Quels livres pour apprendre l'UX design ?
Entrez dans une librairie et demandez un livre d'UX design. On vous conduira devant une étagère où voisinent des manuels de recherche utilisateur et de gros volumes carrés remplis de captures d'écran d'applications. Ce sont deux disciplines différentes rangées au même endroit, et cette confusion coûte cher aux débutants.
Le scénario habituel : on achète le beau livre, celui avec les interfaces impeccables, on le feuillette avec plaisir, on en tire une palette de couleurs et quelques idées de mise en page. Six mois plus tard on sait dessiner un écran qui a l'air professionnel, on n'a jamais regardé un utilisateur s'en servir, et on n'a aucune idée de ce qu'est un protocole de test. Ce n'est pas de l'UX design, c'est de l'UI design, et le mot qui manque coûte souvent un premier poste.
Voici quatre livres, dans un ordre précis, et une section entière sur ce qu'il ne faut pas acheter d'abord.
Ce que vous cherchez, exactement
Trois profils arrivent sur cette question, et ils n'ont pas besoin des mêmes pages.
Le premier veut se reconvertir et vise un poste de designer produit. Celui-là a besoin de méthode, et vite, parce que c'est ce qu'on lui demandera en entretien : comment vous recrutez des participants, comment vous menez un test, comment vous priorisez ce que vous avez trouvé.
Le deuxième développe ou dirige un produit et veut arrêter de concevoir à l'aveugle. Il n'a pas besoin de tout le manuel, seulement de quelques méthodes légères qu'il pourra appliquer seul la semaine prochaine.
Le troisième vient du graphisme et veut ajouter l'expérience à sa compétence visuelle. C'est le profil pour qui la distinction entre UX et UI est la plus délicate à intégrer, parce qu'elle demande de renoncer au geste qu'il maîtrise déjà.
Le parcours ci-dessous fonctionne pour les trois, avec des points d'arrêt différents.
Premier livre : Steve Krug, « Je ne veux pas chercher ! »
Steve Krug, « Je ne veux pas chercher ! » (Pearson pour l'édition française, traduction de « Don't Make Me Think », dont l'édition anglaise révisée date de 2014) Voir à la FnacJe ne veux pas chercher !, de Steve Krug (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Environ deux cents pages, aucun prérequis.
Krug est consultant en utilisabilité depuis les années quatre-vingt-dix et l'ouvrage s'est vendu à plus de sept cent mille exemplaires dans le monde. Il tient sur un principe, énoncé dès le titre : chaque fois qu'un utilisateur doit réfléchir pour savoir où cliquer, vous avez perdu. Le reste du livre décline cette idée avec un humour qui rend la lecture rapide, et sans jamais théoriser au-delà du nécessaire.
Ce qu'il vous apprend précisément : à faire un test utilisateur sans budget. Krug défend le test à cinq personnes, mené soi-même, dans une pièce ordinaire, une matinée par mois. C'est le geste fondateur du métier et c'est celui que les débutants sautent, parce qu'il est intimidant et qu'il n'y a rien de joli à montrer à la fin. Sa démonstration que cinq participants révèlent l'essentiel des problèmes majeurs est le meilleur argument qui existe contre l'attentisme.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la conception en amont. Krug évalue l'existant, il ne vous outille pas pour créer à partir d'une page blanche, ni pour comprendre un contexte d'usage complexe. Les captures d'écran de certains passages ont vieilli, l'intérêt du livre est ailleurs.
Deuxième livre : Don Norman, « Le Design des objets du quotidien »
Donald A. Norman, « Le Design des objets du quotidien » (Eyrolles, 2020 pour la traduction française, l'original « The Design of Everyday Things » ayant paru en 1988 puis dans une édition révisée en 2013) Voir à la FnacLe Design des objets du quotidien, de Donald A. Norman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais une lecture plus lente que la précédente.
Norman est psychologue cognitiviste, ancien vice-président chez Apple, et c'est lui qui a popularisé l'expression « user experience ». Il est parti d'une observation banale : les portes qu'on pousse alors qu'il fallait tirer, les plaques de cuisson dont on ne devine pas quel bouton commande quel feu, les interrupteurs qu'il faut essayer. Trente ans plus tard, ces exemples restent les meilleurs qui existent pour expliquer ce qu'est le design d'usage.
Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire conceptuel du métier, celui qui vous servira dans toutes vos discussions. Affordance, signifiant, modèle mental, contrainte, retour d'information. Une fois ces notions installées, vous cessez de dire qu'une interface est mauvaise et vous devenez capable de dire pourquoi, ce qui change tout dans une réunion.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à travailler sur un écran. Norman parle de portes, de robinets et de cockpits d'avion, presque jamais de logiciel. C'est délibéré, et c'est aussi ce qui rend le livre irremplaçable : il vous vaccine contre l'idée que l'UX serait une affaire de sites web. Le passage sur l'erreur humaine et sur la manière dont les concepteurs blâment les utilisateurs mérite à lui seul l'achat.
Troisième livre : Carine Lallemand et Guillaume Gronier, « Méthodes de design UX »
Carine Lallemand et Guillaume Gronier, « Méthodes de design UX. 30 méthodes fondamentales pour concevoir des expériences optimales » (Eyrolles, troisième édition, 2024, près de sept cents pages) Voir à la FnacMéthodes de design UX. 30 méthodes fondamentales pour concevoir des expériences optimales, de Carine Lallemand et Guillaume Gronier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux livres précédents, ou une pratique équivalente.
Lallemand est chercheuse à l'université du Luxembourg, Gronier est chercheur en psychologie ergonomique au Luxembourg Institute of Science and Technology. Leur ouvrage est devenu la référence francophone du domaine, et la troisième édition ajoute pour chaque méthode des variantes dites « guérilla », soit une soixantaine d'options allégées quand vous n'avez ni budget ni temps. C'est exactement le manque des deux éditions précédentes, et sa correction montre que les auteurs écoutent leurs lecteurs.
Ce qu'il vous apprend précisément : à choisir une méthode et à l'appliquer correctement. Chaque chapitre suit la même structure, décrit le déroulé, le matériel, le nombre de participants, les pièges. Entretien semi-directif, tri par cartes, personas, parcours utilisateur, tests d'utilisabilité, échelles d'évaluation de l'expérience, cartes d'idéation. Vous cessez d'improviser.
Un avertissement franc : n'achetez pas ce livre en premier. Sept cents pages de fiches méthodologiques lues sans projet en tête donnent l'impression d'avoir appris quelque chose, et cette impression est fausse. Il prend toute sa valeur quand vous arrivez avec une question précise, du type « je dois comprendre pourquoi les gens abandonnent à cette étape, quelle méthode ». C'est un manuel de consultation, pas un livre de chevet.
Quatrième livre : Amélie Boucher, « Ergonomie web et UX Design »
Amélie Boucher, « Ergonomie web et UX Design. Pour des sites web efficaces » (Eyrolles, quatrième édition, 2020) Voir à la FnacErgonomie web et UX Design. Pour des sites web efficaces, de Amélie Boucher (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les étapes précédentes, ou un projet web en cours.
Boucher est ergonome, autrice du blog Ergolab, et son livre est le manuel français de référence sur l'ergonomie des interfaces web depuis sa première édition en 2007. La quatrième édition intègre explicitement la dimension UX à ce qui était au départ un ouvrage d'ergonomie, et le sous-titre historique a été conservé.
Ce qu'il vous apprend précisément : les règles applicables, écran par écran. Architecture de l'information, navigation, formulaires, affordance des éléments cliquables, cohérence, accessibilité, adaptation mobile. C'est le niveau le plus concret des quatre livres, celui qui vous permet de justifier une décision de conception devant un client qui préférait un carrousel.
Ce qu'il ne vous apprend pas : l'état de l'art des interfaces d'aujourd'hui. L'édition date de 2020 et les captures d'écran le montrent. Retenez les principes, ignorez les habillages. C'est d'ailleurs le bon réflexe pour toute la bibliothèque de ce domaine.
Par où ne pas commencer
Une catégorie entière, plutôt qu'un titre isolé.
Les livres d'inspiration visuelle. Les recueils d'interfaces réussies, les compilations de tendances, les ouvrages de portfolio grand format. Ils sont agréables, ils donnent le sentiment de progresser, et ils n'enseignent aucune méthode. Pire, ils entretiennent la confusion qui vous fera échouer en entretien d'embauche : le recruteur ne vous demandera pas de citer une belle application, il vous demandera comment vous avez validé une hypothèse.
Les manuels consacrés à un logiciel, ensuite. Un livre entier sur Figma ou sur un système de composants sera dépassé avant d'être amorti. La documentation officielle et les formations vidéo font ce travail mieux, gratuitement et à jour.
Les livres de « psychologie appliquée au design » vendus comme des recueils de biais cognitifs, enfin. Ils listent quarante biais avec un exemple d'interface chacun, ce qui donne l'illusion d'une science exacte. La plupart de ces effets sont contextuels, certains issus de travaux dont la réplication a échoué, et la lecture rapide qu'on en fait produit des designers persuadés de manipuler leurs utilisateurs. Si le sujet vous intéresse, notre sélection pour apprendre la psychologie trie le sérieux du douteux plus proprement.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous mettront jamais en face d'un utilisateur, et c'est l'essentiel du métier.
La première fois que vous regardez quelqu'un se débattre avec une chose que vous avez conçue, quelque chose se déplace définitivement dans votre manière de travailler. Aucune lecture ne reproduit ce moment. Cinq personnes, une tâche, quarante minutes chacune, et l'obligation de vous taire pendant qu'elles cherchent. C'est inconfortable et c'est formateur.
Un livre ne construira pas non plus votre portfolio, et c'est ce qu'on vous demandera. Un portfolio d'UX designer ne montre pas des écrans, il raconte une démarche : voici le problème, voici comment je l'ai investigué, voici ce que j'ai trouvé, voici ce que j'ai changé, voici ce que ça a donné. Deux projets racontés ainsi valent mieux que quinze maquettes.
Enfin, aucune lecture ne vous apprendra à défendre une décision. Une grande partie du travail consiste à expliquer à quelqu'un qui a du pouvoir pourquoi son idée pose problème, avec des preuves plutôt qu'avec du goût. Cela s'apprend en le faisant, en se trompant, et en documentant ce qu'on a observé pour ne pas argumenter à mains nues.
Après ces quatre livres
Vous aurez le réflexe du test, le vocabulaire conceptuel, un manuel de méthodes et les règles applicables au web. C'est de quoi mener un projet complet et en parler sérieusement.
La suite dépend de votre pente. L'accessibilité est le domaine le plus utile et le plus négligé, avec un cadre réglementaire européen qui se durcit. La recherche utilisateur qualitative mène vers l'ethnographie et les sciences sociales. La conception de systèmes de design mène vers un travail plus proche du développement.
Le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres disciplines, et vous pouvez parcourir le rayon design et informatique du catalogue pour repérer les manuels français ayant eu droit à une édition récente, ce qui compte beaucoup dans ce domaine.
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