Quel livre offrir à quelqu'un qui aime l'histoire ?
Le rayon histoire d'une librairie est un piège à cadeau. Tout y semble sérieux, épais, cartonné, et rien ne vous dit si la personne en face a déjà lu les trois quarts du rayon.
Le vrai problème n'est pas le niveau. C'est la période. Un passionné de Rome antique ne lira pas votre livre sur la Résistance, même excellent, même primé. Voici quatorze titres classés par période, avec ce qui rend chacun offrable.
Repérez la période avant de repérer le livre
Les amateurs d'histoire ne sont pas des amateurs d'histoire en général. Ils ont une porte d'entrée, souvent apparue à l'adolescence, et ils y reviennent toute leur vie.
Trois indices se lisent sans poser de question. Les documentaires qu'il regarde, qui trahissent l'attirance plus que la lecture. Les voyages récents : quelqu'un qui rentre de Sicile ou de Cracovie est pour six mois disponible à un livre sur ce lieu. Et la présence, ou non, d'une carte affichée quelque part chez lui.
Si vous n'avez aucun de ces indices, la question directe fonctionne mieux qu'on ne croit. « Il y a une période sur laquelle tu ne te lasses jamais ? » ne ressemble pas à une enquête de cadeau. Les gens répondent volontiers, en détail, et souvent avec une frustration précise : le livre qu'ils cherchent depuis longtemps sans le trouver.
Antiquité, pour ceux qui reviennent toujours à Rome
Mary Beard, « SPQR. Histoire de l'ancienne Rome » (Perrin, 2016 pour la traduction française) Voir à la FnacSPQR. Histoire de l'ancienne Rome, de Mary Beard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Beard enseigne à Cambridge et écrit comme une conteuse, ce qui est rare. Elle raconte mille ans de Rome en partant des gens ordinaires plutôt que des empereurs, et elle dit clairement quand les sources manquent. Pour quelqu'un qui a lu des dizaines de récits de batailles, ce déplacement du regard fait tout.
Marguerite Yourcenar, « Mémoires d'Hadrien » (Plon, 1951) Voir à la FnacMémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un empereur vieillissant écrit à son successeur. Le livre a mis vingt ans à s'écrire et il reste la référence absolue du roman antique en français. Offrez-le à quelqu'un qui aime la langue autant que l'époque, parce que c'est une prose très travaillée, à lire lentement.
Moyen Âge, la période la plus mal servie par les cadeaux
On offre systématiquement des châteaux forts et des chevaliers à des gens qui aimeraient qu'on leur parle de paysans, d'hérétiques et de procès.
Emmanuel Le Roy Ladurie, « Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 » (Gallimard, 1975) Voir à la FnacMontaillou, village occitan de 1294 à 1324, de Emmanuel Le Roy Ladurie (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un inquisiteur interroge tout un village pyrénéen sur ses croyances, et note tout. Sept siècles plus tard, l'historien lit ces dépositions et reconstitue la vie quotidienne, les amours, les disputes de bergers. C'est un des livres d'histoire les plus vendus de la seconde moitié du XXe siècle, et il se lit comme un feuilleton.
Georges Duby, « Le Dimanche de Bouvines » (Gallimard, 1973) Voir à la FnacLe Dimanche de Bouvines, de Georges Duby (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une seule journée, celle du 27 juillet 1214, et tout ce qu'une bataille dit d'une société. Court, brillant, souvent cité comme le modèle du genre. Bon cadeau pour quelqu'un qui a déjà beaucoup lu et n'a jamais rien lu de Duby, ce qui arrive plus souvent qu'on ne l'imagine.
Umberto Eco, « Le Nom de la rose » (Grasset, 1982 pour la traduction de Jean-Noël Schifano, prix Médicis étranger la même année) Voir à la FnacLe Nom de la rose, de Umberto Eco (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une enquête dans une abbaye du XIVe siècle, avec des débats théologiques réels et une bibliothèque labyrinthe. Beaucoup de gens ont vu le film et jamais ouvert le livre. Le livre est plus dur et bien meilleur.
Ken Follett, « Les Piliers de la terre » (Stock, 1990 pour la traduction française) Voir à la FnacLes Piliers de la terre, de Ken Follett (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La construction d'une cathédrale au XIIe siècle, mille pages, une intrigue qui ne lâche jamais. Ne le snobez pas : c'est le livre qui a donné le goût du Moyen Âge à des millions de lecteurs, et c'est un cadeau redoutablement efficace pour un lecteur qui veut être happé.
Maurice Druon, « Les Rois maudits » (Del Duca, à partir de 1955) Voir à la FnacLes Rois maudits, de Maurice Druon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Sept tomes sur la fin des Capétiens directs. Si vous voulez offrir de quoi tenir un an, commencez par « Le Roi de fer » plutôt que par un coffret complet, qui intimide. Nos guides d'ordre de lecture précisent l'enchaînement des tomes quand la personne a déjà commencé.
Époque moderne, quand le roman fait mieux que l'essai
Hilary Mantel, « Dans l'ombre des Tudors » (Sonatine, 2013 pour la traduction française) Voir à la FnacDans l'ombre des Tudors, de Hilary Mantel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Thomas Cromwell, fils de forgeron devenu l'homme le plus puissant d'Angleterre. Le roman a reçu le Booker Prize en 2009, et Mantel l'a reçu de nouveau trois ans plus tard pour la suite, chose quasi inédite. Le style au présent déroute pendant trente pages puis devient une drogue.
Stefan Zweig, « Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen » (Albin Michel, 1948 pour la traduction française) Voir à la FnacLe Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, de Stefan Zweig (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Zweig raconte l'Europe d'avant 1914 depuis son exil, et se donne la mort peu après avoir terminé le manuscrit. Ce n'est pas de l'histoire au sens universitaire, c'est mieux : c'est le témoignage de quelqu'un qui a vu un monde disparaître deux fois.
XXe siècle, sans offrir le même livre que tout le monde
C'est la période où les amateurs ont le plus lu, donc celle où le doublon guette. Évitez les grandes synthèses sur la Seconde Guerre mondiale et visez l'angle.
Laurent Binet, « HHhH » (Grasset, 2010, prix Goncourt du premier roman) Voir à la FnacHHhH, de Laurent Binet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'assassinat de Heydrich à Prague, raconté par un auteur qui doute en permanence de son droit à romancer. Le livre invente une forme et déclenche encore des disputes entre lecteurs, ce qui en fait un excellent cadeau pour quelqu'un qui aime discuter de ce qu'il lit.
Primo Levi, « Si c'est un homme » (Julliard, 1987 pour la traduction de Martine Schruoffeneger) Voir à la FnacSi c'est un homme, de Primo Levi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Auschwitz, décrit par un chimiste qui cherche à comprendre plutôt qu'à accuser. On l'offre rarement parce qu'on le croit déjà lu par tout le monde. Beaucoup l'ont étudié à seize ans et jamais relu, ce qui n'est pas la même chose.
Marc Bloch, « L'Étrange Défaite » (écrit en 1940, publié en 1946) Voir à la FnacL'Étrange Défaite, de Marc Bloch (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un des plus grands historiens français analyse l'effondrement de juin 1940, quelques semaines après l'avoir vécu comme officier. Il sera fusillé par la Gestapo en 1944. Cent cinquante pages d'une lucidité qui rend le livre inconfortable à lire aujourd'hui encore.
Si l'histoire de France commence à tourner en rond
Voici mon avis, et il est tranché : passé un certain nombre de lectures, l'amateur d'histoire de France n'a plus besoin d'un livre de plus sur la même matière. Il a besoin qu'on lui change l'échelle.
Patrick Boucheron (dir.), « Histoire mondiale de la France » (Seuil, 2017) Voir à la FnacHistoire mondiale de la France, de Patrick Boucheron (dir.) (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent quarante-six dates, chacune traitée par un spécialiste, chacune reliant la France au reste du monde. Le livre s'est vendu à plus de cent mille exemplaires et a déclenché une polémique nationale, ce qui est rare pour un ouvrage collectif d'universitaires. On peut l'ouvrir n'importe où, ce qui en fait un cadeau qui se garde.
Howard Zinn, « Une histoire populaire des États-Unis » (Agone, 2002 pour la traduction de Frédéric Cotton) Voir à la FnacUne histoire populaire des États-Unis, de Howard Zinn (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire américaine racontée depuis les Indiens, les esclaves en fuite, les ouvrières du textile et les déserteurs. Huit cents pages, une thèse assumée, et un effet durable sur la façon dont on lit ensuite n'importe quel manuel.
Ivan Jablonka, « Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus » (Seuil, 2012) Voir à la FnacHistoire des grands-parents que je n'ai pas eus, de Ivan Jablonka (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'historien enquête sur ses grands-parents juifs polonais déportés, avec les méthodes de son métier. C'est le livre à offrir à quelqu'un qui a commencé un arbre généalogique et ne sait pas quoi faire des blancs.
Ce qu'on écrit sur la page de garde d'un livre d'histoire
Les amateurs d'histoire annotent. C'est presque une signature du genre : marges griffonnées, dates entourées, cartes cornées.
Autorisez-le explicitement. Deux lignes du type « je te l'offre pour que tu l'abîmes » valent mieux qu'une dédicace solennelle qui transforme le livre en objet. Et si vous offrez un livre d'occasion, ce que rien n'interdit, gardez les annotations du lecteur précédent : elles sont exactement le genre de trace qu'un historien amateur aime trouver.
Ce qui arrive après
Un bon livre d'histoire ne se termine pas à la dernière page, il envoie ailleurs. Vers un lieu, vers une bibliographie, vers un autre siècle.
C'est pour ça que la question du prochain cadeau est déjà réglée le jour où vous offrez celui-ci. Écoutez ce que la personne raconte trois mois plus tard : elle vous dira où le livre l'a envoyée, et ce sera votre prochaine idée. Si vous cherchez d'autres pistes pour un lecteur de la même famille, notre sélection pour offrir un livre à son grand-père croise souvent les mêmes rayons.
Faut-il offrir un livre d'histoire ou un roman historique ?
Le beau livre illustré est-il un bon cadeau ?
Comment savoir quelle période l'intéresse vraiment ?
Peut-on offrir un livre d'histoire universitaire à un amateur ?
Que faire s'il a déjà lu « Sapiens » ?
Un livre d'histoire familiale peut-il faire un cadeau ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.