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Quel livre offrir à quelqu'un qui aime l'art ? 12 idées qui ne finiront pas sur la table basse

Offrir un livre d'art sans se tromper : douze titres classés par usage, le beau livre vraiment utile, l'essai qui apprend à regarder, le roman qui passe par un peintre.

L'équipe Relit7 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime l'art ?

Il y a un cadeau que les amateurs d'art reçoivent en boucle, et c'est le gros livre de reproductions. Format carré, couverture brillante, deux cents images légendées, aucune idée dedans. Il finit sur une table basse, il y reste, et personne ne l'ouvre après le premier soir.

Le problème n'est pas le prix ni l'intention. C'est qu'un livre d'art réussi doit apporter autre chose que des images : une manière de les regarder, une histoire, ou une compétence. Voici douze titres qui remplissent ce contrat, classés par ce qu'ils font au lecteur.

Le beau livre qui sert vraiment

Certains livres illustrés méritent leur poids. Ils ont un propos, une progression, et on y revient.

David Hockney et Martin Gayford, « Une histoire des images » (Seuil, 2016) Voir à la FnacUne histoire des images, de David Hockney et Martin Gayford (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un peintre de quatre-vingts ans et un critique discutent de tout ce qui a servi à fabriquer des images, de la grotte de Lascaux au cinéma, en passant par la chambre noire et l'écran de téléphone. Hockney a des opinions tranchées et les défend. Le livre est superbement illustré et se lit comme une conversation, ce qui le rend accessible à quelqu'un qui n'a jamais ouvert un livre d'histoire de l'art.

E. H. Gombrich, « Histoire de l'art » (Phaidon pour l'édition française) Voir à la FnacHistoire de l'art, de E. H. Gombrich (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Publié en 1950, traduit dans une trentaine de langues, encore le meilleur récit continu de l'art occidental. Gombrich écrit pour être compris, sans jargon, et raconte à chaque étape le problème que les artistes cherchaient à résoudre. Un cadeau évident, sauf que la plupart des amateurs français ne l'ont jamais eu entre les mains.

Michel Pastoureau, « Bleu. Histoire d'une couleur » (Seuil, 2000) Voir à la FnacBleu. Histoire d'une couleur, de Michel Pastoureau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Comment le bleu, couleur négligée et vaguement barbare dans l'Antiquité, est devenu la couleur préférée des Européens. On ne regarde plus une Vierge de retable de la même façon après l'avoir lu. Pastoureau a écrit la même chose sur le noir, le vert, le rouge et le jaune, ce qui vous fait quatre cadeaux d'avance pour les années suivantes.

Les livres qui apprennent à regarder

C'est la catégorie que les gens n'offrent jamais, alors que c'est celle qui change le plus les visites de musée.

Daniel Arasse, « On n'y voit rien. Descriptions » (Denoël, 2000) Voir à la FnacOn n'y voit rien. Descriptions, de Daniel Arasse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six textes qui reprennent des tableaux archi-connus, une Annonciation, un Titien, un Bruegel, pour montrer que nous les regardons sans les voir. Arasse est drôle, cinglant, il s'engueule avec un collègue imaginaire pendant tout un chapitre. Le meilleur livre d'initiation existant, et il tient dans une poche.

John Berger, « Voir le voir » (B42, 2014 pour l'édition française) Voir à la FnacVoir le voir, de John Berger (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Issu d'une série télévisée de la BBC diffusée en 1972, ce petit livre montre comment la reproduction, la publicité et la propriété ont façonné notre regard sur la peinture. Un chapitre entier sur le nu féminin et sur qui regarde qui. Radical, court, toujours discuté cinquante ans après.

Françoise Barbe-Gall, « Comment regarder un tableau » (Éditions du Chêne, dans une édition augmentée en 2021) Voir à la FnacComment regarder un tableau, de Françoise Barbe-Gall (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une méthode simple pour affronter une œuvre sans notice : par où commencer, quoi chercher, quelles questions se poser. Le genre de livre qu'on croit destiné aux débutants et que des amateurs avancés gardent sur leur étagère.

Vincent van Gogh, « Lettres à Théo » (Gallimard, collection L'Imaginaire) Voir à la FnacLettres à Théo, de Vincent van Gogh (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Van Gogh écrit à son frère la couleur qu'il cherche, le prix des tubes, la lumière d'Arles, ses doutes. C'est un des grands textes de la littérature du dix-neuvième siècle, et il coûte le prix d'un poche. Offrez-le en même temps qu'un album de reproductions et vous avez fait un cadeau que la personne gardera trente ans.

Le roman qui passe par un peintre

La fiction est le meilleur cheval de Troie pour parler d'art à quelqu'un qui aime l'art. Elle contourne le savoir et va directement à la sensation.

Donna Tartt, « Le Chardonneret » (Plon, 2014) Voir à la FnacLe Chardonneret, de Donna Tartt (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un garçon survit à un attentat dans un musée et emporte avec lui un petit tableau de Carel Fabritius peint en 1654. Le roman fait huit cents pages, a reçu le prix Pulitzer 2014, et parle de restauration, de faux et d'attachement aux objets aussi bien que n'importe quel essai. Le cadeau parfait pour de longues vacances.

Tracy Chevalier, « La Jeune Fille à la perle » (Quai Voltaire, 2000) Voir à la FnacLa Jeune Fille à la perle, de Tracy Chevalier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'histoire imaginée de la servante qui a posé pour Vermeer, dans un Delft méticuleusement reconstitué. Le livre a été un succès mondial et il est un peu snobé pour cette raison. À tort : sur le broyage des pigments et la fabrication concrète d'un tableau au dix-septième siècle, il est remarquablement documenté.

Pierre Michon, « Maîtres et serviteurs » (Verdier, 1990) Voir à la FnacMaîtres et serviteurs, de Pierre Michon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois récits brefs sur Goya, Watteau et un peintre de province oublié. La langue de Michon est une des plus tendues de la littérature française contemporaine. À réserver à un lecteur qui aime que ça résiste, mais à celui-là, il ne fera pas de cadeau plus juste.

Maylis de Kerangal, « Un monde à portée de main » (Verticales, 2018) Voir à la FnacUn monde à portée de main, de Maylis de Kerangal (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois étudiants apprennent la peinture en trompe-l'œil dans une école bruxelloise, et le roman s'achève dans la reproduction de la grotte de Lascaux. Le livre parle de la main, du geste, de la matière, et de ce que signifie copier. Idéal pour quelqu'un qui pratique.

Catherine Meurisse, « La Légèreté » (Dargaud, 2016) Voir à la FnacLa Légèreté, de Catherine Meurisse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'autrice, dessinatrice à Charlie Hebdo, a échappé à l'attentat de janvier 2015. Elle raconte comment elle est allée chercher dans la beauté, à Rome, à la villa Médicis, devant les tableaux, de quoi se reconstruire. Une bande dessinée sur l'art comme nécessité vitale, sans une once de mièvrerie.

Ce que les reproductions valent, et ne valent pas

Aucune reproduction ne rend la matière d'un tableau. C'est le petit mensonge de tous les livres d'art et il vaut mieux le savoir avant d'acheter.

Les surfaces mates passent à peu près, l'huile épaisse et les vernis anciens presque pas. Un Rembrandt imprimé perd la profondeur qui fait tout son intérêt. Un dessin, une estampe, une aquarelle, une photographie, en revanche, supportent très bien le passage au papier.

Regardez donc de quel type d'art la personne est amoureuse. Pour un amateur de gravure ou de dessin, un beau livre de reproductions est un cadeau généreux. Pour un amateur de peinture flamande, un essai bien écrit lui donnera davantage qu'un album qui la déçoit à chaque page.

Une exception mérite d'être signalée : les livres consacrés à l'architecture et à la sculpture, où la photographie apporte quelque chose de réel. Un bon photographe de sculpture montre des angles que le visiteur d'un musée ne verra jamais, parce que l'œuvre est contre un mur.

Ce qu'il ne faut pas offrir

Le catalogue d'exposition à quelqu'un qui n'a pas vu l'exposition, d'abord. Les textes y sont écrits pour la communauté scientifique et l'ordre des œuvres reproduit un accrochage que le lecteur n'a jamais vu. C'est le cadeau qui a l'air le plus sérieux et qui sert le moins.

Le livre-somme sur un artiste célèbre, ensuite, sauf certitude absolue. Quelqu'un qui aime Monet possède déjà trois livres sur Monet. Vous avez beaucoup plus de chances avec un artiste voisin, moins couru, qu'il n'a pas eu l'occasion de creuser.

Enfin, le livre choisi pour sa couverture. Cela paraît évident, et pourtant les tables de Noël des librairies sont conçues exactement pour ça. Ouvrez le livre, lisez deux pages du texte. Si le texte se contente de décrire l'image d'en face, reposez-le.

Si vous voulez viser juste sans rien y connaître

Cherchez simplement le décalage. Un amateur de peinture classique n'a souvent jamais lu sur la couleur, l'histoire du marché de l'art, ou la restauration. Un passionné d'art contemporain ne connaît parfois rien à l'iconographie chrétienne, dont dépend pourtant la moitié de ce qu'il voit dans les musées européens.

Vous pouvez aussi partir dans l'autre sens, celui des périodes précises : nos guides d'ordre de lecture et le catalogue par genres permettent de repérer ce qui existe autour d'une époque ou d'un mouvement avant de choisir.

Le geste qui vaut plus que le livre

Un livre d'art offert seul est un objet. Offert avec un billet pour l'exposition dont il parle, il devient un projet, et les deux ensemble coûtent souvent moins cher qu'un gros album pris en librairie.

L'ordre a son importance. Le billet d'abord, le livre après la visite : la personne aura vu les œuvres avant d'en lire l'analyse, et le livre gardera un intérêt pendant des années. Dans l'autre sens, il fait double emploi avec la notice au mur.

Le catalogue d'exposition est-il un bon cadeau ?

Uniquement pour quelqu'un qui a vu l'exposition et veut en garder la trace. Sinon c'est une suite de reproductions sans fil conducteur, avec des textes écrits pour des spécialistes. Le catalogue prolonge une expérience, il ne la remplace pas. À la même dépense, une monographie ou un essai laissera bien plus de choses à la personne.

Quel livre offrir à quelqu'un qui peint ou dessine ?

Évitez les manuels de technique, un praticien a déjà les siens et le choix est très personnel. Offrez plutôt de la matière à regarder ou de la matière à penser : les « Lettres à Théo » de Van Gogh, un essai de Daniel Arasse, ou une monographie d'un artiste dont il ne parle jamais. Vous lui donnez un point de comparaison, pas une leçon.

Faut-il connaître le domaine pour bien choisir ?

Non, mais il faut savoir sur quelle période la personne s'arrête. Un amateur de Renaissance italienne et un amateur d'art contemporain ne partagent presque rien, ni les références ni le vocabulaire. Une seule question posée l'air de rien, sur la dernière exposition qui lui a plu, vous donne l'information dont vous avez besoin.

Beau livre ou format poche pour un livre d'art ?

Cela dépend de ce que vous offrez. Un livre de reproductions doit être grand, sinon les images ne servent à rien. Un essai sur la peinture se lit très bien en poche, et beaucoup de textes de référence sont disponibles en Folio essais ou en Champs. Le réflexe du grand format coûte cher et n'ajoute souvent rien.

Un roman sur un peintre, est-ce trop léger ?

Pas du tout, et c'est souvent le cadeau le mieux reçu. Un bon roman fait entrer dans un atelier, une époque, une matière, ce que peu d'essais réussissent. « Le Chardonneret » de Donna Tartt ou « Un monde à portée de main » de Maylis de Kerangal parlent de peinture avec une précision que reconnaissent les gens du métier.

Où trouver des livres d'art à prix raisonnable ?

Les librairies de musée bradent régulièrement les catalogues d'expositions passées, souvent à moitié prix. Le marché de l'occasion est également très fourni : beaucoup de livres d'art sont peu manipulés et se revendent en excellent état. Vérifiez seulement la qualité des reproductions avant d'acheter à l'aveugle, car les tirages anciens ont parfois mal vieilli.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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