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Quel livre offrir à un étudiant ? 12 titres qui ouvrent, sans faire la leçon

Offrir un livre à quelqu'un de 18 à 25 ans sans tomber dans le manuel de méthode ni le développement personnel : douze romans et essais classés par ce qu'ils déclenchent.

L'équipe Relit7 min de lecture

Quel livre offrir à un étudiant ?

Il y a deux livres qu'on offre trop souvent à quelqu'un de vingt ans, et ce sont les deux plus mauvais choix possibles. Le premier est le manuel de méthode, sur la mémorisation ou l'organisation. Le second est l'essai de développement personnel, celui qui explique comment devenir la meilleure version de soi.

Les deux disent la même chose au destinataire : tu t'y prends mal. Ce n'est jamais le message qu'on voulait envoyer, et c'est toujours celui qui arrive. Voici douze titres qui font l'inverse, classés par ce qu'ils déclenchent, avec la raison de chaque choix.


Les romans d'apprentissage, valeur la plus sûre

Entre 18 et 25 ans, on est en train de devenir quelqu'un et on ne sait pas encore qui. Le roman d'apprentissage est le genre qui parle exactement de ça, sans mode d'emploi.

Nicolas Mathieu, « Leurs enfants après eux » (Actes Sud, 2018) Voir à la FnacLeurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Quatre étés dans une vallée sidérurgique en train de mourir, des adolescents qui s'ennuient et qui rêvent de partir. Prix Goncourt 2018. Le livre parle du déterminisme social sans jamais employer le mot, et il touche particulièrement les étudiants qui sont les premiers de leur famille à faire des études.

Jean-Baptiste Andrea, « Des diables et des saints » (L'Iconoclaste, 2021) Voir à la FnacDes diables et des saints, de Jean-Baptiste Andrea (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un orphelinat, un piano, un adolescent qui joue Beethoven dans les gares quarante ans plus tard. Prix du Roman FNAC 2021. C'est un roman très construit, très lisible, et il fonctionne aussi bien sur un lecteur régulier que sur quelqu'un qui n'a rien ouvert depuis le lycée.

Romain Gary, « La Promesse de l'aube » (Gallimard, 1960) Voir à la FnacLa Promesse de l'aube, de Romain Gary (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une mère folle d'ambition pour son fils, et un fils qui passe sa vie à honorer cette dette. Drôle, exagéré, bouleversant. C'est un des rares classiques qu'on peut offrir sans crainte parce qu'il ne se lit jamais comme un devoir.

Sally Rooney, « Normal People » (L'Olivier, 2021) Voir à la FnacNormal People, de Sally Rooney (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Connell et Marianne, du lycée irlandais à Trinity College, quatre années de malentendus et de classes sociales qui ne se croisent pas. La série adaptée a été un phénomène, mais le livre dit des choses que la série ne dit pas, notamment sur la honte sociale à l'université.

Les livres qui font basculer une manière de penser

Un essai bien choisi, à cet âge, a un effet que le même essai lu à quarante ans n'a plus. C'est le meilleur moment pour l'offrir.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, « Les Héritiers » (Minuit, 1964) Voir à la FnacLes Héritiers, de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Comment l'université reproduit les inégalités qu'elle prétend corriger. Soixante ans après, la démonstration reste d'une clarté brutale, et un étudiant qui la lit ne regarde plus jamais un amphi de la même façon. Court, dense, disponible en poche.

Mona Chollet, « Sorcières » (Zones, 2018) Voir à la FnacSorcières, de Mona Chollet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les chasses aux sorcières comme grille de lecture de la place des femmes aujourd'hui. Le livre s'est vendu à des centaines de milliers d'exemplaires et il a lancé plus de conversations dans les colocations françaises que n'importe quel essai récent.

David Graeber, « Bullshit Jobs » (Les Liens qui libèrent, 2018) Voir à la FnacBullshit Jobs, de David Graeber (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'anthropologue américain démontre qu'une part énorme des emplois qualifiés est vécue comme inutile par ceux qui les occupent. À offrir à un étudiant qui se demande à quoi mènent ses études, ce qui est à peu près tout le monde en deuxième année.

Svetlana Alexievitch, « La Fin de l'homme rouge » (Actes Sud, 2013) Voir à la FnacLa Fin de l'homme rouge, de Svetlana Alexievitch (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Des centaines de voix soviétiques recueillies après la chute de l'URSS, montées en une polyphonie sans commentaire. Prix Nobel de littérature 2015. C'est un livre qui apprend une méthode, écouter, et pas seulement un contenu.

Ce qu'il faut éviter, précisément

Le développement personnel, donc. Il vaut la peine de dire pourquoi, parce que l'intention derrière ce cadeau est presque toujours sincère.

Un livre sur la confiance en soi offert à quelqu'un qui doute agit comme un diagnostic. Il transforme un état passager, normal à vingt ans, en problème identifié par un tiers. Même chose pour l'essai sur la procrastination, sur la discipline, sur le sommeil. Vous croyez donner un outil, vous confirmez une inquiétude.

Deuxième chose à éviter : le livre que vous avez adoré à son âge, offert avec l'idée qu'il produira le même effet. Il ne le produira pas. Le contexte a changé, et un roman qui vous a marqué en 1998 arrive aujourd'hui dans un monde différent. Vous pouvez tout à fait l'offrir, mais dites-le comme ça : « voilà ce qui m'a fait quelque chose à ton âge », pas « tu vas adorer ».

Troisième piège, plus discret : le pavé prestigieux. Proust, Dostoïevski, « L'Homme sans qualités ». Ce sont de grands livres et ce sont de mauvais cadeaux dans 90 % des cas, parce qu'ils demandent une disponibilité mentale qu'un étudiant en période d'examens n'a pas. S'il ou elle veut lire Proust, ce sera de son propre chef, et c'est très bien ainsi.

Pour quelqu'un qui lit peu, ou plus depuis le lycée

Le collège et le lycée ont dégoûté beaucoup de monde de la lecture, avec les meilleures intentions. Le premier objectif est de faire finir un livre.

Édouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule » (Seuil, 2014) Voir à la FnacEn finir avec Eddy Bellegueule, de Édouard Louis (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux cents pages sur une enfance dans un village picard, la violence, l'homosexualité, la fuite. Le style est direct, les phrases sont courtes, et le livre se lit en une soirée. Il a fait entrer beaucoup de non-lecteurs en littérature contemporaine.

Annie Ernaux, « La Place » (Gallimard, 1983) Voir à la FnacLa Place, de Annie Ernaux (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix Renaudot 1984, et Nobel de littérature en 2022. Quatre-vingts pages sur son père, un café-épicerie en Normandie, et la distance qu'installent les études entre un enfant et ses parents. C'est le livre le plus court de cette liste et probablement le plus efficace.

Ocean Vuong, « Un bref instant de splendeur » (Gallimard, 2021) Voir à la FnacUn bref instant de splendeur, de Ocean Vuong (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une lettre d'un fils à sa mère vietnamienne qui ne sait pas lire l'anglais. La langue est poétique sans être difficile, et le livre a rencontré un énorme public jeune, notamment via les réseaux.

Pour ouvrir l'imaginaire plutôt que le réel

Il y a un contresens fréquent : croire que le cadeau sérieux est forcément réaliste. Les littératures de l'imaginaire ouvrent au moins autant, et souvent mieux, parce qu'elles obligent à penser depuis ailleurs.

Ursula K. Le Guin, « La Main gauche de la nuit » (Robert Laffont) Voir à la FnacLa Main gauche de la nuit, de Ursula K. Le Guin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une planète où les habitants n'ont pas de sexe fixe, et un envoyé terrien qui n'arrive pas à penser hors de ses catégories. Publié en 1969, et toujours l'un des livres les plus stimulants qui existent sur le genre.

Alain Damasio, « La Horde du Contrevent » (La Volte, 2004) Voir à la FnacLa Horde du Contrevent, de Alain Damasio (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Vingt-trois personnages qui remontent le vent depuis des générations vers son origine. La langue est inventive, exigeante, physique. C'est un livre culte chez les vingtenaires français, et il a le mérite rare de ressembler à une épreuve qu'on choisit.

Si le destinataire aime déjà une série et l'a laissée en plan, le meilleur cadeau reste le tome manquant. Nos guides d'ordre de lecture permettent de vérifier où il ou elle en est sans avoir à poser la question et vendre la mèche.

Le format compte plus qu'on ne croit

Une chambre étudiante fait douze mètres carrés, et un déménagement par an est la norme. Le poche n'est pas une économie, c'est le format adapté : il part dans un sac, il survit au train, il se prête.

Le grand format se justifie dans deux situations. La première : le livre est illustré ou graphique, et le poche massacre les images. La seconde : c'est un cadeau qui marque une date, une réussite au concours, un diplôme, et l'objet doit durer. Dans ce cas, écrivez quelque chose sur la page de garde avec la date. Dix ans plus tard, c'est cette ligne qui fera le cadeau, pas le livre.

Dernière option, sous-estimée : le livre d'occasion annoté. Un exemplaire qui a déjà servi, avec des traces de crayon dans la marge, dit une chose qu'un livre neuf ne dit pas, à savoir que quelqu'un s'est débattu avec ce texte avant vous. Pour un étudiant, c'est presque une invitation.

Ce qui reste, dix ans après

Demandez à n'importe qui de trente-cinq ans quel livre on lui a offert pendant ses études. La plupart s'en souviennent, et pas toujours pour la bonne raison : certains se rappellent surtout de celui qui les a agacés, du manuel de méthode reçu à Noël, du livre qui disait quoi faire de leur vie.

Ceux dont on se souvient bien ont un point commun. Ils venaient de quelqu'un qui ne cherchait pas à corriger quoi que ce soit, juste à partager quelque chose. C'est tout ce que demande un cadeau de ce genre, et c'est plus facile à réussir qu'il n'y paraît : choisissez un livre que vous avez envie qu'on lise, pas un livre que vous pensez qu'il devrait lire. La différence tient à un mot, et elle change tout.

Faut-il offrir un livre de méthode ou d'organisation à un étudiant ?

Non, sauf demande explicite de sa part. Un guide sur la prise de notes ou la gestion du temps offert par un parent se lit comme un reproche déguisé : tu t'organises mal. Si le sujet est réellement un problème, il vaut mieux en parler que l'emballer. Les livres qui marchent à cet âge sont ceux qui élargissent le monde, pas ceux qui promettent de mieux le gérer.

Un roman ou un essai ?

Un roman, dans le doute. Un essai s'adresse à quelqu'un qui a déjà une question, un roman crée la question. Si vous savez qu'il ou elle s'intéresse à un sujet précis, sociologie, écologie, féminisme, l'essai devient le meilleur choix parce qu'il tombe pile. Sinon, un roman d'apprentissage est plus difficile à rater et il se relit dix ans plus tard.

Que faire s'il ou elle ne lit pas du tout ?

Visez court et rapide plutôt que grand et important. Un roman de deux cents pages, un recueil de nouvelles ou une bande dessinée documentaire se termine, et un livre terminé donne envie d'un deuxième. Un pavé offert à quelqu'un qui ne lit pas produit l'effet inverse : il devient un objet de culpabilité posé sur une étagère de chambre étudiante.

Le format poche est-il un mauvais cadeau pour un étudiant ?

C'est souvent le meilleur. Un poche part dans un sac, se lit dans le métro, se prête et se perd sans drame, ce qui correspond exactement à la vie d'un étudiant. Le grand format se justifie surtout pour un livre illustré, ou quand vous savez qu'il finira dans une bibliothèque qu'on garde. Deux poches valent mieux qu'un beau volume.

Quel livre offrir à un étudiant qui part en Erasmus ?

Le poids compte, et la nostalgie aussi. Un poche de littérature française à emporter fonctionne bien, parce qu'il devient un objet de lien à distance. La littérature du pays d'accueil marche encore mieux : un roman irlandais avant Dublin, un roman portugais avant Lisbonne. Cela donne un sujet de conversation dès la première semaine sur place.

Comment savoir ce qu'il ou elle a déjà lu ?

Demandez, franchement, quelques semaines avant. À cet âge, personne ne trouve étrange qu'on lui demande ce qu'il lit, et la réponse est souvent plus précise que ce que vous devineriez. Autre méthode : regardez ce qui est empilé dans la chambre lors d'un retour de week-end. L'épaisseur des livres finis est plus informative que les titres eux-mêmes.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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