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Quel livre offrir pour une naissance ? Un pour le bébé, un pour les parents

Offrir un livre pour une naissance : des albums qui tiendront dix ans, et le cadeau que personne ne pense à faire aux parents. Douze titres, avec la raison de chaque choix.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir pour une naissance ?

Un livre offert pour une naissance atterrit dans une maison où personne n'a dormi depuis trois semaines. C'est le contexte qu'il faut avoir en tête avant de choisir quoi que ce soit.

Il y a en réalité deux cadeaux distincts derrière cette question, et confondre les deux est l'erreur la plus fréquente. Le livre destiné au bébé, qui ne servira pas avant plusieurs mois. Et le livre destiné aux parents, que presque personne ne pense à offrir alors que ce sont eux qui viennent de vivre quelque chose. Voici les deux, avec douze titres et la raison de chacun.


Ce que reçoivent réellement les parents

Faites le compte de ce qui arrive dans les semaines qui suivent une naissance : des grenouillères en trop grand nombre, des doudous, deux exemplaires du même album, et souvent un guide de puériculture qu'ils n'ont pas demandé.

Trois observations utiles avant d'acheter.

La bibliothèque du bébé se remplit très vite et très mal. Beaucoup de livres offerts ne seront jamais ouverts, non parce qu'ils sont mauvais, mais parce qu'ils arrivent tous en même temps et que rien ne les distingue les uns des autres.

Les parents, eux, ne reçoivent rien pour eux-mêmes. Le déplacement complet de l'attention vers l'enfant est normal et il est aussi un peu brutal, surtout pour la personne qui vient d'accoucher. Un livre qui s'adresse à elle, pas au bébé, est remarqué.

Enfin, le temps de lecture s'effondre pendant six mois puis revient. Un cadeau pensé pour dans un an n'est pas un cadeau raté, à condition de ne pas être un pavé qui culpabilise en attendant.

Les albums qui supportent d'être mâchés

Pour la première année, le livre est un objet avant d'être une histoire. Carton épais, coins arrondis, images très contrastées. Ce qui compte, c'est la voix qui lit et le fait de tourner les pages, pas l'intrigue.

Leo Lionni, « Petit-Bleu et Petit-Jaune » (L'école des loisirs, 1970) Voir à la FnacPetit-Bleu et Petit-Jaune, de Leo Lionni (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux taches de couleur, deux amis, un mélange qui produit du vert et des parents qui ne reconnaissent plus leur enfant. Lionni l'a improvisé en 1959 pour occuper ses petits-enfants dans un train, en déchirant des bouts de papier. C'est un des rares albums qui fonctionne à un an comme à six, et il ne ressemble à rien d'autre dans une bibliothèque de bébé.

Éric Carle, « La Chenille qui fait des trous » (Mijade, 1998 pour l'édition française) Voir à la FnacLa Chenille qui fait des trous, de Éric Carle (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les pages percées, les couleurs saturées, les jours de la semaine, la métamorphose. Le livre s'est vendu à plus de cinquante millions d'exemplaires dans le monde et il y a une raison mécanique à cela : le doigt du bébé passe dans les trous, ce qui en fait un jouet autant qu'un livre.

Jeanne Ashbé, « À ce soir » (L'école des loisirs) Voir à la FnacÀ ce soir, de Jeanne Ashbé (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une double narration, ce que fait le bébé à la crèche et ce que font les parents pendant ce temps. Ashbé est probablement la personne qui observe le mieux les tout-petits en littérature francophone, et ce livre-là traite de la séparation sans jamais la dramatiser. Il servira au moment précis où la question se posera.

Hervé Tullet, « Un livre » (Bayard Jeunesse, 2010) Voir à la FnacUn livre, de Hervé Tullet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Appuyez sur le point jaune, tournez la page, il s'est multiplié. Aucun écran, aucune pile, et pourtant l'objet le plus interactif du rayon. Traduit dans une trentaine de langues, il fonctionne surtout à partir de deux ans et il fait rire les adultes qui le lisent, ce qui est un critère à ne pas négliger quand il faudra le relire quarante fois.

Les livres qui tiendront dix ans

Ceux-là ne servent pas tout de suite. C'est exactement leur intérêt : ils traverseront l'enfance au lieu de finir au recyclage avec les cartonnés mordus.

Claude Ponti, « L'Album d'Adèle » (Gallimard Jeunesse, 1986) Voir à la FnacL'Album d'Adèle, de Claude Ponti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun texte, uniquement des doubles pages foisonnantes où une petite poule traverse des mondes entiers. Un bébé de dix-huit mois y montre du doigt, un enfant de six ans y raconte lui-même l'histoire, et elle change chaque fois. C'est le cadeau de naissance le plus durable de cette liste.

Maurice Sendak, « Max et les Maximonstres » (L'école des loisirs, 1967 pour l'édition française) Voir à la FnacMax et les Maximonstres, de Maurice Sendak (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un enfant puni invente un royaume de monstres, y règne, puis rentre parce que la soupe est encore chaude. Le livre a été jugé trop effrayant à sa sortie en 1963 avant de devenir un classique absolu. Il dit quelque chose de juste sur la colère enfantine que très peu d'albums osent aborder.

Tomi Ungerer, « Les Trois Brigands » (L'école des loisirs, 1968) Voir à la FnacLes Trois Brigands, de Tomi Ungerer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois voleurs terrifiants, une orpheline, un tas d'or qui finit par servir à quelque chose. Ungerer avait une méfiance saine envers les livres gentils, et ses brigands en noir et bleu marquent durablement. À offrir pour dans quatre ans, en le disant.

Marianne Dubuc, « Le Lion et l'Oiseau » (Albin Michel Jeunesse, 2013) Voir à la FnacLe Lion et l'Oiseau, de Marianne Dubuc (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un lion recueille un oiseau blessé, ils passent l'hiver ensemble, puis l'oiseau repart au printemps. Beaucoup de pages presque vides, un rythme très lent, une fin qui ne console pas complètement. C'est un album sur l'amitié et l'absence que les parents finissent par s'approprier autant que l'enfant.

Le cadeau que personne ne pense à faire

Passons à l'autre versant. Les parents viennent de traverser un événement physique et psychique majeur, et tout le monde autour d'eux ne parle plus que du bébé.

Un livre qui s'adresse à eux est souvent le cadeau le plus remarqué de la pile. Deux conditions : qu'il soit court ou fragmenté, et qu'il ne donne aucun conseil.

Marie Darrieussecq, « Le Bébé » (P.O.L, 2002) Voir à la FnacLe Bébé, de Marie Darrieussecq (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des notes prises pendant les premiers mois de son fils, sans chronologie, sans thèse. Darrieussecq écrit sur la fatigue, l'ennui, l'animalité, le temps qui se déforme, et sur tout ce que la littérature avait négligé de dire du nourrisson parce qu'on jugeait le sujet mineur. Le format en fragments permet de le lire trois minutes à la fois, ce qui correspond exactement au temps disponible.

Éliette Abécassis, « Un heureux événement » (Albin Michel, 2005) Voir à la FnacUn heureux événement, de Éliette Abécassis (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un roman court et franchement noir sur ce que la maternité fait à un couple et à un corps. Il a été adapté au cinéma en 2011 avec Louise Bourgoin. À réserver aux gens dont vous êtes proche : c'est un livre qui soulage énormément certaines lectrices et qui en heurte d'autres, il n'y a pas d'entre-deux.

Illana Weizman, « Ceci est notre post-partum » (Marabout, 2021) Voir à la FnacCeci est notre post-partum, de Illana Weizman (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un essai né du mouvement en ligne qu'elle a lancé pour briser le silence sur ce qui se passe après l'accouchement. Ce n'est pas un guide de puériculture, c'est une remise en cause de ce que la société attend d'une jeune mère. Utile précisément parce qu'il ne parle pas du bébé.

Anne Bacus, « Votre enfant de 1 jour à 3 ans » (Marabout) Voir à la FnacVotre enfant de 1 jour à 3 ans, de Anne Bacus (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Si vous voulez offrir un manuel pratique, offrez celui-là et rien d'autre. C'est une référence largement diffusée, organisée mois par mois, et surtout modérée : elle ne prend pas parti dans les guerres de méthode sur le sommeil ou l'allaitement, ce qui est exactement ce dont des parents épuisés ont besoin.

Ce qu'il vaut mieux éviter

Le troisième guide de puériculture. Ils en ont déjà deux qui se contredisent, et le vôtre ajoutera une troisième source d'inquiétude.

Le livre de méthode qui prend parti. Sommeil, allaitement, éducation : tout cadeau qui suggère une bonne façon de faire sera lu comme un jugement, même avec les meilleures intentions. Attendez qu'ils posent la question.

Le beau livre de photos de bébés. Il est joli en librairie, il ne sera jamais ouvert, et il prend de la place dans un appartement où l'espace vient de devenir un problème.

Et une opinion assumée : offrir « Le Petit Prince » pour une naissance est un réflexe et pas un choix. Le livre ne sera pas lu avant huit ans, les parents en reçoivent régulièrement deux exemplaires, et il finit par symboliser le cadeau qu'on fait quand on n'a pas cherché. Gardez-le pour un anniversaire, il aura beaucoup plus de valeur.

La page de garde change tout

C'est le geste qui coûte le moins et qui reste le plus longtemps.

Écrivez la date de naissance, le prénom, et une phrase. Pas un vœu générique, quelque chose de daté et de situé : ce qu'il faisait dehors ce jour-là, ce que vous avez pensé en apprenant la nouvelle. Dix ans plus tard, cette page-là sera relue, et souvent photographiée.

Si vous offrez un livre destiné à plus tard, écrivez-le explicitement sur la garde. « À ouvrir vers six ans » évite que le livre soit rangé trop haut et oublié. Les parents mettront le livre de côté au lieu de le noyer dans la pile des cartonnés.

Une autre option, plus longue à mettre en place et qui vaut le détour : demander à plusieurs proches d'offrir chacun un album avec une dédicace datée. Vous fabriquez en une seule occasion une petite bibliothèque signée, ce qu'aucun cadeau isolé ne produit.

Deux ou trois ans plus tard

Le livre offert à la naissance ne se juge pas le jour où il est ouvert dans le papier cadeau. Il se juge le soir où un enfant de quatre ans va le chercher tout seul sur l'étagère et demande celui-là, encore.

Les albums qui survivent sont rarement les plus beaux. Ce sont ceux qui supportent la quarantième lecture, où l'adulte trouve encore quelque chose à regarder pendant que l'enfant récite le texte par cœur. C'est le seul critère qui compte vraiment, et il ne se voit pas en librairie. Nos guides de lecture par âge prennent le relais quand l'enfant commence à lire seul, et le catalogue par genre permet de retrouver ce qui a plu ensuite.

À partir de quel âge un bébé peut-il avoir des livres ?

Dès les premiers mois, mais pas pour lire. Avant un an, le livre est un objet à mâchouiller, à tourner, à écouter. Ce qui compte alors, c'est la voix du parent et le contraste des images, pas l'histoire. C'est pour cette raison que les albums en carton épais et les imagiers très graphiques sont plus adaptés que les récits, qui viendront vers deux ans.

Faut-il offrir un livre pour maintenant ou pour plus tard ?

Les deux marchent, à condition d'assumer le choix. Un album cartonné servira dans six mois et sera détruit dans deux ans, ce qui est un bon signe. Un livre pour plus tard, avec une date écrite sur la page de garde, devient un objet de mémoire. Si vous offrez pour plus tard, dites-le aux parents : sinon le livre finit sous une pile et se perd.

Le Petit Prince est-il un bon cadeau de naissance ?

C'est le plus offert et probablement le moins lu. Les parents en reçoivent souvent deux exemplaires, il ne sert pas avant huit ans, et il occupe une place dans une bibliothèque encore vide. Si vous y tenez, offrez-le pour les cinq ans plutôt que pour la naissance, il aura beaucoup plus d'effet.

Que peut-on offrir aux parents qui n'ont pas le temps de lire ?

Un livre court, ou un livre qui se lit par fragments. Les premiers mois, personne ne tient un roman de 500 pages. « Le Bébé » de Marie Darrieussecq se lit par notes détachées et se pose à chaque page sans rien perdre. Un recueil de nouvelles fonctionne pour la même raison. Le livre audio est aussi une bonne réponse : on écoute en poussant une poussette.

Faut-il offrir un guide de puériculture ?

Un seul, et seulement si vous savez qu'ils n'en ont pas. Les jeunes parents reçoivent souvent trois manuels contradictoires, ce qui les angoisse au lieu de les rassurer. Si vous voulez rester utile, un guide de référence unique et neutre vaut mieux qu'un livre de méthode qui prend parti sur le sommeil ou l'allaitement.

Que peut-on écrire sur la page de garde d'un livre de naissance ?

La date, le prénom, et une phrase courte. Les parents relisent cette page des années plus tard, souvent en rangeant. Une dédicace datée transforme un album ordinaire en objet gardé, parfois transmis. Écrivez au crayon si vous craignez de rater, mais écrivez : c'est la partie du cadeau qui survit à l'album lui-même.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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