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Quel livre offrir à quelqu'un qui aime les polars ? Deux stratégies qui marchent

Offrir un polar sans doublon : compléter une série entamée, ou faire découvrir l'auteur voisin de ceux qu'il lit déjà. Douze titres classés en « s'il lit X, offrez-lui Y ».

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime les polars ?

Le risque, avec un lecteur de polars, n'est pas de se tromper de genre. C'est d'offrir un livre qu'il a déjà. Ces lecteurs-là avalent trente à cinquante titres par an, ils ne se souviennent pas de tout ce qu'ils possèdent, et vous non plus.

Il existe deux façons de contourner le problème, et elles fonctionnent toutes les deux. La première consiste à compléter une série qu'il a commencée sans la finir. La seconde consiste à lui faire découvrir un auteur voisin de ceux qu'il lit déjà, assez proche pour lui plaire, assez différent pour ne pas être dans sa bibliothèque.


Regardez son étagère avant de regarder les nouveautés

Vous n'avez pas besoin de connaître le polar pour choisir un bon polar. Vous avez besoin de cinq minutes devant ses livres.

Photographiez discrètement l'étagère la prochaine fois que vous passez. Vous y verrez deux choses. Un nom d'auteur qui revient six ou sept fois, ce qui vous donne son territoire. Et, presque toujours, une série avec des trous : les tomes 1, 2, 4 et 7, sans les autres. C'est le désordre normal d'un lecteur qui achète en gare, en poche, chez un bouquiniste.

Ce trou est votre cadeau. Il est certain de ne pas faire doublon, il complète quelque chose, et il montre que vous avez regardé.

Un avertissement utile avant d'acheter : beaucoup de séries traduites changent de titre entre l'édition grand format et l'édition de poche, ou entre deux éditeurs français. C'est la première cause de doublon involontaire. Nos guides d'ordre de lecture listent les séries tome par tome avec leurs titres français réels, ce qui règle la question en deux minutes.

Compléter une série, la stratégie la plus sûre

Cette stratégie a un avantage que rien d'autre n'égale : elle ne demande aucun goût littéraire de votre part. Elle demande juste de la précision.

Elle marche particulièrement bien pour les séries longues à enquêteur récurrent, celles où le lecteur s'attache à un personnage plus qu'à une intrigue. Harry Bosch chez Michael Connelly, Franck Sharko chez Franck Thilliez, Harry Hole chez Jo Nesbø, le commissaire Adamsberg chez Fred Vargas. Un lecteur qui en est au tome 9 ne veut pas qu'on lui propose autre chose, il veut le tome 10.

Deux règles pour ne pas rater. Vérifiez l'ordre de parution, pas l'ordre alphabétique ni l'ordre chronologique de l'intrigue, qui diffèrent souvent. Et si vous hésitez entre deux tomes manquants, prenez le plus ancien : il sera plus difficile à trouver plus tard, quand il ne sera plus réimprimé.

S'il lit Harlan Coben

Coben est la porte d'entrée du thriller pour des millions de lecteurs français. Rythme rapide, chapitres courts, retournement final. Ses lecteurs cherchent avant tout à ne pas pouvoir lâcher le livre.

Dennis Lehane, « Mystic River » (Rivages, 2002) Voir à la FnacMystic River, de Dennis Lehane (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois amis d'enfance de Boston, un meurtre, trente ans de silence. Même tension que chez Coben, mais avec une profondeur de personnages nettement supérieure. C'est le livre qui fait passer un lecteur de thriller au roman noir sans qu'il s'en aperçoive.

R.J. Ellory, « Seul le silence » (Sonatine, 2008) Voir à la FnacSeul le silence, de R.J. Ellory (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une série de meurtres d'enfants en Géorgie sur plusieurs décennies. Prix des lecteurs du Livre de Poche 2009. Ellory écrit lentement là où Coben écrit vite, mais ses lecteurs le suivent parce que le suspense tient jusqu'à la dernière page.

Harlan Coben, « Ne le dis à personne » (Belfond, 2002) Voir à la FnacNe le dis à personne, de Harlan Coben (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Si vous découvrez son étagère et qu'il manque celui-là, prenez-le sans réfléchir. C'est le roman qui a lancé Coben en France, adapté au cinéma par Guillaume Canet en 2006, et beaucoup de ses lecteurs sont arrivés par un autre titre sans jamais remonter à celui-ci.

S'il lit Michael Connelly ou du polar américain

Le lecteur de Connelly aime la procédure, le travail de police décrit avec exactitude, la ville comme personnage.

Michael Connelly, « Les Égouts de Los Angeles » (Seuil, 1993) Voir à la FnacLes Égouts de Los Angeles, de Michael Connelly (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le premier Harry Bosch, publié aux États-Unis en 1992. Beaucoup de lecteurs français ont attrapé la série au milieu et n'ont jamais lu l'origine. Vérifiez son étagère, ce trou-là est très fréquent.

Tana French, « La Mort dans les bois » (Michel Lafon, 2008) Voir à la FnacLa Mort dans les bois, de Tana French (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Dublin, une enquête sur un meurtre d'enfant qui réveille une disparition ancienne. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman en 2008. French fait ce que Connelly fait, mais en Irlande et avec une écriture plus littéraire. La fin divise, ce qui donne matière à discussion.

S'il lit Franck Thilliez ou Olivier Norek

Le polar français contemporain, nerveux, documenté, souvent très noir. Ces lecteurs-là veulent du terrain et de la mécanique.

Franck Thilliez, « Train d'enfer pour Ange rouge » (Le Passage, 2003) Voir à la FnacTrain d'enfer pour Ange rouge, de Franck Thilliez (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le premier roman où apparaît Franck Sharko. Thilliez est devenu si populaire que ses lecteurs récents ignorent souvent d'où vient le personnage.

Olivier Norek, « Code 93 » (Michel Lafon, 2013) Voir à la FnacCode 93, de Olivier Norek (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Écrit par un ancien capitaine de police du 93, ce qui se sent à chaque page. Le premier de la trilogie Coste. Un cadeau très sûr pour quelqu'un qui aime Thilliez et n'a pas encore ouvert Norek.

Pierre Lemaitre, « Travail soigné » (Le Masque, 2006) Voir à la FnacTravail soigné, de Pierre Lemaitre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le premier Camille Verhœven, un roman construit autour de meurtres qui reproduisent des scènes de romans policiers célèbres. Lemaitre a ensuite eu le Goncourt 2013 avec « Au revoir là-haut », et beaucoup de gens ignorent qu'il a commencé par le polar. Attention, ce livre est violent, ne l'offrez pas à quelqu'un de sensible.

S'il lit Fred Vargas

C'est le profil qu'on rate le plus souvent. Les lecteurs de Vargas ne cherchent pas du suspense : ils cherchent une atmosphère, des personnages étranges, une enquête qui avance de biais.

Leur offrir un thriller nerveux est une erreur. Ils le liront poliment et ne le finiront pas.

Fred Vargas, « Pars vite et reviens tard » (Viviane Hamy, 2001) Voir à la FnacPars vite et reviens tard, de Fred Vargas (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). La peste revient à Paris, un crieur public lit des annonces sur une place. Prix des Libraires 2002. S'il ne l'a pas, c'est le meilleur point d'entrée qui existe dans son univers.

Donna Leon, « Mort à La Fenice » (Calmann-Lévy, 1997) Voir à la FnacMort à La Fenice, de Donna Leon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le commissaire Brunetti enquête à Venise, mange bien, rentre chez lui. La série compte plus de trente volumes. C'est exactement le même plaisir que Vargas : un personnage attachant, une ville, une intrigue qui prend son temps.

S'il a déjà tout lu, changez de pays

Un lecteur de polars a rarement tout lu. Il a tout lu dans une langue.

Celui qui connaît le thriller américain par cœur n'a souvent jamais ouvert un polar japonais ou sud-africain. Ces catalogues sont vastes, bien traduits en France, et invisibles pour qui ne les cherche pas.

Keigo Higashino, « Le Dévouement du suspect X » (Actes Sud, 2011) Voir à la FnacLe Dévouement du suspect X, de Keigo Higashino (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un professeur de mathématiques aide sa voisine à couvrir un meurtre. On connaît le coupable dès le début, et le livre reste tendu de bout en bout. Higashino s'est vendu à des dizaines de millions d'exemplaires au Japon et reste peu connu en France.

Caryl Férey, « Zulu » (Gallimard, Série noire, 2008) Voir à la FnacZulu, de Caryl Férey (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le Cap, l'après-apartheid, une violence documentée qui ne relève pas du décor. Grand prix de littérature policière 2008. Très dur, très bon, et rarement dans les bibliothèques françaises malgré son succès.

Arnaldur Indriðason, « La Cité des jarres » (Métailié, 2005) Voir à la FnacLa Cité des jarres, de Arnaldur Indriðason (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le commissaire Erlendur, Reykjavik, une enquête sur un vieux crime. Le roman a reçu le Gold Dagger britannique en 2005. Pour qui veut du polar nordique lent et mélancolique, c'est le meilleur départ.

Jo Nesbø, « Le Bonhomme de neige » (Gallimard, Série noire, 2008) Voir à la FnacLe Bonhomme de neige, de Jo Nesbø (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'autre versant du polar norvégien, brutal et rapide. Harry Hole traque un tueur en série qui frappe à la première neige. Offrez celui-ci à quelqu'un qui aime être mis mal à l'aise, jamais à un lecteur de Vargas.

Si le polar islandais lui plaît, Ragnar Jónasson et sa série Dark Iceland prolongent très bien Indriðason, avec des livres plus courts.

Trois erreurs à éviter

Ne lui offrez pas un roman littéraire en espérant l'élever. Cette idée que le polar serait une lecture de second rang est encore vivace, et elle transparaît dans le cadeau. Un lecteur de polars la repère immédiatement.

N'achetez pas le livre posé en pile à l'entrée de la librairie. C'est précisément celui qu'il a déjà, ou qu'on lui a offert deux fois à Noël dernier.

Ne prenez pas un coffret intégral sans savoir où il en est. Ces coffrets sont beaux, chers, et contiennent presque toujours trois volumes qu'il possède déjà. Deux poches choisis avec justesse valent mieux.

Le cadeau que personne ne pense à faire

Un lecteur de polars finit un livre tous les cinq jours. Ce qui lui manque n'est pas un titre de plus, c'est de savoir quoi lire ensuite.

Offrez le livre, et écrivez sur la page de garde les deux titres suivants de la série, dans l'ordre. Ou le nom de l'auteur voisin que vous avez repéré pour lui. Cela ne coûte rien et prolonge le cadeau de six mois.

Si vous voulez pousser plus loin l'idée, le catalogue de nos pages auteurs permet de retrouver ce qu'un auteur a publié et dans quel ordre, ce qui évite de recopier une bibliographie approximative trouvée en ligne. Et si le lecteur en question se plaint surtout d'avoir fait le tour du genre, l'article sur quel livre offrir à quelqu'un qui a tout lu attaque le problème par un autre angle.

Comment savoir quel tome il lui manque dans une série ?

Le plus simple est de photographier son étagère de polars la prochaine fois que vous passez chez lui, puis de comparer tranquillement avec la liste officielle de la série. La plupart des lecteurs achètent les tomes dans le désordre et il en manque presque toujours un ou deux au milieu. Attention au piège des titres : beaucoup de séries changent de titre entre le grand format et le poche, ce qui fait acheter deux fois le même livre.

Faut-il offrir le premier tome d'une série ou un roman isolé ?

Le premier tome, si le lecteur est du genre à s'attacher à un enquêteur. Vous lui offrez alors une année de lecture au lieu d'une soirée. Le roman isolé se justifie quand la personne lit surtout pour l'intrigue et déteste l'idée de s'engager sur douze volumes. « Mystic River » de Dennis Lehane est le type même du polar complet en un seul livre.

Un grand lecteur de polars a-t-il déjà tout lu ?

Presque jamais, mais il a souvent tout lu dans une seule langue. Un lecteur nourri au thriller américain n'a en général rien lu de scandinave, de japonais ou de sud-africain. Changer de pays est le moyen le plus fiable de le surprendre sans risquer le doublon, parce que ces catalogues sont énormes et mal connus en France.

Le polar en poche fait-il un cadeau acceptable ?

Oui, et c'est même le format naturel du genre. Les lecteurs de polars lisent vite et beaucoup, ils ne collectionnent pas des objets. Trois poches d'une même série valent mieux qu'un grand format isolé. Gardez le grand format pour les nouveautés qu'il attend et qui ne sortiront en poche que dans un an.

Que faire s'il a déjà lu le livre que j'ai choisi ?

Glissez le ticket de caisse dans le paquet. Les librairies échangent un livre non lu et non abîmé sous une quinzaine de jours, et un lecteur de polars trouve rarement vexant qu'on lui propose une visite en librairie. Vous pouvez aussi assumer le risque autrement : offrir un tome qu'il a déjà lu il y a quinze ans ne le dérange presque jamais, il relira.

Existe-t-il un polar qui plaît à tout le monde ?

Non, et méfiez-vous des listes qui prétendent le contraire. Un lecteur de Fred Vargas et un lecteur de Jo Nesbø ne cherchent pas la même chose : le premier veut une atmosphère et des personnages loufoques, le second veut être secoué. Offrir du Nesbø à un fidèle de Vargas produit à peu près le même effet qu'un film d'horreur offert à quelqu'un qui aime les comédies.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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