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Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la mer ? 12 titres du marin au contemplatif

Celui qui navigue et celui qui regarde l'horizon ne lisent pas les mêmes livres. Douze récits de navigation, de pêche et d'océan, avec la raison précise de chaque choix.

L'équipe Relit7 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la mer ?

Un livre de mer offert au mauvais destinataire, ça se voit tout de suite. Le marin feuillette poliment le beau livre de photos de phares, le contemplatif referme le récit de course au large après trente pages de vocabulaire technique qu'il ne comprend pas.

Ces deux profils cohabitent partout, souvent dans la même maison. L'un veut du bord, de la manœuvre, du danger réel. L'autre veut ce que la mer fait aux gens qui la regardent. Voici douze titres classés selon cette ligne de partage, avec la raison précise pour laquelle chacun tient.

Repérer de quel côté se trouve la personne

Un test simple : demandez-lui quel est son plus beau souvenir de mer.

S'il vous répond par un lieu, une lumière, une plage de septembre, vous avez un contemplatif. S'il vous répond par une situation, un coup de vent, une nuit de quart, une arrivée à contre-courant dans un chenal, vous avez un marin. Les deux réponses sont belles, elles n'ouvrent pas le même rayon.

Un deuxième indice, moins évident : le rapport au froid. Les gens qui aiment vraiment la navigation parlent facilement de mauvaises conditions et n'y voient rien de désagréable. Ceux qui aiment la mer comme paysage évoquent presque toujours l'été. Ce détail vous dit si vous pouvez offrir un récit d'Atlantique nord ou s'il vaut mieux rester en Méditerranée.

Pour le marin, les récits de navigation qui font référence

Ce lecteur-là a souvent déjà lu Moitessier. Vérifiez avant, mais si ce n'est pas le cas, ne cherchez pas plus loin.

Bernard Moitessier, « La Longue Route » (Arthaud, 1971) Voir à la FnacLa Longue Route, de Bernard Moitessier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le récit du Golden Globe 1968, la première course autour du monde en solitaire et sans escale. Moitessier était en position de gagner et il a renoncé, poursuivant sa route vers le Pacifique plutôt que de rentrer à la civilisation, avec un message envoyé au lance-pierre sur le pont d'un cargo. C'est le geste le plus célèbre de l'histoire de la voile et le livre qui l'explique de l'intérieur.

Joseph Conrad, « Typhon » (Gallimard) Voir à la FnacTyphon, de Joseph Conrad (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un capitaine borné, un baromètre qui s'effondre, un navire chargé de coolies chinois pris dans un cyclone. Conrad a passé vingt ans en mer avant d'écrire, et ça se sent à chaque décision prise sur la passerelle. Cent pages, aucune graisse. Le cadeau parfait pour un marin qui lit peu.

Jack London, « Le Loup des mers » (Le Livre de Poche pour l'édition courante) Voir à la FnacLe Loup des mers, de Jack London (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un intellectuel repêché en mer et retenu à bord d'une goélette de chasse au phoque par un capitaine brutal et lettré. Roman d'aventure et duel philosophique en même temps. Beaucoup de gens ont lu London enfant sans jamais découvrir ce titre-là, qui est le plus adulte de son œuvre.

Roger Vercel, « Remorques » (Albin Michel, 1935) Voir à la FnacRemorques, de Roger Vercel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le quotidien d'un capitaine de remorqueur de haute mer à Brest, entre les sauvetages et le mariage qui se défait à terre. Vercel avait reçu le Goncourt en 1934 pour un autre livre, et celui-ci reste son plus juste. Le sauvetage y est un métier, pas une épopée, ce que les marins apprécient.

Pour qui aime la pêche et le travail en mer

Sous-genre entier, presque jamais proposé en cadeau, et pourtant celui qui produit le plus de conversations ensuite.

Anita Conti, « Racleurs d'océans » (Payot) Voir à la FnacRacleurs d'océans, de Anita Conti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). En 1952, Anita Conti embarque sur le chalutier Bois-Rosé pour la campagne de Terre-Neuve, seule femme à bord, et raconte la morue, le sel, les mains ouvertes, les hommes. Première femme océanographe française, elle observait déjà l'épuisement des fonds quand personne n'en parlait. Un document qui se lit comme un roman.

Catherine Poulain, « Le Grand Marin » (L'Olivier, 2016) Voir à la FnacLe Grand Marin, de Catherine Poulain (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une femme quitte la France pour l'Alaska et embarque sur les bateaux de pêche au flétan de Kodiak. Poulain l'a fait pendant dix ans avant d'écrire. La langue est courte, cognée, sans lyrisme, et le livre a été un des grands succès de rentrée cette année-là.

Ernest Hemingway, « Le Vieil Homme et la Mer » (Gallimard, 1952) Voir à la FnacLe Vieil Homme et la Mer, de Ernest Hemingway (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un vieux pêcheur cubain, un espadon énorme, quatre-vingt-quatre jours sans rien prendre. Prix Pulitzer en 1953, et le livre qui a pesé lourd dans son Nobel l'année suivante. Cent pages qu'on peut offrir à peu près à n'importe qui, y compris à quelqu'un qui n'a jamais mis un pied sur un bateau.

Pour le contemplatif, l'océan comme sujet

Ici, la mer n'est pas un terrain de jeu mais une chose qu'on regarde. Le récit d'exploit ne fonctionne pas.

Herman Melville, « Moby Dick » (Gallimard, traduction de Philippe Jaworski) Voir à la FnacMoby Dick, de Herman Melville (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La chasse d'un capitaine mutilé contre un cachalot blanc, et surtout une encyclopédie déguisée en roman, avec des chapitres entiers sur l'anatomie de la baleine et le commerce de l'huile. Le livre a été un échec commercial du vivant de Melville. Prenez la traduction de Jaworski, elle rend le texte lisible sans le lisser.

Nathaniel Philbrick, « La Véritable Histoire de Moby Dick » (JC Lattès, 2000) Voir à la FnacLa Véritable Histoire de Moby Dick, de Nathaniel Philbrick (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le naufrage du baleinier Essex, coulé par un cachalot en novembre 1820, et les quatre-vingt-treize jours de dérive des survivants dans trois baleinières, avec ce que la faim finit par leur faire faire. C'est la source de Melville, et c'est plus terrible que le roman. National Book Award aux États-Unis.

Yann Martel, « L'Histoire de Pi » (Denoël, 2003) Voir à la FnacL'Histoire de Pi, de Yann Martel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un adolescent indien, un canot de sauvetage, un tigre du Bengale, deux cent vingt-sept jours sur le Pacifique. Booker Prize 2002. Le livre pose à la fin une question sur ce qu'on choisit de croire, et cette question est la raison pour laquelle on continue d'en parler vingt ans après.

Björn Larsson, « Long John Silver » (Grasset) Voir à la FnacLong John Silver, de Björn Larsson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le pirate de « L'Île au trésor » écrit ses mémoires sur une île de Madagascar, vieux, lucide, en train de justifier une vie de liberté prise contre tout le monde. Larsson est lui-même navigateur, ce qui se sent dans chaque scène de mer. Le meilleur choix pour un lecteur de romans qui aime la mer sans y aller.

Le classique qu'on croit connaître

Jules Verne, « Vingt mille lieues sous les mers » (paru chez Hetzel en 1869 et 1870) Voir à la FnacVingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Presque tout le monde pense l'avoir lu, presque personne ne l'a fait, et ceux qui s'y remettent adultes sont surpris par la noirceur du capitaine Nemo, personnage bien plus politique et bien plus amer que sa réputation. Une édition illustrée des gravures d'origine en fait un objet qui se garde.

Voilà un cas où l'opinion tranchée vaut la peine : offrir Verne à un adulte n'est pas un cadeau régressif, c'est souvent le meilleur service que vous puissiez lui rendre.

Ce qui rate à peu près à chaque fois

Le beau livre de photos de côtes bretonnes offert à un marin. Il l'a déjà, dans une version ou une autre, et le format ne rentre nulle part chez lui.

Le manuel de navigation offert à quelqu'un qui vient de passer son permis. L'intention est bonne, la réception ressemble à une correction de copie. Attendez qu'il demande.

Le roman où la mer sert de décor à une histoire d'amour, offert à quelqu'un qui navigue. Les erreurs techniques le sortiront du livre dès le troisième chapitre, et il vous le dira.

Comment composer un paquet qui tienne

Deux poches valent mieux qu'un grand format, surtout ici : les livres de mer se prêtent, s'emportent, se laissent dans un carré de bateau. Associez un récit ancien et un contemporain, par exemple Conti et Poulain, et vous offrez une conversation entre deux époques plutôt que deux titres.

Si vous voulez pousser plus loin, une carte marine du secteur qu'il fréquente, glissée dans le paquet, transforme le cadeau. Et si vous cherchez d'autres pistes pour un destinataire précis, la sélection pour quelqu'un qui aime voyager recoupe souvent ces goûts-là.

Une dernière idée, pour ceux qui repartent

Les gens qui aiment la mer ont presque tous un moment de l'année où ils y retournent. Offrez le livre en février, pas en juillet.

L'attente est la moitié du plaisir dans ce milieu, et un récit de navigation lu en plein hiver, dans un salon, à quatre cents kilomètres de la côte, produit un effet que la même lecture au mouillage n'aura jamais. Vous ne lui donnez pas seulement un livre. Vous lui avancez la saison.

Comment savoir si la personne navigue vraiment ou aime juste la mer ?

Écoutez comment elle en parle. Quelqu'un qui navigue emploie des mots de manœuvre, parle de bord, d'allure, de météo à trois jours. Quelqu'un qui aime la mer parle de lumière, de marées, de retour au même endroit chaque été. Les deux profils existent dans la même famille et n'ont presque aucun livre en commun, ce qui explique la plupart des cadeaux ratés dans ce domaine.

Faut-il éviter les récits de naufrage ?

Pas du tout, c'est même l'un des meilleurs sous-genres qui soient, et les marins les lisent volontiers. Une seule précaution vaut la peine : si la personne a perdu quelqu'un en mer, ou navigue avec un proche qui l'inquiète, le récit de naufrage change complètement de nature à l'ouverture du paquet. Dans ce cas, orientez-vous vers un récit de traversée réussie.

Moby Dick est-il encore lisible aujourd'hui ?

Oui, à condition de choisir la traduction. Celle de Philippe Jaworski pour la Pléiade, reprise en Folio classique, rend le texte nettement plus fluide que les versions anciennes. Le roman alterne récit et longues digressions sur la baleine, ce qui déroute les lecteurs pressés. Offrez-le à quelqu'un qui a du temps, pas à quelqu'un qui lit vingt minutes par soir.

Que faut-il offrir à quelqu'un qui part en croisière ou en convoyage ?

Du format poche, exclusivement. À bord, l'espace est compté et l'humidité abîme tout : un grand format cartonné finit gondolé au bout d'une semaine. Deux ou trois poches valent mieux qu'un beau volume, et un récit de mer se lit particulièrement bien quand on est soi-même dessus, ce qui n'est vrai d'aucun autre genre.

Un livre sur l'océan et l'écologie fait-il un bon cadeau ?

Il marche auprès des plongeurs, des pêcheurs et des gens attachés à un littoral précis. Il tombe à plat s'il ressemble à un plaidoyer. Préférez les livres où l'observation vient avant l'argument : « Racleurs d'océans » d'Anita Conti décrit la pêche à la morue de l'intérieur, en 1952, et dit plus sur l'épuisement des ressources que beaucoup d'essais contemporains.

Existe-t-il de bons romans de mer récents ?

Oui, et ils sont moins connus que les classiques. « Le Grand Marin » de Catherine Poulain, paru chez L'Olivier en 2016, raconte une femme partie pêcher le flétan en Alaska, dans une langue sèche et physique. C'est le genre de titre qu'un amateur de mer n'a pas et dont il parlera ensuite à trois personnes.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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