Quel livre offrir à un enfant de 6 ans ?
Six ans, c'est l'année du CP, et c'est un âge bien plus délicat qu'il n'y paraît pour choisir un livre. L'enfant vient d'apprendre à déchiffrer, ce qui donne à tout le monde l'impression qu'il sait lire. En réalité, l'effort de décodage lui prend presque toute son attention disponible : il peut prononcer correctement une phrase entière et ne pas savoir ce qu'elle raconte.
D'où le malentendu classique. On offre un « vrai livre », pour marquer le coup, et l'enfant le repousse au bout de deux pages. Il n'a pas boudé le cadeau, il a manqué de carburant. Voici onze titres qui tiennent compte de cet écart, entre ce qu'un enfant de 6 ans comprend et ce qu'il arrive à lire seul.
Deux livres valent mieux qu'un
C'est la règle la plus utile de cet article, et elle coûte à peine plus cher qu'un livre unique.
Offrez un album, que vous ou ses parents lirez à voix haute, et une première lecture très courte qu'il déchiffrera tout seul. Le premier nourrit le goût des histoires, du vocabulaire, des images. Le second lui donne l'expérience concrète d'avoir fini quelque chose par ses propres moyens, ce qui est le vrai moteur à cet âge.
Un détail de mise en page compte plus que le nombre de pages : six à huit lignes par page en gros caractères, avec une illustration en face, se termine. Un bloc de texte compact fait fuir même un enfant qui lit bien.
Les albums qu'on relit pendant dix ans
L'album traîne une réputation de livre pour tout-petits qui n'a aucun fondement. Les meilleurs sont drôles, parfois féroces, et ils continuent de fonctionner longtemps après le CP.
Claude Boujon, « La Brouille » (l'École des loisirs, 1989) Voir à la FnacLa Brouille, de Claude Boujon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux lapins voisins se fâchent pour des broutilles, jusqu'à l'arrivée d'un renard qui les oblige à s'entendre. Le texte est court, les phrases sont courtes, et le livre se prête à une lecture partagée où l'enfant prend les dialogues. Un des albums les plus utilisés en classe de CP en France, ce qui n'est pas un hasard.
Grégoire Solotareff, « Loulou » (l'École des loisirs, 1989) Voir à la FnacLoulou, de Grégoire Solotareff (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un louveteau et un lapereau deviennent amis, et le loup finit par avoir envie de faire peur. L'histoire pose une question que les enfants de cet âge trouvent passionnante : peut-on rester ami avec quelqu'un qui vous a fait du mal ? Le trait est simple, les couleurs franches, et le livre ne rassure pas trop vite.
Mario Ramos, « C'est moi le plus fort » (Pastel, 2001) Voir à la FnacC'est moi le plus fort, de Mario Ramos (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un loup fanfaron traverse la forêt en réclamant à chaque rencontre qu'on lui confirme qu'il est le plus fort. La chute est excellente. Le texte repose sur une phrase répétée à chaque page, ce qui permet à un enfant de 6 ans de lire tout seul les passages qu'il connaît par cœur au bout de deux lectures.
Tomi Ungerer, « Les Trois Brigands » (l'École des loisirs) Voir à la FnacLes Trois Brigands, de Tomi Ungerer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois brigands en grands chapeaux noirs détroussent les diligences, puis recueillent une orpheline qui leur demande à quoi sert leur trésor. Les images sont sombres, presque inquiétantes, et c'est précisément ce que les enfants adorent. Ungerer n'a jamais cru qu'il fallait édulcorer.
Julia Donaldson et Axel Scheffler, « Le Gruffalo » (Gallimard Jeunesse) Voir à la FnacLe Gruffalo, de Julia Donaldson et Axel Scheffler (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une souris invente un monstre pour effrayer ses prédateurs, et tombe sur le monstre en question. Le texte français est en rimes, ce qui aide énormément un lecteur débutant : la rime lui souffle le mot suivant et l'installe dans le rythme de la phrase.
Les premières lectures autonomes, et comment choisir le bon niveau
Les collections graduées font une chose que les albums ne font pas : elles n'emploient que des sons déjà travaillés en classe. L'enfant réussit vraiment, sans aide, et c'est ce sentiment-là qu'on veut installer.
Emmanuelle Massonaud, « Sami et Julie » (Hachette Éducation) Voir à la FnacSami et Julie, de Emmanuelle Massonaud (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La collection la plus répandue dans les cartables français. Elle est classée par niveaux, du tout début de CP à la fin de l'année, et les tomes de début n'utilisent que des syllabes simples. Vérifiez le niveau indiqué sur la couverture : offrir le niveau 3 en octobre à un enfant qui déchiffre encore les syllabes est le meilleur moyen de le décourager.
Magdalena, « Je suis en CP » (Magnard Jeunesse) Voir à la FnacJe suis en CP, de Magdalena (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Même principe, avec des histoires d'école qui ressemblent à ce que l'enfant vit au même moment : la rentrée, la piscine, la maîtresse, la bagarre dans la cour. Cette proximité fait beaucoup pour l'envie de lire.
Christian Jolibois et Christian Heinrich, « La Petite Poule qui voulait voir la mer » (Pocket Jeunesse) Voir à la FnacLa Petite Poule qui voulait voir la mer, de Christian Jolibois et Christian Heinrich (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Premier titre de la série des P'tites Poules, qui compte aujourd'hui une vingtaine de volumes. Le texte est un cran au-dessus des collections syllabiques, avec de vrais jeux de mots. Il convient plutôt à la seconde moitié du CP, ou à une lecture à deux voix, un paragraphe chacun.
Un livre sur l'apprentissage lui-même
Marie-Agnès Gaudrat et David Parkins, « Le Petit Ogre veut aller à l'école » (Bayard Jeunesse, 2004) Voir à la FnacLe Petit Ogre veut aller à l'école, de Marie-Agnès Gaudrat et David Parkins (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un petit ogre s'ennuie chez ses parents, qui ne pensent qu'à manger des enfants, trouve un livre et décide d'apprendre à lire. L'album est arrivé dans presque toutes les écoles maternelles et élémentaires depuis vingt ans. Il fonctionne particulièrement bien auprès d'un enfant qui trouve la lecture pénible, parce qu'il montre quelqu'un qui veut lire pour ce que ça ouvre, et non parce qu'un adulte l'exige.
La bande dessinée muette, l'arme la plus efficace
Céline Fraipont et Pierre Bailly, « Petit Poilu » (Dupuis, depuis 2007) Voir à la FnacPetit Poilu, de Céline Fraipont et Pierre Bailly (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un petit personnage part à l'école chaque matin et bascule dans un monde imaginaire. Les albums ne contiennent aucun texte, uniquement des images. Cela paraît contre-intuitif pour un cadeau destiné à un enfant qui apprend à lire, et c'est pourtant excellent : l'enfant lit la succession des cases, l'ordre des actions, les expressions des visages, c'est-à-dire tout ce qui fait la compréhension d'un récit, sans le coût du déchiffrage. Beaucoup d'enfants racontent l'histoire à voix haute à leurs parents, en inversant les rôles pour une fois.
Pour l'enfant qui préfère les vraies choses
Certains enfants de 6 ans n'aiment pas les histoires inventées. Ils veulent savoir comment fonctionne un volcan, ce que mangent les fourmis, pourquoi les pompiers ont une échelle si longue. Rien n'oblige à les convertir au roman.
Stéphanie Ledu, « Mes p'tits docs » (Milan) Voir à la FnacMes p'tits docs, de Stéphanie Ledu (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Chaque titre traite un sujet en une trentaine de pages, par double page illustrée, avec deux ou trois phrases par image. Le format autorise à picorer, à revenir, à sauter des pages, ce qui correspond exactement à la façon dont ces enfants lisent. La collection compte plus d'une centaine de titres, du chantier aux dinosaures, donc vous trouverez son obsession du moment.
Un mot sur les imagiers et les documentaires plus ambitieux : à cet âge, un enfant retient très bien des informations qu'il ne saurait pas lire seul. Ne vous censurez pas sur le niveau du texte, vous serez là pour le lire.
Ce qui rate presque à chaque fois
Le premier ratage est le roman offert trop tôt, parce que l'enfant « est en CP maintenant ». Deux cents pages sans images, même avec une histoire formidable, ne se franchissent pas à 6 ans. Ce livre a sa place dans deux ans, et il sera très bien accueilli à ce moment-là. Notre sélection pour un enfant de 8 ans commence exactement là où celle-ci s'arrête.
Le deuxième est la méthode de lecture emballée en cadeau. Le cahier d'exercices, le manuel de soutien, le coffret « apprendre à lire en s'amusant » : l'enfant identifie immédiatement du travail scolaire déguisé. Si les parents veulent du renfort, ils l'achèteront eux-mêmes, ce n'est pas un cadeau.
Le troisième est plus discret : le livre choisi pour sa couverture, en trente secondes, sur la table des nouveautés. À 6 ans, la différence entre un album qui tiendra dix ans et un produit dérivé oublié en trois semaines est énorme, et elle se voit en ouvrant le livre. Lisez-en deux pages debout dans le rayon. Si le texte vous ennuie, il l'ennuiera aussi.
Ce qui compte plus que le titre choisi
Une chose que les études sur la lecture répètent depuis quarante ans, et que les parents oublient dès que leur enfant sait déchiffrer : il faut continuer à lui lire des histoires à voix haute, longtemps après le CP, souvent jusqu'à 10 ou 11 ans.
Tant que l'enfant peine à décoder, la lecture à voix haute est le seul endroit où il rencontre des récits à la hauteur de son intelligence. Arrêter au moment précis où il apprend à lire revient à lui retirer le dessert le jour où il apprend à tenir sa fourchette.
Alors si vous offrez un livre à un enfant de 6 ans, offrez-lui aussi une demi-heure. Écrivez deux lignes sur la page de garde, avec la date. Dans quinze ans, c'est ce livre-là qu'il retrouvera dans un carton.
Un enfant de 6 ans peut-il lire seul le livre qu'on lui offre ?
Faut-il choisir un livre syllabique ou une histoire normale ?
L'album, ce n'est pas pour les plus petits ?
Comment savoir si le niveau est le bon ?
Faut-il offrir une série ou un livre unique ?
Et si l'enfant n'aime pas les histoires ?
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