Quel livre offrir à quelqu'un qui aime les animaux ?
On vous a dit « elle adore les animaux » et vous êtes censé faire un cadeau avec ça. Le problème, c'est que cette phrase recouvre deux personnes très différentes, et qu'un livre parfait pour l'une est un livre poli pour l'autre.
Il y a celle qui aime son chien. Pas les chiens, le sien. Et il y a celle que le vivant intéresse, qui lit des articles sur la mémoire des corvidés et regarde des documentaires sur les pieuvres. La première veut retrouver une émotion qu'elle connaît. La seconde veut apprendre quelque chose qu'elle ignore. Voici treize titres classés selon ce clivage, avec la raison précise pour laquelle chacun tombe juste.
Le test qui règle la question en dix secondes
Posez-vous une seule question : est-ce qu'elle vous a déjà raconté un fait animalier qui ne concernait pas son propre animal ?
Si oui, si vous l'avez entendue expliquer que les rats rient ou que les poulpes voient avec leur peau, vous avez affaire à une curieuse. Elle lira volontiers un essai, pourvu qu'il soit bien écrit. Si toutes ses histoires tournent autour de son chat, de sa jument ou du chien de sa sœur, restez sur le récit et sur le roman. Ce n'est pas un défaut de curiosité, c'est un autre rapport au sujet.
Un signal supplémentaire, souvent décisif : les gens qui vivent avec un animal difficile, un chat sauvage, un chien de refuge, un cheval compliqué, sont presque toujours attirés par les livres qui parlent d'incompréhension entre espèces. Ceux dont l'animal est facile préfèrent les livres tendres.
Si elle aime son animal plus que le règne animal
C'est le profil majoritaire et celui qu'on sert le plus mal, en lui offrant des documentaires illustrés qu'elle ne lira pas.
Hiro Arikawa, « Les Mémoires d'un chat » (Actes Sud, 2017, traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne) Voir à la FnacLes Mémoires d'un chat, de Hiro Arikawa (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un chat de parking nommé Nana raconte le voyage qu'il fait à travers le Japon avec Satoru, l'homme qui l'a recueilli. Toute la narration passe par le chat, avec son arrogance et ses angles morts. C'est ce parti pris qui sauve le livre de la mièvrerie : Nana ne cherche pas à émouvoir, il juge les humains. Le roman fonctionne auprès de gens qui ne lisent presque jamais de fiction.
Takashi Hiraide, « Le Chat qui venait du ciel » (Picquier, 2004). Un couple sans enfant, une maison louée à Tokyo, un jeune chat qui prend l'habitude de passer. Cent trente pages où il ne se passe presque rien, écrites avec une précision d'entomologiste. À offrir à quelqu'un qui aime observer son animal pendant de longues minutes sans rien faire d'autre. Ceux qui attendent une intrigue le trouveront vide.
Romain Gary, « Chien Blanc » (Gallimard, 1970). Gary recueille à Los Angeles un berger allemand affectueux qui se met à attaquer les Noirs : le chien a été dressé pour ça dans le Sud. Le livre part de l'animal et finit sur le racisme américain de 1968. C'est un cadeau pour quelqu'un qui aime les chiens et qui n'a pas peur qu'un livre l'emmène ailleurs que prévu.
Si le vivant l'intéresse pour lui-même
Là, vous pouvez viser la science, à condition de choisir des auteurs qui écrivent réellement bien. Le mauvais livre de vulgarisation animale se reconnaît à son ton d'émerveillement permanent.
Ed Yong, « Un monde immense » (Les Liens qui Libèrent, 2023, traduit par Corinne Smith) Voir à la FnacUn monde immense, de Ed Yong (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Sous-titre : comment les animaux perçoivent le monde. Yong, journaliste scientifique lauréat du Pulitzer, consacre chaque chapitre à un sens, y compris ceux que nous n'avons pas, comme l'électroréception ou le magnétisme terrestre. On y croise des tortues qui s'orientent au champ magnétique et des poissons qui remplissent les rivières de messages électriques. C'est le livre que je recommande le plus souvent dans cette catégorie, parce qu'il change durablement la façon dont on regarde un chien qui renifle un trottoir.
Frans de Waal, « Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l'intelligence des animaux ? » (Les Liens qui Libèrent, 2016). Le primatologue néerlandais démonte quarante ans de protocoles expérimentaux mal conçus, où l'échec de l'animal mesurait surtout l'aveuglement du chercheur. Corbeaux, dauphins, guêpes, bonobos. Le titre est provocateur, le propos ne l'est pas : c'est de la science solide, drôle par endroits, et 400 pages qui se lisent sans effort.
Peter Wohlleben, « La Vie secrète des animaux » (Les Arènes, 2018). Le forestier allemand qui avait fait un succès mondial avec les arbres applique la même méthode aux bêtes de nos forêts. Des coqs qui mentent, des chevreuils qui portent le deuil. Certains scientifiques lui reprochent son anthropomorphisme, et ils n'ont pas complètement tort, mais c'est précisément ce qui le rend accessible à un lecteur qui n'a jamais ouvert un livre d'éthologie.
Si elle aime autant les idées que les bêtes
Il existe un rayon français, apparu autour de 2018, qui a réconcilié la philosophie et le terrain. Ces livres sont exigeants sans être universitaires.
Baptiste Morizot, « Manières d'être vivant » (Actes Sud, 2020, postface d'Alain Damasio) Voir à la FnacManières d'être vivant, de Baptiste Morizot (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Morizot piste les loups du Vercors et en tire une réflexion sur la crise écologique comme crise de nos relations au vivant. Le livre a fait un très gros succès pour un essai de philosophie, ce qui dit quelque chose de l'époque. Offrez-le à quelqu'un qui marche, qui observe des traces, et qui commence à trouver les documentaires animaliers un peu superficiels.
Vinciane Despret, « Habiter en oiseau » (Actes Sud, collection Mondes sauvages, 2019). La philosophe belge s'attaque à une idée reçue : le territoire des oiseaux n'est pas une propriété privée que le chant défendrait. Deux cents pages qui démontent un siècle d'ornithologie mal interprétée. C'est le genre de livre qui rend un jardin plus intéressant le lendemain matin.
Si elle veut un récit, pas une démonstration
Certains lecteurs n'aiment ni l'essai ni le roman, mais le récit vécu. C'est une famille de livres assez mal identifiée en librairie française et souvent rangée n'importe où.
Helen Macdonald, « M pour Mabel » (Fleuve éditions, 2016, traduit par Marie-Anne de Béru) Voir à la FnacM pour Mabel, de Helen Macdonald (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Après la mort brutale de son père, l'autrice dresse un autour des palombes, le rapace réputé le plus difficile à apprivoiser. Le deuil et la fauconnerie s'entremêlent sans que jamais l'animal serve de métaphore commode. Costa Book Award et Samuel Johnson Prize, traduit dans plus de vingt langues. À réserver à un lecteur qui accepte la noirceur.
Sy Montgomery, « L'Âme d'une pieuvre » (Calmann-Lévy, 2018). La naturaliste américaine passe des mois à fréquenter les poulpes d'un aquarium de Nouvelle-Angleterre et raconte ce que c'est que de se lier avec un être dont les neurones sont majoritairement dans les bras. Un cadeau surprenant pour quelqu'un qui pensait aimer surtout les mammifères.
Romain Gary, « Les Racines du ciel » (Gallimard, 1956). Prix Goncourt la même année. Un homme se bat seul en Afrique équatoriale pour la protection des éléphants, bien avant que l'écologie n'existe comme mot courant. Le roman a soixante-dix ans et il n'a pas pris une ride, ce qui est en soi assez déprimant.
Le rayon militant, à manier avec des pincettes
Un essai sur la condition animale offert sans avoir été demandé passe pour un jugement sur l'assiette de celui qui le reçoit. Je le dis franchement parce que c'est l'erreur la plus fréquente de cette liste de cadeaux.
Deux exceptions. Si la personne a déjà engagé le sujet elle-même, « Plaidoyer pour les animaux » de Matthieu Ricard (Allary Éditions, 2014) est le titre le plus argumenté et le moins agressif du genre, ce qui compte quand on veut convaincre plutôt que triompher.
Et si elle lit de la vraie littérature, « Règne animal » de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard, 2016) fait le travail autrement. C'est l'histoire d'une ferme du Gers, de 1898 aux années 1980, qui devient un élevage porcin industriel. Prix du Livre Inter 2017. Le livre ne plaide rien, il montre, et il est physiquement difficile à lire par endroits. Ne l'offrez pas à quelqu'un de sensible sans le prévenir.
Pour un enfant, ou pour un lecteur qui décroche
Le documentaire animalier illustré est le cadeau réflexe pour les enfants, et il finit rarement lu en entier.
Benjamin Renner, « Le Grand Méchant Renard » (Delcourt, collection Shampooing, 2015) Voir à la FnacLe Grand Méchant Renard, de Benjamin Renner (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un renard incapable d'effrayer une poule décide de voler des œufs pour élever les poussins et les manger plus tard. Les poussins le prennent pour leur mère. Fauve jeunesse au festival d'Angoulême en 2016, prix BD Fnac la même année. Ça marche de 7 à 77 ans, littéralement.
Pour un enfant déjà lecteur, « L'Appel de la forêt » de Jack London (1903) reste imbattable : un chien domestique volé et vendu comme chien de traîneau au Klondike y redevient sauvage. Prévenez que le livre est dur avec les animaux, parce qu'il l'est. Si l'enfant accroche, il existe derrière toute une œuvre à explorer, et nos guides d'ordre de lecture évitent de tourner en rond dans les rééditions.
Ce qu'il vaut mieux ne pas mettre dans le paquet
Le beau livre de photographies, sauf si la personne photographie elle-même. Sinon il est feuilleté un soir et rangé debout, où il sert de décoration jusqu'au prochain déménagement.
Le guide pratique de dressage, offert à quelqu'un qui vient d'adopter. Il est reçu comme un commentaire sur sa façon de s'y prendre, même quand il est excellent.
Et le roman où l'animal meurt à la fin, si la personne a perdu le sien dans l'année. Cela paraît évident écrit ainsi, ça l'est beaucoup moins devant une table de librairie en décembre, quand la quatrième de couverture reste muette sur ce détail.
Si vous hésitez encore entre plusieurs registres, l'entrée par nature writing et récits de terrain recoupe largement ce rayon, et le catalogue par genres permet de voir ce qui existe autour d'un titre repéré.
Ce que le livre dit à sa place
Un livre sur les animaux offert à la bonne personne fait une chose qu'aucun autre cadeau ne fait : il reconnaît que cet attachement, souvent tourné en dérision dans les conversations de famille, mérite d'être pris au sérieux.
Beaucoup de gens qui vivent avec un animal ont fini par ne plus en parler, lassés d'entendre qu'ils exagèrent. Leur tendre un livre où un chercheur, un romancier ou un fauconnier prend exactement ce lien au sérieux, c'est leur dire qu'ils avaient raison. Le titre importe alors moins que le geste. Mais tant qu'à faire, autant qu'il soit bon.
Quelle différence entre un livre sur les animaux et un livre animalier ?
Faut-il offrir un livre militant à quelqu'un qui aime les animaux ?
Quel livre offrir à quelqu'un qui vient de perdre son animal ?
Un beau livre de photos animalières, bonne ou mauvaise idée ?
Quel livre sur les animaux offrir à un enfant de 8 à 12 ans ?
Comment savoir si la personne a déjà lu le livre ?
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