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Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la science-fiction ? 13 titres par sous-genre

Space opera, hard SF, dystopie, SF francophone : treize romans à offrir à un lecteur de science-fiction, avec la porte d'entrée qui correspond vraiment à ce qu'il lit déjà.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la science-fiction ?

Offrir un roman de science-fiction à un lecteur de science-fiction est plus risqué qu'offrir un roman tout court à un lecteur tout court. La raison est simple : il a probablement déjà lu les titres que vous connaissez.

Le genre a ses classiques universellement cités, et ce sont exactement ceux qu'un amateur a avalés entre quinze et vingt-cinq ans. Le bon cadeau se trouve donc un cran plus loin, dans un sous-genre précis. Voici treize romans classés par porte d'entrée, avec ce que chacun demande au lecteur.


Repérez d'abord son sous-genre, pas son goût pour la SF

La science-fiction n'est pas un rayon, c'est cinq ou six littératures qui partagent un mot.

Quelqu'un qui lit du space opera cherche du souffle, des empires, des personnages qu'il suivra sur trois mille pages. Quelqu'un qui lit de la hard SF cherche une contrainte physique tenue jusqu'au bout et se crispe dès qu'un vaisseau franchit la vitesse de la lumière sans justification. Le lecteur de dystopie, lui, lit en réalité de la politique déguisée. Et l'amateur de SF spéculative courte veut une idée par nouvelle, retournée en quarante pages.

Offrir de la hard SF à un lecteur de space opera produit le même effet qu'offrir un traité de mécanique à quelqu'un qui aime conduire. Ce n'est pas une question de niveau, c'est une question d'envie.

Le test le plus rapide, si vous ne pouvez pas fouiller sa bibliothèque : demandez-lui quel roman de science-fiction il a conseillé récemment. Personne ne conseille en dehors de son sous-genre.

Space opera : les univers dans lesquels on s'installe

C'est le versant le plus généreux du genre, celui qui offre des mois de lecture plutôt qu'un week-end.

Dan Simmons, « Hypérion » (Robert Laffont, 1991) Voir à la FnacHypérion, de Dan Simmons (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Sept pèlerins racontent chacun leur histoire en route vers une créature qui tue le temps. Prix Hugo 1990. La construction en récits emboîtés, empruntée aux Contes de Canterbury, fait que chaque chapitre change complètement de registre : il y a un récit d'horreur, un récit d'amour, un récit de guerre. C'est le roman de SF que je conseille le plus souvent, parce qu'il fonctionne autant sur un lecteur de littérature générale que sur un fan de vaisseaux.

Ann Leckie, « La Justice de l'ancillaire » (J'ai lu, collection Nouveaux Millénaires, 2015, traduit par Patrick Marcel) Voir à la FnacLa Justice de l'ancillaire, de Ann Leckie (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une intelligence artificielle de vaisseau réduite à un seul corps humain cherche à se venger d'un empire. Le roman a raflé Hugo, Nebula et Arthur C. Clarke la même année, ce qui n'était jamais arrivé. Sa langue ne distingue pas les genres grammaticaux, ce qui déstabilise volontairement pendant cinquante pages puis devient naturel. Un cadeau pour lecteur curieux de forme.

Becky Chambers, « L'Espace d'un an » (L'Atalante, 2016, traduit par Marie Surgers) Voir à la FnacL'Espace d'un an, de Becky Chambers (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un équipage bricolé creuse des tunnels spatiaux, et il ne se passe presque rien de dramatique. C'est le contraire du space opera guerrier : de la vie quotidienne à bord, des personnages qu'on aime, une douceur assumée. À offrir à quelqu'un qui traverse une période difficile et qui lit de la SF pour se sentir bien.

Pierre Bordage, « Les Guerriers du silence » (L'Atalante, 1993) Voir à la FnacLes Guerriers du silence, de Pierre Bordage (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le grand space opera français, premier tome d'une trilogie, avec une ampleur mystique que les Américains n'écrivent pas. Bordage est très lu en France et curieusement peu offert, parce que les acheteurs se tournent d'abord vers les traductions. C'est précisément ce qui en fait un bon cadeau.

Hard SF : quand la contrainte fait le roman

Ici le lecteur veut qu'on lui tienne un raisonnement, et il vérifie.

Adrian Tchaikovsky, « Dans la toile du temps » (Denoël, collection Lunes d'encre, 2018, traduit par Henry-Luc Planchat) Voir à la FnacDans la toile du temps, de Adrian Tchaikovsky (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une terraformation qui tourne mal fait accéder des araignées à l'intelligence, sur plusieurs milliers d'années, pendant qu'un vaisseau de survivants humains dérive. Prix Arthur C. Clarke 2016. La biologie inventée est d'une cohérence rare, et le roman réussit à rendre une civilisation arachnéenne attachante, ce qui est un exploit.

Robert Charles Wilson, « Spin » (Denoël, collection Lunes d'encre, 2007) Voir à la FnacSpin, de Robert Charles Wilson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une membrane enveloppe la Terre et ralentit le temps terrestre par rapport au reste de l'univers : le soleil vieillit de cent millions d'années par an. Prix Hugo 2006. L'idée est vertigineuse et Wilson la traite par les gens, trois amis qui grandissent sous cette membrane. C'est la meilleure passerelle qui soit entre hard SF et roman intime.

Stanislas Lem, « Solaris » (Denoël) Voir à la FnacSolaris, de Stanislas Lem (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un océan planétaire pense, et personne ne comprendra jamais ce qu'il pense. Le roman polonais de 1961 dit quelque chose que la SF américaine dit rarement : peut-être que l'altérité est absolument inaccessible. Difficile, froid, magnifique. À offrir à un lecteur qui aime être laissé sans réponse.

Idées et formes courtes

Sous-genre à part, souvent le préféré des lecteurs les plus assidus.

Ted Chiang, « La Tour de Babylone » (Denoël, collection Lunes d'encre) Voir à la FnacLa Tour de Babylone, de Ted Chiang (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le recueil qui contient « L'Histoire de ta vie », adaptée au cinéma sous le titre Premier Contact. Chiang a publié très peu de textes en trente ans, chacun construit autour d'un concept poussé jusqu'à ses conséquences logiques les plus étranges. Un cadeau idéal pour quelqu'un qui manque de temps : chaque nouvelle tient en une soirée et se pense pendant une semaine.

Ursula K. Le Guin, « Les Dépossédés » (Robert Laffont, collection Ailleurs et demain, 1975) Voir à la FnacLes Dépossédés, de Ursula K. Le Guin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une planète anarchiste, une planète capitaliste, un physicien qui circule entre les deux. Hugo et Nebula. C'est de la science-fiction politique au meilleur sens, qui ne caricature aucun des deux systèmes. Le sous-titre original, « une utopie ambiguë », dit exactement le programme.

Dystopies et fins du monde

Rayon saturé, où l'essentiel du travail consiste à éviter les cinq titres que tout le monde offre.

Margaret Atwood, « La Servante écarlate » (Robert Laffont, 1987) Voir à la FnacLa Servante écarlate, de Margaret Atwood (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Théocratie américaine, femmes réduites à leur fécondité. Le roman date de 1985 et il est devenu plus discuté aujourd'hui qu'à sa parution, série télé aidant. Atwood a toujours revendiqué de n'y avoir mis aucun élément qui n'ait déjà existé quelque part dans l'histoire humaine, ce qui reste l'argument le plus glaçant du livre.

Emily St. John Mandel, « Station Eleven » (Rivages, 2016) Voir à la FnacStation Eleven, de Emily St. John Mandel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une pandémie a effacé le monde, et une troupe de théâtre itinérante joue Shakespeare sur les routes des Grands Lacs. Le roman alterne avant et après sans jamais tomber dans la survie brutale. Il fonctionne très bien auprès de lecteurs qui disent ne pas aimer la science-fiction.

Pierre Boulle, « La Planète des singes » (Julliard, 1963) Voir à la FnacLa Planète des singes, de Pierre Boulle (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Beaucoup de gens connaissent le film et n'ont jamais lu le livre, qui est plus court, plus ironique, et dont la fin n'a rien à voir. Un roman français de deux cents pages, drôle et cruel, qui se glisse dans un paquet sans faire de bruit.

Une place pour la SF francophone contemporaine

Le réflexe d'achat va vers les traductions anglo-saxonnes, et c'est dommage : les catalogues de L'Atalante, du Bélial' et de Mnémos tiennent parfaitement la comparaison.

Catherine Dufour, « Le Goût de l'immortalité » (Mnémos, 2005) Voir à la FnacLe Goût de l'immortalité, de Catherine Dufour (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une Terre saccagée, une narratrice qui écrit d'outre-tombe, une langue acide et drôle. Grand Prix de l'Imaginaire, et un ton qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le genre. Le roman court, ce qui en fait une porte d'entrée facile vers un catalogue français que peu de lecteurs connaissent.

Si votre destinataire lit exclusivement des auteurs américains, un titre français bien choisi produit l'effet de surprise que vous cherchez. C'est une des rares zones du genre où il reste facile de faire découvrir quelque chose à quelqu'un de très lu.

Les séries : vérifier avant d'offrir

La moitié des lecteurs de science-fiction ont une série commencée et non finie sur une étagère. C'est le cadeau le plus efficace du genre, et le plus facile à rater.

Le piège tient au numéro de tome, mais aussi aux éditions : beaucoup de cycles ont été redécoupés au passage en poche, si bien que le tome 3 d'une collection correspond au tome 2 d'une autre. Vérifiez la numérotation exacte de l'édition qu'il possède, pas seulement le titre. Nos guides d'ordre de lecture détaillent les cycles tome par tome, ce qui évite le doublon comme le trou dans la collection.

Cas particulier des classiques massifs. Frank Herbert, « Dune » (Robert Laffont, 1970, nouvelle traduction de Nadine Gassie en 2020) et Isaac Asimov, « Fondation » (Denoël, collection Présence du futur, 1957) ont toutes les chances d'avoir déjà été lus. Ils redeviennent offrables dans un seul cas : une édition qui justifie la relecture. La retraduction de Dune par Nadine Gassie a fait débat chez les lecteurs de la version historique, et c'est exactement pour ça qu'elle fait un bon cadeau : elle relance une discussion.

L'erreur classique du cadeau de science-fiction

Elle consiste à offrir de la science-fiction à quelqu'un pour le convertir. Le roman choisi est alors toujours le même : celui qui n'a presque pas l'air d'être de la SF, pour ne pas effrayer. C'est raté d'avance, parce que le destinataire sent parfaitement l'intention pédagogique.

L'autre erreur, moins visible, consiste à confondre lecteur de SF et amateur de culture geek. Quelqu'un qui aime les films de space opera n'aime pas forcément lire six cents pages de descriptions de systèmes politiques galactiques. Le passage de l'écran au livre n'a rien d'automatique, et il vaut mieux commencer par un roman court.

Une opinion que j'assume : la science-fiction française contemporaine est aujourd'hui plus intéressante que sa réputation, et le fait qu'elle soit si peu offerte tient à la paresse des tables de librairie, pas à sa qualité.

Ce que ça ouvre ensuite

Un lecteur de science-fiction ne s'arrête presque jamais à un roman. Il repart de l'auteur vers son éditeur, de l'éditeur vers une collection, et se retrouve six mois plus tard avec une étagère organisée par maison plutôt que par titre. C'est un genre qui se lit par filières.

Autant en profiter. Si votre cadeau tombe juste, notez le nom de la collection au dos du livre : Lunes d'encre, Ailleurs et demain, La Dentelle du cygne chez L'Atalante. Vous tenez votre piste pour l'anniversaire suivant, et vous n'aurez plus jamais à ouvrir un guide de cadeaux.

Comment savoir quel sous-genre de science-fiction il aime ?

Regardez ce qu'il a fini, pas ce qu'il possède. Un lecteur qui dévore les sagas spatiales de six cents pages et un lecteur de nouvelles spéculatives lisent deux littératures différentes sous la même étiquette. Si vous ne pouvez pas observer sa bibliothèque, demandez-lui simplement quel roman de SF il a offert à quelqu'un d'autre : la réponse trahit son sous-genre préféré en une phrase.

Faut-il offrir le premier tome d'une série ou un roman isolé ?

Le premier tome est un cadeau plus généreux, parce qu'il ouvre une année de lecture, mais il engage : la personne devra acheter la suite elle-même. Si vous voulez éviter cela, offrez un roman qui se suffit, ou offrez les deux premiers tomes d'un coup, ce qui règle la question et se remarque davantage qu'un seul beau volume.

Est-ce risqué d'offrir un classique de la science-fiction ?

Oui, et pour une raison précise : un lecteur assidu les a souvent déjà lus, parfois adolescent. Le classique fonctionne surtout dans deux cas. Une belle édition ou une nouvelle traduction qui justifie la relecture, comme Dune retraduit par Nadine Gassie en 2020. Ou un lecteur venu récemment à la science-fiction par les séries télé et qui n'a pas encore le socle.

Que vaut la science-fiction francophone en cadeau ?

Elle est nettement sous-offerte, alors que L'Atalante, Le Bélial' et Mnémos publient des textes qui n'ont rien à envier aux traductions anglo-saxonnes. Un lecteur habitué aux romans américains reçoit souvent Les Guerriers du silence de Pierre Bordage ou Le Goût de l'immortalité de Catherine Dufour comme une découverte, ce qui est exactement l'effet recherché par un cadeau.

Quelle différence entre hard SF et space opera ?

La hard SF part d'une contrainte scientifique tenue jusqu'au bout : physique, biologie, calcul. Le space opera part d'un décor galactique et privilégie le souffle, les empires, les personnages. Un lecteur de hard SF s'agace des vaisseaux qui vont plus vite que la lumière sans explication ; un lecteur de space opera s'ennuie devant vingt pages de mécanique orbitale. Confondre les deux est l'erreur de cadeau la plus fréquente.

Un roman de science-fiction primé est-il un choix sûr ?

Les prix Hugo et Nebula, décernés côté américain, et le Grand Prix de l'Imaginaire en France signalent une qualité réelle mais pas un plaisir garanti. Beaucoup de lauréats sont formellement audacieux et difficiles d'accès. Regardez plutôt la coïncidence entre le prix et le sous-genre habituel du destinataire : c'est là que la statistique joue en votre faveur.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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