui n'a pas ouvert un roman depuis longtemps.
Nicolas Mathieu, « Leurs enfants après eux » (Actes Sud, 2018) Voir à la FnacLeurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre étés dans une vallée sidérurgique en train de mourir, des adolescents qui s'ennuient et qui grandissent. Goncourt 2018. Si vous avez tous les deux grandi dans une petite ville, ce livre vous donnera de quoi parler pendant un mois.
S'il lit vraiment beaucoup
Là, la seule manière de le surprendre est de sortir de son rayon habituel. Un lecteur de thrillers n'a souvent jamais lu de roman américain contemporain, et l'inverse est tout aussi vrai.
John Williams, « Stoner » (Le Dilettante, 2011) Voir à la FnacStoner, de John Williams (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La vie d'un professeur de littérature américain, sans aucun événement spectaculaire, publiée en 1965 et complètement oubliée avant d'être redécouverte cinquante ans plus tard. Un des plus beaux romans sur une vie ordinaire, et le titre que je recommande le plus souvent à un lecteur qui pense avoir fait le tour.
Cormac McCarthy, « La Route » (L'Olivier, 2008) Voir à la FnacLa Route, de Cormac McCarthy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un père et son fils marchent dans un monde brûlé. Prix Pulitzer 2007. C'est court, c'est âpre, et c'est surtout un livre sur la paternité déguisé en récit post-apocalyptique. Prévenez-le que ce n'est pas une lecture de plage.
Emmanuel Carrère, « Limonov » (P.O.L, 2011) Voir à la FnacLimonov, de Emmanuel Carrère (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La vie d'un poète russe devenu clochard à New York, majordome, puis chef de parti fasciste. Prix Renaudot 2011. Carrère raconte un salaud sans jamais le juger, et le livre se lit à toute vitesse. Excellente porte d'entrée pour quelqu'un qui dit préférer les histoires vraies.
S'il a une obsession
Le cadeau évident serait un livre sur sa passion. Le problème, c'est qu'il en sait plus que vous, et qu'un manuel générique tombera en dessous de son niveau. La parade : offrir le récit plutôt que le traité.
Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie » (Gallimard, 2011) Voir à la FnacDans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six mois seul dans une cabane au bord du lac Baïkal, avec des livres, de la vodka et deux chiens. Prix Médicis essai 2011. Ça marche pour un amateur de montagne, de voyage, de nature, ou simplement pour quelqu'un qui rêve à voix haute de tout arrêter.
Yuval Noah Harari, « Sapiens » (Albin Michel, 2015) Voir à la FnacSapiens, de Yuval Noah Harari (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une histoire de l'humanité en cinq cents pages, vendue à plus de vingt millions d'exemplaires dans le monde. Un choix très exposé, donc à vérifier avant : la moitié des lecteurs curieux l'ont déjà. Mais pour celui qui ne l'a pas encore lu, c'est le livre qui relance souvent une habitude de lecture.
S'il aime la science-fiction et qu'il n'a jamais lu Frank Herbert, « Dune » (Robert Laffont, 1970), le manque est facile à combler et il en aura pour des semaines.
Le registre amoureux, versant discret
Vous pouvez tout à fait offrir un livre qui parle de vous deux. La seule condition, c'est qu'il ne l'annonce pas.
Kent Haruf, « Nos âmes la nuit » (Robert Laffont, 2016) Voir à la FnacNos âmes la nuit, de Kent Haruf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une veuve propose à son voisin veuf de venir dormir chez elle, simplement pour parler dans le noir. Cent soixante pages, une pudeur totale, et une histoire d'amour qui ne prononce jamais le mot. C'est le livre le plus juste de cette liste sur ce qu'on cherche vraiment chez quelqu'un.
La poésie amoureuse, elle, reste un pari risqué en début de relation. Elle fonctionne beaucoup mieux après plusieurs années, quand le geste n'a plus rien à démontrer. Si vous cherchez d'autres registres de cadeau, notre sélection pour sa copine explore le même terrain de l'autre côté.
Les pièges spécifiques du cadeau au copain
Le livre correctif arrive en tête. Tout ce qui touche à la discipline, à l'organisation, à la gestion des émotions ou à la communication dans le couple sera lu comme une remarque, même offert avec le sourire. Ce n'est pas une question de susceptibilité, c'est mécanique : on ne reçoit pas un livre de méthode comme un cadeau.
Le deuxième piège est plus subtil : le livre choisi pour l'image qu'il donne de vous. Le classique impressionnant, le beau volume qu'on aimerait voir sur ses étagères. Vous n'offrez plus un livre, vous décorez son salon.
Le troisième, c'est le livre offert pour avoir un sujet de conversation. Le principe est bon, l'exécution rate souvent parce qu'on relance trop vite. Laissez passer un mois avant de demander où il en est. Et s'il ne le lit jamais, ce qui arrive, il n'y a rien à en conclure sur ce qu'il ressent pour vous.
Une chose à faire avant d'aller en librairie
Vérifiez sa bibliothèque, ou celle qu'il a chez ses parents. C'est vingt minutes de travail et ça élimine à peu près tous les doublons.
S'il a déjà entamé une série, le tome manquant est le cadeau le plus sûr qui existe, à condition de savoir lequel : les guides d'ordre de lecture listent les sagas tome par tome. Et si vous voulez dépenser un peu plus, ne prenez pas plus cher, prenez plusieurs livres. Deux poches d'un même auteur valent mieux qu'un beau volume unique.
Il reste enfin la possibilité que rien de tout cela ne s'applique, parce qu'il vous a déjà dit exactement ce qu'il voulait, un soir, en passant, et que vous ne l'aviez pas noté. C'est presque toujours le cas.
Quel livre offrir à un copain qui ne lit jamais ?
Est-ce qu'on peut lui offrir un roman d'amour ?
Faut-il éviter les essais et les livres de non-fiction ?
Il a une passion précise, dois-je offrir un livre dessus ?
Grand format ou poche ?
Est-ce que le premier tome d'une série est une bonne idée ?
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