Quel livre offrir pour un anniversaire ?
Le problème du cadeau d'anniversaire n'est pas de trouver un bon livre. C'est que la personne en possède peut-être déjà un exemplaire, ou qu'elle l'a lu il y a deux ans, ou qu'elle n'ouvrira jamais celui que vous avez attrapé sur la table des nouveautés parce qu'il fallait bien arriver avec quelque chose.
Il existe une parade simple et curieusement peu utilisée. Au lieu de chercher le livre qui va lui plaire, cherchez le livre qui va la dater. Un anniversaire est une date. Un livre aussi. Faire coïncider les deux suffit à transformer un objet banal en cadeau qu'on garde.
Le livre paru l'année de sa naissance
C'est l'idée la plus efficace de cette liste, et elle ne coûte pas plus cher qu'un roman neuf.
Françoise Sagan, « Bonjour tristesse » (Julliard, 1954) Voir à la FnacBonjour tristesse, de Françoise Sagan (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Sagan avait dix-huit ans, le livre a reçu le prix des Critiques la même année et s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires en France. Pour quelqu'un né en 1954, c'est un objet exactement contemporain de lui, et qui n'a pas pris une ride.
Gabriel García Márquez, « Cent ans de solitude » (Seuil, 1968 pour la traduction française de Claude et Carmen Durand). Le roman a paru en espagnol en 1967 chez Sudamericana. Si vous offrez à quelqu'un né en 1968, précisez que vous parlez de l'année française : le détail fait sourire et il est juste.
Georges Perec, « La Vie mode d'emploi » (Hachette, 1978, prix Médicis) Voir à la FnacLa Vie mode d'emploi, de Georges Perec (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un immeuble parisien, quatre-vingt-dix-neuf chapitres, une machinerie de contraintes tenue pendant dix ans d'écriture. Cadeau parfait pour un esprit joueur né en 1978, beaucoup moins pour quelqu'un qui lit vingt minutes le soir.
Marguerite Duras, « L'Amant » (Minuit, 1984, prix Goncourt) Voir à la FnacL'Amant, de Marguerite Duras (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Plus de deux millions d'exemplaires vendus, traduit dans plus de trente-cinq langues. Cent quarante pages. C'est le millésime 1984 le plus facile à offrir, y compris à quelqu'un qui lit peu.
Jean Rouaud, « Les Champs d'honneur » (Minuit, 1990, prix Goncourt). Rouaud vendait des journaux dans un kiosque du 19e arrondissement quand il a écrit ce premier livre. L'anecdote est vraie et elle plaît toujours, ce qui donne quelque chose à raconter au moment d'ouvrir le paquet.
Hervé Le Tellier, « L'Anomalie » (Gallimard, 2020, prix Goncourt). Le million d'exemplaires atteint en mai 2021, seuil que les Goncourt franchissent rarement. Pour un anniversaire d'un enfant né pendant le confinement, offert à ses vingt ans, l'objet aura de la valeur.
Toutes les années ne sont pas également fournies, évidemment. Quand vous séchez, ouvrez la liste des Goncourt et celle des Renaudot pour l'année en question : vous aurez toujours deux ou trois pistes, et l'une d'elles collera au goût de la personne.
Où trouver l'édition d'époque
Un tirage récent fait le travail. Un tirage de l'année fait beaucoup mieux.
Les librairies d'occasion, les brocantes et les vide-greniers sont pleins de romans des années 1970 et 1980 qui partent pour trois euros. Les boîtes à livres réservent parfois de très belles surprises, à condition d'accepter le hasard. Sur les sites de seconde main, filtrez par année d'édition, et vérifiez l'achevé d'imprimer en fin de volume : c'est lui qui distingue un tirage d'époque d'une réimpression de l'an dernier.
Détail que les gens adorent sans qu'on le leur signale : sur un livre antérieur à 2002, le prix figure encore en francs au dos. La couverture, la typographie, le grain du papier racontent l'année autant que le texte.
La série, un cadeau qui tient toute l'année
Un roman isolé se lit en une semaine. Une série occupe des mois, et chaque tome suivant rappelle qui a offert le premier.
Elena Ferrante, « L'Amie prodigieuse » (Gallimard, 2014, traduit de l'italien par Elsa Damien) Voir à la FnacL'Amie prodigieuse, de Elena Ferrante (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Premier volume d'une tétralogie qui suit deux amies napolitaines de l'enfance à la vieillesse. Le rythme est addictif et le quatrième tome existe déjà, ce qui évite la frustration des séries inachevées.
Stieg Larsson, « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes », Millénium tome 1 (Actes Sud, 2006, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain). Pour un lecteur de polars qui aurait raté le train, ce qui arrive plus souvent qu'on ne croit.
George R. R. Martin, « Le Trône de fer » (Pygmalion, 1998 pour la première traduction française de Jean Sola). Attention, la traduction Sola est très discutée pour son style archaïsant. Prévenez, ou orientez vers les éditions ultérieures.
Pierre Lemaitre, « Au revoir là-haut » (Albin Michel, 2013, prix Goncourt). Deux rescapés de 14-18 montent une escroquerie aux monuments aux morts. C'est le premier volet de la trilogie « Les Enfants du désastre », donc un cadeau qui appelle deux suites.
Une opinion, puisqu'il faut en avoir une : n'offrez jamais le coffret intégral. Six volumes sous film plastique ressemblent à un devoir, et beaucoup de gens les rangent sans les ouvrir pour ne pas s'engager. Le tome 1 seul se commence le soir même. Si la personne a déjà entamé une série sans la finir, nos guides d'ordre de lecture permettent de repérer le tome qui lui manque, ce qui règle la question du doublon.
Les anniversaires d'enfant, où le livre passe très bien ou très mal
Le livre a mauvaise réputation dans les goûters d'anniversaire, coincé entre deux jouets qui font du bruit. Il s'en sort quand il ouvre une porte.
J. K. Rowling, « Harry Potter à l'école des sorciers » (Gallimard Jeunesse, 1998, traduit par Jean-François Ménard, prix Sorcières 1999) Voir à la FnacHarry Potter à l'école des sorciers, de J. K. Rowling (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Gallimard a été le premier éditeur étranger à publier le roman. Vers neuf ou dix ans, l'effet reste intact, et l'enfant sait qu'il y a six tomes derrière.
Antoine de Saint-Exupéry, « Le Petit Prince » (Gallimard, 1946 pour l'édition française, après une première parution new-yorkaise en 1943). Douze millions d'exemplaires écoulés en France. Il est rarement offert aux enfants eux-mêmes, souvent aux adultes, ce qui est dommage : la version illustrée par l'auteur se lit très bien à sept ans.
Un seul réflexe à prendre : demandez aux parents ce que l'enfant possède déjà. C'est le seul vrai raté possible dans cette tranche d'âge, et il est facile à éviter. Pour affiner selon l'âge, voyez notre sélection pour un enfant de 10 ans.
Quand vous connaissez mal la personne
Anniversaire de collègue, de beau-frère, de la nouvelle compagne de votre père. Vous ne savez rien de ses lectures et vous ne voulez pas poser la question.
Prenez un livre qui se regarde autant qu'il se lit. Judith Schalansky, « Atlas des îles abandonnées » (Arthaud, 2010, traduit de l'allemand par Élisabeth Landes) réunit cinquante îles perdues, chacune avec sa carte et son histoire brève. L'ouvrage a été primé pour sa fabrication, notamment par la fondation Buchkunst et par le Red Dot Design Award. Il fonctionne auprès de gens qui ne lisent pas de romans, parce qu'on peut l'ouvrir n'importe où et le refermer trois minutes plus tard sans rien perdre.
Pour un anniversaire rond, quand il faut que ça marque
Quarante, cinquante, soixante ans : la tentation est d'acheter plus gros. Achetez plutôt plus juste.
J. R. R. Tolkien, « Le Seigneur des anneaux » Voir à la FnacLe Seigneur des anneaux, de J. R. R. Tolkien (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) dans la traduction de Daniel Lauzon (Christian Bourgois, 2014 à 2016) est un cas d'école. Quelqu'un qui a lu la traduction de Francis Ledoux dans les années 1970 ou 1980 retrouve son livre autrement, avec des noms et un rythme différents. Vous ne lui offrez pas un livre neuf, vous lui offrez une relecture.
Le principe se généralise. Un titre que la personne aime déjà, dans une édition qui apporte quelque chose (traduction récente, appareil critique, illustrations), fait un cadeau anniversaire nettement plus fort qu'une nouveauté choisie au hasard. Presque personne n'ose, de peur du doublon. C'est justement pour cette raison que ça touche.
Ce que vous écrivez sur la page de garde
La date. Le lieu. Votre prénom. Trois secondes d'écriture, et le livre devient un repère daté dans une bibliothèque.
Ajoutez une ligne sur la raison du choix quand vous en avez une : « pris parce que c'est l'année où tu es né, et parce que je me suis dit que la partie sur Saigon te plairait ». Cette phrase-là sera relue dans vingt ans. Le « bonne lecture » et le « joyeux anniversaire », non.
Si le livre est d'occasion, ce que rien n'interdit pour un anniversaire, ne gommez pas ce qui vient d'avant. Un nom écrit à l'encre en 1984 sur la première page ajoute une couche à l'objet au lieu de le déprécier.
Le cadeau qui appelle le suivant
Ce qui distingue un bon cadeau d'anniversaire d'un cadeau correct, c'est qu'il ouvre quelque chose. Un premier tome ouvre une série. Un livre de l'année de naissance ouvre une conversation sur ce qui se publiait cette année-là. Une nouvelle traduction ouvre une relecture.
Le vrai raté, ce n'est pas de se tromper de titre. C'est le livre choisi en trois minutes devant la caisse, qui ne raconte rien de la personne à qui vous l'offrez. Celui-là se voit tout de suite, et il a l'air exactement de ce qu'il est.
Le livre de l'année de naissance, est-ce que ça marche vraiment ?
Faut-il offrir le coffret complet d'une série ?
Où trouver un livre paru il y a trente ou quarante ans ?
Quel livre offrir pour un anniversaire d'enfant ?
Et pour un anniversaire rond, 40 ou 50 ans ?
Faut-il écrire quelque chose dans le livre ?
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