Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre la gestion de projet ? 4 titres, et celui qu'il ne faut pas ouvrir d'abord

Vous pilotez trois personnes et un tableur, pas un chantier à cent millions. Voici les livres utiles à ce niveau, dans l'ordre, et pourquoi les référentiels de certification arrivent bien plus tard.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Management de projet, fondamentaux, méthodes, outilsJean-Claude CorbelVoir Management de projet, fondamentaux, méthodes, outils, de Jean-Claude Corbel à la Fnac (lien affilié)
Piloter un projet d'organisationHenri-Pierre MadersVoir Piloter un projet d'organisation, de Henri-Pierre Maders à la Fnac (lien affilié)
Scrum, le guide pratique de la méthode agile la plus populaireClaude AubryVoir Scrum, le guide pratique de la méthode agile la plus populaire, de Claude Aubry à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la gestion de projet ?

La scène se répète chaque semaine dans les entreprises. Quelqu'un se voit confier un projet, souvent sans le titre qui va avec, avec trois collègues à coordonner, un budget approximatif et une échéance déjà fixée. La personne fait ce que font les gens sérieux : elle cherche à se former. Et elle achète le référentiel du Project Management Institute, sept cents pages de vocabulaire normalisé, parce que c'est le livre dont tout le monde parle.

C'est un contresens complet. Ce document sert à harmoniser les pratiques d'une profession et à préparer une certification. Il ne vous dira jamais comment annoncer à votre directeur que la date de livraison ne tient pas, ce qui est pourtant votre vrai problème de la semaine.

Voici quatre livres, dans un ordre qui suit la taille de ce que vous pilotez, avec une séparation nette entre les référentiels lourds, les approches agiles et les livres de terrain. Chacun s'adresse à quelqu'un de précis, et je le dis pour chacun.


D'abord, mesurez la taille réelle de votre projet

Le mot « projet » recouvre des situations sans rapport entre elles, et c'est la source principale des mauvais achats.

Il y a le projet de trois personnes sur quatre mois, avec un tableur de suivi et une réunion hebdomadaire. C'est de très loin le cas le plus fréquent, et il ne demande ni logiciel spécialisé ni référentiel. Il demande un cadrage propre, un découpage honnête et de la communication.

Il y a le projet d'entreprise, une dizaine de contributeurs, plusieurs services impliqués, un budget suivi par la direction. Là, les méthodes deviennent utiles, parce que l'information ne circule plus toute seule et que personne n'a la vue d'ensemble en tête.

Il y a enfin le programme, plusieurs projets liés, des sous-traitants, un cadre contractuel. C'est le terrain des référentiels et des certifications, et c'est rarement là que vous commencez.

Regardez honnêtement dans quelle catégorie vous êtes aujourd'hui, pas dans celle où vous espérez arriver dans cinq ans.

Premier livre : Jean-Claude Corbel, « Management de projet »

Jean-Claude Corbel, « Management de projet, fondamentaux, méthodes, outils » (Eyrolles, troisième édition enrichie d'un chapitre sur la gestion des risques) Voir à la FnacManagement de projet, fondamentaux, méthodes, outils, de Jean-Claude Corbel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, sinon un projet en cours ou imminent.

Corbel a passé plus de trente ans dans l'ingénierie automobile, chez Renault, où il a travaillé à la réduction des délais de développement et à la capitalisation des connaissances, avant d'enseigner. Le livre s'en ressent : il parle de projets qui coûtent cher quand ils dérapent, avec un ton d'ingénieur plutôt que de consultant.

Ce qu'il vous apprend précisément : le cycle complet et son vocabulaire. Cadrage et note de lancement, découpage en lots, estimation des charges, planification et chemin critique, jalons de décision, suivi d'avancement, clôture. Vous saurez ce qu'est un livrable, pourquoi un jalon n'est pas une date mais une décision, et comment une estimation optimiste se paie trois mois plus tard.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à gérer des gens. La dimension relationnelle est traitée, mais comme un chapitre parmi d'autres. Or c'est là que la plupart des projets échouent, et aucun livre de fondamentaux ne compense l'expérience sur ce point.

Le même auteur a publié chez Eyrolles un ouvrage plus court, « L'essentiel du management de projet, les pièges à éviter », qui fonctionne bien comme lecture de rappel une fois les bases posées, ou comme entrée en matière si le format long vous rebute.

Deuxième livre : Henri-Pierre Maders, « Piloter un projet d'organisation »

Henri-Pierre Maders, « Piloter un projet d'organisation » (Eyrolles, publié initialement aux Éditions d'Organisation, rééditions successives) Voir à la FnacPiloter un projet d'organisation, de Henri-Pierre Maders (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : connaître le vocabulaire de base, donc venir après Corbel ou après un premier projet mené.

Maders est auditeur certifié et a passé sa carrière sur des projets de transformation en entreprise. Son livre est conçu comme une boîte à outils en sept parties, avec plusieurs parcours de lecture selon votre besoin, ce qui est rare et appréciable : vous n'êtes pas obligé de le lire linéairement.

Ce qu'il vous apprend précisément : ce qui se passe quand le projet touche à l'organisation du travail des gens, c'est-à-dire à peu près toujours. Comment cartographier les acteurs concernés, comment repérer les résistances avant qu'elles ne deviennent des blocages, comment structurer une instance de pilotage qui décide au lieu de commenter. Les outils sont reproductibles tels quels.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la technique de planification fine. Il présuppose que vous savez construire un planning et suivre une charge.

Opinion tranchée : c'est le livre que je recommanderais en premier à quelqu'un qui pilote un projet interne dans une administration, une association ou une PME, avant même le livre de fondamentaux. Les projets y échouent bien plus souvent par manque de sponsor et d'adhésion que par mauvaise planification.

Troisième livre : Claude Aubry, « Scrum »

Claude Aubry, « Scrum, le guide pratique de la méthode agile la plus populaire » (Dunod, plusieurs éditions successives, la dernière avec François Beauregard) Voir à la FnacScrum, le guide pratique de la méthode agile la plus populaire, de Claude Aubry (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà travaillé, ou vouloir travailler, dans un contexte où le contenu du projet évolue en cours de route.

Aubry a été développeur puis responsable d'équipe avant de se consacrer entièrement à l'agilité à partir de 2005. Il a formé plus d'un millier de personnes en France et accompagné une centaine d'organisations, et son livre est resté la référence francophone sur le sujet.

Ce qu'il vous apprend précisément : le fonctionnement réel d'une équipe qui livre par itérations courtes. Le rôle du responsable de produit, la construction et l'affinage du carnet de produit, le découpage en récits utilisateur, la planification d'itération, la revue, la rétrospective. Surtout, il donne des conseils d'adaptation tirés de situations concrètes, ce qui manque cruellement à la littérature agile ordinaire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à tenir un engagement de date et de périmètre simultanément. C'est une limite de l'approche, pas du livre, et il faut l'entendre avant de vendre l'agilité à une direction qui attend les deux.

À qui il s'adresse vraiment : aux équipes produit et logiciel, en premier lieu. Si vous organisez un déménagement de site ou la mise en conformité d'un processus, prenez la boucle d'apprentissage et laissez les rôles.

Par où ne pas commencer

Le guide du corpus de connaissances du Project Management Institute, communément appelé PMBOK. Il est utile, il est même parfois obligatoire, mais il décrit un système plutôt qu'il n'enseigne un métier. Sa septième édition, restructurée autour de principes et de domaines de performance, a rendu la lecture d'initiation encore plus ardue. Achetez-le le jour où vous préparez la certification associée, ou parce que votre organisation l'utilise comme langue commune.

Les manuels Prince2. Même diagnostic, avec une origine britannique et publique, et un formalisme documentaire prononcé. La méthode est cohérente et exigeante, appréciée dans certains secteurs et certains pays. Elle est illisible comme première approche, et une bonne partie de ce qu'elle impose n'a aucun sens sur un projet de trois personnes.

Les livres de développement personnel du chef de projet. Ceux qui promettent le leadership, l'influence et la résilience sans jamais parler de découpage ni de budget. On en sort en pleine forme et sans plan.

Les manuels d'un logiciel particulier. Apprendre l'outil avant la méthode produit des plannings magnifiques et faux. L'outil sait recalculer une date, il ne sait pas que votre développeur clé est en congé la semaine décisive.

Enfin, les recueils de méthodes agiles à l'échelle, qui prétendent orchestrer des dizaines d'équipes. Ils traitent un problème que vous n'avez pas, et ils supposent réglé celui que vous avez.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous donneront pas d'autorité. La difficulté centrale du métier tient en une phrase : vous êtes responsable d'un résultat produit par des gens qui ne dépendent pas de vous. Aucune méthode ne résout cela. Ce qui le résout, c'est un commanditaire visible qui arbitre, et votre capacité à aller le chercher quand il disparaît.

Ils ne vous apprendront pas à dire non. Le moment où un projet se sauve ou se perd est presque toujours celui où quelqu'un demande un ajout « qui ne change pas grand-chose ». Savoir chiffrer l'impact sur le délai et le présenter calmement s'apprend en le faisant, avec les mains qui tremblent la première fois.

Ils ne remplaceront pas un projet réel, même minuscule. Organiser un événement associatif de cinquante personnes vous enseignera davantage sur les dépendances et les retards que trois cents pages de méthode. Prenez-en un, appliquez consciemment ce que vous avez lu, et notez ce qui a résisté.

Ils ne feront pas votre rétrospective. La différence entre quelqu'un qui a mené dix projets et quelqu'un qui a mené le même projet dix fois, c'est l'analyse après coup. Une heure à la fin, seul ou en équipe, à écrire ce qui a dérapé et pourquoi. Presque personne ne le fait, et c'est le meilleur investissement de toute cette liste.

Après ces livres

Vous aurez le vocabulaire, une boîte à outils de terrain et une compréhension des approches itératives. C'est assez pour piloter sérieusement des projets de taille moyenne, et bien assez pour parler d'égal à égal avec un consultant.

La suite dépend de votre trajectoire. Si vous allez vers de grandes organisations, le référentiel et sa certification deviennent un projet professionnel légitime, à mener comme tel. Si vous allez vers le produit numérique, la lecture bascule vers la découverte des besoins et la mesure de la valeur, et l'agilité cesse d'être une méthode pour devenir une manière de décider.

Dans les deux cas, la lecture méthodique aide moins que la lecture régulière. Le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique le même tri à d'autres disciplines, notamment pour apprendre l'entrepreneuriat, où la question du cadrage revient sous un autre nom. Et pour repérer les éditions récentes, qui comptent davantage qu'on ne le croit sur les sujets de méthode, le rayon management et organisation reste le meilleur point de départ.

Faut-il commencer par le PMBOK pour apprendre la gestion de projet ?

Non. Le guide du Project Management Institute est un référentiel de connaissances, écrit pour normaliser un vocabulaire professionnel et servir de socle à une certification. Ce n'est pas un cours, et sa septième édition, organisée autour de principes plutôt que de processus, est encore moins abordable pour un débutant que les précédentes. Vous le lirez avec profit le jour où vous préparerez la certification ou travaillerez dans une organisation qui l'a adopté. Avant, il produit surtout de la confusion et un sentiment d'illégitimité.

Méthode classique ou méthode agile, laquelle apprendre en premier ?

Apprenez d'abord les fondamentaux communs : cadrage, découpage du travail, estimation, jalons, gestion des risques, communication avec le commanditaire. Ils valent dans les deux mondes. Ensuite, regardez votre contexte. Si le contenu du projet est stable et les livrables contractuels, l'approche classique s'impose. S'il évolue à mesure que vous avancez, ce qui est fréquent en développement logiciel et en produit, l'agilité est mieux adaptée. La guerre de religion entre les deux camps n'aide personne sur le terrain.

Une certification en gestion de projet vaut-elle le coup ?

Elle vaut le coup quand elle répond à une demande précise : un employeur qui l'exige, un marché public qui la mentionne, un secteur où elle sert de filtre à l'embauche. Elle ne vaut rien comme premier pas d'apprentissage, parce qu'elle valide la maîtrise d'un référentiel, pas la capacité à mener un projet. Considérez-la comme un projet professionnel à part entière, avec un budget, un calendrier et un objectif, et lancez-la quand vous avez déjà piloté quelque chose.

Peut-on apprendre la gestion de projet sans jamais avoir dirigé personne ?

On peut en apprendre la partie méthode, oui : découper, planifier, suivre un budget, écrire un compte rendu qui sert à quelque chose. La partie difficile n'est pas là. Elle est dans le fait d'obtenir d'une personne qui ne vous est pas hiérarchiquement rattachée qu'elle livre à temps, et de dire à un commanditaire que sa demande de dernière minute décale la date. Aucun livre ne muscle cela. Un petit projet réel, même associatif, fait ce travail en quelques mois.

Scrum est-il utile en dehors du développement logiciel ?

En partie. Le rythme d'itérations courtes, la revue régulière avec le commanditaire et la rétrospective d'équipe fonctionnent bien ailleurs, notamment en marketing, en événementiel ou en organisation interne. Les rôles et certains artefacts, eux, sont pensés pour des équipes qui produisent du logiciel de façon continue, et leur transposition mécanique donne souvent des rituels vides. Prenez la boucle d'apprentissage, laissez le vocabulaire si personne autour de vous ne le parle.

Combien de livres faut-il vraiment lire sur le sujet ?

Trois bien choisis suffisent à couvrir le métier à un niveau opérationnel : un livre de fondamentaux, un livre de terrain avec des outils reproductibles, et un livre sur la culture agile si votre contexte s'y prête. Au-delà, vous entrez dans la littérature de spécialité, portefeuille de projets, gestion des risques avancée, management d'équipes multiples, qui n'a d'intérêt que si votre poste l'exige. Le rendement de la lecture décroît vite ici, celui de la pratique non.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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