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Quel livre offrir à quelqu'un qui part à l'étranger ? 12 titres qui tiennent dans une valise

Expatriation, année à l'étranger, départ long : douze livres choisis pour comprendre le pays d'arrivée, garder un fil avec celui qu'on quitte, et tenir dans une valise déjà pleine.

L'équipe Relit9 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui part à l'étranger ?

Deux semaines avant un grand départ, la personne est déjà à moitié partie. Elle trie, elle vend, elle réduit. Lui tendre un objet supplémentaire à ce moment précis demande un peu de réflexion, parce que tout ce qui rentre dans la valise chasse autre chose.

C'est justement ce qui rend le livre intéressant comme cadeau de départ. Il occupe une place, donc il doit la mériter, et un livre qui mérite sa place dans une valise devient très vite un objet important. Voici douze titres classés selon ce qu'ils font réellement pour quelqu'un qui s'installe loin.


Trois choses à savoir avant de choisir

La première : combien de temps part-il. Un semestre Erasmus, une année de VIE et une expatriation sans date de retour ne créent pas du tout les mêmes besoins. Sur six mois, on ne s'installe pas vraiment, on visite longuement. Au-delà de deux ans, on commence à perdre pied avec le pays d'origine, et c'est là que le livre français prend sa valeur.

La deuxième : part-il seul ou accompagné. Cela change tout, et nous y revenons plus bas.

La troisième, la plus concrète : le français sera difficile à trouver sur place. À Berlin ou à Montréal, il existe des librairies francophones. À Kuala Lumpur, à Bogotá ou dans une ville moyenne du Missouri, non. Commander depuis l'étranger coûte cher en port et prend trois semaines. Chaque livre français que vous glissez dans le bagage est donc une petite réserve, et la personne s'en rendra compte au mois cinq, pas au moment du paquet.

La littérature du pays où il arrive

C'est la piste la plus évidente, et elle reste la meilleure. Un roman écrit depuis l'intérieur d'un pays explique en trois cents pages ce que dix guides touristiques ne disent pas : les rapports de classe, ce qui fait honte, ce dont on plaisante, ce qui ne se demande jamais à un inconnu.

Évitez le livre écrit par un Français de passage. Vous offrez un regard extérieur à quelqu'un qui va justement devoir en sortir.

Orhan Pamuk, « Istanbul, souvenirs d'une ville » (Gallimard, 2007) Voir à la FnacIstanbul, souvenirs d'une ville, de Orhan Pamuk (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Pamuk, prix Nobel de littérature 2006, raconte sa ville à travers un mot intraduisible, le hüzün, une mélancolie collective. Pour qui part vivre en Turquie, c'est la meilleure clé disponible, et le livre fonctionne aussi comme un modèle : il apprend à regarder une ville comme un habitant plutôt que comme un visiteur.

Junichirô Tanizaki, « Éloge de l'ombre » (Publications orientalistes de France, 1977) Voir à la FnacÉloge de l'ombre, de Junichirô Tanizaki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un essai de quatre-vingts pages sur la lumière, les laques, les toilettes japonaises et la beauté de ce qui est atténué. Il pèse cent grammes et explique une esthétique entière. Pour un départ au Japon, aucun guide n'approche cette efficacité.

Jhumpa Lahiri, « Un nom pour un autre » (Robert Laffont, 2006) Voir à la FnacUn nom pour un autre, de Jhumpa Lahiri (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire d'un fils d'immigrés bengalis né aux États-Unis, encombré d'un prénom qu'il déteste. C'est le grand roman du décalage permanent, celui de la personne qui n'est jamais tout à fait d'ici ni tout à fait de là-bas. Offrez-le à quelqu'un qui part pour longtemps : il y reconnaîtra une situation qu'il ne vit pas encore.

Javier Cercas, « Les Soldats de Salamine » (Actes Sud, 2002) Voir à la FnacLes Soldats de Salamine, de Javier Cercas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une enquête sur un épisode de la guerre civile espagnole, menée comme un roman. Pour qui s'installe en Espagne, ce livre éclaire un passé dont on parle peu à table et qui structure pourtant beaucoup de conversations.

Si le pays de destination ne figure pas dans cette liste, la méthode reste la même : cherchez un auteur né là-bas, prenez son livre le plus court, offrez-le en français. La traduction n'a rien de honteux au moment du départ, quand la langue locale n'est pas encore acquise. Un libraire vous trouvera un titre en deux minutes, y compris pour des destinations improbables, et c'est une des rares questions où l'humain bat encore largement le moteur de recherche.

Un détail qui a son importance : préférez un roman contemporain à un classique du dix-neuvième siècle. Le pays où la personne débarque est celui d'aujourd'hui, avec ses loyers, ses tensions et ses habitudes récentes. Un grand classique dit d'où vient le pays, ce qui est passionnant au bout d'un an mais peu utile la première semaine.

Le livre qui le rattache à ce qu'il quitte

Personne ne pense à celui-là au moment d'emballer, et c'est pourtant souvent le plus lu.

Ce qui manque quand on vit à l'étranger n'est presque jamais ce qu'on croyait. Ce n'est pas la tour Eiffel, c'est une syntaxe, un rythme de phrase, une manière de dire les choses à moitié. Un livre français dans une bibliothèque étrangère fait un travail que ni les appels vidéo ni les photos ne font.

Colette, « Sido » (1930) Voir à la FnacSido, de Colette (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent pages sur une mère, un jardin bourguignon, des odeurs. C'est peut-être le texte français le plus efficace contre le mal du pays, parce qu'il ne parle pas de la France en général mais d'un lieu minuscule et précis. Le manque fonctionne toujours comme ça.

Antoine de Saint-Exupéry, « Terre des hommes » (Gallimard, 1939) Voir à la FnacTerre des hommes, de Antoine de Saint-Exupéry (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Récit des années Aéropostale, prix du roman de l'Académie française la même année. Un livre qui parle de partir loin, d'isolement, de panne au milieu du désert et de ce que les hommes se doivent. Il tient dans une poche de veste et se relit indéfiniment.

Amin Maalouf, « Les Identités meurtrières » (Grasset, 1998) Voir à la FnacLes Identités meurtrières, de Amin Maalouf (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un essai court sur ce que devient l'identité quand on appartient à deux pays sans être entièrement d'aucun. Écrit par un Libanais devenu académicien français, ce qui lui donne une autorité particulière sur le sujet. C'est le livre que beaucoup d'expatriés auraient voulu lire deux ans plus tôt.

Une nuance utile : ne surchargez pas le paquet de nostalgie. Un seul livre français suffit à ouvrir cette porte. Trois, offerts le jour du départ, ressemblent à un reproche déguisé.

Autre possibilité, si vous connaissez bien la personne : un livre qu'elle a déjà lu et aimé, en édition poche, pour remplacer celui qu'elle ne pourra pas emporter. Les grandes bibliothèques ne partent pas en expatriation, elles restent en carton chez quelqu'un. Rendre à quelqu'un un livre qu'il a aimé, sous une forme transportable, est un geste que peu de gens font et que personne n'oublie.

Une valise pèse, et un livre aussi

Voici la contrainte que la plupart des listes de cadeaux ignorent, et qui décide pourtant du sort de votre livre.

La franchise bagage standard tourne autour de 23 kilos. Un grand format broché de 400 pages pèse entre 450 et 550 grammes, son édition poche autour de 200. Sur cinq livres, l'écart dépasse le kilo et demi, ce qui représente des chaussures. Un livre qui fait arbitrer entre lui et une paire de chaussures perd toujours.

Alors offrez le poche, même si vous trouvez ça moins généreux. C'est ici l'inverse d'un cadeau au rabais : c'est le seul format qui garantit que le livre monte dans l'avion. Et privilégiez le texte court, qui a un autre avantage, moins évident. Les premières semaines d'installation sont un chaos administratif où l'on n'a la tête à rien. Un roman de 130 pages se termine quand même. Un pavé, non, et il commence sa carrière par un échec.

Luis Sepúlveda, « Le Vieux qui lisait des romans d'amour » (Métailié, 1992) Voir à la FnacLe Vieux qui lisait des romans d'amour, de Luis Sepúlveda (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un vieil homme lit des romans sentimentaux au fond de l'Amazonie équatorienne, seul, avec une lenteur infinie. Cent trente pages sur ce que devient la lecture quand elle est la dernière chose civilisée à portée de main. Difficile de trouver plus juste pour un départ lointain.

Banana Yoshimoto, « Kitchen » (Gallimard, 1994) Voir à la FnacKitchen, de Banana Yoshimoto (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une jeune femme perd sa grand-mère et se reconstruit dans une cuisine qui n'est pas la sienne. Court, doux, un peu étrange. Le livre parle exactement de ce moment où l'on doit refaire un chez-soi ailleurs, sans mode d'emploi.

Une remarque tranchée, quitte à froisser : le beau livre illustré sur la France offert en cadeau de départ est presque toujours une erreur. Il pèse un kilo, ne se lit pas, et finit dans le carton des affaires laissées chez les parents. L'intention est belle, la logistique est mauvaise.

S'il part seul, offrez-lui du volume

Tout ce qui précède se renverse dans un cas précis, et c'est le plus fréquent des grands départs.

Quelqu'un qui s'installe seul dans un pays dont il parle mal la langue va traverser une période très particulière : plusieurs semaines pendant lesquelles les journées sont pleines et les soirées complètement vides. Pas d'amis encore, pas de télévision qu'on comprenne, un décalage horaire qui rend les appels à la maison compliqués. C'est un moment que tous les expatriés décrivent et que presque personne n'anticipe.

Là, un livre long cesse d'être un poids pour devenir une compagnie. Neuf cents pages ne sont plus un obstacle, elles sont une promesse : de quoi tenir six semaines, avec des personnages qu'on retrouve chaque soir comme on retrouverait des voisins.

Léon Tolstoï, « Anna Karénine » (Gallimard, collection Folio classique) Voir à la FnacAnna Karénine, de Léon Tolstoï (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Huit cents pages de vies russes entremêlées, publiées en 1877. Le roman a la densité sociale qui manque quand on ne connaît encore personne : on y vit avec une trentaine de gens.

Marcel Proust, « Du côté de chez Swann » (Grasset, 1913) Voir à la FnacDu côté de chez Swann, de Marcel Proust (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le premier tome de la Recherche est aussi celui qu'on peut lire seul, sans s'engager sur les six autres. Beaucoup de lecteurs le commencent enfin à l'étranger, parce qu'il faut du temps vide pour y entrer, et que le temps vide arrive rarement en France.

Roberto Bolaño, « 2666 » (Christian Bourgois, 2008) Voir à la Fnac2666, de Roberto Bolaño (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Mille pages, cinq parties, une ville frontalière mexicaine où disparaissent des femmes. Publié après la mort de l'auteur, c'est un livre-monde qui absorbe des semaines entières. Pour quelqu'un qui part longtemps et loin, c'est le cadeau le plus généreux de cette liste en heures offertes.

Si la personne aime les séries, le raisonnement vaut aussi : les trois premiers tomes d'un cycle occupent une année entière. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier par quel volume commencer, ce qui évite le tome 2 offert par erreur.

Ce que le livre dit sans le dire

Un cadeau de départ n'est jamais neutre, et c'est précisément pour ça qu'il faut faire attention au message.

Le guide de conversation, la méthode de langue, l'essai sur la réussite professionnelle à l'international : tous portent l'idée que la personne a du travail à faire. Elle le sait. Ce qu'elle attend d'un cadeau, à deux jours de l'avion, c'est plutôt une confiance.

Deux lignes sur la page de garde valent mieux qu'un long texte. Datez-les, et notez le lieu. Dans quatre ans, ouvrir un livre à Séoul et lire « Paris, mars 2026 » produit un effet que vous ne mesurez pas en l'écrivant. Si vous cherchez d'autres idées de dédicaces qui fonctionnent, l'article sur le livre à offrir pour remercier quelqu'un en donne quelques-unes transposables.

Et pour le retour

Il y a un second moment où offrir un livre à cette personne devient pertinent, et personne n'y pense : le retour.

Quelqu'un qui rentre après trois ans se retrouve étranger chez lui, ce qui surprend beaucoup plus que le départ. Les commerces ont changé, les références aussi, et raconter ce qu'on a vécu devient vite ennuyeux pour l'auditoire. C'est à ce moment-là qu'un livre sur le pays quitté, offert par quelqu'un qui a suivi l'aventure de loin, touche vraiment. Vous avez trois ans pour le choisir.

Vaut-il mieux offrir un livre sur le pays d'arrivée ou un livre français ?

Les deux fonctionnent, mais pas au même moment. Un livre sur le pays d'arrivée sert surtout les trois premiers mois, quand la personne cherche à comprendre où elle a atterri. Un livre français devient précieux plus tard, quand le manque s'installe et qu'on a besoin d'entendre sa langue. Si vous n'offrez qu'un seul livre, prenez celui du pays d'arrivée : c'est le plus utile tout de suite, et le plus difficile à se procurer en français une fois sur place.

Poche ou grand format pour quelqu'un qui déménage à l'étranger ?

Poche, sans hésiter. Une valise en soute plafonne à 23 kilos chez la plupart des compagnies, et un grand format de 400 pages pèse environ 500 grammes contre 200 pour son édition poche. Sur cinq livres, l'écart représente un pull et demi. Gardez le grand format pour les cadeaux de retour, quand la personne aura une étagère et plus d'avion à prendre.

Faut-il offrir une liseuse plutôt que des livres papier ?

Une liseuse résout le problème du poids et celui de l'accès au français, ce qui est considérable quand on vit loin. Mais c'est un appareil, pas un cadeau de départ. Beaucoup d'expatriés qui en possèdent une gardent tout de même deux ou trois livres papier dans leur bagage à main, parce que l'objet garde une valeur d'attache que le fichier n'a pas. La bonne réponse est souvent : liseuse plus un livre papier.

Que faire si la personne part dans un pays dont je ne connais pas la littérature ?

Demandez à un libraire, c'est exactement son métier et il aura une réponse en deux minutes. Sinon, cherchez le lauréat du prix Nobel ou du prix Booker originaire de ce pays, puis prenez son livre le plus court plutôt que son plus célèbre. Un premier contact réussi vaut mieux qu'un chef-d'œuvre de 700 pages abandonné dans le carton du déménagement.

Est-ce une bonne idée d'offrir une méthode de langue ?

Rarement, en cadeau de départ. La personne a presque toujours déjà réglé cette question, souvent avec une application, et la méthode papier arrive en doublon. Elle porte aussi un message involontaire, celui du devoir à faire. Si vous tenez à l'idée de la langue, offrez plutôt un roman court en édition bilingue : c'est du plaisir avec de l'apprentissage dedans, et pas l'inverse.

Quel livre offrir à quelqu'un qui part seul pour longtemps ?

Un livre long. C'est contre-intuitif face à la contrainte de poids, mais quelqu'un qui part seul pour un an va traverser des soirées vides, et un roman de 900 pages tient compagnie pendant des semaines. « Anna Karénine » ou « 2666 » deviennent une présence quotidienne, presque une routine. Le format poche règle d'ailleurs le problème du volume dans la plupart des cas.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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