Listes et sélectionsLivres à offrir

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la montagne ? 12 titres selon sa pratique

Le randonneur et le grimpeur ne lisent pas les mêmes livres. Douze récits d'ascension, de marche et de vie en altitude, avec la raison précise de chaque choix.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quel livre offrir à quelqu'un qui aime la montagne ?

Il y a une erreur qui se répète à chaque Noël dans les familles où quelqu'un porte des chaussures de marche. On offre un livre d'alpinisme à un randonneur, ou un récit de contemplation à quelqu'un qui grimpe en tête sur du 6b. Dans les deux cas, le livre finit rangé avec les cartes IGN, poliment.

Le randonneur et le grimpeur partagent un décor, pas une pratique. L'un cherche la durée, le sac, le rythme, les jours qui s'enchaînent. L'autre cherche le passage, l'engagement, la peur maîtrisée. Ce sont deux lecteurs différents, et c'est de cette distinction que dépend tout le reste.

La question à poser avant d'acheter

Une seule suffit, et elle ne trahit rien du cadeau : demandez ce qu'il a fait la dernière fois qu'il est parti.

La réponse vous donne tout. « Trois jours sur le GR20 » et « une longue voie aux Écrins » n'appellent pas les mêmes pages. S'il vous parle de dénivelé, de bivouac et de météo, c'est un marcheur. S'il vous parle de cotation, de relais et de matériel, c'est un grimpeur. S'il vous parle de refuges, de gardiens et de gens croisés, vous avez affaire à quelqu'un qui aime le milieu autant que l'effort, et c'est le profil le plus facile à combler.

Deuxième indice, gratuit : regardez ses photos. Celles où l'on voit le paysage signalent un contemplatif. Celles où l'on voit la paroi, prise depuis le baudrier, signalent un technicien.

Pour le grimpeur, les récits d'ascension qui ont fait la discipline

Ce lecteur-là connaît les noms. Il ne faut pas lui offrir une initiation, il faut lui offrir un classique qu'il n'a pas, ou un texte dont on parle encore soixante ans plus tard.

Maurice Herzog, « Annapurna, premier 8000 » (Arthaud, 1951) Voir à la FnacAnnapurna, premier 8000, de Maurice Herzog (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le récit de la première ascension d'un sommet de plus de huit mille mètres, en 1950, et de la descente catastrophique qui a suivi, avec les doigts gelés et les amputations à même la moraine. Le livre s'est vendu à plus de dix millions d'exemplaires dans le monde. Il a aussi fait l'objet de contestations sérieuses sur la version des faits, ce qui le rend d'autant plus intéressant à offrir : le lecteur ira lire la suite de l'affaire tout seul.

Lionel Terray, « Les Conquérants de l'inutile » (Gallimard, 1961) Voir à la FnacLes Conquérants de l'inutile, de Lionel Terray (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Terray était l'un des deux hommes qui ont ramené Herzog vivant. Son autobiographie est considérée par beaucoup de grimpeurs comme le plus beau livre de montagne écrit en français, et le titre est devenu une formule qu'on cite sans toujours savoir d'où elle vient. Écriture nette, jamais héroïque.

Walter Bonatti, « Montagnes d'une vie » (Arthaud, 1996) Voir à la FnacMontagnes d'une vie, de Walter Bonatti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Bonatti raconte le Grand Capucin, le K2, les Grandes Jorasses, le Cervin, un sommet par chapitre. C'est aussi le livre d'un homme resté longtemps en colère contre la version officielle de l'expédition italienne au K2 en 1954, où il fut abandonné en bivouac à plus de huit mille mètres sans tente. La rancune donne au texte une tension que les récits d'alpinisme n'ont pas toujours.

Gaston Rébuffat, « Étoiles et tempêtes » (Arthaud, 1954) Voir à la FnacÉtoiles et tempêtes, de Gaston Rébuffat (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Six faces nord des Alpes, racontées par un guide qui écrivait bien et qui a fait plus que quiconque pour donner envie de monter à des gens qui n'y seraient jamais allés. Le choix idéal pour un grimpeur français attaché à l'histoire du massif du Mont-Blanc.

Joe Simpson, « La Mort suspendue » (Glénat pour l'édition française) Voir à la FnacLa Mort suspendue, de Joe Simpson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Deux Britanniques dans les Andes péruviennes, une jambe cassée à 6 300 mètres, une corde coupée volontairement par le compagnon de cordée. C'est le livre qui pose la question la plus dérangeante de l'alpinisme, et il la pose sans confort. À offrir à quelqu'un qui grimpe vraiment, il en comprendra chaque décision.

Jon Krakauer, « Tragédie à l'Everest » (Presses de la Cité) Voir à la FnacTragédie à l'Everest, de Jon Krakauer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le récit de la saison 1996 sur l'Everest, huit morts en une journée, écrit par un journaliste qui était sur la montagne. C'est devenu le texte de référence sur la commercialisation des expéditions himalayennes. Krakauer y règle des comptes et s'en règle à lui-même, ce qui rend le livre inconfortable et excellent.

Pour le randonneur, la marche comme sujet à part entière

Ici le rythme du livre compte autant que le sujet. Un marcheur lit lentement, souvent le soir, et supporte mal les récits qui accélèrent.

Nan Shepherd, « La Montagne vivante » (Christian Bourgois, 2019 pour la traduction de Marc Cholodenko) Voir à la FnacLa Montagne vivante, de Nan Shepherd (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Écrit dans les années 1940 dans le massif des Cairngorms en Écosse, resté inédit pendant près de trente ans. Shepherd ne cherche aucun sommet : elle entre dans la montagne, décrit l'eau, la lumière, le froid, le sommeil en altitude. Cent trente pages qui changent la façon de marcher. C'est le livre à offrir à quelqu'un qui commence à trouver les récits d'exploit un peu bêtes.

Cheryl Strayed, « Wild » (Gallimard, 2013) Voir à la FnacWild, de Cheryl Strayed (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Mille sept cents kilomètres seule sur le Pacific Crest Trail, après la mort d'une mère et un mariage détruit. Le livre a créé une vague de vocations sur ce sentier, au point que l'administration américaine a dû gérer l'afflux. Il fonctionne particulièrement bien auprès des randonneuses qui partent seules et à qui l'on répète que c'est imprudent.

Sarah Marquis, « Sauvage par nature » (Michel Lafon, 2014) Voir à la FnacSauvage par nature, de Sarah Marquis (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Trois ans de marche entre la Sibérie et l'Australie, en autonomie, avec les mafias mongoles et la dengue au passage. Plus brut que Strayed, moins littéraire, plus efficace pour un lecteur qui veut du terrain.

Si la personne enchaîne les itinéraires sans jamais savoir quoi lire ensuite, nos guides d'ordre de lecture recensent les séries tome par tome, ce qui règle la question des cadeaux pour les deux ou trois années suivantes.

Pour celui qui vit en altitude plus qu'il n'y monte

Profil sous-estimé, et le plus mal servi par les rayons montagne, qui lui proposent en boucle des expéditions à l'autre bout du monde.

Paolo Cognetti, « Sans jamais atteindre le sommet » (Stock, 2019) Voir à la FnacSans jamais atteindre le sommet, de Paolo Cognetti (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un voyage dans le Dolpo népalais, écrit par quelqu'un qui a passé sa vie à monter dans un chalet du Val d'Aoste. Le titre dit exactement le projet du livre. À offrir à qui n'a pas besoin d'un objectif pour être content d'être là.

Heinrich Harrer, « Sept ans d'aventures au Tibet » (Arthaud) Voir à la FnacSept ans d'aventures au Tibet, de Heinrich Harrer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un alpiniste autrichien évadé d'un camp britannique en Inde, arrivé à Lhassa, devenu précepteur du jeune dalaï-lama. Le livre est autant un document sur le Tibet d'avant 1950 qu'un récit de montagne, et il tient encore parfaitement debout.

Les deux bandes dessinées qui convertissent

Si la personne aime la montagne mais lit peu, le récit illustré est le meilleur pari. Il se termine, ce qui est déjà énorme.

Jean-Marc Rochette, « Ailefroide, altitude 3954 » (Casterman, 2018) Voir à la FnacAilefroide, altitude 3954, de Jean-Marc Rochette (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Rochette raconte son adolescence de grimpeur dans les Écrins, sa mère, ses copains de cordée, et ceux qui ne sont pas redescendus. Trois cents pages, un dessin de montagne comme personne n'en fait, et une honnêteté brutale sur ce que ce milieu coûte.

Baku Yumemakura et Jirô Taniguchi, « Le Sommet des dieux » (Kana, 2004) Voir à la FnacLe Sommet des dieux, de Baku Yumemakura et Jirô Taniguchi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cinq volumes autour d'un appareil photo retrouvé à Katmandou, qui pourrait prouver que Mallory a atteint l'Everest en 1924. C'est un des rares mangas qui se lisent aussi bien par des gens qui n'en lisent jamais, et l'adaptation en film d'animation en 2021 a encore élargi son public.

Le roman, pour ceux qui n'ont pas envie de vrai

Roger Frison-Roche, « Premier de cordée » (Arthaud, 1941) Voir à la FnacPremier de cordée, de Roger Frison-Roche (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un guide de Chamonix foudroyé, son fils qui prend sa suite, le vertige comme handicap à surmonter. C'est le roman de montagne français par excellence, écrit par un homme qui fut le premier guide non né dans la vallée. Il a formé plusieurs générations d'alpinistes, ce qui est rare pour une fiction.

Ce qu'il ne faut pas offrir

Le manuel technique, sauf demande explicite. Un pratiquant a déjà ses références, et un débutant vivra le cadeau comme une leçon.

Le récit d'exploit à quelqu'un qui vient d'arrêter, après une blessure ou un accident dans son groupe. Ça arrive plus souvent qu'on ne le croit dans ce milieu, et le cadeau tombe alors comme un rappel de ce qu'il ne peut plus faire.

Le livre sur un massif qu'il ne fréquente pas, choisi parce que la couverture était belle. Les gens de montagne sont territoriaux : un Pyrénéen à qui l'on offre un beau livre sur les Alpes le prend gentiment mal.

Une piste que presque personne n'emprunte

Le livre d'occasion, ici, joue mieux que le neuf. Les récits d'alpinisme des années 1950 et 1960 se trouvent partout pour trois fois rien, souvent avec des annotations d'un lecteur qui grimpait, parfois avec une carte glissée entre deux pages. Une boîte à livres de vallée alpine ou un vide-grenier de village en contiennent régulièrement.

Vous n'offrez plus seulement un texte, vous offrez l'objet qu'un autre a emporté quelque part. Pour quelqu'un qui aime la montagne, cette idée-là compte davantage que l'état de la jaquette.

Faut-il connaître la montagne pour offrir un livre de montagne ?

Non, mais il faut savoir ce que la personne y fait. Un randonneur qui enchaîne les GR et un grimpeur qui vise des couloirs en glace n'ont ni le même vocabulaire ni le même imaginaire. Le premier lira volontiers un récit de marche lente, le second veut de la technique, du danger et des noms de voies. Poser une seule question, « tu marches ou tu grimpes ? », suffit à diviser par deux le risque d'erreur.

Les vieux récits d'alpinisme sont-ils encore lisibles ?

Oui, et ce sont souvent les meilleurs. « Annapurna, premier 8000 » de Maurice Herzog date de 1951 et reste l'un des livres de montagne les plus vendus au monde. Le style est daté par endroits, la tension ne l'est pas. En revanche, évitez de les offrir comme des documents historiques : ils se lisent comme des récits d'aventure, c'est ainsi qu'ils fonctionnent.

Un beau livre de photos est-il un bon cadeau ?

Il fait beaucoup d'effet à l'ouverture du paquet et se feuillette rarement plus de deux fois. Si la personne lit vraiment, un récit lui donnera davantage. Le beau livre se justifie surtout quand il documente un massif précis qu'elle fréquente, parce qu'il devient alors un objet de repérage autant qu'un objet de contemplation.

Que faut-il offrir à quelqu'un qui vit en montagne toute l'année ?

Évitez le récit d'expédition exotique, il lira ça comme du tourisme. Visez plutôt les livres sur la vie en altitude au quotidien, les questions de pastoralisme, de saisonnalité, de dépeuplement. « Sans jamais atteindre le sommet » de Paolo Cognetti ou « La Montagne vivante » de Nan Shepherd parlent d'habiter un lieu plutôt que de le conquérir, ce qui résonne beaucoup mieux.

Un topo ou un guide de randonnée fait-il un cadeau ?

Rarement seul, souvent en complément. Un topo se choisit selon un projet très précis, et vous risquez d'acheter celui qu'elle possède déjà. Si vous tenez à offrir de l'utile, associez un guide au récit correspondant : le guide du massif plus le livre qui raconte sa première ascension fait un paquet nettement plus personnel.

Existe-t-il des bandes dessinées sur la montagne ?

Plusieurs, et elles conviennent bien aux lecteurs occasionnels. « Ailefroide, altitude 3954 » de Jean-Marc Rochette raconte son adolescence de grimpeur dans les Écrins, avec les morts que ce milieu produit. « Le Sommet des dieux », adapté par Jirô Taniguchi du roman de Baku Yumemakura, tient sur cinq volumes et convertit régulièrement des gens qui n'avaient jamais lu de manga.

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